L’ARCHITRESOR

Jeanne Hyvrard

 

Premier cahier

Deuxième cahier

Troisième cahier

Quatrième cahier

Cinquième cahier

Sixième cahier

Septième cahier

Huitième cahier

Neuvième cahier

Dixième cahier

Onzième cahier

Douzième cahier

 

 

Premier Cahier

 

4 Février 2004

Le trésor d’une vie passée toute entière sans chercher à séduire.

Le trésor de ces matins même cotonneux, vagues, informes et lents à rassembler l’énergie nécessaire à la mise en mouvement.

Le trésor de la bougie qu’il me faut allumer pour distinguer entre l’objet et le sujet. Le premier étant ce que le second parvient à tenir à distance.

Le trésor de cet habitacle m’abritant depuis plus de trente deux ans.

Le trésor d’avoir triomphé de ma grave et terrible maladie.

Le trésor de cet autre nageant avec moi - main dans la main - dans la mer tropicale, tête sous l’eau et regardant évoluer blanchâtre, une pieuvre solaire. L’archi-trésor récurrent du souvenir du tronc d’arbre flottant entre nos mains dans la même mer, la même fois sans doute ou en tous cas dans la même crique.

A la Martinique, le trésor des Salines, de sa grève avec ses bois pétrifiés, de leur contorsion abondante et de leur raide majesté.

Le trésor de l’impossibilité de mentir ou même de faire semblant, dussent-ce les conséquences sociales en être catastrophiques et en réalité le double trésor de découvrir qu’elles ne le sont pas.

Le trésor de me dire que rien ne compte que mon œuvre ainsi que ma mort et de découvrir que ce n’est pas tout à fait vrai. Je m’intéresse aussi à améliorer le sort de ma progéniture et à bien d’autres choses encore.

Le trésor d’une association de poètes se lisant leurs vers des années durant.

Le trésor d’avoir connu dans mon enfance des dispensaires populaires ouverts à tous.

Révoqué par le Régime de Vichy, le trésor de Vladimir Jankélévitch faisant ses cours de Philosophie dans un café avant d’y faire la quête.

Le trésor du devoir accompli.

Le trésor des printemps à venir.

Le trésor de la franche rigolade comme une détente souhaitée et souhaitable. L’archi-trésor du rire sans tension ni complication.

Le trésor d’une maison de retraite vaste et bien tenue.

Le trésor de la visite hebdomadaire à mes géniteurs, fut elle en grande banlieue au bout d’une autoroute polluée.

Le trésor d’une mort naturelle.

Le trésor d’un bon gâteau au chocolat.

Le trésor de la mort d’Eschyle sur le crâne duquel tomba malencontreusement une tortue lâchée par un rapace et de celle d’Empédocle se jetant dans l’Etna. Sans compter celle de Lully se perforant le pied avec son bâton destiné à marteler la cadence. Ces morts extravagantes à la hauteur de ces vies…

Au sujet des Dogons, le trésor de Jean Rouch se faisant traiter de Petit Con par Griaule.

Le trésor de Chalamov refusant la proposition de Soljenitsyne d’écrire avec lui L’Archipel du Goulag au motif que ce dernier n’y connaissait rien !

Le trésor d’une manifestation pour sauver les dauphins. Devant le Parc Monceau un attroupement d’une trentaine de personnes portant des banderoles bleu des Mers du Sud. Et sur le trottoir d’en face, cinq policiers en grande tenue.

Le trésor du Grand Palais dont on refait la verrière. Au dessus des arbres dans leur posture d’hiver, on voit des échafaudages serrés les uns contre les autres à s’étouffer ainsi qu’une grande grue orange en équerre…

Le trésor d’une femme amoureuse et d’un homme qui l’accueille.

Le trésor de l’eau chaude à gogo et l’archi-trésor de découvrir ce qu’on sait déjà qu’écrire à volonté ne voudrait pas du tout dire la même chose.

Le trésor d’avoir donné à l’Aimé, sans compter.

Le trésor de ce morceau de lapin que j’ai quand même réussi à me faire cuire en dépit de l’adversité.

Dans un monde qui s’écroule, le trésor de ce couple qui dure depuis quarante ans.

Avec un arrêt dans une parfumerie, le trésor d’une promenade de Montparnasse à Saint Sulpice, au bras d’une vielle connaissance.

Le trésor d’être soi et de n’en pas démordre.

Répartis dans la ville, le trésor des cerisiers de Sainte Lucie à deux doigts de fleurir.

Le trésor cette fois d’un aller-retour en autobus épargnant le recours au taxi que rendent habituellement inévitable le temps, la fatigue et le manque d’énergie.

Le trésor d’un magnolia en fleurs Rue Rembrandt, un 5 Mars au milieu de l’après-midi.

Le trésor de filer à l’anglaise, tant pour la méthode que pour l’expression.

A cinquante neuf ans, le trésor de cette montée sur la Montagne Sainte Geneviève pour redescendre de l’autre côté.

Le trésor de cette marche Avenue de New York du temps où elle ne s’appelait pas encore Quai Kennedy et que presqu’en courant parce qu’en retard, avec mes deux meilleurs amis, on quêtait un taxi pour se rendre ensemble au spectacle.

Chez Douce à Montparnasse où j’ai eu quelques années mes habitudes, le trésor de la serveuse qui m’a reconnue dix années après.

Le trésor de ces vastes cartons contenant à profusion des lettres, des cartes postales ou de vœux et des invitations, chaos d’affection vivante, de ferveur et de vénération reçues depuis trente ans.

En Afrique le trésor des varans, ces lézards géants pacifiquement installés auprès des voyageurs. En 1967.

Le trésor d’un manuel d’Histoire de France à l’usage des enfants des Ecoles depuis les dessins dans les grottes jusqu’à la Guerre de Quatorze.

Le trésor absolu d’avoir connu mes Parents Thérèse et Claude ainsi que mes quatre Grands Parents Marie et Jules, Blanche et Henri.

Le trésor - à presque soixante ans - d’un œuvre autonome et d’une liberté préservée.

Le trésor de ces presque quarante ans de mariage.

Le trésor de la musique de Bartok et de la valse de Ravel découvertes à la Radio un Samedi soir de détresse. L’archi-trésor que cela lui ait sauvé la mise.

Le trésor de se souvenir de ce que représentaient autrefois les glaces à l’italienne.

En Forêt de Fontainebleau - des décennies après - le trésor de retrouver intact le rocher sur lequel on a passé de joyeux moments de son enfance et d’avoir quelqu’une qui m’aime avec qui partager cela.

Le trésor du jour qui se lève tous les jours sans qu’on ait à faire l’effort d’y contribuer.

Le trésor lors de leur grève historique de 1963 d’avoir quêté avec les Mineurs casques au front, Rue Notre Dame des Champs à l’entrée de la Faculté de Droit et l’archi-trésor que cette lutte là ait été victorieuse.

Le trésor d’avoir rompu avec ceux qui m’ont niée.

Le trésor d’une vie totalement vertueuse.

Le trésor de décrire les Pays Baltes à un pharmacien ébahi.

A la villégiature d’été, le trésor de la chatte qui m’apporte un cadeau : La chauve-souris qu’elle a capturée et délicatement déposée sur ma robe laissée par inadvertance cette fois sur le divan.

Le trésor d’avoir à vingt et un ans rencontré un homme qui m’illumine encore quarante ans ou presque après. A lui j’ai pu dire la phrase que Dante avait dite à Virgile Tu es mon guide, mon seigneur et mon maître.

Le trésor d’avoir fait les meilleures études possibles pour une femme de ma condition à l’époque considérée. L’autrement rêvé ne pouvait sociologiquement et historiquement pas avoir lieu.

Au début des Septantes, le trésor d’avoir découvert au soleil couchant la Garde-Guérin déserte et en ruines au milieu d’un causse à l’abandon et de la retrouver au début du nouveau siècle photographiée dans un magazine parmi les plus beaux villages de France, glorieusement reconstruite.

Le trésor d’une ancienne activiste du Réseau Jeanson et de son concubin notoire de la 2eDB offrant une paire de chaussons à une toute petite fille qui vient de naître à Rouen. A Pâques 1969.

Le trésor de la belle maison de retraite dans laquelle mes Parents sont enfin en sécurité.

Le trésor de ceux que j’ai aimés et qui m’ont aimée et que ces amours soient toujours et pour toujours au présent.

A la charcuterie à côté de la Caserne des Pompiers, le trésor d’un jambon à l’os palme d’or de la catégorie.

Le trésor d’un mariage campagnard durant quatre jours.

Le trésor d’une coopérative de logement avant sa fin glauque due à une cause jamais élucidée.

Même au milieu de son désastre, le splendide trésor de l’acteur Marlon Brando.

Dans le Parc de Sceaux - en compagnie d’un compagnon - le trésor d’une course à pied. L’archi-trésor d’inventer dans ce domaine de nouvelles voies, sans savoir si elles vont réellement aboutir.

Avec ma sœur - dans l’Ancien Monde - le trésor des bals où nous allions parce qu’il fallait selon l’expression consacrée trouver un mari.

Datant de l’AOF, sur une étagère devenue inaccessible en raison de l’âge, les casques coloniaux blancs de ma Belle Famille. Sans compter ailleurs, celui en cuir de mon Beau Père et dans un tiroir un dernier en toile beige, acheté pour moi par mon paternel soucieux de m’éviter les insolations. A Alep en Syrie, en 1964.

Pour qu’elles ne soient pas profanées, le trésor enflammé des lettres jetées.

L’insolite trésor de cet homme de quatre vingt quatre ans qui me dit Je suis en roue libre, j’attends la remontée pour me parler pudiquement de sa plus que mélancolie.

Accompagnant Gare de l’Est ma sœur rentrant à Munich le trésor de mon père cachant son émotion et son inquiétude comme le train s’ébranlait en lui criant Tu essaieras de descendre avant Belgrade ! L’archi-trésor d’avoir depuis appris qu’il s’agissait de l’Orient Express et que Belgrade à cette époque, c’était le bout du monde, un bout du monde dangereux. Bien plus qu’un terminus !

Le trésor de ce bon compagnon qui me fait découvrir Le Chemin des Dames. Mon étonnement d’apprendre qu’aux Temps Royaux, c’était la Route du Couronnement.

Dans ma jeunesse, le trésor du Pèlerinage des Etudiants à Chartres. Le refus de mon père de me laisser m’y joindre. Sans que je sache si c’était par anticléricalisme ou pour protéger ma vertu.

Le trésor d’avoir enfant, vu - marqués au fer rouge - les taureaux de Camargue fous de douleur, se ruer vers l’eau. L’archi-trésor ensuite des années durant de m’être interrogée sur la puissance du vocable Vaccarès à cause de son étrangeté taurine et forgeronne.

Le trésor du village de Saint-Véran perché comme un nid d’aigle au flanc d’un causse au bout d’une route impraticable. Montcalm en partit et le malentendu transatlantique d’une américaine que j’y emmenais en visite me disant que cela se comprenait… Qu’il en partit !

Le trésor de ma grand-mère demandant à mon père de lui monter un objet au grenier et de le voir s’exécuter comme un petit garçon me laissant désemparée devant sa disparition dans une trappe noire s’ouvrant alors au plafond du couloir.

Le trésor du regret de m’être avec d’autres enfants moqué des amis de mon grand-père qui a satiété nous racontait leur bataille de Verdun et celui d’avoir dans mon âge adulte, grâce à cela compris non seulement l’effet de la succession des générations mais combien intrinsèquement certaines fois, la jeunesse pouvait être odieuse.

Le trésor du regret également d’avoir - lors d’une promenade en Ile de France - cueilli des pois de senteur qui à travers le grillage d’un jardin fleurissaient sur un chemin public au motif que la loi le permettait et d’avoir compris au désespoir de la propriétaire que le droit n’était pas l’horizon indépassable de l’harmonie sociale et de la Justice.

Le trésor d’une tempête dans le parc de la Cité Universitaire, du balancement des bosquets, du claquement des persiennes et montant jusqu’au plafond, de la beauté des armoires en bois gorgées de livres dans l’une de ses bibliothèques.

Le trésor de la brick à l’œuf goûtée - sur le conseil d’un ami - pour la première fois en Tunisie à l’âge de trente cinq ans et depuis qu’il s’est suicidé, régulièrement consommée en hommage à sa mémoire.

Le trésor de cette Maison de Retraite où nonagénaires mes Parents échappent à ce que je n’ose même pas nommer…

Le trésor du cadeau de mariage donné à Tahar - mon collègue au Lycée - comme l’équivalent d’un certificat de naturalisation française : une petite jatte en porcelaine avec des framboises peintes, l’objet venant de ma Belle Famille et présenté comme tel.

Le trésor de ce cinéaste en compétition au Festival de Cannes et criant face aux échauffourées Les travailleurs américains vous soutiennent et avec eux les travailleurs du monde entier. Vous avez droit au travail !

Le 22 Novembre 1963, le trésor de ma sœur à qui souhaitons son anniversaire et qui revient d’avoir répondu au téléphone, en nous criant à nous réunis dans la cuisine Kennedy a été assassiné !

A Rouen à la fin Août 1968, le trésor à la sortie de la Maison de la Presse d’avoir sur le trottoir éclaté en sanglots en lisant La Une du journal Le Monde que je venais d’y acheter. En gros caractères, pour étouffer Le Printemps de Prague, les Soviétiques venaient d’envahir la Tchécoslovaquie.

Le trésor du remords de m’être dans ma jeunesse moquée des numéros minables des Acteurs du Muet qui au début des Années Soixante tentaient encore de gagner leur vie lors de l’entracte des séances du cinématographe, désormais parlant…

Dans les Années Cinquante, installé sur la terrasse de notre minuscule appartement de la rue Clairaut, le trésor du télescope de mon frère qui s’en sert pour nous montrer les étoiles et même Mars, la planète rouge. Il lui a été offert par sa marraine et son mari Monsieur et Madame Schlokoff.

Sur la plage de Croix-Valmer, au bord d’une Méditerranée pas encore bétonnée, le trésor absolu de l’Oasis et de l’Eden-Roc, les deux caboulots dont le mot m’a justement été transmis par Maman pour nommer ces petits établissements où l’on dansait le soir. L’archi-trésor d’en être encore émue, toute une vie après. L’Oasis et L’Eden-Roc pour toujours !

Le trésor d’être née un lundi matin à zéro heure quinze. Le 23 Avril 1945. En plein pendant la Bataille de Berlin.

Le trésor de ce sac en crocodile hérité de ma Belle Mère. La légitimité de quarante ans d’affection. L’archi-trésor d’en porter la bandoulière à réparer et de rentrer chez moi par l’avenue Georges V.

En chêne, le trésor de ce lit d’enfant qui fut le mien, celui de ma fille, de mon neveu et maintenant de mon petit fils. L’archi-trésor du soin que j’ai mis à le conserver y compris durant de nombreuses années dans la buanderie de la très belle maison de ville de mes Beaux Parents.

Le trésor d’avoir dans ma jeunesse taillé la route et encore aujourd’hui, même si c’est rarement et petitement.

Le trésor d’expliquer à une petite fille de sept ans ce qu’il en est de la métaphore, en prenant comme exemple dans ce qui est la chambre de ses Grands Parents, mes propres dessins représentant L’Homme en Dieu du Caucase et La Femme en Déesse Inuit.

Dans la vallée de Chamonix de mon enfance, le trésor aux Bossons de la plus grande promenade que nous faisions avec ma sœur et Maman, celle qui nous menait à la Clairière de Merlet, au flanc du Brévent.

Le trésor d’un mariage qui s’est imposé comme une évidente nécessité.

Le trésor de Nadège qui s’occupe de mes Parents et les aime à la place de ceux qu’elle n’a pas.

Le trésor des laghias et des tambours bel-air frappés dans la nuit antillaise, au début des Septantes. La sensation d’assister à quelque chose d’exceptionnel et de presque impensable. Du moins pour moi à cette époque là.

Le trésor de la roseraie de la place Pereire. Une débauche de couleurs et de joie. On aurait presque envie de dire que c’est trop pour un simple rond point même dans un beau quartier mais ce trop en réalité, c’est juste assez ! En tous cas à cet endroit là.

Le trésor du Pont Alexandre III. Cette fureur monumentale et néanmoins maîtrisée.

Lorsque la voiture n’est pas pour moi disponible, le trésor du rire païen de ce chauffeur de taxi qui depuis trois ans m’emmène épisodiquement pour cent euros rendre visite à mes Parents. Sa beauté et sa distante empathie.

Le trésor de l’eau chaude sur l’évier et même si elle ne l’est pas au moins d’être courante.

Le trésor paradoxal d’un accouchement sans anesthésie et par ce qu’on appelle aujourd’hui les voies basses.

Après une terrible épreuve professionnelle, le douteux trésor d’acheter une bière à huit degrés six comme on se collerait un coup de révolver dans la tempe plutôt que d’avoir à regarder en face qu’on a survécu à cela.

En 1969, parce que son mari venait de la quitter, le trésor pour la distraire d’avoir emmené ma sœur en vacances une semaine au Lavandou.

En matière d’architecture, le trésor à Montrouge du Lycée Maurice Genevoix.

Le trésor de mon père criant dans le couloir Ben merdre alors ! Comme on vient d’apprendre à la Radio qui s’appelle encore la TSF, la condamnation à mort de Bastien-Thiry dont il ne partage pourtant pas les idées. L’archi-trésor de découvrir alors pour moi-même qu’il n’est pas l’homme dur que décrit ma mère et dont elle s’efforce de me séparer.

En Franche Comté le trésor du Cousin Eugène, garagiste à Damparis.

A Bagnoles de l’Orne le trésor du Roc au Chien comme sont à la mode à cette époque là, les rochers dans lesquels on se plaît à reconnaître des formes et à leur donner un nom.

Rue Clairaut Paris XVIIe - de la Guerre jusqu’à 1956 - le trésor du jardin japonais de notre voisine Mademoiselle Nicole. Ma stupéfaction de pouvoir ainsi contempler le monde en réduction.

Le trésor absurde de découvrir que Rouen a une Rive Gauche.

L’ultime trésor de la promenade en montagne à la Bérarde en 1983.

Le trésor de ma vie toute entière consacrée à la vie.

Dans les années Cinquante au-delà de la Porte d’Italie, le trésor de l’immense et lumineuse horloge au-dessus de la Charcuterie Géo. Elle donnait l’heure à tout le quartier. L’archi-trésor de la découvrir conservée un demi siècle après alors même que fermée, l’usine est devenue un entrepôt chinois.

Le trésor de Pégase qui était - il y a un demi-siècle - l’emblème de la firme Mobil Oil et brillait lumineux au-dessus des stations d’essence…

Vu au Casino de Bagnoles de l’Orne, au bord du lac avec Maman, AVEC MAMAN, le trésor du film Les Dix Commandements.

Le trésor du don quand il n’est ni nécessaire, ni imposé, ni conditionné!

L’archi-trésor de savoir écrire dans tous les sens du terme et d’y prendre plaisir.

A Maromme – le dimanche quarante huit heures avant la parturition - le trésor de la séance de cinéma. On y jouait La Route de Corinthe de Claude Chabrol. Presqu’un demi siècle après je m’en souviens encore. Qui dit que le bonheur n’est pas de ce monde ?

Le trésor de cet oiseau qui vient faire des repérages dans l’arbre artificiel de la loggia.

Le trésor du devoir professionnel accompli avec petitesse, obstination et ténacité mais accompli quand même. En l’espèce, la correction des copies du BTS Secrétariat au Lycée de Montrouge, atrocement pénible !

Pour mes Cinquante ans, l’archi-trésor de mon père m’achetant Rue d’Alésia, un meuble japonais en teck. Celui également de ce tiroir en palissandre qu’il m’avait donné autrefois pour s’en débarrasser et que j’avais réhabilité jusqu’à en faire ma boîte favorite. En y collant des anges.

Le trésor de la Nationale Sept et plus particulièrement la traversée de La Palud avec ses balais de couleurs vives exposés dans toutes les portes. L’archi-trésor de l’étape de Montélimar au cours de laquelle on s’arrêtait pour nous acheter dans l’enfance à chacun d’entre nous, une barre de nougat, parfum au choix.

A Florence, le trésor de la chambre louée chez cet homme bon et pacifique qui s’étonna à notre départ qu’on soit là depuis déjà si longtemps. Nous n’avions fait parait il aucun bruit. J’avais vingt et un ans. Je revois encore son visage.

Le trésor de Sarajevo et la gêne de ces gens qui nous avaient loué leur chambre à coucher, se repliant pour ce subside dans le canapé de leur salon. J’y pense encore !

Le trésor de la Médersa de Boukhara qui en 1973 n’avait pas de toilettes et n’en était pourtant pas moins le seul hôtel pour étrangers. Le trésor des arbustes de la Place Publique servant du coup, de feuillés.

L’archi-trésor de la parka kaki de Papa, comme on partait aux sports d’hiver ainsi que de sa casquette marron. Toute mon enfance et toujours depuis.

Le trésor d’Irène avec ses bas résille et ses boucles d’oreille, la seule femme féminine de toute mon enfance et la conversation téléphonique avec elle, quelques temps avant sa mort, échange au cours de duquel elle confirma mes pires intuitions.

Le trésor de la compote de rhubarbe dans les assiettes décorées de ma grand-mère à la Belle Epine.

Le trésor du mot vétéran.

Le trésor de l’i grec de Buenos Ayres comme on l’écrivait autrefois.

Le trésor de mon père accusant Dostoïevski de m’avoir tourné la tête. C’est dans son œuvre que j’ai pour la première fois pourtant entendu parler de ma maladie et ai pu me la représenter. Au contraire, c’est cela qui m’a sauvée.

Le trésor de Pépé le Moko ce film d’avant guerre déjà parlant mais encore joué avec les techniques du cinéma muet et créant du coup sans arrêt, une redondance fantastique et fantasque.

En 1964 sur les palissades de Damparis, le trésor des affiches de la chanteuse Gloria Lasso. Jusqu’à l’obsession. Et cela m’obsède encore, ce visage n’importe où surgissant au milieu de la campagne - comme moi-même à la dérive - je l’arpentais au milieu des champs de graminées.

Donnée par ma mère, le trésor de la casquette de mon père portée en 1977 comme viatique contre la folie. Jetée ensuite de crainte d’en faire un objet d’idolâtrie. Et j’ai bien fait.

L’archi-trésor du bruit de la porte de l’armoire créole comme on l’ouvre pour y prendre des draps et qu’on la referme. Ses gonds d’une beauté à couper le souffle.

Trésor entre les trésors le plus cher de tous, cette promenade en 1966 sur le Lac d’Orhid aux confins de l’Albanie avec les filles de notre logeuse qui nous avaient emmenés pour faire ramer mon mari. Nous ne parlions pas leur langue ni elles la nôtre. Sous un soleil de plomb, ce fut une partie aquatique de silence et de fou-rires heureux et gênés.

A la Paz dans la nuit du 31 Décembre 1969 au milieu des marchands de cercueils à la taille des enfants de toutes les tailles, le trésor ininterrompu du bruit des pétards et des feux de Bengale entre réjouissances et insurrection.

Au fil du Niger - de Dioro à Mopti - l’archi-trésor de la nuit passée sur le toit du bateau sans rambarde sous les étoiles et du petit déjeuner dans la Cabine du Capitaine à son invitation parce que nous étions des Blancs.

Le trésor des palais de pierres de la rue Jean Baptiste Dumas et de toutes les rues environnantes.

Le trésor de la voiture klaxonnant pour passer en tête de l’embouteillage de l’autoroute avec à l’arrière sa flèche jaune qui clignote et sa grosse inscription bien lisible Bouchon.

L’archi-trésor d’avoir eu des Parents qui nous ont précédés dans la vie et dans la mort.

Le trésor du luxe et du silence des Rolls Royce.

En 1964 à Lattaquié, le trésor de cet Arabe me demandant en mariage à mes géniteurs comme j’avais dix neuf ans.

A Fort de France de 1969 à 1971, le trésor d’avoir mangé au Fort Tartenson au Mess des Officiers aussi souvent que nous voulions, peut-être un peu à cause d’Humphrey Bogart. Et même sûrement.

Le trésor de la découverte des Abruzzes l’été 1961 et d’une civilisation datant des commencements du monde, des paysans d’âge biblique comme la modernité déjà me travaillait mais que j’en ignorais encore presque tout.

Le trésor de l’apparition des électrophones de la marque Teppaz. A l’égal des crayons bille et des livres de poche. Le bonheur à portée de main ! Une joie difficile à transmettre à ceux qui n’ont pas vécu cette période…

Découpés dans des bidons d’essence, le trésor des Steel Bands lors du Carnaval de Fort de France en 1970. Des sons à déchirer le cœur. Je les entends encore.

Le trésor du vin blanc servi dans les gargotes de la campagne romaine. En carafe.

Le trésor de Claudel, parce qu’il sent le fagot.

En soi, l’archi-trésor de la littérature.

Près de Songeons, le trésor de ce chevreuil venu sur la route à notre rencontre et l’archi-trésor de découvrir à cette occasion son nom de brocard, terme de vénerie.

Le trésor de la Maison des Examens à Paris, Rue de l’Abbé de l’Epée et d’y avoir planché il y a quarante ans dans une immense salle avec vue sur mon alter ego dans la même situation.

Le trésor de l’expression Table de nuit.

Dans le Massif Central de mon enfance, cette tempête inouïe laissant le lendemain le paysage tout à fait dévasté, les arbres abattus barrant la route. L’archi-trésor de mon père en héros dégageant seul les troncs.

Le trésor de cette œuvre littéraire dont on donne désormais des extraits comme sujet d’examen à l’épreuve de Français dans nos Lycées en Amérique du Sud et en Section STT à la Réunion.

De l’autre côté de la rue, le trésor des jardinières de mon voisin.

Le trésor d’apprendre qu’en colère, Madame de Staël jetait des objets à la tête de son amant Benjamin Constant.

Le trésor du laveur de carreaux subsaharien qui commente les propos d’Antoinette Fouque que j’écoute chez moi à la Radio tandis qu’il officie. L’archi-trésor de la pertinence de ses commentaires.

Le trésor de Miou Miou racontant sa vie, le vol des matériaux sur le chantier de la Tour Montparnasse et sa générosité tous azimuts.

Entre Lumières et Romantisme, le trésor de l’interview de Bill Clinton.

Le trésor de la visite de Raymonde Bulger me questionnant sur le petit tabouret dogon et sur le casque de mon Beau Père. L’archi-trésor du coup de lui montrer un autre objet dans le regret de ne pas l’avoir auparavant astiqué mais comment pouvais je le deviner ?

Le trésor en 1967 de la traversée du Détroit de Gibraltar avec les dauphins faisant la course pour à tour de rôle jouer dans l’étrave et laisser ensuite la place à leurs congénères.

Dans sa belle Maison de Retraite, le trésor de mon père nonagénaire ayant suffisamment récupéré pour s’inquiéter de ses cartes de visite.

Le trésor d’un monde mixte. Entendons homme et femmes mélangés.

En 1966, le trésor de la découverte innocente du Kosovo sans savoir qu’il l’était ni en quoi cela consistait. Et pourtant !...

Dans ma jeunesse, le trésor des promenades en forêt de Rambouillet aux Etangs de Hollande avant qu’on y installe une base nautique et de les avoir sus aménagés par Vauban, à une époque où ils n’intéressaient personne ! Leur esthétique m’avait absolument bouleversée.

Le trésor de mon quartier tant aimé depuis trente trois ans.

Si difficiles à acquérir, le trésor de l’habitude de ces progrès techniques qui facilitent la vie. La carte de paiement il n’y a pas plus de dix ans et moins de trois le lavage automatique des voitures ainsi qu’encore moins la maîtrise des automates à essence. La joie d’y être parvenue et la honte que cela me fût si difficile à mes presque soixante ans.

L’archi-trésor de mes effectivement presque soixante ans.

Toute habillée de mon pantalon en soie vert émeraude et de mon caraco en lamé argenté, le trésor du bain dans le Lac du Bourget comme j’étais mentalement ravagée par les effets mentaux de la chimiothérapie anticancéreuse.

Le trésor d’avoir enfin réussi à faire publier mon très long article sur Histoire(s) du Cinéma, cet opéra-chaos de Jean Luc Godard et l’archi-trésor de ma joie absolue.

Au dessus d’un jardin nostalgique à broyer le cœur, le trésor de cet après-midi passé à Saint Rémy les Chevreuse à converser avec d’autres Intellectuelles dans mon genre.

Le trésor du mot caïeu(x) si fréquent dans mon enfance.

Au cœur de Paris, le trésor de la presque millénaire Foire Saint Germain. En tous cas, vieille de plus de huit cents ans.

Poussant mon père dans son fauteuil roulant au milieu des chats, des lapins et des chevaux dans leur enclos particulier, le trésor de la promenade dans le parc de sa Maison de Retraite.

Le trésor de consoler le malheur de Maman en lui disant qu’il ne date pas d’aujourd’hui…

Le trésor des vacances d’autrefois lorsque la population se divisaient en Juilletistes et Aoûtiens. Et même de ces mois d’Août passés à Paris dans une ville déserte à préparer une fois un examen et une autre, un concours….

A Millau au bal du Quatorze Juillet, le trésor d’avoir dansé la gigue sur la Place d’Armes. Autant dire celle du Marché ou si on veut la Place Foch. A la mi- Septantes.

L’incongru trésor de cette femme qui s’émerveille de pouvoir dire connaître quelqu’un de parfaitement intègre. Et que cette personne ce soit moi.

Au Marché de la Céramique Place Saint Sulpice, cet après-midi paisible dans mon irrésistible fascination pour les œuvres d’art. Là une coupe en grès avec peint en son fond un arbre doré et quelques autres petites jattes ejusdem farinae. Une débauche de vénération à la gloire du monde. L’inverse de la consommation, la constitution.

Le trésor de la Rue de Courcelles que j’emprunte pour aller au Centre Ville.

Le trésor d’avoir vu Le chagrin et la pitié avec mes élèves du Lycée Siegfried au Cinéma Saint Ambroise en face de chez mes Parents le 23 Mars 1981.

Le trésor d’une vie presque normale avec ses joies et ses peines.

Le trésor de la Grand-Maternité et la découverte que n’existent ni le mot ni la notion.

Sur l’Altiplano andin, le trésor à Juliaca du Grand Hôtel Barientos dans ce qui était peut être sans le savoir dans ces Années Soixante, ce qu’on appelle aujourd’hui une zone tribale. Le lit réputé à deux places n’en comportait de fait qu’une seule. L’archi-trésor de l’autre occupant de la pièce alors vaillamment allongé sur le tapis comme j’allais avoir vingt cinq ans.

Le trésor de ma souffrance qui a fini par cesser.

Le trésor de la joie de cette jeune fille à qui j’offre une assiette ancienne pour fêter l’autonomie de son immobilière installation.

Il y a plus de cinquante ans, le trésor d’une promenade en bateau sur le lac du Gouffre de Padirac avec le reste de la famille.

Le trésor de l’Avenue de Friedland quand elle devient le Boulevard Haussmann et du Washington Plazza, ce building autrefois le Siège Social de la Shell.

Le trésor de la Belle Epine où cantonna la Quatrième Armée Américaine l’été 1944 avant d’entrer dans Paris. Mon grand père gardait le stade de leur stationnement et elle lui laissé tout le barda surnuméraire dont un chien que du coup, il a nommé Yankee. L’archi-trésor d’avoir dû attendre la guerre du Viet Nam pour découvrir le sens de ce mot qui jusque là n’était que le nom de ce magnifique labrador noir, une crème de bonté.

Rue Saint Gaudin - couchés tous les deux dans la mansarde au papier peint à grosses fleurs solaires, le trésor d’entendre à l’étage en dessous, l’Oncle chanoine le samedi soir à Soissons écoutant André Castelot dans son émission radiophonique La Tribune de l’Histoire. Elle a duré quarante-six ans.

Le trésor d’avoir enfant joué à la manille avec mon grand père mais d’en avoir depuis oublié toutes les règles.

Nonagénaire, le trésor de Papa alpiniste m’apprenant in extremis le vocabulaire ad hoc, notamment les termes de glaciériste et de rochassier.

Arrivant dans ma Belle Famille, le trésor d’y découvrir l’existence des tapis dans les escaliers, des vitraux aux fenêtres et des planches à pain. Et je ne dis rien du salon doré.

Le trésor d’avoir habité le Vieux-Rouen avant qu’il soit transformé en musée à ciel ouvert et la Grand’Mare comme c’était - en voie de construction - un quartier moderne et radieux, horizon indépassable de l’urbanisme new look !

Le trésor de découvrir par hasard le texte d’Henri Heine dont s’est inspiré Aristide Bruant pour sa chanson les Canuts et celui de ma fureur de constater l’élimination de ce poète hors du corpus de la transmission.

L’archi-trésor d’être contemporaine de la plus belle des inventions Internet. L’équivalent de la maîtrise du feu. Même enchaîné, Prométhée bouge encore!

Le trésor des portes cochères qui s’ouvrent pour laisser entrer dans les immeubles. Il y en a de toutes les formes et de tous les styles.

Agée de quinze ou seize ans l’archi-trésor de ma première sortie à l’Opéra, avec enfin des chaussures à talons achetées pour moi vieux rose beige nacré et la jupe que Maman m’avait cousue dans un tissu damassé d’arabesques bleues. La découverte de l’âge mûr de la cantatrice tenant le rôle de Marguerite n’a en rien entamé la splendeur orgiaque du bâtiment construit par Garnier, juste la crédibilité de ce personnage et à partir de là du reste de l’histoire...

En 1966, le trésor de la découverte de la Côte Dalmate avant qu’elle ne soit à la mode et plus particulièrement de Split avec son Palais de Dioclétien, le bord de la mer et les gens qui chantaient dans les cafés.

Le trésor de l’inauguration du Vieux Pont de Mostar, entendons le nouveau Vieux Pont après sa reconstruction parce qu’un guerrier l’avait fait sauté lors de la décomposition de la Yougoslavie.

Le trésor d’avoir réussi à caser dans l’appartement le casque métallique porté par le grand père pendant la Guerre de Quatorze. C’est sur la même étagère que j’ai rangé les soldats de plomb. Esprit d’analyse et de synthèse !

L’archi-trésor du Vercors, de la découverte de l’équitation et de l’amour avec René Viossat, l’été de mes quinze ans.

Rue Servandoni, chez notre condisciple Jean Garreau, le trésor de la surprise-partie et de la robe que pour la circonstance Maman m’avait cousue dans un grand coupon de velours vert amande dont à mon grand regret je n’ai jamais su la provenance.

L’archi-trésor de la bonté, en l’espèce l’effort de faire croire à mon père que la réconciliation familiale est en cours, en attendant qu’elle le soit effectivement !

Le trésor d’envoyer à une jeune personne un message électronique concernant la forme parfaire, dans mon cas celle du livre qu’on peut sans avoir besoin de la changer, écrire jusqu’à la fin de sa vie et s’avérant à son arrêt, ipso facto parfaitement achevé. Ainsi éventuellement cet inventaire des inouïs bonheurs du vivant.

Le trésor des moments d’enfance passés dans le Parc du Château de la Verrière près de Trappes au milieu des grenouilles, des hannetons, des corbeaux et des pervenches mes plus sûrs amis. L’archi-trésor de trouver dans cette mémoire l’un des lieux de ma solidité.

Le trésor de retrouver le jeu de cartes avec lequel nous avions joué, enfants. A la bataille, à la belote, au rami, à la crapette, au barbu et à quoi d’autre encore ?

Le trésor d’une vidéothèque de cassettes toute pleine de chefs d’oeuvre avec des films vieux d’un demi-siècle.

Le trésor des voitures américaines de la Haute Epoque et l’extase que me procure la vue d’une Cadillac.

Le trésor d’une tombe individuelle avec un nom dessus.

Le trésor des trucages cinématographiques.

Cette femme que j’ai sauvé comme un homme la bourrait de coups et tentait de l’étrangler. Le trésor devant chez moi comme je partais au travail à 7h 30 de crier tranquillement et régulièrement Au secours jusqu’à provoquer l’attroupement qui a mis en fuite l’agresseur.

Le trésor de Nelson Mandela qui donne l’exemple qu’une lutte juste peut aboutir par des voies qui ne sont pas dégradantes.

Le trésor du petit collier de verre que mes Parents m’ont acheté à Venise en 1949 comme j’avais quatre ans et l’archi-trésor de la lutte qu’il m’a fallu mener pour l’obtenir.

Le trésor de ce contrat signé avec une éditrice de Barcelone et qui précise qu’il est valable pour les quatre langues : le Basque, le Galicien, le Castillan et le Catalan.

Le trésor d’avoir éclaté en sanglots le premier hiver martiniquais comme j’entendais - dans ce qu’on appelait alors la Métropole - le service de la météorologie prononcer les mots : Les cols du Puymorens et de l’Envalira sont fermés.

L’indiscutable trésor de mon père souriant aux anges dans sa Maison de Retraite comme je lui dis que je suis heureuse d’atteindre mes soixante ans et que je vais enfin être à la retraite…

 

Deuxième Cahier

Le trésor de pouvoir se dire qu’après tout, tout cela n’est peut être pas si grave… Cela recouvrant des choses qu’on pourrait aussi bien considérer tout autrement.

Dans la maison des Causses le trésor des lézards épars, ces œuvres d’art vivantes dans lesquelles l’élégance le dispute à la formosité, ce terme signifiant la beauté de forme et qu’on croirait fait pour eux.

Le trésor d’attendre la venue de la plus que chère et de préparer pour elle la villégiature comme une fête. Et d’ailleurs l’été avec elle et ses enfants en est une.

Le trésor d’avoir mis de côté tous les os du lapin mangé à midi pour faire un accueil royal à la chatte dénommée Isis lorsque avec elle, elle arrivera.

Dans la vallée, le trésor de guetter la venue des voitures rouges et l’attente que l’une d’elles prenne effectivement l’embranchement qui permet d’arriver jusque chez nous.

Le trésor de la prudence des conducteurs sous l’orage.

Visionné dix ans après avoir été tourné, le trésor historique d’un film qui apparait daté d’un siècle, tant les mœurs ont changé.

Faute de culture suffisante, le trésor de l’ignorance de mon père concernant ses prédécesseurs les socialistes utopiques et se croyant à tort trotskyste honteux. Sans compter ma mère, femme d’ordre et d’autorité.

Pour ce voyage à Berlin en 2002 le trésor logistique de l’avoir longuement mûri. L’exact opposé d’une foucade ou d’un coup de tête. Une nécessité.

Le trésor d’avoir rattrapé in extrémis un petit garçon de cinq ans qui grimpé au dessus d’une balustrade allait basculer dans le vide. L’archi-trésor de lui avoir sauvé la vie.

Le trésor des paysages des Grands Causses protégés par l’intelligence et la ténacité des habitants des lieux. Entre tous le confluent du Tarn et de la Jonte, du Sauveterre et du Méjean.

Le trésor des guinguettes au bord du Tarn. Des vacanciers dans des scènes qu’auraient pu peindre Signac.

Le trésor des rapaces volant très haut dans le ciel bien au dessus du plateau. C’est ainsi qu’ici on appelle le causse.

Dans les Septantes encore, la vénération païenne des paysans déposant une grappe de raisin au pied d’un calvaire. Trésor de l’offrande agraire reliant la Terre et le Ciel.

Le trésor des amis. Des zamis comme disait une certaine petite fille à l’époque où elle l’était.

Retrouvés dans le placard de la villégiature, publiés en 1927 dans la même collection à la couverture rose, ces trois livres de Mauriac, Rostand et Morand.

Le trésor de ces petits enfants conçus et nés par les voies naturelles et dans la conjonction de leurs deux parents.

A Pâques 1982 dans la Salle des Fêtes de Saint Rome du Tarn le trésor d’une valse enivrante.

Rodez, quel trésor rustique, solide et méconnu ! Et tant pis si j’ai l’air ridicule à Saint Germain des Prés.

Dans l’ancienne bibliothèque de la Faculté de Droit place du Panthéon, le trésor très lointain d’un condisciple se balançant sur sa chaise avant que ne s’exprime brutalement le caractère impératif des lois de la gravitation universelle, même dans cet endroit légèrement interlope. L’archi-trésor du silence réprobateur accueillant l’évènement, absence de commentaires pire que des injures…

Le trésor cette semaine de tous ces bons repas.

Avec son toit en lauzes, sur le Larzac, le trésor de l’habitation de Brouzes désormais complètement restaurée.

Après plusieurs années d’abstention, le presque ultime effort de sortie culturelle d’un aller retour en autobus pour aller louer des places en vue d’une représentation au Théâtre de la Madeleine.

Le trésor d’avoir aimé mes voisins, ces paysans du Rouergue, les Miquel et les Courtines et aussi les Espinasse. Et l’archi-trésor de ces séjours dans un lieu préservé et finalement de la région toute entière.

Au fond de la cour, planté dans un replat du rocher aménagé autrefois à cet effet, le trésor du romarin maritime qui fleurit bleu d’autant mieux au fil des années et commence même à proliférer. L’archi-trésor un peu plus haut du rosier qui était là avant nous et fleurit encore aujourd’hui lorsque nous n’y sommes pas ! Désormais il s’étend de branches nouvelles et vert très vif.

Dans les Cévennes au début des Octantes, le trésor insoutenable d’un rapace royal s’arrachant à la verticale emportant dans le ciel avec lui, un grand reptile. L’archi-trésor d’avoir été absolument bouleversée par cette sauvagerie mais d’y avoir vu le signe que grâce à la mienne – sinon identique du moins semblable - j’allais survivre à ma mortelle maladie.

Sans en avoir pourtant à aucun moment eu d’avance l’idée, le trésor d’avoir accompli un œuvre entier avec tant de livres dont tant d’années après, je n’ai aucun à désavouer tout au contraire…

Le trésor du restaurant du Pont-Neuf à l’entrée du mail de Saint-Affrique. L’archi-trésor de tant aimer ce bourg qui est en France ce qui ressemble le plus à la Bosnie-Herzégovine. Sans compter à l’entour, la terre rouge et la Sorgues. Et qui se traduit dans le journal local par l’appellation Tarn et Rougier. A pleurer !

Le trésor d’avoir envers et contre tout sauvegardé ma vie familiale. Trésor qui m’a été rendu au centuple.

A la villégiature dans la chambre bleue, la douzaine de mes dessins à l’encre de Chine représentant les fermes du Larz   ac et l’archi-trésor en les évoquant à Paris de pouvoir tous et toutes les nommer.

Poussant le long de la maison, le trésor du figuier dont les branches atteignent maintenant le deuxième étage. L’archi-trésor du linge qu’on y accroche et qui du coup sèche au dessus de la rue au milieu des oiseaux.

Le trésor des hirondelles qui à la villégiature, au fil de l’été se rassemblent de plus en plus nombreuses sur les fils à linge et les arceaux du balcon.

A Millau, à la borne Internet de l’Office du Tourisme, le trésor d’avoir pu faire apparaître la photographie de Fox – l’épagneul breton qui chez ma grand mère maternelle m’aimait tant – désormais accessible sur mon site et l’archi-trésor de savoir que je peux maintenant renouveler cette opération magique partout dans le monde.

Toujours à Millau, le trésor de découvrir sous un abribus que Jean Vigo ce libertaire local réalisateur de Zéro de conduite est devenu le terminus d’une ligne d’autobus qui passe au Mandarous.

Le trésor de cette familiale partie de Monopoly, le 18 Août 2004 au soir. Mémorable, la preuve !

A la Télévision, l’archi-trésor de la retransmission des Jeux Olympiques avec les différents costumes folkloriques et les couronnes de laurier sur la tête des athlètes victorieux dans leur majesté.

A la cérémonie anniversaire de la Libération de Paris, le trésor de ce jeune garçon qui chante le dernier couplet de La Marseillaise. On dirait la voix des anges. L’archi-trésor d’Amour sacré de la Patrie.

Comme je fais le ménage la fenêtre ouverte, le voisin d’en face qui me crie Bon Courage, concernant la rentrée des élèves et son contexte tendu dont nous avons ensemble avant-hier sur le trottoir, parlé. Et avec un geste du bras m’indiquant sa Radio, il ajoute Ils ne parlent que de cela ! Le trésor de nos solitudes familières et complices.

Le trésor de cette surprise partie au Vésinet en 1963, en fait une garden-party avec sa balançoire installée sous un arbre. Toute la bande était là et même ma sœur par raccroc. On était rentré à Paris par le premier train du matin, croisant dans la rue nos Parents affolés s’apprêtant à alerter le Commissariat.

Après un été pluvieux, le trésor du chant d’un coucou qui se trompe croyant à un nouveau printemps.

Le trésor d’avoir eu et d’avoir encore ascendance et descendance, connues et aimées. Disons même l’archi-trésor absolu.

Le trésor de la promenade en bateau dans le Bosphore avec Papa et sa fameuse casquette, comme j’avais dix neuf ans.

Le trésor de la Gare d’Orsay. Lorsque c’était une gare et maintenant un musée.

Le trésor qu’il y ait deux sexes et qu’ils soient complémentaires. Quoi qu’en disent les activistes furieux des deux bords…

Le trésor de l’Avenue de Messine à la descente comme à la montée et de toutes ces rues qui bordent le Parc Monceau avec leurs petits jardins.

Disant des écrivains qui veulent l’imiter Ne chie pas droit qui veut, le trésor iconoclaste de Céline.

Rayée de bleu, le trésor de la marinière en coton rapportée de Trégastel à Papa de plus en plus vieux et difficilement mobile.

Dans ma jeunesse, le trésor des cours de danse d’abord chez Irène Popard puis dans une école à Saint Mandé et enfin de la Moderne au Centre Bullier comme j’étais étudiante. L’archi-trésor d’avoir même persevérée déjà mère, en face de la Caserne des Pompiers.

A Blagnac, à la fin de ma vie de jeune fille, le trésor de la boule métallique du dancing. Effets de lumière garantis.

Le trésor de ce dernier Lundi de Septembre en activité. Plus jamais de reprise du turbin un lundi matin comme c’est encore l’été, même sur sa fin… On a les joies qu’on peut ! Il y en a des petites et des grandes, comme les malheurs. L’infirmier du Lycée me l’a bien dit Il faut relativiser ! Je m’y emploie…

Place Kossuth, le trésor de savoir ce qu’a autrefois représenté ce grand immeuble beige porteur de beaucoup d’espoirs.

Dans la parcelle de pommes de terre du jardin de Grand Père, le trésor d’avoir sur les plants retiré un par un les doryphores à la main.

En 1970 à Villefranche du Rouergue, le trésor de ce restaurant aux grandes et longues tables, comme une cantine populaire. Le coude à coude avec tout un chacun, anonyme. Et l’archi-trésor de l’avoir retrouvé une autre année avec jubilation.

Au bord des portes cochères, le trésor des plaques de cuivre indiquant les spécialités des cabinets médicaux installés dans l’immeuble. Et pas seulement médicaux !

Le trésor de remarquables sculptures découvertes sur certaines façades ravalées.

Le trésor d’avoir appris le sens du terme lorette à partir de celui de l’église Notre Dame du même nom.

Le trésor d’apprendre que c’est Gabrielle Mistral qui a fait connaître à Pablo Neruda, la littérature russe. Jonction de plusieurs de mes amours littéraires. Ce n’est sans doute pas un hasard…

Le trésor d’avoir doté une bibliothèque dans une province de Roumanie réputée bougrement francophone et d’en avoir raconté le détail dans mon livre Ranger le monde.

Le trésor paradoxal d’avoir connu l’horreur d’un patron incompétent.

Sans me biler, le trésor de repartir de chez la dentiste avec qui j’avais rendez vous au motif que le plafond de son cabinet vient de s’écrouler. Le chaos tranquille de la vie quotidienne lorsqu’on l’observe sans a priori.

Comme je lui fais part de mes difficultés de conduite automobile, le trésor du chauffeur de taxi qui m’explique ce qu’il faut faire pour franchir au mieux la Place de l’Etoile. Avancer doucement mais régulièrement.

Le trésor de l’allée de dahlias replantée par ma grand-mère chaque année. Par taille croissante jusqu’au mur de la Gendarmerie, sa voisine au fond du jardin.

Le trésor de retrouver tenant parfaitement la route le paquet de feuilles dénommé La Newcité, un article écrit il y a plusieurs années et la tristesse de n’avoir pas réussi à le faire publier.

A la Télévision dans l’émission de Michel Drucker, le trésor de l’invité Jean Claude Brialy à qui on projette des images de sa jeunesse et qui à la vue de Romy Schneider en a les larmes aux yeux.

En forêt de Fontainebleau, le trésor d’apprendre que les sentiers bleus ont été balisés par un soldat de Napoléon.

Le trésor de connaître les conjugaisons des verbes et de les avoir apprises. L’archi-trésor de ma reconnaissance pour mes prédécesseurs.

Le trésor de tenir de mon père le mot caraco qui lorsque j’étais jeune fille, me paraissait bizarre car – bien que s’appliquant à un vêtement féminin - Maman ne l’employait pas.

En pleine action, le trésor de la Cité Universitaire du Boulevard Jourdan.

Le trésor d’apprendre que le fils de Roman Gary et de Jeanne Seberg regrette l’appartement de ses parents parce que sa mère y mettait des journées à décorer l’Arbre de Noël.

Le trésor du dépôt de mon dossier de demande de mise à la retraite et des coups de tampons qu’y appose joyeusement la secrétaire, à qui j’ai fait partager ma joie ! Le fait est que les dernières saisons ont été difficiles.

Dans l’Aisne, le trésor inattendu de la découverte du Tortoir, cette ferme fortifiée et du chien qui nous précéda dans la visite faite d’un bâtiment à l’autre, au milieu des hautes herbes.

Le trésor de ce voyage en TGV dans la grâce de savoir lire un paysage, les fermes de la Brie, les collines du Morvan, les Alpes d’un côté et le Massif Central de l’autre, la citadelle du Vercors, les premiers cyprès, le Rhône, au loin le Palais des Papes, la Durance, les Alpilles, en hauteur la Bonne Mère et pour finir la Grande Bleue.

Le trésor de cet ancien palace converti en Centre de Vacances pour seniors et dans lequel tous sont accueillants, affables et même à la limite réellement amicaux.

Le trésor de ce voisin de table dont j’avais deviné qu’il était veuf et revenu là parce qu’il avait eu l’habitude d’y séjourner avec sa femme. Il finit par me dire qu’il avait vécu soixante et un an avec elle et je lui ai tranquillement répondu qu’il fallait bien ça !

Le trésor des oliviers et d’un champ de figuiers.

Le trésor des hauts de Menton noyés dans les nuages et sur ce gris pluvieux et menaçant un nuage d’oiseaux, points noirs agglomérés.

Le trésor d’être assise au soleil sur le parapet au bord de la mer à corriger mon dernier livre, plutôt qu’à pleurer à Paris sur des mauvais traitements endurés.

Le trésor de Simone Veil expliquant à la Télévision qu’elle aurait voulu être avocate mais que son mari ne lui a pas donné l’autorisation et que du coup elle s’est retrouvée magistrate.

Dans le Vieux Menton, le trésor de la rue Longue avec ses bâtisses du dix septième siècle aux escaliers raides comme des échelles. Et au dessus de la ville le Vieux Cimetière avec toutes ses tombes de Princes russes ou d’Américains et dans la mort, c’est tout un. Pas tout à fait à cause de l’archi-trésor de la statue d’un corps en voie de résurrection se hissant hors de sa tombe pour se découper dans les airs sur la splendeur de la baie.

Dans la vallée du Tarn le long de la maison, le trésor du figuier que par grand vent on peut craindre de voir s’arracher.

Sur la plage de Vina del Mar au Chili en 1987, m’arrivant à l’épaule les pélicans debout à côté de moi.

Le trésor de ce Garde Républicain en larmes. A la retraite et pleurant la mort de sa femme.

Le trésor de la Gare de Lyon.

Le trésor de Claude Chabrol disant Il vaut mieux être cocu qu’infidèle, c’est plus marrant !

Le trésor des Editions des Femmes.

Comme il n’y avait pas encore de panneau annonçant Baignade interdite à l’Anse Charpentier à la Martinique, le trésor d’avoir survécu au rouleau de l’Atlantique qui m’entraînait vers le large. L’archi-trésor d’avoir éprouvé au moins une fois dans ma vie que c’était de mon énergie physique et de ma volonté de vivre que dépendait ma survie.

Le trésor de la rue Ampère où je me décide à remettre en route la marche pour surmonter la paralysie qui me gagne. La découverte de ses hôtels particuliers et de l’atmosphère sud-américaine de la rue Puvis de Chavannes qui la croise.

Connue au en classe de Seconde au Lycée Hélène Boucher, le trésor d’Annie Dercourt que je n’ai jamais cessé d’aimer.

Au Séminaire de Michèle Ramond, la découverte de l’unique poème de Jacques Lacan.

Le trésor d’avoir tant aimé Francis Lemarque et de m’être étonnée qu’il ne tienne pas une plus grande place dans le monde de la chanson ainsi que pour finir celui de découvrir dans sa biographie, la vraie raison de mon amour.

Le trésor de cet homme avec moi depuis plus de quarante ans.

Le trésor du cousin germain de mon père qui m’accueillit chez lui comme je dérivais au printemps de mes dix neuf ans et l’archi-trésor de découvrir que lui et moi nous avons une ancêtre commune, une certaine Félicie placée à neuf ans.

Le trésor du moment où l’amour prend le dessus sur la haine.

Sur la Grand Place de Cusco au Pérou à la Noël 1969, le trésor de cette gigantesque foire aux jouets en plâtre représentant à eux tous, la totalité du monde.

Le trésor d’un nouveau livre qui commence et de l’assurance qu’il aboutira. D’expérience. Celui là. Ce n’est pas une règle générale. D’expérience également !

Le trésor d’avoir le courage de tenir bon face aux exactions d’une supérieure hiérarchique.

Le trésor de me savoir enseignée à Harvard avec Lacan, Deleuze et Derrida, en dépit de l’inquiétude que cela jette sur la nature intellectuelle de la société d’ici.

Le trésor de voir en conseil de classe rougir une excellente élève très bien élevée à qui on fait force compliments en lui attribuant les félicitations.

Le trésor d’être grand-mère et de partager ce constat avec tous les grands-parents.

Le trésor de ces week-ends de Pentecôte passés chez des amis en 1974 à Chavençon ou en 1987 chez Guy et Marie Claude. Sans compter celui du Quesnoy où âgée de quatorze ans j’ai gagné une course de fond et le duvet qui la récompensait!

Le trésor de découvrir de nouveaux mots climax, vespérie et debeller. Sans compter l’expression almeno. Néanmoins le tout pas si facile à placer dans une conversation. Dans un texte, cela se peut, la preuve !

Le trésor de l’amitié avec le marchand de journaux à côté du Lycée. C’est l’ancien attaché de presse de la branche française d’une grande firme automobile qui l’a licencié pour raison d’âge…

Le trésor de ce petit garçon de cinq ans passés à qui j’offre un livre sur Arcimbolo et de l’entendre me répondre Ah oui je connais !

Le trésor de voir sur mon visage se dessiner peu à peu la forme de la vieillesse, entendons par là la calligraphie mystérieuse des rides.

A propos de la belle Révolution de Mai 68 que notre génération a manqué, le trésor du commentaire de Monsieur Rathy, mon collègue voisin de casier dans la Salle des Professeurs du Lycée : Il y a un truc qui ne s’est pas passé, on a calé dans la cote.

Pour partir travailler, le trésor de la préparation du matin dans la salle de bains avec mon alter ego.

Dans le tombeau du Christ à Jérusalem, comme le moine préposé à sa garde nous invite en 1964 à nous joindre à sa prière, le trésor de mon père qui s’avance et dit - au nom du groupe de nos trois familles qui voyageons, ensemble - Nous sommes libres penseurs. Disons même l’archi-trésor !

Comme je suis encore mineure, le trésor du même écrivant au Doyen de la Faculté de Droit et de Sciences Economiques dans laquelle je poursuis mon cursus d’Etudes Supérieures, afin d’obtenir pour moi une autorisation d’absence aux Travaux Pratiques obligatoires, au motif que je vais me marier… Lequel m’accorde généreusement huit jours alors que nous n’en espérions pas tant ! L’archi-trésor de ces épousailles qui m’ont émancipée juridiquement et philosophiquement.

A Vienne - comme j’avais dix sept ans - le trésor de la Grande Roue du Prater et de ma déception. C’est dans le film Le troisième homme qu’elle rend le mieux !

Le trésor des Tuparamas qui m’ont invitée au restaurant dans le quartier du marché à Montevideo en 1987 et la découverte de combien à côté d’elle j’étais timide comme une petite sœur impressionnée par leur courage.

Le trésor de cet homme sifflotant une chanson. Dans mon enfance ce sifflotement était banal et le paradigme du sexe masculin. On n’apprenait pas aux filles à le faire, c’était même de mauvais goût.

Le trésor de ma vie littéraire propre et souveraine comme effarée je découvre les abîmes que révèlent les journaux intimes de mes confrères et sœurs. Rétrospectivement la satisfaction de ne pas m’être trompée dans mes intuitions et la terreur rétroactive de ce dont je me suis échappée.

Le trésor d’entendre à la Radio que Peter Pan a cent ans !

Le trésor de retrouver le mur d’enceinte du Château de la Verrière de mon enfance. Il a été surélevé d’un grillage qui pourtant ne le défigure pas.

Lisant Jeune mariée, le journal de Madame Robbe-Grillet le trésor totalement décalé de mon amour sacré pour Jérôme Lindon qui a publié mes quatre premiers livres et l’archi-trésor que cet amour dure encore toutes ces années après.

Parce qu’elle a l’âge de raison, l’archi-trésor du dictionnaire dont j’enseigne à une petite fille qui m’est chère qu’il est la liberté.

En matière d’installation de Crèche de la Nativité, le trésor d’avoir mis absurdement quarante ans à me résoudre de n’installer l’enfant que le 24 Décembre à Minuit. Toute la distance qui sépare l’habitude culturelle qui représente, de la foi religieuse qui attend effectivement. Sans compter par efficacité, la nécessité pratique de ne pas multiplier les opérations ménagères domestiques.

Plus haut pont du monde, le trésor du Viaduc de Millau enfin ouvert à la circulation et l’archi-trésor de me souvenir sur le Tarn, des joutes des bateliers, à la Maladrerie un jour de plein été.

Le trésor des photographies du Studio Harcourt. Le comble du chic à l’époque et du coup pour toujours dans ma mémoire.

Le trésor de cette chair vivante qui habite avec moi depuis quarante ans.

Un dimanche de Décembre, le 26 où tous les restaurants sont fermés, le trésor de la Collégiale de Poissy et de finir tout de même par trouver un endroit où déjeuner.

Le trésor de la rencontre d’Alain Cuny dans un cinéma désert des Champs Elysées où on projetait Les anges aux visages sales, de m’être jetée à ses genoux en lui baisant la main et de lui crier ma vénération. L’archi-trésor de son obstination à me dire Mais non vous n’avez pas vu Tête d’Or comme apparemment il me croit plus jeune... Tout cela de sa voix inimitable...

A tous points de vue, le trésor de l’Epiphanie.

Le trésor de cet homme à cheveux blancs pardessus gris foncé pédalant courageusement et difficilement pour monter à vélo la rue de Médicis vers le haut du Boulevard Saint Michel et se décidant devant la porte principale du Jardin du Luxembourg, à manœuvrer enfin son dérailleur.

Dans son journal La Campagne de France, le trésor de Goethe racontant qu’à la Bataille de Valmy, les Français ont jeté des tracts appelant à l’Egalité.

Le trésor de Félix Leclerc chantant Le sentier, texte qu’il écrivit en 1934. L’archi-trésor de l’avoir entendu la première fois sur une route de campagne parfaitement adaptée, à l’autoradio. … Dis-moi le jour, je t’attendrais près du bouleau…

Dans le Vexin, le trésor de la propriété d’un très cher ami avec notamment dans l’escalier, sa collection de chaussures tunisiennes en bois incrustées de nacre.

Le trésor de nos promenades à vélo dans les années soixante-dix, dans toute l’Ile de France jusqu’à Soissons et Dieppe. Ce n’est pas en vain que la bicyclette a été surnommée La Petite Reine !

Le trésor d’un déjeuner de quatre heures dans un restaurant de Coucy-le-Château, le patron refusant obstinément de servir de la bière au motif que cela n’allait pas avec les mets choisis. Et il a tenu bon au mépris de son intérêt financier.

L’archi-trésor du libraire de la rue Poncelet à qui je vais un an après, dire tout le bien que je pense du livre de l’écrivaine australienne qu’il m’a conseillée Ma brillante carrière.

Boulevard Berthier au milieu des voitures, le trésor du mouvement gracieux de ce type en rollers.

Dans l’enfance le trésor du voyage en Suisse, les Parents dormant sous la tente et nous trois les enfants dans l’Hotchkiss dont pour cela, on retirait alors les sièges avant.

Le trésor de pouvoir encore souhaiter La Bonne Année à mon père âgé de quatre vingt onze ans.

Au début du XXIe siècle, le trésor qu’on me filme devant mon ancienne Ecole Communale de la rue des Moines pour un documentaire sur la biographie.

Ecoutant à la Radio Edgar Morin parler du désastre planétaire, le trésor de la traversée de Paris en taxi.

Le trésor des illuminations de Noël tout le long du grand corridor du bâtiment axial de l’Hôpital Saint-Antoine.

Dans le 84, en tête de ligne à la Porte Champerret, le trésor d’attendre assise que le chauffeur prenne son service et démarre. L’archi-trésor de ceux qui auparavant regardent les passagers déjà installés. Ils ne sont pas nombreux à le faire.

Le trésor d’oser penser que le bonheur est une vertu.

Le trésor de cette visite aux Parents qui s’affaiblissent progressivement pour mourir sans qu’on les brusque.

Au retour, le trésor de l’employé du restaurant du Centre Commercial de Goussainville dans lequel pour me réinventer un monde à coup de nouvelles habitudes, je mange épisodiquement. Il me souhaite La Bonne Année et me serrant la main, me fait plaisir.

Le trésor de l’Auberge de Jeunesse de Florence à la Villa Camerata où j’ai dansé le soir avec tous ces Yougoslaves qui m’aimaient et à mon sujet, répétaient extasiés Une Parisienne ! En 1961 comme j’avais seize ans.

De l’autre côté de la rue dans l’appartement d’en face, ce jeune homme qui fait soigneusement les finitions de peinture du rebord des fenêtres. L’archi-trésor de mon attente de l’emménagement à venir.

Le trésor de cette nuée d’oiseaux volant en formation géométrique et exécutant plusieurs figures successives, toutes absolument symétriques.

Le trésor des framboises cueillies avec Maman dans les chemins de mon enfance. Notamment des années durant dans la vallée de Chamonix.

Le trésor de la splendeur physiologique d’Hélène Parmelin et de son mari Ernest Pignon tous les deux déjà très âgés.

Au mur du bistrot Le Saint Georges - pas très loin du Lycée - la photographie d’Yves Montand avec Edith Piaf. Le trésor toujours renouvelé de l’immarcescible gloire du cinématographe.

Avenue Franklin Roosevelt en 1964, le trésor du grand sourire de ce vieux Monsieur à cheveux blancs, assistant à l’arrivée de mon fiancé à vélo comme c’était loin d’être la mode ! Nous avions lui et moi rendez vous devant le Théâtre et je lui ai opportunément tendu sa cravate - rapidement tiré de mon propre sac à main - car nous n’étions pas en avance et à l’époque on ne badinait pas avec les codes en vigueur…

Le trésor de la Marie Brizard de mon enfance, cette liqueur réservée aux femmes à qui il était – de fait - interdit d’en boire d’autres.

Au dessus du Tarn, le trésor de cette colonne d’hirondelles s’élevant péniblement dans le ciel pour leur vol migratoire. Les oiseaux de tête se relayant et allant ensuite se reposer à la queue dans les derniers rangs.

A la fin de l’été, le trésor de ces corbeaux fonçant plein Sud sans revenir en arrière cette fois après plusieurs jours d’essais comme je les ai vus faire depuis mon installation au rebord du Causse Rouge.

L’archi-trésor de la créativité langagière capable d’inventer les néologismes dont on a besoin, et même cette fois au carré avec le laïcardisme. Un chef d’œuvre de rationalité sémantique.

Dans mon enfance Rue Clairaut, dans notre immeuble début de siècle, sur les murs du hall les céramiques avec leurs nénuphars revus par hasard dans un film et revenus encore, trente ans plus tard dans l’un de mes poèmes les plus tragiques.

Par l’intermédiaire de la peur à laquelle il est toujours possible de réagir de façon appropriée, le trésor de parvenir à transformer l’angoisse en action et l’action en survie.

Le trésor du lever du jour et du regain d’énergie qui en résulte.

Le trésor quand même de ma vie à l’Hôpital Saint-Antoine régulièrement fréquenté depuis vingt cinq ans et celui d’avoir guéri du cancer, même si la barbarie des traitements m’a laissée à moitié invalide.

Le trésor de commencer à avoir du mal à me remémorer les titres de mes livres publiés. La grâce absolue !

En remontant le Tarn, le trésor des bords de la Dourbie.

Le trésor d’avoir connu en paix et la Cisjordanie et la Transjordanie l’année même où mon alter ego faisait de son côté Damas-Jérusalem en taxi collectif. L’archi-trésor d’avoir fait la connaissance de ma future Belle Sœur, à Bethléem comme j’avais dix neuf ans.

L’archi-trésor de la créativité envers et contre tout. Et souvent contre tous !...

Le trésor de l’émotion que déclenche en moi la vue des hommes blessés.

Le trésor du Cousin Eugène qui le soir remontait de son garage avec la caisse pour s’endormir au premier étage dans son appartement, épuisé devant son poste de Télévision.

Brèche dans la muraille du rebord du Larzac, le trésor du Pas de l’Escalette avant l’élargissement de la route et ensuite sa nostalgie. Là l’archi-trésor d’un monde révolu.

Dans mon enfance, le trésor de la vie au sein du Groupement des Campeurs Universitaires que j’avais pris durant des décennies pour un mouvement socialiste. Mais c’était un phalanstère anarchiste.

Le trésor d’imaginer cette publicité pour le Viaduc de Millau, le plus haut pont du monde : Saut à l’élastique, on s’élancera le matin pour remonter avant la nuit !

Aux sources du Danube, le trésor de Maman furieuse parce qu’elle constate chez ma sœur et moi l’éveil de la sexualité avec le fils d’un ami de notre père. Elle nous bat pour l’unique fois de sa vie.

Le trésor d’un lever de soleil apocalyptique et des passereaux volants de conserve.

Le trésor des perce-neiges au jardin.

Le trésor du cadeau de Noël que je réussis enfin - avec un mois de retard – à remettre à Nadège qui s’occupe de mes Parents. L’archi trésor de constater que j’ai bien fait de l’emballer de façon très compacte car elle même l’a vivement enfoui au fond de sa poche, dans son vêtement de travail.

Le trésor de ce paysan sibérien disant qu’il ne peut même pas payer l’amende du braconnage puisqu’il ne touche aucun salaire.

Au passé absolu, l’archi trésor de ces vacances de Pâques à Rome la fameuse année 1968.

A mon réveil, le trésor d’entendre à la Radio ce morceau de musique d’un contemporain de Mozart dont - en dépit de mon effort - je n’ai pas pu retenir le nom.

Le trésor d’avoir compris dès mon enfance l’essence des classes sociales comme m’appelant par mon prénom, Grand Mère me disait Rentre, voilà les chefs ! Je n’ai jamais oublié sur quel ton. Je l’entends encore.

Le trésor d’une femme qui se recoiffe en se regardant dans la plaque de cuivre de la sonnette d’une porte cochère. Elle s’apprête à aller livrer son travail dans un grand carton à dessin.

Découvrant l’existence de John William, ce chanteur métis arraché à sa mère et déporté pour fait de résistance, le trésor de découvrir que c’est lui l’interprète du sublime Si toi aussi tu m’abandonnes dans le film Le train sifflera trois fois et non pas comme je le croyais le beau Gary Cooper. Je ne suis pas déçue, la vérité est encore plus belle. Il en est de même de la Chanson de Lara évoquant les tourments soviétiques.

Au matin, l’archi trésor de l’embrasement du ciel sur fond gris rose.

Le trésor de ma passion pour les palais de pierre du Boulevard Haussmann. Elle croît avec l’âge.

Comme Shoah, son film d’une durée de neuf heures trente a été projeté toute la nuit à la Télévision, le trésor de Claude Lanzmann répondant ce n’est pas mal à la journaliste qui lui dit qu’il a été regardé par trois millions sept cents vingt mille spectateurs et qui reprend ensuite Et ils étaient encore combien au matin ?

Dans le sous bois des Bossons, le trésor des toutes petites fraises sauvages et un peu plus haut celui de la rimaye du glacier du même nom. L’archi-trésor de franchir le torrent qui s’en écoule, tantôt en posant les pieds sur les pierres, tantôt en marchant dans l’eau, le flot battant alors chevilles et mollets…

L’archi trésor des grenouilles que j’aime presque autant que les lézards. Je ne dis rien des tritons ils sont trop rares ni des salamandres, exceptionnelles.

Le trésor de découvrir un nouveau poète Peter Bakowski dans la revue qu’on m’a envoyée le N°38 de la revue Traversées.

Pour un bal costumé l’été 1980 à Courchevel, dans une des maisons de la Ligue de l’Enseignement, le trésor d’avoir à un homme qui me le demandait, prêté ma belle et longue robe indienne.

A Fort de France, le trésor du Carnaval le Mardi Gras avec sa théorie de diables rouges et le Mercredi des Cendres tout le monde costumé en noir et blanc.

A la Salle de la Mutualité - comme j’ai sept ou huit ans - à la fête du Lycée Turgot où enseigne mon père, le spectacle de La Savetière prodigieuse de Lorca, jouée par ses élèves. Le trésor de cette sidérante découverte d’un art qui ne me quittera plus et m’illumine encore même si ce n’est plus que dans le souvenir...

Sur l’Altiplano bolivien à la fin 1969, envers et contre tout, le trésor de la compagnie d’autocar Morales Moralitas qui nous a froidement escroqués.

Entre le ciel et l’eau, les chaussées et les façades, la pierre et l’hiver, le trésor de cette traversée de Paris dans un camaïeu de gris à tomber à genoux.

Le trésor d’avoir accouché de ma fille à l’Hôtel-Dieu de Rouen devenue aujourd’hui la Préfecture.

Le trésor de mon œuvre presqu’accompli. Ces heures de travail enquillées dans la joie et les difficultés.

Le trésor de la pudeur et de l’innocence de ma génération de femmes. Pudeur qui perdure un demi-siècle après. On était comme des cartons sur lesquels étaient marqués Haut et Bas.

Le trésor des déjeuners chez un voisin dans un appartement du Vieux Millau, ces derniers étés.

Trésor d’un mari, trésor d’un amant, trésor de l’autre sexe.

Le trésor de Luis Bunel et de François Truffaut.

Dans les stations de Sports d’Hiver fréquentées dans mon enfance - en Suisse et en Autriche - le trésor les traîneaux à chevaux avec leurs grelots et leurs pompons rouges.

Le trésor d’un état-civil, avec et sans majuscules.

Le trésor d’une sépulture identifiée comme telle. Sans identification de la mort pas de spécificité de la vie.

Le trésor de l’Epte serpentant dans un vallon du Vexin.

Le trésor de la vie des gens.

Parce que je le laisse me doubler en serrant la voiture sur la droite, le trésor du motocycliste qui me dépassant me remercie du geste homologué, l’extension du pied au-delà de la pédale.

Aux Houches entre mes quinze et dix-sept ans, le trésor de l’Hôtel du Mont-Lachat.

Dans le Cirque de Gavarnie, en 1950 le trésor de cet orage qui sur nos mulets nous a trempé jusqu’aux os. Et l’archi-trésor de cette charge d’électricité convulsant mon corps et m’enseignant à résister.

Parce que mon autobus habituel - le 43 - a exceptionnellement et ponctuellement quitté son habituel trajet, le trésor d’emprunter à son bord l’Avenue Hoche et La Place de l’Etoile. L’archi-trésor de constater que cette rupture dans la monotonie des jours me requinque immédiatement. En réalité je dois au fond de moi souffrir d’un profond ennui qui n’est pas sans rapport avec la mélancolie de l’artiste.

A Bagnoles de L’Orne cette tranquille et normande station thermale, le trésor de la Vez qui coulait limpide au dessus des écrevisses installées au fond sous les pierres et des vairons qu’on pêchait à l’occasion après avoir ouvert et refermé la barrière à bétail pour pouvoir traverser le pré.

Dans mon adolescence, le trésor des bourgeois qui fréquentaient le Drugstore des Champs-Elysées et qui me paraissaient une espèce si différente de moi. En tous cas, la découverte des Classes Sociales.

Le trésor de Marie Claire Romarie - mon ancienne condisciple - comme nous allons lui rendre visite dans un immeuble crapoteux de la rue du Roi de Sicile où elle vient de s’installer depuis qu’elle a épousé un gentil flic monté de sa province. L’archi- trésor alors d’avoir été reçus en Vendée dans la ferme de ses Beaux Parents, d’avoir été chercher des fossiles dans la campagne environnante, d’en avoir trouvés et de les avoir encore dont une ammonite énorme – appelée aussi Cornes d’Amon parce qu’elle évoque celle des béliers d’autrefois - posée tout contre ma baignoire.

Le trésor de l’échelle du Temps. L’ancre de miséricorde face à toutes les douleurs de l’époque.

A la Martinique le trésor de la casaque que je me suis cousue sur le modèle local dans un tissu de madras rouge. Et par la suite toutes celles que j’ai fait sur le même modèle pour les copains.

Le trésor de Grâce Kelly épouse du Prince Rainier de Monaco disant à Diana Spencer lors de son mariage avec Charles d’Angleterre : Ne vous inquiétez pas ! Cela ne fera qu’empirer ! L’archi-trésor d’oser écrire que c’est bien vu !

Le trésor de l’acteur communiste Roger Hanin disant qu’il prie pour Dieu afin qu’il ne lui arrive rien et qui s’adresse quelquefois à lui en demandant De quoi je me mêle ?

L’archi trésor d’Arthur Miller disant qu’il est plus facile d’arrêter de fumer que d’arrêter d’écrire.

Plus malheureux que moi, le trésor du clochard qui m’a demandé à manger et à qui j’ai donné le paquet de crevettes que je venais d’acheter, ce qui apparemment l’a rendu content.

Le trésor d’un ami de vingt-cinq ans à qui on peut ouvrir son cœur et qui donne des conseils appropriés.

Grâce à la Radio et à la recherche sur la Toile, le trésor de connaître enfin le nom de ces deux mystérieux oiseaux bleus qui m’ont survolée au ras des cheveux et inspiré un poème. Il s’agit de merles métalliques.

Le trésor des conversations qu’il m’arrive d’entretenir avec les Résidents de la Maison de Retraite dans laquelle je viens en visite. Cette fois l’un d’eux me parle de son fils chercheur en immunologie. Je m’enquiers de savoir quels problèmes il rencontre.

Lorsqu’elles avaient encore leur gobelet attaché avec une petite chaîne - dans le Paris de mon enfance - le trésor d’avoir aux Fontaines Wallace bu avec la mère de ma mère. Même si ce n’était pas très hygiénique.

Parce que son auxiliaire de vie lui tend les mains pour l’aider à se lever, le trésor du sourire de mon père.

L’archi-trésor du patinage artistique en couple, à mes yeux la métaphore de l’amour absolu.

Le trésor de la voix de Serge Gainsbourg.

A cause du petit vin qu’on a bu et qui s’avère plus traitre qu’on ne l’aurait cru, le trésor de la difficulté de retrouver dans Sarajavo, la chambre qu’on a louée chez l’habitant. En 1966.

Avec ma Belle Sœur dans la campagne romaine, le trésor des pique-niques, le soir au soleil couchant sous les oliviers, mon aimé dans l’herbe, allongé.

Aux Iles Borromées comme j’ai quatre ans dans le nord de l’Italie, l’archi-trésor de la découverte décisive des mimosas rétractiles. Le vivant est plus vivant qu’on ne me l’a dit. Le roseau pensant n’est pas si seul au monde. Je décide de vivre envers et contre tout !

Dans la bassine en zinc dans laquelle elle fait notre lessive, le trésor de Marguerite Besrest qui met dans son eau de rinçage, des boules bleues qui non seulement ne tachent pas le linge mais au contraire le rendent d’un blanc encore plus éclatant.

A la Salle des Feuillants à Soissons au bal de Noël 1965 - faute d’avoir apporté de chez moi une tenue adéquate pour cette festivité imprévisible - la robe noire trouvée dans le hasard d’un placard par alliance, raccourcie pour la circonstance d’un ourlet relâché pour le plaisir au milieu d’une danse parce que cette fantaisie là dans l’enthousiasme paraissait possible… Et elle le fut ! Dans la corne d’abondance des souvenirs heureux celui là parmi bien d’autres.

Le long du talus qui guide le train de la gare du Pont-Cardinet au Bois de Boulogne de mon enfance, la splendeur des iris qui du coup deviennent pour toujours mes fleurs préférées. Et plus encore que déjà mes trésors, les pivoines et les roses.

Avec mon alter ego, au zoo d’Anvers le trésor du spectacle incongru d’un chimpanzé si cabotin qu’il attendait d’avoir suffisamment de public pour commencer son numéro. L’archi-trésor dans la même ville de la belle et sage nuit à l’Hôtel Albert Premier après l’Auberge de Jeunesse de Bruxelles.

Au delà du refuge de haute montage, comme j’ai treize ans dans le ciel mauve, l’archi-trésor absolu de Maman cette fois exceptionnellement heureuse lors de cette promenade en montagne avec ses trois enfants et son mari. Et parce qu’il est trop tard pour retourner dans la vallée par le télésiège du Col de Balme déjà fermé, la descente à pied à travers les alpages de Charamillon au milieu des renoncules et des rhododendrons. Que brille à tout jamais l’intensité bleue des gentianes dont je connais presque toutes les variétés.

A la faculté de Droit du Panthéon dans la Grande Galerie en marbre, le trésor de ce flirt tunisien comme je suis dans ma robe rose en shantung avec mes gants longs et blancs, tenue inaugurée pour le mariage de mon frère l’année précédente en 1961.

Le trésor du changement de train à Bécon-Les-Bruyères lorsque depuis les Batignolles nous allons à Suresnes avec Maman visiter Tante Louise, la sœur de son père. Dans le jardin de celle-ci l’archi-trésor d’une tortue avec qui je sympathise. On a la société qu’on peut. Et lorsqu’ils sont là, déchaînés les jumeaux Roumillac avec qui je partage des ancêtres communs. En somme mes petits cousins.

Le trésor des cerises partout y compris pendues aux oreilles ou dans la fameuse chanson qui déchire le cœur lorsqu’on l’entend. Pas trop souvent heureusement, sinon on ne pourrait plus vivre.

Le trésor du Grand Palais même dans les Octantes où lors d’un Salon du Livre la verrière cassée laissait passer l’eau qui gouttait sur la table où étaient installés mes livres que je devais signer.

Dans une allée du Parc Monceau, le trésor d’Annie de Richebourg faisant la révérence à ma grand-mère qui m’y promène souvent. Dans mon enfance bien sûr, mais la rotonde de l’octroi construite par Ledoux et les grilles rutilantes sont toujours là. Plus que jamais. Pas besoin de nostalgie, ce lieu là est toujours au présent.

Trésor de l’harmonie parfaite de la Place Wagram.

Le trésor des marrons guettés chaque automne et les premiers glissés en douce au Lycée dans la boite à lettres de la collègue préférée.

Le trésor d’une promenade au Bois avec Maman et l’une de ses camarades, ma marraine. Avec ses deux enfants aussi Philippe et François. L’archi-trésor de leur patinette que sans barguigner, ils me prêtent.

Le trésor d’être née à Paris de mes deux Parents, eux-mêmes natifs de la même ville.

En pleine rémission après l’horrible traitement médical, le trésor de ma promenade à Marrakech à l’arrière d’une calèche à la Noël 1983, déchirée entre la beauté du monde et la nécessité de surmonter ma peur d’être seule avec le cocher dans une ville inconnue.

Depuis les bords de la Svir après dix jours sans contact, le trésor d’entendre enfin dans le téléphone la voix de mon père en France. L’été 2000 comme en provenance de Moscou, je vais bientôt atteindre Saint-Pétersbourg le terme de mon voyage par les voies navigables.

Le trésor d’avoir su autrefois non seulement changer une roue de voiture mais y monter les chaînes pour rouler dans la neige, même si depuis – faute de pratique - j’ai oublié.

Le trésor de ce coin de campagne, d’une beauté à crever. Et d’ailleurs j’en crève. Lentement mais j’en crève.

L’archi trésor de mes amours avec les hommes aimés.

Le trésor d’avoir taillé la route de dix huit à vingt sept ans et d’avoir recommencé ensuite sous une toute autre forme. L’archi-trésor de nos croisières terrestres, faute de mieux ce taillage de route à la journée !

Le trésor de mon grand père Dherbécourt, ornementaliste dans son travail au Café de la Rotonde quand Montparnasse était à la mode après la guerre. La réputée Grande Guerre.

Avec Maman, Boulevard Voltaire le trésor de nos soirées au Cinéma Le Savoie à la sortie du métro Charonne. Au temps d’Audrey Hepburn et de Yul Brunner, ces populaires acteurs vedettes.

Le trésor d’entendre cet ami m’informer qu’il ne sera pas là durant les Vacances de Pâques, parce qu’il va bricoler chez un copain, dans son château.

Le trésor de ce professeur qui m’écrit des Etats Unis des choses bouleversantes concernant mon livre Ordre relativement chronologique qu’il a fait lire à ses élèves. Cherchant sur Internet, j’apprends que c’est apparemment dans une classe de New York que cet ouvrage a si remarquablement fonctionné.

L’après midi, le trésor de téléfilms allemands traitant des problèmes de société avec une radicalité que n’a même pas ici l’Extrême-Gauche.

Le trésor de mes Parents encore vivants, même si lors de ma visite Maman ne me reconnait pas et que Papa pionce allégrement. L’archi-trésor de l’auxiliaire de vie qui cache pour moi les boites métalliques lorsqu’elles sont vides de leurs biscuits, afin que personne d’autre ne les emporte !… C’est d’ailleurs moi qui les apporte…

Comme j’ai vingt ans, le trésor d’écouter Henri Denis m’enseigner dans le Grand Amphithéâtre de la Faculté, L’Histoire de la Pensée Economique alors même qu’au dessus de lui la verrière est cassée et que debout à la tribune, il déplace ses notes pour qu’elles ne soient pas mouillées.

Durant les trois ou quatre jours de bateau qui nous ramène d’Haïfa à Marseille l’archi-trésor de lire en anglais La nuit de l’iguane de Tennessee William, achetée à la boutique du bord parce qu’il n’y avait rien d’autre de plus accessible.

Au restaurant du Centre Commercial de Goussainville, le trésor sur le comptoir, des différences de couleur des bières dans les verres des buveurs.

Depuis le Causse Rouge, le trésor de la traversée du Larzac pour aller à la Chapelle des Pénitents de Nant au bord de la Dourbie, assister à la représentation d’une pièce de Strinberg. L’archi-trésor du retour dans la nuit, sans angoisse.

Le trésor de signer et persister dans l’achèvement de mon livre Essai sur la négation de la mère alors même qu’on vient de m’en refuser la publication au motif que C’est trop compliqué… Ce que je ne nie pas. On fait ce qu’on peut. Je ne suis pas la maîtresse d’œuvre de mon œuvre. Difficile à croire et pourtant c’est vrai, la contrepartie en étant qu’elle se fait toute seule, ce qui ne veut pas dire sans travail !…

Le trésor de l’expression Les neiges éternelles et de mes sanglots en la prononçant.

Le trésor de Jean Vilar et de son Théâtre National Populaire. Son absence de décor, sa distribution du texte imprimé à chaque spectateur et sa volonté d’en empêcher les retards. J’entends encore les trompettes qui remplaçaient l’aigrelette sonnette d’avertissement traditionnelle dans d’autres lieux à l’approche du début du spectacle…

Agée de dix sept ou dix huit ans, l’archi trésor de la crise de nerfs qui dans ce même théâtre m’embrasa toute entière en entendant la prophétie du professeur dans Les Enfants du soleil d’un certain Gorki, mon père m’évacuant aussitôt et me soutenant pour remonter l’immense escalier qui me ramenait à la lumière du jour. Le trésor de m’inquiéter aujourd’hui de ce que les acteurs ont pu éprouver à m’entendre en écho à leur texte, comme une chienne hurlant à la mort. L’acmé de l’art théâtral au détriment de la transfiguration contrariée.

Le trésor de tous ces spectacles de théâtre dont je ne pourrais jamais faire le compte et dont j’ai perdu toute trace.

L’archi-trésor des stalactites au rebord des toits dans les stations de Sports d’Hiver de mon enfance. La vision de l’alliance de la puissance de la matière et de celle de l’Homme.

Le trésor de tous ces beaux types qui ont enchanté ma jeunesse et parmi eux les acteurs Clark Gable, Gary Grant et Gary Cooper et après eux Alain Delon et Jean Louis Trintignant sans compter Raf Valone et Maurice Ronet. L’archi-trésor d’apprendre après sa mort qu’Anthony Quin avait une mère indienne et que pour Marlon Brando, c’était sa grand-mère.

L’archi-trésor de ma visite solitaire au Musée des Beaux Arts d’Helsinki. La découverte médusée de très grands peintres dont je n’avais auparavant jamais entendus parler.

En Autriche au début des années Cinquante, le trésor de la découverte interloquée d’un tout autre système de literie.

Le trésor de ce titi parisien employé chez un concessionnaire Peugeot vitupérant les autres travailleurs à ses yeux insuffisamment performants d’un Avec de pareils Jockeys on n’est pas prêt de gagner le prix d’Amérique !

Le trésor de l’air ahuri de cette libraire spécialisée à laquelle j’achète une pile de livres en disant avec mon au revoir, A dans cinq ans ! L’archi trésor de cette plate adéquation de la forme et du fond, l’une des bases de l’esthétique.

 

Troisième Cahier

2005

L’archi-trésor de ma vie professionnelle désormais presque totalement achevée.

Le trésor de toutes ces vacances de Toussaint que j’ai pris sur moi d’inventer, presque toujours à contre courant, spécialement celle des Vosges, d’Evian ou les toutes dernières à Menton. Lors de celles de cette année 2005, je serai à la retraite !

L’archi-trésor des livres de poche, cette corne d’abondance absolue.

Le trésor d’entrer dans le restaurant voisin du Lycée, au motif qu’ils ont affiché à l’extérieur Raie à la vapeur.

Maman étant très âgée, le trésor de ses remerciements, comme je lui rappelle le meilleur souvenir que j’ai d’elle préparant à Sciez au bord du lac, ma bouillie de toute petite fille et en faisant une quantité suffisante pour être sûre qu’il en restera assez pour nourrir aussi - sinon également - le hérisson familier de notre installation. L’archi-trésor de retrouver pour et avec cela, le mot aristose du nom de la farine maltée qu’à l’époque mangeaient les mômes.

Le trésor d’entendre à la question Que fait ton père répondre avec assurance Il est médiéviste !

Le trésor de ce groupe de femmes cherchant ensemble quel serait le meilleur nom à donner à l’enfant à naître.

Le trésor des palmiers sur la Côte d’Azur.

Le trésor de mes voyages en taxi et des conversations fournies que j’entretiens avec les chauffeurs. Je n’hésite pas à le dire, j’ai la langue bien pendue et eux aussi !

Une fois unique dans ma vie, l’archi-trésor de mes deux Parents chantant en duo un passage de l’Auberge du Cheval Blanc.

En tant que mariée, le trésor d’avoir échappé à la dot qu’elle ait été versée ou perçue.

Le trésor des immeubles en pierre.

Le trésor du bal du Quatorze Juillet 1960 à Saint Jean en Royans. Et le flirt avec un beau jeune homme brun et sensuel. Impossibilité pourtant de retrouver son prénom.

Le trésor des Platers écoutés sur l’électrophone de ma grande sœur. Leur tube Only you mais pas seulement. C’est bientôt la fin de la ségrégation.

Le trésor d’un linge familial qui sèche entre deux poteaux blancs.

Le trésor de ce hameau d’une exceptionnelle beauté.

Le sourire de cet homme qui tient son stand dans un vide-grenier. Je regarde les livres de la Petite Collection Maspero qui faisait fureur dans les Septantes. Le trésor de l’échange de nos affects comme nous évoquons ensemble, l’effondrement de l’URSS.

Sur un autre stand où j’achète un lot d’images, le trésor du vendeur qui me reconnait et comme apparemment il m’apprécie, me fait dit-il un prix d’ami.

Le trésor de découvrir que l’Amérique m’a aimée avant même que je la découvre. Au commencement pour moi, elle avait nom William Faulkner.

Le trésor de ma collection d’images pieuses, véritable série d’icônes que je n’ai jamais vu personne identifier comme telles.

Le trésor du bouquiniste qui me vendant pour un euro Brumes de Francis Carco en livre de poche, n’hésite pas pour vanter l’article à me dire que c’est avec Jean Gabin et Michèle Morgan. Et même en admettant ce poétique paradoxe, il confond avec le Quai des Brumes de Mac OrlanCela ne fait rien. C’est un trésor quand même et au carré.

Le trésor d’avoir taillé la route. Je sais l’avoir déjà dit mais on ne la taille jamais exactement deux fois de la même façon. La jungle étant toujours nouvelle, le chemin lui-même est toujours incertain.

Le trésor de me faire une natte pour aller au Lycée, à l’aube de mes soixante ans. Il est bien temps ! L’affaire est pourtant connue, la vieillesse retombe en enfance.

Le trésor de découvrir que le plus gros de ma souffrance est venue de mon ignorance. Celle des filles que par principe à l’époque, on tenait en dehors de l’instruction et de celle de mes Parents qui eux-mêmes ne savaient pas grand-chose.

Le trésor turquoise de ma veste en velours, inaugurée pour ma conférence faite en l’An 2000 sous les voûtes de l’Université Sainte Marthe d’Avignon. De toutes mes communications ejusdem farinae, la plus belle et la plus sacrée trois heures durant dans un silence religieux.

Prononcé par mon père lorsque j’étais enfant, le trésor de l’interdiction des mutilations - fussent elles minimes - comme la perforation des oreilles pour y accrocher des bijoux. En dépit de mon regret de ne pas pouvoir en porter, l’archi-trésor de ma fidélité à ce principe. En matière de boucles, celles qui ont des pinces sont inconfortables et non sécurisées.

Dans un téléfilm allemand, le trésor de découvrir que pour nos voisins, Paris c’est la gare de l’Est.

L’archi-trésor de l’homme et de la femme comme les deux moitiés du monde. 

Le trésor des pavillons de l’octroi à Gournay en Bray.

Face à un nihiliste à qui j’oppose La Loi de Thomas Mann, le trésor politique de me faire moucher.

Le trésor des Rameaux avec cette femme à vélo dont le buis béni sort de l’une de ses sacoches !

Avicenne avait vingt ans en l’An Mille. Le trésor d’apprendre que lorsque la Bibliothèque de Boukhara a brûlé, les gens se sont dit que ce n’était pas grave puisque lui il avait tout dans la tête.

Le trésor de contempler la rénovation de la verrière du Grand Palais. Toile d’araignée elle est aérienne, pathétique et esthétique.

Au jugé, le trésor d’attribuer à un immeuble, la date de construction de 1930 et de lire éblouie sur la plaque où est gravé le nom de l’architecte celle de 1932.

Verdissant massive et décidée, le trésor de découvrir la Place Wagram dans un printemps en armes.

Dans un dispensaire, le trésor de la rencontre dans le quart d’heure programmé, d’une gynécologue hors pair.

Le trésor du refus de la haine, ascèse que je m’impose depuis toujours.

En classe, le trésor de mes quelques élèves qui travaillent. Plutôt dans les premiers rangs.

Le trésor de découvrir sur un meuble un livre acheté par un autre, de le lire, d’être charmée et étonnée par cette féconde découverte.

Le trésor de la saharienne que Maman m’avait donnée pour mon voyage en Afrique en 1967 et l’obligation un jour d’être acculée à m’en débarrasser de façon violente. L’archi-trésor d’avoir choisi la vie plutôt que cette mort confusionnelle et le terrible regret d’autres actes vestimentaires ejusdem farinae.

Le trésor de cette expression latine et le besoin de temps à autres de la prononcer en classe, lorsque je me sens à deux doigts d’être broyée.

Le trésor d’avoir par moi-même découvert en les lisant, un certain nombre de Philosophes des Lumières pas si connus que cela. Non seulement De Raynal mais aussi Lacépède.

Le trésor de cette phrase de Tocqueville Ces arguments de sauvages qui sacrifient l’avenir au présent.

Au Rostand le trésor de la rencontre fortuite de certains de mes amis qui ne se connaissent pas et que du coup je présente les uns aux autres. Plus généralement l’archi-trésor de cet établissement dans lequel j’ai mes habitudes.

Le trésor mitigé de trouvé l’un de mes livres dans la boite d’un bouquiniste Rue des Ecoles.

A la Martinique, le trésor de la presqu’île de la Caravelle en 1969 comme déserte entre mer bleu des mers du Sud et cactus, à la recherche de coquillages somptueux et pléthoriques. Pour y aller le chemin n’était pas asphalté ni les ruines du Château Dubuc, dégagées.

Le trésor du Professeur de Littérature corrigeant sans ménagement la faute de prononciation d’une élève, fut elle une doctorante.

A Paris le trésor de cet autre professeur qui m’enseigne dans ses cours et après m’avoir entendue dans un séminaire lire mes poèmes, me dit Vous avez la voix de vos textes ! Phrase paradoxale s’il en est !

A l’heure de la dénonciation en France, des soixante dix mille mariages forcés annuels, le trésor d’avoir lutté pour accomplir le mien selon mon désir, ma volonté et mon souhait.

Le trésor de la mise à jour de mon site littéraire avec la liste de mes articles théoriques qui s’allongent.

Lundi de Pâques 2005, le trésor de porter à mes Parents un dauphin en chocolat.

En Première Trois, le trésor d’une élève amoureuse appuyant sous la table son pied contre la jambe de son aimé.

Les trésors variés des Jardins du Trocadéro dans lesquels j’ai joué enfant et des fêtes d’Epiphanie chez ma Tante Irène qui habitait à côté. Elle venait nous chercher chez nos Parents et nous faisait en autobus traverser tout Paris. L’archi-trésor de l’illumination de l’Arc de Triomphe devant lequel on passait.

Le trésor de la Coupole des Invalide rutilant en plein soleil derrière l’Ecole Militaire comme on arrive à pied de la Motte-Picquet.

Le trésor partout des magnolias.

Dans les champs, le trésor des engins agronomiques en action.

En matière de conservation, le trésor amer d’avoir détruit mes œuvres de jeunesse, un épais journal tout plein de ma ferveur du monde et une dizaine de nouvelles.

En matière d’iniquité, le trésor de recourir à l’ancre de miséricorde qu’est l’Institution judiciaire.

Le 11 Juin 2005 le trésor de ma communication au Colloque de Paris VIII Vincennes Saint Denis, à la fin de laquelle un espagnol admiratif a crié Olé !

Le trésor d’un troupeau de vaches normandes qui ont réussi à refouler les hollandaises, ultra productives mais condamnées par les quotas.

Dans ma jeunesse dans les gares, le trésor des salles d’attente ouverte à tous et placées sous la sauvegarde des Cheminots, du coup en sécurité absolue.

L’archi-trésor du Val-de-Grâce restauré. On dirait un palais impérial et cela en est peut être un.

Comme Paris est bloqué - les CRS attendant les manifestants - le trésor de cet autobus abandonnant complètement le parcours normal de sa ligne au profit d’une traversée de la Capitale totalement incongrue et fantastique. J’en félicite le chauffeur qui n’en revient pas.

A la Cité Universitaire, le trésor de retrouver vivants le couple de canards mâle et femelle que deux étudiants asiatiques pourchassaient vivement la quinzaine précédente. Près du Collège d’Espagne.

Le trésor d’avoir réussi une bonne partie de la promenade depuis le Lycée jusqu’aux Grands Boulevards. Promenade que je faisais autrefois aisément et cela presque intégralement après que le rebouteux m’ait décoincé le bas du dos. J’avais parait-il une vertèbre retournée sans trop comprendre de quoi il s’agissait exactement.

Avec deux autres Intellectuelles dans mon genre, l’archi-trésor de ce déjeuner à parler de nos mères. Elles de leur excès de liens avec la leur et moi de leur absence avec la mienne ainsi que de toutes les conséquences - qui pour chacune de nous différemment - en ont résulté au passé et encore au présent. Stupéfaction de découvrir qu’en fait je ne suis pas la plus mal lotie.

Le trésor de Bernard Briquet que j’aimais d’une affection très profonde et qui disait avant de se suicider en 1983 Je ne connais Dieu que par son absence. La dernière promenade faite avec cet ami derrière la villégiature du Causse Rouge et la surprise d’avoir ensemble débusqué un très long serpent. L’archi-trésor de lui avoir proposé de rentrer à Paris pour habiter avec nous.

Le trésor de ces enfants qui de dehors ne me voient pas mais me sachant là dedans m’appellent par mon surnom. L’archi-trésor de leur répondre Je suis .

Le trésor de la caravane des camions rouges du Cirque Zavatta traversant Gisors.

Le trésor de mes ancêtres de la Forêt de Chaux. En Franche Comté.

Le trésor de certains vallons normands et des étés à la Villégiature.

Au début des Nonantes sur la Dourbie à Nant, le trésor de l’impossibilité d’entrer dans un bistrot tellement à l’intérieur l’odeur de pastis prend à la gorge.

Le trésor de Catherine Frot disant au sujet de la vie conjugale Quand il n’y a pas, ce n’est pas grave, il y aura.

Le trésor de la femme de chambre de la Maison Brière qui pousse un cri comme je lui dis que je vais avoir soixante ans la semaine prochaine. J’en ai la chair de poule dit elle pour exprimer son effroi et sa stupéfaction.

Le trésor de la représentante des Editions Citadelle et Mazenod que je quitte après conversation et achat d’un ouvrage sur les abbayes parce que j’en ai tant vu de tous ces lieux et tant aimé et que je crains invalide de ne plus pouvoir y retourner. Avant de partir, elle me dit vous êtes un soleil.

Le trésor de ce collègue arabe discriminé par son Inspecteur et lui faisant dire par l’intermédiaire du syndicat que l’entretien avait été plutôt un interrogatoire de la Gestapo qu’un entretien pédagogique.

Le trésor d’acheter, racheter plutôt pour un lit de quarante ans après, un Tréca Pullmann Impérial exactement semblable au précédent. La seule différence étant les vingt centimètres supplémentaires dans la largeur comme dans la longueur et les prix multipliés par huit.

Rue Monsieur le Prince dans l’un des restaurants, le trésor plutôt inattendu de lire au fond des toilettes sur un panonceau apposé sur un mur en grosses pierres Pissez cool, il en a vu d’autres le rempart de Philippe Auguste ! Et l’archi-trésor d’admirer sur le fond comme sur la forme, l’esprit parisien. Pas parigot. Ni titi parisien. Ni Germanopratin non plus. Parisien !

Le trésor de redécouvrir le mot bourbillon et de se rendre compte à partir de lui que les furoncles courants dans mon enfance dans les Années Cinquante, ont désormais disparu.

Le trésor des jacinthes bleues dans les sous bois parisiens. Le 23 Avril.

Le trésor de la Carrière de Meulan et le souvenir de nos promenades d’il y a quarante ans. Et tout spécialement une fois à cet endroit là, l’accueil dans un restaurant au bord d’une quelconque route, cantine ouvrière épicée au goût des émigrants - travailleurs de force - comme la patronne nous découvrant nous les jeunes bourgeois entrés chez elle par hasard nous a installés à l’écart du mieux qu’elle a pu dans sa salle à manger privée. L’archi-trésor de sa somptueuse platerie de pacotille qu’elle a sortie alors pour nous. Que la lumière brille sur elle éternellement !

Le trésor en contrebas de la Centrale de Porcheville.

Le 25 Avril 2005. L’archi-trésor de la transfiguration du visage de mon père lorsqu’il me voit arriver.

En Provence - lors des vacances de mon enfance - le trésor des eucalyptus. La découverte expérimentée d’un ailleurs autrement. Le commencement de la grammaire. Et avec elle de la métamorphose.

Me conduisant dans sa voiture à l’Aéroport de Montréal, au volant dans la tempête de neige à une vitesse inconnue en Europe, le trésor d’Armand et de mon hésitation entre la peur et le ravissement. L’archi-trésor de l’avoir aimé lui, Maïr son épouse et leur commun accueil au Canada.

Le trésor de mon laveur de carreaux qui à peine arrivé m’annonce tout à trac qu’il a des questions à me poser sur la Constitution Européenne.

Le trésor de savoir que ma meilleure alliée c’est la Raison des Lumières et que je la dois à l’enseignement de mon père et à celui de la République.

Le trésor de glandouiller un peu après une vie toute entière consacrée au travail…

Le trésor du Palais de Chaillot et de cette arrogance de la modernité, sûre d’elle-même et non dépourvue d’arguments.

Le trésor de découvrir le Droit. Fut-il concédé et à Montélimar celui qu’on m’achète au passage une barre de nougat à mon goût. Celui à la pistache qui avait pourtant mauvaise presse dans la famille !

A Berlin, le trésor du Musée du Mur et des nouvelles constructions dans le Quartier Sony, cette merveille architecturale.

La mort subite, La fin du monde. Le trésor de ces noms de bières absolument extravagants.

Le dimanche midi, le trésor de la Brasserie L’Espace Saint Cyr qui regroupant au fond de sa salle les isolés et les solitaires finit par la transformer en cantine publique du quartier.

Le trésor d’un déjeuner gastronomique qu’on m’offre dans un beau restaurant de L’Ile Saint Germain que je découvre. L’archi-trésor loufoque d’apprendre à quoi cette bombance est due.

Le trésor de découvrir dans ma ville de nouvelles lignes d’autobus dont j’ignorais tout et qu’elles soient désormais liées à mes nouvelles activités. Même si c’est en raison de mon début d’invalidité, ce sont de nouvelles sources de satisfaction.

Le trésor de découvrir que finalement je ne me débrouille pas si mal dans la vie.

Le trésor de me trouver un matin de printemps à partir en ville en ballade, à en retrouver l’état d’âme et la joie du corps libéré, si typiques.

L’après midi, le trésor des téléfilms allemands et à travers les métaphores amoureuses du scénario, les débats sur la nécessité d’une bonne gestion au sein des entreprises. Ils remplacent pour moi les Travaux Pratiques que je faisais avec mes élèves - lesquels me manquent désormais - contrepartie de ma démobilisation professionnelle. On vicarie ce qu’on peut comme on peut…

Le trésor du petit job de secrétariat de mes quinze ans. L’argent de poche gagné me permettant l’achat d’une veste en daim très à la mode à l’époque et des promenades à cheval dans le Vercors. Les deux - sans cela - au dessus des moyens financiers de ma famille.

La seule chose à opposer à l’horreur du monde, le trésor de la bonté. Et aussi de la sainteté. Entendons la sainteté païenne, celle de la permanente célébration du monde!

Le trésor des anolis, ces petits lézards verts antillais qui circulaient à l’aise sous la véranda et qu’on retrouvait le matin installés dans la vaisselle des repas, accoudés sur le rebord des bols. L’archi-trésor de celui qui logea chez nous plusieurs saisons dans un bouquet de bambous dans un coin du bureau et de notre tristesse comme il périt malencontreusement lors d’une désinfection généralisée. Une nostalgie du Douanier Rousseau et des commencements du monde.

L’archi-trésor du film de Marcel Pagnol Naïs avec l’acteur Fernandel à son sommet.

Au Lycée Colbert dont le Censeur Carassus est un ami de mon père, le trésor de la visite que nous lui rendons un dimanche. Autorisée à jouer avec ses enfants dans l’ensemble de l’Etablissement, le trésor de croiser au détour d’un couloir trois internes consignés avec leurs blouses grises ouvertes simplement passées sur leurs pyjamas. Pour toujours dans mon Grand Meaulnes à moi, l’apparition qui a fécondé toute ma vie. Plutôt que la surréalité du monde, son double fond.

Le trésor d’avoir assisté sans le savoir à la naissance de la Confédération Paysanne.

Arrêtée au feu rouge, une Mercédès mauve dans laquelle on voit l’avant bras d’un homme portant au poignet une gourmette en or et en diamants, une alliance au doigt, la main posée sur sa jambe prince de Galles, une belle cravate prise dans sa ceinture de sécurité. Je n’ai pas vu son visage. Cela ne fait rien ! Quel trésor cinématographique !

Le trésor de la promenade dans le Ravin du Baldagou à la recherche des ancêtres de ma progéniture. Leur maison a pu être n’importe laquelle. Au XVIIIe siècle.

Dans mon adolescence, le trésor d’avoir vu au Cinéma Les cinquante cinq jours de Pékin avec Ava Gardner et Maman toute aussi belle.

Sur une place de Moscou, le trésor du regard que Jacques Chirac jette à la statue du Général de Gaulle nouvellement dressée. La conscience triste de sa propre déception.

Le trésor de cette femme qui appelle à voter non au référendum en disant C’est l’institutionnalisation de la dictature et il y a des moments où il faut savoir dire non !

A côté du Lycée, le trésor de la pharmacienne qui me dit Vous êtes la cliente en or. Il est vrai que je ne mégote pas. La vie est trop tragique pour ne pas être agréable.

Le trésor de la Cadillac vue Faubourg Poissonnière et de la fierté modeste de son conducteur.

A Millau, le trésor de la Place du Marché avec ses arcades et ses restaurants dont les tables occupent maintenant la totalité du terre-plein.

Comme on nous l’a demandé pour les Travaux Pratiques de Sciences Naturelles en Classe de Sixième - l’année 1955-56 - le trésor de Maman qui fait cuire un lapin et m’aide à en récupérer tous les os pour les coudre en ordre sur un grand carton afin d’en reconstituer la forme du squelette. L’archi-trésor de retrouver mon professeur comme en 1972 je suis à mon tour nommée dans l’établissement et que je peux lui raconter l’anecdote.

Le trésor de la route Paris Soissons que j’ai tant aimé parcourir pendant des années.

Le trésor d’exister et à partit d’un certain âge, de perdurer.

Le trésor d’apprendre que Verlaine avait demandé à Victor Hugo d’intervenir pour le rabibocher avec sa femme.

Parce que je suis malade et ne peux pas cette fois aller à la Comédie Française comme notre abonnement le prévoyait, l’archi-trésor de Maman qui pour m’en consoler, a pensé à m’apporter un Mont Saint Michel imprimé en couleurs sur du carton à découper et à installer en cercles concentriques sur la table de salle à manger.

Pour une cause dont je ne me souviens plus, comme mon père s’enflamme en déployant toute son éloquence et son emphase, son ancien instituteur du quartier Saint Bernard à la Chapelle, Monsieur Bastens - exceptionnellement chez nous en visite - lui dit Tu prends ta température ? Mon géniteur s’en arrête net comme flingué en plein vol. Le trésor de découvrir du coup que quelqu’un a le droit de le critiquer voire même de le censurer.

Avec Papa et Maman qui m’y emmènent pour la première fois, le trésor d’assister à une représentation de Manon Lescaut à l’Opéra Comique et d’en sortir pantoise et décontenancée.

Le trésor d’Alexandre Adler parlant des petits pays des Balkans en disant d’eux qu’ils sont le pare brise éclaté de la Yougoslavie.

Au Café Schiller à Amsterdam avec Michèle Ramond en 1992, le trésor de vaincre nos deux timidités pour tenter de faire connaissance.

A la sortie de la Patinoire Molitor où nous emmènes régulièrement notre professeure d’Education Physique du Lycée Hélène Boucher, le trésor de la limonade que je vais boire au comptoir du bistrot voisin avec une comparse qui comme moi rue dans les brancards. L’impression de m’envoyer en l’air et pour l’époque et mon âge, c’était vrai !

Entre deux parties de foot avec ses ouailles, au Presbytère des Saints Anges Gardiens de Saint Maurice dont l’un des oncles est Le Curé – en banlieue parisienne - le trésor des réunions de ma Belle Famille. L’archi-trésor de la dizaine des collatéraux tout autour de la table avec leurs familles et de la cloche du clocher, prénommée du nom de leur mère à eux tous.

Le trésor de mes réveillons de Noël réunissant mes deux familles dans une débauche de beauté, de nourriture, de vaisselle et de cadeaux. Il me faut deux jours pour les préparer et un troisième pour ranger. Je le fais sans rechigner, tout au contraire.

Dans une brocante, le trésor de ce jeune homme essayant un pantalon de velours côtelé dans le style de l’intelligentsia des Années Soixante. Certes l’habit ne fait pas le moine mais visualise au moins les aspirations. Je l’aborde en lui disant que chaque génération doit refaire le monde pour son propre compte et non pas en copiant celui de ses parents.

A Paris VIII au Séminaire de Montserrat-Prudon, le trésor de ce derviche tourneur invité qui avant de tourner effectivement, se présente : Je suis né à Casablanca mais je suis natif d’un petit village d’à côté de Zagora. A cette aune je pourrais moi-même dire : Je suis née à Paris mais je suis native d’Arvillard - ce creuset des Hyvrard - ce plus ancien nom de Savoie, celui des marchands d’ambre et tout serait beaucoup plus clair….

Téléphonant à mon père dans sa Maison de Retraite à Brière, le trésor d’entendre son auxiliaire de vie lui passer le combiné en annonçant mon prénom.

Le trésor d’un lapin médusé sur le rond-point fleuri d’un carrefour de Goussainville.

Alors qu’il est devenu dépendant, le trésor de raconter que mon père a été emmené voter et qu’il a fait – selon ses propres mots - comme je lui avais dit. Miracle de sa confiance.

Le trésor des Sources du Danube et des Chutes du Rhin.

Le trésor d’avoir avec Papa vu Laurence d’Arabie et avec toute la famille Cléopâtre dans la gloire des séances de cinéma de la Haute Epoque.

Le trésor de lire dans un magazine qu’il fallait voter Non au référendum, ne serait ce que pour voir Dimanche soir la tête d’un type nous dire que cela allait nuire à la candidature de Paris aux Jeux Olympiques…. Figaro n’est pas mort…

En remplissant un questionnaire, le trésor jubilatoire de cocher pour la première fois la catégorie à laquelle désormais j’appartiens, à savoir : Retraitée.

Le trésor de retrouver au bon milieu de l’Aérogare nos sacs de voyage, oubliés par le bagagiste de Caracas où - miracle - on a du retourner parce qu’à cause de la tempête à Bogota notre avion n’avait pas pu atterrir et avait impérativement dû rebrousser chemin. Fin 1969. L’archi-trésor de la firme qui nous a emmenés coucher au milieu de la nuit dans un palace comme on n’en n’avait jamais vu, le groom portant cérémonieusement nos deux sacs gris en toile de l’époque, rescapés.

Le trésor du passage de la frontière suisse dans les Années Cinquante lors desquelles, le douanier tolérait sans taxes, l’importation des deux plaques de chocolat que Maman la plus polie de nous tous, lui déclarait tout à fait sincèrement.

Le trésor de ces oiseaux qui s’installent de plus en plus nombreux et variés dans ma cour. Cette fois c’est un rouge-queue. Incroyable !

Lorsqu’on a écrit La formosité (Inventaire de la beauté et de toutes les formes de forme) le trésor d’apprendre que c’est à cause de la sienne que Formose a été ainsi nommée.

Par ce temps de canicule, le trésor d’entendre à la Radio un chauffeur d’autobus dire qu’on pourrait faire cuire un œuf sur son tableau de bord. Ce n’est ni une métaphore ni un commentaire mais une plainte.

Le trésor d’apprendre que c’est en 1957 qu’il y a eu le plus de spectateurs au Cinéma. C’est sans doute ce que j’ai – dans ce domaine - intuitivement nommé La Haute Epoque.

Le trésor de mes futurs Beaux Parents rendant à mes Parents une visite protocolaire pour leur demander ma main, pour leur fils.

Le trésor des Assemblées Générales étudiantes où pour s’opposer à ce qui se disait, on avait le choix entre Ne pas prendre part au vote, s’abstenir ou voter contre ! Et cela après s’en être expliqué entre les points d’ordre, les explications de vote et les autres remarques ejusdem farinae.

Installé sur un échafaudage Place de la Madeleine, le trésor d’un artisan qui en haut d’un porche, en restaure les anges en pierre.

Le trésor de la joie de deux frères qui ensemble tentent de remette en place, Rue de Solférino, un parapluie argenté malencontreusement retourné.

Le trésor de voir le Ministre qui a fait abolir la peine de mort, acheter un sandwich dans une baraque de rue et avoir du mal à obtenir qu’on le lui emballe.

Le trésor de me voir confirmer dans certaines régions, l’existence du terme la baye pour dire l’eau notamment à Bordeaux.

Le trésor d’avoir lu Mourir à Vukovar de Tristan Cabral.

Le trésor des Music Halls de mon enfance. Non seulement l’Olympia vécu comme une salle ordinaire mais Bobino et l’Alhambra où le Marquis de Cuevas produisait ses ballets avec Serge Lifar en vedette. L’archi-trésor de l’avoir vu avec Maman et d’en être encore illuminée.

Le trésor d’entendre les Résidents dire C’est sa fille comme je traverse la Maison de Retraite en poussant exceptionnellement ma mère dans un fauteuil roulant.

Le trésor de voir le centre du Havre totalement reconstruit après la Guerre, enfin classé au Patrimoine de l’Humanité, alors que je le préconise depuis trente ans.

Le trésor de ma vie, envers et contre tout.

Le trésor d’une moissonneuse croisée à Goussainville.

A la commémoration du soixante-troisième anniversaire de la Rafle du Vel d’Hiv, l’archi-trésor de l’émotion du Premier Ministre Villepin dont la voix s’est cassée en lisant la lettre d’un enfant déporté.

Le trésor d’apprendre que dans les années Quarante, on se baignait encore dans la Seine et dans la Marne.

L’archi-trésor d’apprendre qu’au Patrimoine de l’Humanité, on n’a pas classé seulement le Havre mais aussi Mostar, là où ayant en 1966 loué une chambre chez l’habitant et nous lavant les dents au dessus de l’évier - seul point d’eau - nous avions déclenché la stupéfaction de toute la famille assemblée à nous regarder, comme n’ayant jamais vu cela. Dans ce qui était alors la Yougoslavie et aujourd’hui à peine les Balkans.

Le trésor du cerisier que je découvre au bout de soixante ans le long du mur du Palais Bourbon et qui a tellement épaissi que ses branches surplombent maintenant le trottoir et le réverbère qui y est installé.

L’archi-trésor de tous ces livres d’Art offerts à la famille. Le trésor d’une leçon de peinture que je donne à une petite fille qui me fait des remarques étonnantes sur Monet et Van Gogh.

Le trésor des lauriers roses déchaînés et sans doute dopés sur les balcons de la rue de Maubeuge.

Le trésor de tricoter à la ronde des couvre lits en forme d’image-médecine, pour chacune et pour chacun. Les Ethiopiens pensent qu’il suffit de les regarder fixement pour guérir, forme archaïque de psychanalyse, en projetant sur le dessin comme nous sur le médecin. L’archi-trésor de faire cela tout en regardant des téléfilms Allemands.

 Le trésor d’une partie de Monopoly gagnée il y a cinquante ans avec l’unique quartier vert comportant - si je me souviens bien - l’Avenue de Breteuil mais quoi d’autre ?

Au dessus du Tarn, le trésor d’un village connu presque en ruines et aujourd’hui entièrement restauré dans l’aménagement parfait si typique de ce terroir.

L’archi-trésor de ma capacité de métamorphose qui s’est toujours automatiquement déclenchée lorsque la conscience était dans une impasse.

Le trésor de la fouace, cette brioche locale et parfumée.

Le trésor de Boris Karloff, l’acteur américain qui dans notre jeunesse avait le monopole des films d’horreur. Quasiment le seul sur ce créneau.

Le trésor de ma Belle Famille qui m’accueillit à bras ouverts.

Le trésor de ce type qui décrit l’église Saint Basile sur la Place Rouge de Moscou comme un amoncellement de cornets de glace, cornets de glace à la pistache, à la framboise et à quoi d’autre encore ? C’est assez bien vu !

Aux Nouvelles Galeries de Millau sur la Place du Mandarous, le trésor de cet homme qui achète solennellement à son fils qui cesse d’être imberbe, son premier rasoir. Dans la majesté de l’opération, toute la célébration du monde, du moins au moins de sa masculine moitié.

Le Samedi en fin d’après midi, des années durant à Soissons après la séance à la Salle des Ventes, la promenade tout le long de la Grand Rue et le rite de l’entrée chez Magany, ce cousin provincial de Monoprix.

Le trésor de Virginia Wolf disant dans Une Chambre à soi qu’une femme douéenécessairement sans cesse contrecarréene peut que perdre la santé et la raison. Force est de constater que c’est exactement mon cas !

Le trésor des cartes postales impérativement envoyées aux amis ainsi qu’à toute la parentèle et dont il n’est pas question de se dispenser. L’archi-trésor en les écrivant d’entendre sous le balcon de la villégiature, les bruits vacanciers.

Le discutable trésor de Madame Mandelstam commentant ce qui est arrivé à son malheureux poète de mari : Quand il se décida à écrire une ode à Staline, il était trop tard !

Au Lycée, le trésor de notre proviseur François Alexiu qui refuse de serrer la main au kapo qui nous dénonce.

Pour qu’on le croit, le trésor de cet anonyme intervenant sur Radio Monte Carlo d’un vigoureux et synthétique : Je le jure sur la tête de Dieu !

Le trésor de la beauté de mon père sur son lit de mort le 15 Août 2005.

Le trésor d’apprendre qu’en 1884, Verlaine a vendu vingt-sept exemplaires de ces Poètes maudits et dix-sept de Romances sans paroles.

Sur le trottoir, le trésor de ce jeune homme qui se reculotte pour être à son avantage avant d’aller voir sa belle et à qui je souhaite un amour de quarante ans. A tous les deux.

Au téléphone le trésor de répondre à F en pleine déroute que c’est parce qu’il y a la mort que nous sommes vivants.

Le trésor de ce premier automne de ma libération.

Le trésor de Jacques Douai - chanteur populaire - disant à une actrice de café-théâtre lors de l’un de ces spectacles : Vous ne pouvez pas avoir moins de spectateurs que moi, je n’en ai aucun !

L’archi-trésor du poème écrit sur l’enterrement de mon père au Père Lachaise bien qu’il ait ensuite fait l’objet de malentendus.

Le trésor de l’accomplissement de ma vie professionnelle, de 1965 à 2005 même si elle m’a été au départ imposée par mon milieu ainsi que ma situation spécifique. L’archi-trésor que ce fut par choix culturel, politique et éthique, une anti-carrière.

Sur les Boulevards, le trésor d’une femme obèse joliment habillée d’un tailleur en lin mauve avec un chemisier parme.

Le trésor de cet homme à qui je demande s’il connaît Charles de Foucauld et qui me répondant Evidemment, me donne à penser que j’ai travaillé toutes ces années dans un lieu dans lequel je n’ai trouvé personne avec qui en parler.

A la Piscine Montherlant, le trésor de pouvoir contempler une leçon de natation en pensant aux tableaux qu’en auraient tirés Fernand Léger ou le Douanier Rousseau. L’archi-trésor de savoir que cette faculté là, c’est l’Art à l’état brut et qu’elle me sauve la vie.

Le trésor de ma volonté de vivre, envers et contre tout. Même si je l’ai déjà dit et même déjà répété.

Le trésor d’avoir réussi à rassembler la totalité de mon jeu d’osselets. Les cinq. De vrais os de mouton, des vertèbres que Maman avait demandés pour nous à son boucher. Mais avec le recul, l’effroi rétroactif de m’en être servis avec joie. J’aimais bien ce jeu d’adresse qui n’était pas interdit à nous les filles ! Surtout peints en vert ou en rouge. En vert et en rouge.

L’archi-trésor de la souffrance de la mort de mon père.

Le trésor de découvrir de nouvelles couleurs dans un commercial catalogue de vêtements de travail. Désormais on a le gris postier ou le vert américain. Moins réussis tout de même que le bleu électricité tout à fait popularisé par l’EDF ou le rouge Coca inventée par une jeune personne de ma connaissance qui a le génie du sarcasme !

Le trésor d’apprendre que la Nationale 35, c’est la Voie Sacrée ! Autres temps, autres mœurs !

Le trésor de découvrir l’existence du terme pariade, pour nommer la formation d’un couple chez les oiseaux. Je sais depuis longtemps que la Saint-Valentin en est le jour le plus précoce.

Le trésor de la beauté des types et même lorsqu’ils ne sont pas beaux !

Le trésor de mes amitiés lycéennes que j’arrive encore à réanimer même après les avoir perdues de vue plus de quarante cinq ans.

Le trésor de mes sourires complices avec toutes sortes d’anonymes et pour toutes sortes de raisons.

Le trésor d’entrevoir au loin les tours de Notre Dame ainsi qu’au devant, la flèche de la Sainte Chapelle. Et plus généralement à chaque fois, celui d’à bord un autobus, la traversée de la Seine.

Faisant part au serveur du Rostand me posant la question, de mon intention de boire l’eau municipale, le trésor de l’entendre éclater de rire et la sagesse de savoir que c’était déjà dans un film sans doute dialogué par Audiard.

Le trésor de la gouaille parisienne et du kiosquier qui me répond que c’est déjà bien de vivre dans l’espoir comme je m’inquiète de constater que deux jours après la parution, certains magazines manquent encore dans son étalage, à l’appel.

Le trésor de trouver le mot abjection pour qualifier le comportement d’un être cher et d’en être ainsi délivré.

Le trésor d’offrir à un ami une cravate de mon père décédé parce qu’il faut bien que quelqu’un en hérite et qu’aucun héritier mâle ne me les a réclamées. Du coup la nécessité de lui apprendre également à en faire le nœud et de l’envoyer se regarder dans le miroir de la salle de bains. Il est beau comme un dieu et fier.

Le trésor d’apprendre qu’au collège, Emile Zola était le condisciple de Paul Cézanne. Et pourquoi pas ?

Le trésor d’apprendre que mon livre La jeune morte en robe de dentelle a été présenté à la Foire de Pékin début Septembre et qu’il le sera en Février à Formose.

Grâce à l’habileté du pilote et à la coordination avec les agents de l’Aérodrome, le trésor de l’atterrissage d’un avion avec la sortie de ses roues, bloquée. A cause du poids, on a d’abord déplacé vers le fond les bagages ainsi que les costauds et tourner en rond autour de la ville afin d’épuiser le carburant ! L’archi-trésor du reporter qui raconte le succès de tout cela et précise très fier que le train d’atterrissage a tenu le choc, qu’il était en acier et qui donne même le nom de la firme qui l’a fabriqué.

Le trésor de la chatte que je garde épisodiquement et qui passe ses pattes autour du cou de mon professeur de chant.

Faubourg Saint Honoré à l’Hôtel Beaujon, le trésor de la Caserne des Gardes Républicains transformée en Centre d’Animation de la Ville de Paris, là où déchargée au bénéfice de l’âge du souci de gagner non seulement ma vie mais mon indépendance, je commence à soixante ans, l’étude de la Céramique.

Dans un milieu moins menaçant, mes contractures musculaires commençant à diminuer, l’archi-trésor de réussir à prendre à nouveau les transports en commun comme le processus d’un retour à une vie normale. Laquelle s’était avérée impossible dans les dernières années de ma vie professionnelle.

Le trésor de pouvoir dire mon âme est lumineuse parce que sachant que personne ne pourrait dire le contraire et sachant bien que la signification de cette phrase n’est pas du tout la même que celle insupportable que serait la déclaration prétentieuse d’un Mon âme est lumière ! Après tout Le Livre des Morts égyptien pèse bien les âmes entrant dans l’au-delà, faisant dire aux momies des choses équivalentes.

Le trésor de lire sur une plaque au coin d’une rue : Balzac – Auteur de La Comédie Humaine. Que demander de mieux ?

A Bagnoles de l’Orne, dans La Vez - presque un ruisseau - le trésor de la pêche aux écrevisses. Lorsque le monde n’était pas encore dévasté !

Depuis trois semaines que je n’avais pas réussi à acheter quelque chose à manger, le trésor d’enfin y parvenir.

Le trésor de trouver mon poème de la chienne publié dans la revue Les hésitations d’une mouche, poème que j’aurais cru absolument incassable. Et pourtant ! Comme quoi il ne faut jamais insulter l’avenir…

Le trésor des cartes postales qu’on m’envoie.

Depuis vingt ans, le trésor de l’ostéopathe qui répare ma carcasse comme une vieille guimbarde rouillée dont au son, il détecte et répare les dysfonctionnements.

Le trésor de cette longue promenade que je parviens à faire dans le quartier, étonnée de découvrir que je parviens à marcher.

Chez un bouquiniste de hasard, le trésor de trouver un recueil de la poésie de Senghor et le Villa Jasmin de Serge Moati.

Le trésor de la métamorphose que je suis encore capable d’engager à plus de soixante ans.

Le trésor de ces enfants construisant en forêt de Fontainebleau, un village de sable dans un talus.

Le trésor d’un shampoing artisanal si performant que j’en achète six flacons d’un seul coup. Il n’est pas bon marché mais il le mérite !

Inventant une publicité en forme de tableau du Douanier Rousseau, le trésor de la firme Toyota renouvelant ainsi la discipline. L’archi-trésor du coup de chercher à le diffuser à la ronde.

Le trésor de pouvoir revivre une amitié ratée lorsque j’avais treize ans et cette fois de la voir s’accomplir. Du moins je l’espère. C’est cette Eliane là qui au Lycée Hélène Boucher m’a mis le pied à l’étrier.

A dix neuf ans, le trésor presqu’en fugue d’avoir trouvé asile chez le Cousin Eugène, sa femme Louise et Maman Berthe préposée à la cuisine, pliée en deux dans sa robe noire et son tablier à fleurs. L’archi-trésor cette semaine là de mes promenades solitaires dans les champs.

A l’adolescence le trésor d’avoir fumé en douce les cigarettes anglaises avec leurs papiers pastel et leurs bouts dorés ainsi que d’avoir vingt ans après arrêté de fumer du jour au lendemain comme j’avais déjà atteint la consommation d’un paquet par jour et qu’elle continuait à augmenter.

Le trésor d’avoir conservé assez d’affaires à mon père pour pouvoir le rhabiller s’il venait un jour à ressusciter. Et l’archi-trésor de cette pensée absurde et magnifique. Aux grands maux les petits remèdes, ce n’est pas d’aujourd’hui !

Au fil du temps, le trésor de l’âge qui a fini par substituer l’espoir autonome et vivant à l’espérance volontariste et acharnée.

Même à moitié en déshérence, ce jardin qui finit envers et contre tout par prendre forme.

Le trésor de mon œuvre qui coule depuis trente deux ans, si je fais abstraction de celle de ma jeunesse, jetée par bêtise et naïveté. Et pourtant c’est bien celle-ci qui m’a protégée de toutes les dérives.

Le trésor d’apprendre que Stendhal a été en 1812 à Smolensk encerclé par les Cosaques et l’archi-trésor de découvrir ses engueulades avec Victor Hugo.

La perspective de réunir demain assez d’énergie pour arriver jusqu’à la piscine quel trésor et déjà pour commencer de m’enquérir de ses heures d’ouverture…

Après six semaines de cours, le trésor de découvrir que l’organe du chant n’est pas la gorge, mais le ventre.

Le trésor de mes activités Place Pereire où je vis bourgeoisement et confortablement. On m’y parle poliment et on m’appelle Madame.

Le trésor du serveur de restaurant qui me voyant sortir un livre m’aborde pour une question d’orthographe. Comment écrire Petit salé aux lentilles vertes ? La controverse porte sur le « s » de vertes. Je tiens bon et parviens à le convaincre parce qu’avec verte, l’accord avec lentilles a commencé à avoir lieu.

Le trésor de découvrir savante, la construction de mon recueil de nouvelles La galerie des reptiles est fermée à l’heure du déjeuner alors que je la croyais due au hasard et à l’opportunité. Mais non ! Les quatre textes travaillés depuis ma démobilisation l’ont effectivement été dans cette perspective là.

 

Quatrième Cahier

2005

Le trésor de Julien Green disant ce que je dis depuis toujours à savoir Le livre se fait tout seul, ce que les gens ne comprennent pas croyant qu’on se moque d’eux et il ajoute : Mais à quel prix ! Point de vue que je ne partage pas ou plus exactement que je paie sans barguigner. La radinerie serait dans ce domaine là de mauvais goût.

Le trésor du bouquet que je fais envoyer par Interflora depuis la Place Pereire pour la fête de ma mère à la Saint Thérèse. Le 15 Octobre. Concernant la controverse qu’elle entretenait avec ma Belle Mère, elle ne manquait pas une occasion de préciser qu’elle préférait celle d’Avila à celle de Lisieux…

Le trésor de mon cerveau qui pour adoucir la douleur de la mort de mon père produit toutes sortes de fantasmagories et l’archi-trésor de la Raison des Lumières qui permet de déterminer que ce sont des fantasmes et non des réalités.

Le trésor du beau stylo que j’ai enfin osé m’acheter.

Le trésor de ce bel automne comme un nouvel été. Un très bel automne.

Le trésor de cet œuvre littéraire qui continue depuis plus de trente ans contre vents et marées alors même qu’exténuée, j’ai l’impression de ne rien faire du tout.

Le trésor de cette excursion pour retrouver la Belle Epine de mon enfance, celle de mes Grands Parents Fontaine et ne retrouvant rien, mon insistance auprès de ma conductrice qui dans l’échangeur de l’autoroute persiste à me dire que c’est bel et bien là et qu’il n’y a rien d’autre à rechercher !

Le trésor de nos maisons - même si faute de temps pour s’en occuper - elles sont en mauvais état.

Le trésor d’André Dussolier demandant à son otorhino ce qu’est une belle voix et à qui il fut répondu que c’était une voix sincère ! Et si cela se trouve, cela est !

Le trésor d’avoir en famille fait du pédalo sur le plan d’eau du Château de Pierrefonds tandis que Belle Maman attendait sagement sur la rive. Dans les Septantes.

Dans la moquerie générale parce que ce n’était pas encore à la mode, le trésor de ce que j’ai autrefois acheté pour rien dans les ventes aux enchères.

Le trésor de mes amis nombreux et féconds même si quelques uns voire même plusieurs sont déjà morts.

L’archi-trésor du Marais quartier pauvre avant de devenir un Musée à ciel ouvert ! C’était là que j’allais voir mon amie Marie Claire Romarie et son flic de mari.

L’archi trésor d’une fête de baptême débonnaire dans un Hôtel de Police à cause du métier du père de l’enfant et aussi du parrain, tous les deux membres de La Maison Poulaga.

Le trésor de traverser la ville déserte un samedi matin en autobus, tout en corrigeant un texte littéraire en cours, il y a des années. L’archi-trésor de ne pas m’offusquer de passer une heure et demie entre Champerret et Place d’Italie et alors même que le voyage lui même n’est pas pour autant terminé.

Le trésor d’une équipe de la Télévision qui s’invite à la villégiature du Causse Rouge pour filmer le nouveau viaduc - le plus haut pont du monde - et l’occupant de la maison qui à cette annonce que je lui fait par téléphone, contre toute attente s’éclipse à Palavas-les-Flots croisant les techniciens dans le raidillon du patelin.

Invitée à l’Elysée, le trésor de refuser l’invitation, au motif que je n’ai fait que dire la vérité et que cela ne justifie pas une pareille démarche.

Le trésor des cours de diction que j’ai suivi au Conservatoire dans les sous sols de la Mairie du XIe arrondissement de Paris. J’y ai entendu de 1960 à 1962 des nouvelles de la dissidente Eugénia Guinzbourg et de son fils.

Le trésor, l’archi-trésor même de mes dimanches à Fontainebleau avec le Club Alpin lors de mes dix sept et dix huit ans. La marche à pied dans la forêt en gloire. L’odeur des conifères, du sable et des rochers.

Visible à l’œil nu, le trésor de l’explosion de la natalité. Sans doute ce qu’Assia Djébar avait de son côté appelé La revanche des berceaux pour son Algérie à elle.

A l’Association de Poésie - dans une arrière salle de bistrot - le trésor de cette conférence sur Georges Sand et le tollé que suscite parmi nos membres, le jugement de Baudelaire sur sa consoeur.

Le trésor de la dite association d’où surgissent de temps à autre des poèmes autochtones à couper le souffle et le constat qu’on y rencontre plus de poètes qu’à Saint Germain-des-Prés. L’archi-trésor d’y avoir entendu ce haïku écrit par un anonyme Tu étais volage, j’étais d’humeur vagabonde, nous voilà plantés. Difficile de faire plus dense !

Au temps où le quotidien France-Soir se vendait chaque jour à plus d’un million d’exemplaires, le trésor de son Directeur Commercial qui disait que j’étais la femme la plus intelligente qu’il ait jamais rencontrée.

Le trésor de ce mitraillage numérique permettant la distribution à tous d’images démocratiques. L’archi-trésor de la joie populaire et technique.

Le trésor de devoir protéger sa création et d’y parvenir. Pour œuvrer, l’archi-trésor de la nécessaire solitude. Laquelle n’a rien à voir avec l’isolement. Si je descends de chez moi, je peux au coin de la rue engager avec le premier venu, ce que j’appelle la conversation sur le fond…

Le trésor de Sigmund parlant lui aussi du prix à payer.

En moi, le trésor de ce qui n’a pas pu être désintégré.

L’archi-trésor du voyage à Sidi Bou-Saïd et tout aussi bien de la virée à Veules les Roses, en camping avec les mômes au bon milieu de la grande guerre d’émancipation matriotique (sic).

Le trésor de la route que je n’ai jamais fini de tailler et encore aujourd’hui. Les trésors de mes Parents qui en m’emmenant dans leurs voyages avec eux, dès mes trois ans alors que ce n’était ni facile ni la mode, m’y ont d’une certaine façon initiée.

Le long de la route qui monte à Comberoumal, le trésor des bruyères fleuries - en tapis - et au bout de ce magnifique chemin, l’archi-trésor du Prieuré lui-même. L’ayant connu si abimé de l’avoir petit à petit vu, restaurer.

Le trésor du voyage à Malte lorsque ce n’était pas encore la mode et l’archi-trésor de la promenade au petit matin dans le Port de La Vallette. Le souvenir de tout cela comme on annonce qu’on y a mis en quarantaine un bateau porteur de la grippe aviaire, ce nouveau nom de la peste des oiseaux.

Le trésor, l’archi-trésor même d’avoir été cherché du secours chez les voisins comme j’avais six ans et que mon père venait de s’ouvrir le crâne sur l’angle métallique de l’une des fenêtres de sa première caravane, la Panièze.

A Moscou, le trésor d’apprendre qu’en 1934, André Malraux a protesté contre le réalisme socialiste.

Le trésor d’entendre définir la statistique comme la possibilité de chiffrer la chance qu’un chimpanzé équipé d’une machine à écrire, produise effectivement A la recherche du temps perdu.

Le trésor de José Castrillo cet ancien élève - parmi les meilleurs - me disant que la preuve du progrès humain est que plus personne au passage d’une comète, ne croit comme autrefois, que c’est la fin du monde.

Le trésor de réussir à protester contre le restaurateur qui tente de me rouler.

Le trésor de me rabibocher, même si je ne suis pas dupe des motivations de l’autre, les miennes n’étant pas non plus le pur amour et loin de là.

Le trésor de devoir reprendre de façon inopinée mon ouvrage La Convention d’intimité, cette locution que j’ai inventé pour définir sinon nommer, La Nation.

Le trésor d’entendre un policier expliquer toute la procédure claire et compliquée que doit respecter le grenadier avant d’user de son engin. Le trésor de ce nom, pourtant logique s’il s’occupe des grenades…

Bien que je ne sache pas qui a inventé l’expression, le trésor de la locution moche comme un film colorisé.

Comme nous partions aux Sports d’Hiver, le trésor du roulement des trains de nuit toute mon enfance et toute ma jeunesse.

Le trésor de la Voie Apienne et au-delà de la ville de Rome à chacune de mes visites en 1961, en 68, plusieurs fois dans les Septantes et encore la dernière hélas en 1981. L’archi-trésor d’avoir dormi à la Villa Médicis dans l’atelier de Delacroix et d’en être sortie au matin pour me rendre à pied et seule à la Chapelle Sixtine. Sans doute la plus belle promenade de ma vie. En concurrence avec quelques autres.

Les trésors de la Golwyn-Meyer et de toutes les autres Majors. L’archi-trésor du Cinéma comme la cinématographie absolue ainsi que de la Télévision capable de le retransmettre dans tous les foyers et même jusqu’aux corps les plus immobiles voire paralysés. Finalement le rêve de Gaumont lui-même, selon ce qu’en a dit Jean Luc Godard dans des Histoire(s) du cinéma.

Abonnée à Francs-Jeux - l’illustré pour enfant laïque et républicain diffusé par La Ligue de l’Enseignement - le trésor de ma décision un beau jour d’acheter plutôt - avec mon propre argent de poche - Le Journal de Mickey. L’archi-trésor d’avoir dû pour réaliser cet objectif, demander à mon paternel une augmentation des dits subsides et l’émerveillement définitif qu’il me l’ait accordé. Ainsi suis-je entrée très tôt dans l’univers mental de la liberté de la presse en tant que donnée évidente de la nature humaine…

Chaque semaine, le trésor de persister à aller voir ma mère désormais veuve, faute de mieux par devoir et l’archi-trésor d’entendre le personnel de la Maison de Retraite dire depuis quatre ans et demi que j’y suis venue visiter mes géniteurs On ne connait que vous, les autres on ne les voit pas.

Le trésor des fraises et des framboises et aussi des mûres à profusion.

Le trésor d’entendre un Canadien expliquer que ce que les Américains ne comprennent pas, c’est que les Français sont les aborigènes de France.

Le trésor d’avoir terminé ma vie professionnelle et qu’elle ait été une anti-carrière à une époque historique où le contraire aurait été déshonorant !

L’archi trésor de F me demandant en 1989 si j’ai déjà pensé à ce qu’éprouve un lapin qui sort du chapeau d’un magicien et portant ainsi la pensée abstraite à un point inégalé.

Au début des Années Soixante les surprises parties du G.C.U, Rue Caumartin, même si mon frère aîné y a obstinément refusé de m’apprendre à danser le rock and roll.

Le trésor d’avoir eu des règles rouge sang et de ne plus en avoir et qu’au commencement comme à la fin cela ait changé mes rapports avec les Hommes.

Le trésor du Catalogue Raisonné de l’œuvre de Balthus. L’archi trésor de le lire in extenso accompagné de la notice qui précise que les dernières peintures retrouvées seront présentées dans la prochaine édition. A la Bibliothèque du Centre Pompidou et tant pis pour la queue. Ou plutôt tant mieux.

Le trésor d’avoir eu des Beaux Parents et d’avoir été pour eux une Belle Fille loyale et intégrale. Jusqu’à leur mort et encore même au-delà dans les suites de leur décès.

Entre la Porte de Pantin et celle de la Villette, le trésor de rouler dans le PC lancé à grande vitesse – entendons pour un autobus - comme si on était dans un autocar sur une route de Province.

Le trésor de retrouver l’aisance de mes jambes à la faveur de dix minutes de marche inattendue.

Le trésor du Palais Arts Déco de la Porte Dorée, une merveille d’architecture et de culture.

Le trésor d’une amie à qui j’offre Isaïe réjouis-toi. L’archi trésor de donner des pans entiers de ma bibliothèque, parce que c’est comme disait Doisneau pour moi c’est l’heure où on commence à desservir la table. Et aussi parce que je sais que je pars pour un lieu où il n’est guère possible d’emporter de bagages.

Le trésor de trouver dans ma boîte, une lettre aimante et radieuse tout à fait inattendue.

Les trésors des couvertures que je tricote sur le modèle des images-médecines éthiopiennes.

Le trésor des guerres que j’ai gagnées parce que j’ai été acculée à les mener.

Le trésor d’un Paris populaire et bon enfant.

L’archi trésor de mon professeur de chant me disant au bout de trois mois de leçons qu’elle n’a jamais entendu quelqu’un émettre des sons comme les miens. Ceci à propos de ce que je parviens à produire dans le genre chant mongol.

Le trésor de me dire qu’avec ma mauvaise santé, au moins je mourrai pour quelque chose.

Le trésor de la neige tombant sur la Cité Universitaire et la transformant en tableau pointilliste.

Le trésor d’avoir un chez moi et en y rentrant de m’y trouver à l’aise.

L’archi trésor de savoir et pouvoir verbaliser le fond de mon apathie par la formule J’ai la mort et de savoir d’où cela vient.

Le trésor d’avoir assez survécu pour pouvoir enfin dire de moi-même que je suis âgée.

Le trésor de la bonté, cette qualité absolue.

En me regardant dans le miroir, le trésor de penser à Botero, à Rubens, à Renoir et même à Maillol.

Dans un sous sol, le trésor d’un échange avec un cinéaste concernant le malheur de notre génération. Et lui de me dire On a tous vos livres à la maison !

Le trésor d’entendre Silvia Baron Supervielle résumer la régression de ces dix dernières années en disant C’est comme si le surréalisme et le nouveau roman n’avaient pas existé.

Parce que le kiosquier du haut du Boulevard Saint Michel me demande si je veux le DVD qui va avec le journal que j’achète, le trésor d’oser enfin demander ce que c’est et de le quitter en m’étant fait une idée ferme de la nature de la chose.

En ces temps d’attentats, le trésor d’un citoyen qui s’inquiète du sac plastique qu’il découvre sous la banquette de l’autobus et du chauffeur qui alerté, s’arrêtant va le vérifier.

A la Brasserie Le Floréal, le trésor de cette bande de potes y déjeunant en préparant les festivités de leur réveillon de Noël. Depuis le menu du gueuleton jusqu’à la répartition des copains dans les différents véhicules ainsi que les horaires prévus pour chaque étape.

Le trésor d’avoir réussi un après midi en ville.

L’archi bonheur de rentrer chez moi et d’y rester.

Dans l’appartement du dessous, le trésor d’entendre une petite fille chanter A la Claire Fontaine.

Le trésor de cet étonnant Décembre en paysage d’automne car les feuilles des arbres ont encore leurs couleurs vertes et rousses et ne sont pas tombées. C’est la première fois que je vois cela !

Le trésor d’avoir assisté six jours sur sept l’agonie de ma mère en récitant des prières et en chantant des cantiques tout en soutenant son regard vitreux.

Le trésor de cette soutenance de thèse où la doctorante se fait moucher pour une faute d’orthographe dans un nom propre et l’archi-trésor de cette autre critique concernant un excès de donc dénoncés comme discutables.

Dans les sociétés en proie à l’Histoire, ce moment de basculement lorsque certains se demandent Celui là que je crois mon inférieur, est il mon égal ?

Du côté d’Enghien, un bonheur de hasard dans un restaurant indien.

Pertinence d’Eliane qui analyse mes difficultés comme le fait que je suis trop subversive pour n’être pas rentable ! Le trésor de constater que c’est assez bien vu et l’archi-trésor d’une aussi radicale vision littéraire. Néanmoins de même que la légende attribue à Galilée son fameux commentaire concernant ses convictions sur le tournoiement de la Terre, j’ajoute au brutal matérialisme dont fait preuve cette femme qui fut ma condisciple, la biologie qui n’est pas tout à fait la même chose : Et pourtant, je vis !

Au Lycée Siegfried dans les Nonantes, le trésor d’avoir terminé certains de mes cours d’un Vive la République, Vive la France sans aucune distance ni humour.

Nés dans La Pâture gelée – c’est la dénomination officielle de cette parcelle là – le trésor des petits agneaux remontant avec leur mère vers les bâtiments, pour s’abriter.

Le trésor des pêches de vigne au fond du jardin de Grand Père et du droit qu’on avait d’en cueillir autant qu’on en voulait. La question ne se posait même pas !

Le trésor d’entendre un scientifique employer l’expression Les gens comme nous qu’on appelle les Vertébrés Supérieurs.

L’archi-trésor de Daniel qui comme en proie à un chagrin abyssal je voulais mourir dit au comble de la cérémonie - et parce que j’avais dit avoir moi quelque chose à faire – qu’on prenne ma vie à la place de la tienne ! Cette parole unique m’a sauvée.

Le trésor d’une amitié qui peut générer six heures d’intense conversation et de Jennifer se vantant qu’entre nous, elles duraient huit, et même une fois dix jours de suite. L’archi-trésor de pouvoir confirmer que cela est vrai.

Entre les Tuileries et les Champs-Elysées, le trésor du portier de l’Hôtel Crillon qui se gèle sous la neige et tente par tous moyens de trouver des accommodements avec la déontologie de sa fonction.

Le trésor de la synagogue de Vilnius, vert émeraude. A tomber par terre !

Le trésor d’un bon repas, là au Royal Villiers où tout est luxe, calme et volupté !

Le trésor de la voix de l’homme des Pompes Funèbres qui me dit Asseyez-vous et m’installe sur une chaise comme je viens d’éclater en sanglots en criant Maman au dessus de son cercueil ouvert que je découvre préparé pour l’enterrement.

Le trésor de ce bourgeois vêtu d’un manteau confortable promenant Boulevard Saint Germain un chien baroque en laisse rouge et collier bleu.

Le trésor du coup de téléphone à Maman qui garde nos deux filles comme avec ma sœur en vacances au Lavandou, nous n’avons plus un sou, je l’appelle pour qu’elle nous envoie de l’argent. A notre décharge concernant cette démarche ahurissante, je l’avais emmenée se distraire comme elle était en plein chagrin. L’archi-trésor de la procédure du PCV qui avait cours à l’époque et permettait en prime de faire payer la communication au destinataire, à condition bien sûr qu’il l’ait au préalable accepté.

Le trésor de la Place de la Concorde dont je persiste à dire qu’elle serait mieux sans l’obélisque qui en occupe indûment le centre. Qui connait Karnak sait bien à quel point celle-ci manque à côté de sa sœur jumelle qui demeure seule à orner la porte d’un temple….

Par temps froid, l’archi-trésor de réussir une vraie sortie, d’en être satisfaite physiologiquement et d’avoir vu les citadins faire dans ce quartier là assaut de tenues vestimentaires dont certaines sont de véritables œuvres d’art.

Le trésor du restaurant Le Rostand en position d’hiver avec sa terrasse chauffée fermée par des rideaux de plexiglas et ses palmiers désormais emballés jusqu’au prochain printemps. L’archi-trésor de cet établissement où les écrivains travaillent comme des consommateurs ordinaires et où à midi on déjeune après avoir rassemblé ses papiers. L’un d’eux a un gros dictionnaire recouvert de moleskine rouge.

En 84, le trésor de la traversée du Paris du Baron Haussmann. L’archi-trésor absolu de ma ville. C’est de là que je suis quoi qu’il advienne. Je persiste à me croire née dans la plus belle ville du monde et à l’aimer tous les jours davantage.

Le trésor d’apprendre que Joseph Brodsky est rentré de son exil intérieur dans le Grand Nord de l’URSS avec cent kilos de livres qu’il avait normalement reçus.

En écoutant un ostéopathe, le trésor d’apprendre que j’ai le cuboïde effondré alors que son concurrent m’avait déjà informée que j’avais l’astragale enfoncée dans la malléole ! L’archi-trésor de découvrir que ce n’est en rien incompatible.

Le trésor de l’amitié d’Alexandre.

Le trésor de découvrir à l’occasion d’une grippe, toute la différence entre la vie professionnelle et l’inactivité gracieuse de la retraite.

Le trésor de pouvoir faire à nouveau des exercices concernant les mouvements de pied, impossibles ces dernières années. Incontestablement j’avais bien le cuboïde effondré !

Le trésor de ce gros livre d’entretiens avec Brodsky dont je me suis demandé à qui il pouvait bien être destiné avant de découvrir que c’était justement à moi-même qui venais d’en faire l’acquisition !

Le trésor de la petite fille que je suis censée garder comme nous avons toutes les deux la grippe. Elle est d’un sérieux papal et baigne dans mon œuvre tout en montant la maquette que je lui ai offerte, celle d’une villa romaine.

Les trésors des heures cérémonielles. Sept heures du matin parce que c’est celle officielle de ma socialisation et donc de la délivrance. Six heures du soir, sans doute parce que c’est l’heure de l’Office de la Libération et qu’on n’est plus tenu à rien. On peut légitiment se laisser aller, se coucher, voire même dormir.

Terrassés par la crise sociale, le trésor de ces hommes dont les émotions affleurent enfin.

L’archi-trésor du recueil de nouvelles de Colette La Femme cachée.

Concernant nos cotisations, le trésor d’entendre le président de notre association de poésie dire Les Roumains ne paient pas parce qu’ils n’ont pas d’argent.

A la campagne, le trésor des bals avec des musiciens en chair et en os. L’archi-trésor d’apprendre trente ans après que pour eux le résultat des fameux évènements de Mai 68 fut que syndicalement dorénavant au bout de la nuit, ils arrêtaient de jouer à neuf heures du matin.

L’archi-trésor d’un mariage tellement amoureux qu’il fallut en avancer la date. Dans l’Ancien Monde.

Le trésor du vivant. Entendons par là de la circulation du vivant. Un prêté pour un rendu, même si c’est à quelqu’un d’autre.

Le trésor de F qui tente de me dissuader de ma rigidité mentale en me criant Combien de héros sont morts ! J’entrevois en filigrane à quel point il tient à moi.

Place Voltaire, le trésor du titi parisien bistrotier qui me fait asseoir sur une banquette dont il me vante la place, me disant Vous verrez la mer. L’archi-trésor d’avoir mis des années à retrouver l’origine de l’expression dans ce contexte tout à fait décalé.

L’archi-trésor de pouvoir crier L’âge, ce trésor.

Le trésor du kiosquier de la Place de la Sorbonne concernant les échauffourées de Mars 2006 et analysant : En 68, il y avait un climat mais là il n’y en a pas, il y a de l’angoisse et c’est imprévisible.

A la Cité Universitaire au Collège d’Espagne, le trésor de l’automate à café qui lorsqu’on met ses pièces s’illumine alors d’un Buenos Dias !

Le trésor de mon corps qui éprouve toujours le même soulagement lorsque l’autobus monte péniblement la rue d’Argenson pour me ramener chez moi. Grimpant la colline, on change de monde.

A la fameuse question Quel livre emporteriez-vous sur une île déserte le trésor de pouvoir répondre Le vol des tourterelles alors même que cela n’en est pas un !... Et pourtant c’en est un quand même !

Ma professeure de céramique ayant tendance à endiguer mes foucades, le trésor de lui avoir dit un jour concernant une cruche rustique et baroque que je venais de terminer J’ai profité que vous aviez le dos tourné pour y coller un serpent !

Pendant la Guerre d’Algérie, le trésor du début du cours de Philosophie de Jean François Revel au Lycée Jeanson de Sailly et l’archi-trésor de le découvrir pédagogiquement encore plus allumé que moi lorsqu’il a dit à ses élèves : Ceux qui sont pour le FLN à gauche, ceux qui sont pour l’OAS à droite, les cons restent au milieu.

Le long du trajet qui mène au coin campagne dans lequel j’ai mes habitudes, le trésor de la florescence des glycines, cette année comme jamais.

Le trésor de l’appellation de locomotions cérébrales pour les agitations de l’insomnie.

Durant la Résistance, le trésor de cet anonyme disant à l’agente de liaison qui lui apporte un message Courage Madame, c’est pour la France et l’archi-trésor que celle-ci apprenne seulement après la guerre qu’il s’agissait de Jean Moulin.

Le trésor de mon père parodiant le proverbe d’un Vieux moutard que j’aimais qu’il m’adresse.

Le trésor de découvrir que la liberté religieuse, c’est celle d’être athée.

A Meudon, le trésor de cette excursion et tout particulièrement de la découverte de l’Allée du Château menant à l’Observatoire.

Le trésor de ma liberté à laquelle désormais plus personne ne peut s’opposer.

Les jours fériés, le trésor de la Place de l’Etoile.

Le trésor des cafés. Le code y est impératif et sans pitié. La joie à l’avenant !

Le trésor de ces deux vieux intellectuels assis sur les fauteuils du Jardin du Luxembourg regardant les photographies d’un très jeune enfant sorties du portefeuille de l’un d’eux.

Dans le fatras des affaires emportées en héritage, la découverte d’un stylo en argent avec une plume en or et le trouvant en état de marche, le trésor d’acheter les cartouches appropriées. Mieux encore de le constater toujours en vente chez Parker. Sorti en 1974, l’année de la mise à la retraite de mon géniteur, c’était sans doute son cadeau de départ du Lycée Turgot, à Paris.

Dans le seizième arrondissement sur le talus du Boulevard Périphérique, le trésor de deux lapins noirs pas du tout dépaysés.

Le trésor des albums de photographies lorsque les images n’étaient pas encore très répandues.

Le trésor de cette femme qui repeigne son mari avant que vienne son tour de parler à l’assistance debout devant lui.

Le trésor de découvrir qu’Henri Bartoli qui a l’Université m’enseigna les systèmes et les structures économiques a été proclamé Juste entre les nations. Pour étonnant que cela soit, ce ne l’est pas tellement car c’est bien lui qui m’a donné l’exemple d’un cours d’économie contestant radicalement le Capitalisme, non pas au nom de la théorie – même à la française - mais du Coût humain. Et il faisait d’ailleurs de même avec le Socialisme. C’était à la Faculté de Droit du Panthéon en 1966-67. Depuis je l’ai revu à la Télévision, il y expliquait que la bonté était au cœur de l’homme !

Le trésor de ce type debout dans l’autobus 84 Champerret-Panthéon et qui commente tout haut les incidents de la circulation d’un Ce n’est plus une ville, c’est un zoo ! L’archi-trésor de cette remarque tout à la fois vraie et fausse.

Le trésor de cette jeunette que je conseille en lui disait qu’elle doit s’armer de courage et commencer petit avant de vouloir être grande ! Elle me répond en souriant Merci Madame !

Chez Drucker à la Télévision, le trésor d’entendre Hugues Auffray parler de son petit fils américain qui s’appelle Ivan parce que son père est russe et qui lui dit lorsqu’il le voit I love you Pépé !

Le trésor de donner à Alexandre un gros sac de romans que j’ai bien aimés mais que je ne relirai pas. Un profond délestage.

Dans son minuscule kiosque à journaux, le trésor du marchand qui avec un copain regarde Le Mondial à la Télévision.

Sidérée - comme j’arrive au Quartier Latin - que l’église Saint Jacques du Haut Pas doive son nom à l’altitude qu’il faut atteindre pour continuer à marcher vers Compostelle ayant gravi le chemin depuis le bord de la Seine, alors que je pensais jusque là - ô trésor intérieur - qu’il s’agissait du Haut Pas spirituel qui toute entière m’exaltait. Mais cela ne fait rien, des confusions pareilles c’est l’essence de mon archi-trésor du monde !

Le trésor de la quinzaine de consommateurs qui - à front renversé - ont installé plusieurs rangs de sièges sur le trottoir pour regarder le match sur l’écran accroché à l’intérieur du Mac Donald’s qui fait le coin de ma rue. L’archi-trésor de l’incongruité de ces trois ou quatre rangs de fauteuils sur le trottoir de l’Avenue de Villiers.

Le trésor de F à qui j’ai dit Ce que vous m’avez donné, c’est ce que les Allemands vous ont pris. Il y avait un tel vide, une telle absence qu’il a bien fallu que je réinvente toute seule le judaïsme. L’archi-trésor de pouvoir – à sa demande - le lui répéter et qu’il ne le démente pas.

Le trésor d’un petit garçon de sept ans qui m’annonce - tout fiérot - qu’il va en vacances là où il y a un pont, près de Millau et qui ne comprend pas que c’est chez moi et que j’y serai aussi. Et l’archi-trésor pour vider un tiroir de lui donner des gants blancs à sa taille et qu’il les arbore en jubilant, avec ostentation.

Le trésor d’expliquer à qui de droit, que la qualité reine c’est la bonté et que l’honnête intellectuelle qu’on me propose de mettre à la place, n’en est pas une mais un devoir.

A la Porte Maillot le trésor du garde de corps marchant un mètre cinquante derrière la jeune fille qu’il a la charge de protéger et qui – sans succès - fait tout pour lui échapper.

Le trésor de ce type qui a 18 heures 15 en costard dans l’autobus s’assoit et ouvre un livre de littérature, un roman sans doute. J’aurais honte de mon indiscrétion si je cherchais à en lire le titre.

Dans le 93 cette femme qui dans son téléphone portable parle à quelqu’un qu’elle appelle son cœur, son chéri pour lui dire que les gens sont plus beaux dans l’autobus que dans le métro, le trésor de me retenir de lui dire que c’est parce qu’ils travaillent moins.

Le trésor de mon épopée lorsque je vais à Centre Ville. Une heure et quart d’autobus. Je mettrais dix minutes en métro mais n’en suis plus physiquement capable.

Le trésor de John Stout de Toronto lequel me demande si j’ai un autre livre comme Ton nom de végétal parce qu’avec celui là dit-il, j’ai inventé un genre.

Le trésor de cet Arabe qui se lève pour me donner son siège et m’entend radieux en le remerciant lui souhaiter la prospérité et une progéniture abondante.

Avenue de la République, d’une décapotable rouge qui roule bruyamment, le trésor d’une voix qui m’appelle par mon nom et me demande Si ça va ? J’ai tout juste le temps de répondre par l’affirmative à cet ancien élève avant que sa voiture soit loin.

Le trésor de la liesse, l’enthousiasme de la possession par les dieux, fut ce dans La marche pour la fierté des Nations ce nom que je donne au Mondial 2006 comme la France s’est qualifiée pour La Finale.

Légué par nos prédécesseurs, le trésor des adages ces garde-fous contre l’abîme de l’obscurité. En l’occurrence là celui qui dit qu’on a vingt quatre heures pour maudire ses juges, appliqué aux arbitres du football dont le pénalty en faveur de la France est rageusement contesté par les supporteurs des vaincus.

Au Mac Donald’s Champerret le trésor de cette brutale mais logique féminisation du vocabulaire dans l’interjection appropriée Connarde !

Place Saint Sulpice, le trésor du cycliste à la demande duquel j’indique le chemin de la rue du Cherche Midi, en lui disant de suivre l’autobus 84 jusqu’au Centaure et face à son air ahuri celui de traduire le nom du dit chef d’œuvre, en Cheval Humain !

Dans l’eau de la piscine, le trésor de la grande sœur attirant sa cadette vers l’échelle qui descend dans le petit bain d’un Viens par là, c’est bien pour toi !

Par mariage, le trésor d’avoir eu accès à de nouveaux auteurs Bernanos, Péguy, Mauriac, Claudel et Lanza Del Vasto ce précurseur de l’écologie avant même Mouna et René Dumont.

Le trésor de mes progrès en chant depuis presqu’un an de leçons et de souffrances.

En pleine sieste de canicule - en dépit du réveil brutal - le trésor du coup de fil d’un confrère que j’avais en vain tenté de joindre pour lui dire mon admiration pour son dernier livre. De passage à Paris, il est désormais installé en Amérique du Sud.

En passant devant le cinéma Mac Mahon, le trésor d’y découvrir projeté Les Vikings ce chef d’œuvre vieux comme Hérode. L’archi-trésor de la mémoire de ce beau type dont je ne retrouve pas le nom - même dans la version finale de ce texte - mais seulement la danse sur les rames du bateau et du même coup le bonheur de la vieillesse dans l’effacement progressif du monde, subtile démarche métaphysique à rebours de l’adolescence.

Toujours en autobus, le trésor de découvrir d’un seul coup sur les Quais non seulement la nouvelle passerelle au dessus du fleuve mais à côté du Musée d’Orsay la statue en pied de Jefferson.

Le trésor de découvrir dans un lot de fourbis acheté, un chef d’œuvre d’André Maurois : Terre promise.

Le trésor de l’arrière boutique d’une boulangerie au fond de laquelle je vois un poste de radio semblable au mien mais couvert de farine par des mains ouvrières.

Le trésor en rangeant mon armoire à linge de me dire que j’ai des torchons jusqu’au Jugement Dernier.

La bizarrerie plutôt que le trésor de lire Boulevard Pershing sur l’enseigne d’une boutique Teinturerie d’Art !

Le trésor de découvrir que Pégase est le nom de la métamorphose et de l’éprouver à la faveur difficile d’un exercice de chant inouï.

Après en avoir raté un certain nombre sous le poids de l’épuisement dû à la lutte contre le démantèlement, le trésor de redécouvrir l’été.

Le trésor de lire un véritable écrivain, fut il scandaleux et il l’est. De le lire non pas parce qu’il est scandaleux mais en dépit du fait qu’il le soit. Pour l’amour de la littérature. Là Gabriel Matzneff.

Le trésor de m’attacher tous les jours davantage à un chien en bronze hérité de mes ancêtres. Je suis coutumière de ce genre d’arrangement, copinant également avec une cruche à eau en forme de tête de sanglier. Décidée à vivre en dépit de l’adversité du milieu il a bien fallu que - dès la petite enfance - je trouve des solutions.

En lisant, le trésor de découvrir au bout de quelques pages qu’on a affaire à un chef d’œuvre. Là La fille du Gobernator de Paule Constant et quelques temps auparavant Les Lauriers du Lac de Constance de Marie Chaix. Quitte à les confondre dans la même admiration comme il m’arrive de confondre Gunther Grass et Henrich Böll, Vassili Grossman et Ilia Ehrenbourg. Sans doute un effet de l’âge mais ce n’est pas ausi grave qu’on essaie de nous le faire croire. Ce qui le serait, serait de ne pas connaître et reconnaître leurs chefs d’œuvre.

Le trésor d’avoir connu les Cinémas de Quartier, les séances du Samedi soir et celles du Dimanche après midi.

Après des années d’impossibilité, au fond de la Normandie, le trésor d’avoir pu descendre jusqu’à l’étang en bas des prés globalement nommés la Pâture et de me réjouir de tous ces érables champêtres trapus et frénétiques. L’archi-trésor de savoir que de leur bois on fait des instruments de musique et qu’on en manque. Il faudrait en planter dans le méli mélo d’aubépines, de pruniers sauvages et d’autres espèces rares ou communes.

Le trésor d’avoir tricoté comme un tableau abstrait, un couvre lit conjugal.

A une lectrice qui m’explique à quel point mon livre Les doigts du figuier a été important dans sa vie, le trésor de lui dire que l’arbre en question a failli être emporté par la tempête, l’autre été !

Le trésor de savoir séparer le vivant du mort et de sentir la vie revenir après avoir éprouvé tout contre moi, le souffle de Cerbère.

A la station de taxi, le trésor d’un beau type qui debout attend à côté de sa valise, sur la tête son panama et à qui je dis qu’il a un look sublime. L’archi-trésor d’entendre qu’il me remercie.

Le trésor d’un ciboire en céramique acheté trois euros dans une brocante pisseuse Porte de la Chapelle. Pisseuse au sens propre car effectivement là, cela sent l’urine.

Le trésor d’entendre une artiste évoquer son enfance au bord du métro aérien et qui précise que c’était avant que celui ci soit sur pneumatiques parce que cela faisait alors un bruit fantastique. Je crois me souvenir de ce ferraillement métallique dont parle aussi quelques poètes.

Près de la Piscine Montherlant le trésor de cette moto restée là depuis plusieurs mois. Le lierre pousse au travers.

Le trésor d’apprendre un mot nouveau, cette fois c’est virole.

Le trésor d’un grand nettoyage d’automne que je ne croyais plus physiquement possible. L’archi-trésor de me retrouver à quatre pattes dans le coin le plus reculé de l’appartement récurant à l’eau de Javel l’endroit où je range la lessiveuse que m’a donnée ma grand-mère paternelle. Jeune mariée, j’y faisais bouillir le linge, 86 Rue Lamarck au pied de la Butte Montmartre. Le numéro de téléphone en était CLIgnancourt 97-66.

Le trésor de ma création littéraire inspirée par la divinité, ce nom du refus de trahir ce qui m’a précédée.

Dans l’autobus, le trésor de m’interroger sur la bizarrerie que je constate, avant de découvrir qu’il s’agit d’un type en train de lire un livre. C’est dire où on en est !

Le trésor d’un chauffeur de taxi me disant que La Classe Politique est en train de préparer les pistolets avec lesquels nos petits enfants tireront sur les leurs.

Entrant dans la Grande Galerie de l’Hôtel de Ville pour écouter la conférence à laquelle je suis invitée, le trésor du choc nerveux provoqué par la beauté qui y règne. On comprend que les édiles ne soient pas pressés de quitter la place.

Le trésor de Maman que je n’ai pas laissée tomber.

Au restaurant le Rostand, le trésor de l’un de mes poèmes au mur, encadré et sous verre. Il est à la gloire de cet établissement.

Le trésor de la confidence de Pierre Arditi Je me regarde de moins en moins dans la glace parce que je me trouve de plus en plus tarte. L’archi-trésor de la moyenne qui peut du coup s’établir avec d’autres très contents d’eux-mêmes, tous ces narcisses de bazar.

Comme dans les montagnes très lointaines, cela tourne mal pour les troupes de l’OTAN, le trésor de me souvenir du proverbe indien : Crains le venin du cobra, la férocité du tigre et la vengeance de l’Afghan !

Dans la bibliothèque de l’entrée, le trésor de trouver ce que je cherche dans les livres de La Harpe et de De Raynal ces auteurs très dix huitième, à savoir parce qu’on vient de me téléphoner à ce sujet là, l’état de la Guyane de l’époque. Par rapport à la description qu’on m’en a faite, apparemment pas grand-chose de changé !

Dans cette bulle lumineuse au restaurant du Jardin du Luxembourg, le trésor de découvrir qu’en dépit de l’âge et des difficultés, mon goût du bonheur est demeuré intact.

Le trésor de recevoir de Rodopi, le livre de Mesdames Vassalo et Wardle, titré Dialogues avec Jeanne Hyvrard. Illustré en couverture de ma photographie au Parc Monceau, l’un de mes plus beaux et anciens amours.

Le trésor d’avoir redécouvert dans les affaires héritées des Parents mon cheval blanc d’enfant, en toile plastique comme c’était la mode dans les Années Quarante. Avec une crinière noire. Et le trésor de le ranger précautionneusement et proprement plutôt que de le remettre en service pour les jours de détresse. Pas plus nombreux qu’autrefois et plutôt moins.

Le trésor de pouvoir avec satisfaction, téléphoner de ci de là.

Le trésor du cadeau qu’on m’a fait, un ange en train de lire, avec des ailes dorées.

Le trésor d’une petite boite ronde en pierre que j’ai élue comme le réceptacle de la projection du chagrin de la succession si tragique et si difficile. De la succession et du deuil impossible. Du drame inédit d’une succession sans deuil. Succession réussie si on peut inventer ce concept. Mais à quel prix !

Submergée par la Rentrée Littéraire saturant les tables des boutiques ad hoc, d’énormes pavés, le trésor de demander au vendeur les Poésies de Block. Il n’en revient pas et pense que je me moque de lui !...

Dans la zone tribale entre le Pérou et la Bolivie dans les Années Soixante, le trésor d’avoir dormi dans la remise à matelas du douanier préposé qui avait exprès avant l’heure, fermé la frontière jusqu’au lendemain pour nous rançonner ainsi au moyen de cette location détestable, malpropre et incongrue. L’archi-trésor en y repensant d’hésiter encore entre la rigolade et la fureur.

L’été 1967. Depuis Paris le trésor d’avoir mis dix jours de voyage pour atteindre au cœur de l’Afrique, le Pays Dogon. En 1962, invitée à un bal d’avoir dansé la Czardas avec les villageois de la frontière slovaco-hongroise et en 1976 d’avoir visité fermé au bord du Nil, la beauté vieillotte du Grand Hôtel des Cataractes. L’archi-trésor d’avoir taillé la route toute ma vie et d’y perdurer.

L’archi-trésor de mes amis, fussent-ils morts et c’est déjà le cas de plusieurs. Disons même de beaucoup.

Cherchant un papier pour marquer un endroit dans le livre dont je dois momentanément abandonner la lecture, le trésor de tomber sur un marque page publicitaire en faveur de l’un des miens.

Le trésor de ce qui est artistique et refoule peu à peu mais irrémédiablement tout ce qui ne l’est pas.

Le trésor de faire don de pans entiers de ma bibliothèque. Parce que l’heure en est venue et l’archi-trésor du contentement explicite de ceux qui les reçoivent comme si c’était un don sacré. Et c’est le cas !

En ultime recours, le trésor de pouvoir invoquer le sens du devoir.

Donnés aux amis masculins, le trésor de trouver à caser quelques unes des cravates de mon père défunt.

 

Cinquième Cahier

Le trésor de La Loire, ce cadeau !

Le trésor de la route vers le Sud, toute Nature dehors.

Le trésor d’entendre dire de la villégiature : Il parait qu’à l’intérieur elle est magnifique avec un escalier en pierre et une terrasse au premier étage sur laquelle ouvre les chambres. C’est la stricte vérité, sauf que ce n’est pas tout à fait vrai, vu l’état.

Sur une carte postale envoyée à un copain, le trésor d’écrire Le monde change plus vite que son ombre.

Après la construction du plus haut pont du monde, le trésor de la métamorphose de Millau en nouvelle Lourdes des ouvrages de Travaux Publics.

Le trésor de ces adolescents qui me regardent comme miraculeusement une femme disponible dans un monde qui ne leur facilite pas la chose.

Rencontré par hasard sous les arcades de la Place d’Armes, le trésor de la gaité tranquille de Claude Baillon, verrier d’Art. Il a sur le visage la lumière de ses vitraux.

Entendue à la Radio, l’archi-trésor de la voix de Guillaume Apollinaire lisant en 1913 à la Sorbonne, son fameux Pont Mirabeau. Il en rend ridicules les chansons qui ont suivi en utilisant son texte.

Aux Puces de Millau le trésor de l’accent conservé, alors qu’il a disparu chez les commerçants de la ville et celui d’une conversation de fond avec une voisine. L’archi-trésor d’un superbe plat en faïence payé cinquante centimes d’euro et inauguré le midi même dans l’admiration des convives.

Le trésor de ce jeune garçon qui partant en excursion me colle dans les bras son ours en peluche à garder et me demande au retour comment celui-ci s’est comporté.

L’archi-trésor de l’inspiration littéraire, cette grâce absolue qu’on ne peut pas trafiquer.

Le trésor d’une partie d’échecs jouée en plein air dans une fête villageoise. Ma dernière tentative remonte à plus de trente ans…

Sur le Tarn, le trésor des bateliers convoyant les touristes jusque sous le fameux Viaduc et le village en contre bas. On entend leurs voix avant de les voir et on comprend presque ce qu’ils disent.

Le trésor de l’année 1957, celle de l’arrivée de mes premières règles et de la sortie du film de Bergman Les fraises sauvages. L’entrée dans la métamorphose qui ne m’a plus quittée.

Sur le balcon du premier étage, le trésor de cueillir - sur son propre figuier – ses figues à soi lorsqu’elles sont tout à fait mûres ce qui arrive plus vite qu’on le croit.

En m’installant à la villégiature - à la Noël 1974 - le trésor d’avoir encore connu au bord des chemins de ce pays de cocagne, les amandiers comme ils commençaient pourtant déjà à dépérir.

En amont de Millau - aux alentours de Cresse – le trésor du terroir tout entier planté de cerisiers, jusqu’à l’excès et de rester médusée d’une pareille pléthore.

Surplombant la Vallée du Tarn, le trésor de toutes ses terrasses pareilles à celles des Incas et l’archi-trésor de constater qu’elles refusent de s’écrouler alors même qu’elles ne sont plus cultivées.

Le trésor des chefs d’œuvre de littérature découverts par hasard dans des brocantes infâmes et l’archi-trésor du livre de poche qui illumina non seulement mon adolescence mais qui m’irradie aujourd’hui encore plus intensément.

L’archi-trésor de ma vie lorsqu’on remet tout en perspective.

Le trésor de savoir lire et écrire.

Le trésor d’avoir accompli un œuvre d’avant-garde reconnu comme tel et de Raymonde Bulger du Minnesota le qualifiant de Phénomène littéraire sans précédent.

Scandalisé des mauvaises conditions de travail des salariés d’un magasin, le trésor - dans une émission de Radio - de la protestation de Jacques Maillot défendant une employée en difficulté d’un Elle doit passer la serpillère et elle n’a même pas de produit !

Le trésor d’être remise en selle en feuilletant mes livres oubliés, à cause de la puissance du style, forme et fond confondus.

Le trésor baroque de Marguerite Duras disant On ne parle pas du livre qu’on écrit à son amant, seulement à son mari. Ce n’est pas si mal vu !

16 Septembre 2006

Le trésor de découvrir que la majorité des gens détestent l’Art parce qu’ils n’y comprennent rien.

Le trésor du film Quand passent les cigognes Palme d’Or 1958 au Festival de Cannes, l’annonce de la fin de la guerre froide.

Le trésor d’être capable de distinguer plusieurs sortes de rubans selon leurs fonctions: le gros-grain, la soutache, l’extra-fort, le biais et la talonnette sans compter le simple ruban ordinaire pour nouer les cheveux ou les cadeaux.

Aux élèves qui me demandaient à quoi cela servait de faire des Etudes, le trésor de leur avoir répondu A contempler la gloire de Dieu ! Là non plus ce n’est pas si mal vu !

Le trésor d’une éclopée qui avance avec une veste mauve, une minerve bleu marine et une béquille jaune d’or.

Le trésor des Editions Vents d’Ouest qui de l’Ontario font tout pour venir à mon secours avec une gentillesse impensable ici.

Le trésor de la rue de Courcelles qui se transforme petit à petit en la Grand’Rue d’une nouvelle ville de l’entre-soi… et l’archi-trésor de ces immeubles haussmanniens de plus en plus beaux.

Rue Daru, le trésor de l’église russe.

Le trésor de dire Merci de votre gentillesse à quelqu’un qui en est totalement dépourvu.

Le trésor de l’Humanité, de l’humanité plutôt avec un petit « h », en tant que capacité de reconnaître dans l’autre un semblable pour qui on peut avoir de la compassion parce qu’on partage sa condition.

Le trésor d’affronter yeux ouverts, cette période de l’Histoire.

Le trésor des amoureux et aussi des amants.

Parce qu’elle se croit bien cachée, le trésor de la chatte qui se dévoile en passant la tête hors de sa planque – pourtant pas si mauvaise - pour voir ce qu’il en est.

Près de sa péniche où il nous attend sur le ponton, le trésor de l’homme qui nous fait un signe.

Le trésor de n’avoir jamais subie de grossesses non désirées ni d’avortement provoqués.

Depuis la rue, le trésor de voir sur la terrasse de l’immeuble d’en face, un palmier.

Le trésor d’avoir déposé plainte contre l’escroc de Centre Ville - spécialiste de montres anciennes - parce qu’il m’avait volé en or la Breitling Arts Déco de Maman que je lui avais porté à réparer. Le pas du tout trésor du Ministère de la Justice qui a classé l’affaire refusant de le poursuivre…

Le trésor de parvenir soixante ans après à verbaliser enfin le chaos qui régnait à la sortie de la Deuxième Guerre Mondiale en disant qu’Ils avaient perdu le sens de la vie et du bien et du mal. Le trésor de me dire avec le recul que ce n’était certainement pas vrai pour tous.

Familière de mon drame intime, le trésor de quelqu’une qui me dit Je ne souffrirai pas que tu manques d’autre chose que d’une Maman.

En matière d’enseignement de la langue, le trésor de préciser aux amateurs de nuances, la différence de sens entre Etre à Saint Anne et Etre à Charenton comme celle entre les dérèglements passagers et les chroniques.

Le trésor de poursuivre la différence entre l’écarlate et le cramoisi, la splendeur et la brûlure et finalement de l’étroit chemin entre les deux, ma propre voie.

En ville, le trésor de l’abandon d’un livre dont on ne veut plus mais dont on pense à juste raison qu’il fera le bonheur de quelqu’un d’autre.

Parce que l’automne est ce matin là au lever de soleil absolument resplendissant, le trésor de sentir venir aux lèvres le mot Zohar, pour dire le livre de la splendeur. Celle du monde.

Aux Etangs de Hollande en forêt de Rambouillet - assis sur la digue construite par Vauban - une famille installée à pique-niquer avec cinq jeunes enfants d’âge parfaitement échelonné.

A Montfort l’Amaury, inattendu sur la place ombragée, le trésor d’un agréable restaurant.

Issu de la prétendue diversité, le trésor de ce politicien disant Je ne veux pas être l’arabe qui cache la forêt !

Le trésor de la liste pas même exhaustive de mes collections d’images subdivisées en Pièce Unique et Images de série pour se terminer par celles de mon enfance trouvées dans les plaques de chocolat ou achetées en planches au Monoprix. L’archi-trésor de la continuité de tout cela, la quête de la représentation de la beauté du monde. Voire même de sa représentation tout court. La passion de l’abstraction pour s’arracher à la sidération.

Le trésor d’avoir si bien dormi l’été 1967 allongée sur le plancher du train sous les banquettes entre Bamako et Dakar comme on y rentrait pour aller prendre le bateau qui nous ramènerait au pays. L’archi-trésor de me souvenir comme nous allions aux Sports d’Hiver, des nuits passées comme j’étais encore petite à dormir dans le filet à bagages, adaptant ainsi le même concept à la situation. Sans doute le constructivisme ferroviaire se terminant aujourd’hui par la simple évocation de la Prose du Transibérien de Blaise Cendras, répondant à ceux qui lui demandait s’il l’avait effectivement pris : Qu’est ce que cela peut te foutre, si je te l’ai fait prendre ?

Depuis le Pont des Batignolles, le trésor de l’enchevêtrement des voies ferrées qui aboutissent à la gare Saint-Lazare dont on voit les verrières.

Le trésor de me découvrir désormais enseignée à Alicante avec - est il précisé sur la notice - lecture obligatoire de mon ouvrage La jeune morte en robe de dentelle.

L’archi-trésor d’avoir dormi dans la baignoire d’un cousin une nuit où accueillis chez lui, nous étions trop nombreux pour les lits. La rencontre du baroque dès l’âge infantile. Ma vie en pièces uniques. Faite de pièces uniques.

Place Edmond Rostand à l’entrée du Jardin du Luxembourg traversant en zig-zag au mépris des voitures, le trésor d’un jeune homme dégingandé, immense et flottant dans son costume sombre. On aurait dit Augustin dit Le Grand Meaulnes.

Sous le ciel gris au bord de la pluie, le trésor de la Rue Royale avec au fond rutilants le dôme doré des Invalides et la pointe de l’Obélisque.

Le trésor de serrer contre mon cœur un roman que je n’ai pas lu. L’archi-trésor de Somerset Maugham dont je n’ai pas encore épuisé toutes les ressources. Et pourtant je le fréquentais déjà dans mon adolescence. Et pas qu’un peu !...

Le trésor de ma vie que j’invente sans céder à la mode de l’époque. L’archi-trésor d’être toujours et de plus en plus scandalisée de l’absence de bonté, cette qualité reine.

Le trésor d’entendre une Canadienne dire avec dépit et fureur que Tous les Français sont des anarchistes puis nous accuser d’être la cause du désastre planétaire. Ce n’est pourtant pas son habitude d’exagérer.

En les entendant, le trésor de pouvoir dire Les amants d’Edith Piaf chantent encore.

Dans les Septantes, le trésor d’avoir connu Les Terres Neuves relâchant au port de Fécamp sans même avoir été capable de comprendre de quoi il s’agissait, tellement c’était naturel ces bateaux le long de ces quais . L’archi-trésor de le comprendre après coup et d’en mesurer rétroactivement la grandeur.

Le trésor de Michel Serres disant que la vieillesse est un âge épatant parce qu’on se fout de tout. C’est exactement ce que je pense. C’est d’ailleurs aussi ce que dit Régis Debray.

Le trésor de Claude Durand - le PDG de Fayard - qui reconnait la corruption totale du système littéraire français disant qu’il s’agit d’ententes illicites entre concurrents et qu’il faudrait les sanctionner. L’archi-trésor de découvrir qu’il s’agit donc de la continuation d’un ancien système et non de la perversion d’un nouveau. C’est presque rassurant !

Sortant au matin, le trésor de mon père me sidérant absolument comme j’ai onze ans et que je l’entends dire à Avila en Espagne Il fait un vent à décorner les cocus.

Le trésor d’une petite fille radieuse avec son gros ballon à l’effigie de Bugs Bunny !

Le trésor d’Alexandre Adler qualifiant de mauvais goût la pratique consistant à faire payer aux familles chinoises, les balles qui ont servi à exécuter la condamnation à mort de leur parent.

Le trésor de F qui me téléphone pour me remercier de l’envoi de ma lettre. C’est en effet un petit chef d’œuvre dans le sens de ce que j’ai appelé autrefois je ne sais où un acte de grammaire. Sa gratitude était d’ailleurs bien à ce titre. Sait il qu’il n’y avait pas beaucoup de destinataire pour ce texte et pour dire vrai, qu’il était le seul?

Le trésor de ces Européens qui protestent contre les condamnations à mort fussent-elles celles de tyrans. Au pluriel comme cette fois au singulier et par la bouche de la Présidente de l’Union, cette fois la Finlande.

A Sochaux à l’arrivée du nouveau dirigeant de Peugeot, le trésor du délégué syndical qui commente Il a la réputation d’un patron très dur mais on va le laisser arriver et on lui souhaite beau temps !

L’archi trésor de dormir dix heures et de faire des rêves de bonheur y compris concernant Maman.

Le trésor d’avoir encore la force de changer toute seule les draps du grand lit et celle de pouvoir sans aide, m’habiller.

Le trésor de me dire que j’ai eu une vie absolument tragique et qu’à soixante deux ans bientôt je puisse faire ce constat sans être ni défaite, ni défigurée.

Pour cette ville où comme mes Parents je suis née et dans laquelle j’ai réussi contre toute attente à vivre plus que correctement, l’archi-trésor de mon extrême passion.

Le trésor d’avoir - perdue de vue depuis un demi-siècle - réussi à localiser la tombe du Grand Père Dherbécourt.

Alors qu’il était mis en quarantaine par nos très chers collègues, moi-même complètement épuisée, le trésor un soir à la sortie des cours, d’avoir accompagné Bruno Guitard déjà mourant, à une exposition sur Byzance.

Le trésor d’apprendre que le Général de Gaulle avait lui aussi la mélancolie.

A Menton à la Toussaint 2004 - lors d’une soirée étouffante au sens propre - le trésor d’avoir dit en plaisantant que c’était le sirocco et qu’on me l’ait effectivement confirmé.

A Davos fin 1962, le trésor du pianiste de Chez Dischma qui dans un dancing animait la fin d’après midi et dont nous étions ma sœur et moi, amoureuses.

Onze ans après en Asie Centrale, pour circuler un peu plus à notre goût, la course à pied dans les rues de Khiva afin d’échapper à la surveillance excessive d’un guide un peu trop policier. L’archi-trésor - pliés en deux de rire - de l’entendre nous appeler par notre nom comme nous étions cachés dans les portes cochères.

Dans le vestiaire de la piscine ce type qui engage la conversation avec moi pour déplorer qu’il n’y ait moyen de parler à personne et que chacun ici ne regarde que devant lui. Le trésor de ce bel homme expert en je ne sais quoi. Je ne sais plus.

En regardant le film L’élève un après midi à la Télévision, le trésor de pouvoir me dire Qui a fait ce chef d’œuvre ? Et de trouver rapidement son nom sur la Toile : Olivier Schatzky.

Autrefois le trésor des trains de nuit et du désir latent en filigrane.

Chez Duriez la boutique de bureautique, comme je cherche à acheter des rubans neufs pour mes machines à écrire mécaniques, le trésor de la caissière qui connait par chœur la taille des trois modèles que je lui demande. J’en ai d’ailleurs encore deux autres dans mes campagnes.

Le trésor de la joie des gens qui me demandent Comment ça va et à qui je réponds Toujours mieux quand je vous vois !

Le trésor de réfléchir à la différence qu’il peut y avoir entre la Notre Dame du Bon Secours où je suis née dans le Quatorzième Arrondissement de la Capitale et L’Hôpital du Perpétuel Secours à Neuilly.

Le lendemain du jour où endormie très tôt j’ai laissé les étrennes du facteur dans une enveloppe scotchée sur ma porte avec l’expression de mon choix concernant le traditionnel calendrier - à savoir ma préférence pour un paysage de montagne ou un animal - le trésor du préposé qui vient me remercier et me proposer l’échange du carton à mesurer le temps, si la photographie centrale qu’il m’a destinée ne me convient pas.

Ce matin sur le rebord de ma fenêtre le trésor d’un pigeon chamarré qui ne ressemble pas aux autres.

Le trésor de mesurer ce qu’est – ce qu’a été – L’Esprit des Lumières en comparant pour la description de l’économie des Indes Occidentales, à la même période celle de De Raynal et celle de l’Abbé Delaporte dans Le Voyageur françois dans lequel celui-ci gobe et colporte tous les clichés de l’époque.

Le trésor des métaphores de Guy Bedos racontant les avatars divers et variés de sa jeunesse en les nommant des accidents de surprise parties traités en banlieue parisienne par des tricoteuses et l’archi-trésor que cette allusion sordide à l’essence de la vie ne soit comprise que par ceux et celles de notre génération.

En matière de chauffeur de taxi, le trésor de celui dont le bâton de maréchal est d’avoir un jour véhiculé Louis Aragon.

Le trésor de cacher ce que je lis, comme un trésor et d’ailleurs cela en est un.

Le trésor de découvrir que ce qui me reste de ma partenaire d’émancipation, en fin de compte c’est la gratitude que j’ai pour elle de m’avoir conseillé la lecture de Deux Cavaliers de l’orage et au-delà de tout l’œuvre de Giono.

Le trésor de cette voix à la Radio qui proclame qu’elle ne votera pas pour ce candidat là parce que Si on avait appliqué les lois qu’il fait voter, en 1920 on aurait refoulé Picasso, Chagall et Giacometti.

Taillant la route, le trésor d’avoir croisé au tout début des Septantes une troupe de théâtre itinérante qui faisait la même chose et de lui avoir donné trente francs de l’époque.

Toujours dans Le Voyageur françois, le trésor de l’Abbé Delaporte qui raconte qu’en entendant les combats et les conversations des Hurons avec leurs ennemis, on pouvait juger exactes celles qu’avaient rapportées Homère. Entendons le trésor d’avoir accès là à un curieux mode de pensée, peut être pas si faux.

Le trésor de l’invention de l’expression Un physique de Radio par opposition à celui sous entendu plus heureux, de Télévision.

Occupant vingt quatre mille pages, le trésor de la mise en ligne sur la Toile de l’intégrale des partitions de Mozart.

En 1962, le trésor avec mon père de ma première manifestation comme j’ai dix sept ans. On y enterre – tuées par la Police - les victimes des échauffourées de la station de métro Charonne. L’archi-trésor de cette masse de couronnes portées par les partisans de la paix en Algérie, des tombereaux de fleurs blanches - car parmi les morts il y a un adolescent - et de toute cette multitude en marche.

Trésors sémantiques de ces expressions entendues dans un téléfilm allemand Féministe de l’âge de pierre et Cordon ombilical à traîner un semi-remorque !

Le trésor du résumé de mon état physiologique : En hiver, je dois prendre des bains chauds pour me réchauffer et des froids en été, pour éviter le coup de chaleur !

Le trésor de remettre en perspective ce qui m’est politiquement arrivé. Mon père était un saint-simonien qui s’ignorait tel au milieu de ce qu’il nommait lui-même des anarchistes doux du Groupement des Campeurs Universitaires. Ce sont eux qui m’ont formée mais c’est bien lui qui m’a enseignée. Tout cela n’a pas été sans effet.

Comme ce chauffeur de taxi m’ennuie parce que lancinant il se plaint, le trésor de parvenir tout de même avec succès, à le réconforter. Ni par devoir ni par générosité mais par constructivisme tous azimuts. Quasiment un tic, peut être même un toc !

Ordinosaure. Le trésor de ce terme nommant les énormes machines des Années Cinquante, lesquelles - ancêtres de celles d’aujourd’hui - occupaient une pièce tout entière.

Le trésor de la compassion tout particulièrement pour les naufragés, ces victimes de la fureur de Neptune.

En ces jours de fin d’année, découvrant en montant dans l’autobus le chauffeur déguisé en Père Noël, une boite de bonbons à la main, le trésor de lui demander s’il s’agit d’une initiative individuelle ou de celle de la RATP.

Le trésor de la joie éclatante de la vendeuse de la boutique à côté du Lycée - commerce que je n’ai pas fréquenté depuis plusieurs saisons - et qui complètement excitée me crie qu’elle a ce que je cherche, des pantalons en velours à ma taille

Le trésor de découvrir que l’opticien du quartier est mon ancien voisin et de lui raconter qu’à coups de bonbons et de bonnes paroles, j’étais autrefois venue au secours de son frère puni debout tout seul sur le palier et plutôt désemparé.

Le trésor d’inventer une histoire de panthère rose pour consoler une femme de trente huit ans.

Le trésor de la dureté de ma vie jusqu’à comprendre qu’il ne s’agit en fait que de mon destin d’artiste, par nature singulier.

L’archi trésor de ce jeune garçon qui m’assure sérieux comme un pape que si on ramone les cheminées c’est pour en faire descendre les chats, précaution louable confirmée par sa sœur.

A l’Association de Poésie, le trésor de mes potes se réjouissant de m’entendre lire l’un de mes poèmes consacré tout entier au bonheur.

Exceptionnellement car l’insomnie n’est pas mon style, en pleine nuit le trésor d’une émission télévisée sur le rôle de la littérature, entre deux horreurs.

A l’arrêt du bus, l’archi-trésor de ce type qui entreprend de m’expliquer que la décadence a commencé à la mort d’Elvis Presley. Et qui ajoute cette métaphore : On est à trois cents soixante degrés et il faudrait être fort pour trouver un gars capable d’un angle supplémentaire.

Le trésor d’avoir commenté les bonnes réponses de mes chers élèves d’un Je suis très honorée d’être votre professeure ! Le trésor d’en rencontrer une ancienne enceinte dans la cour de l’Hôpital Saint-Antoine comme je passe encore une énième fois, un énième bilan !

Les trésors de quelques propos inouïs comme celui de Michel Polac affirmant que Dieu est l’ennemi de l’Homme ou l’à peine plus civilisé Contre le texte, Dieu Lui- Même ne peut rien. Sans doute le propos d’un écrivain en conflit d’allégeance.

Dans la descente de La Rochepot au printemps, l’angoisse de mon père conduisant sur la route verglacée barrée et encombrée de camions sinistrés. On ne disait pas encore En portefeuille…

Toute petite encore, le trésor de Bobby Lapointe chanté avec ma grande sœur et Grand Père qui battait la mesure avec sa canne comme nous reprenions le refrain Avanie et Framboise… L’archi-trésor de découvrir bien des années après que c’est l’origine du surnom que j’avais donné à mon aînée et dont je garde encore en dépit de tout ce qui est arrivé depuis, la nostalgie.

Dans mon adolescence, le trésor des mystérieuses affichettes collées à la devanture des bistrots pour annoncer le combat de L’Ange Blanc contre le Bourreau de Béthune. Sans doute à la boxe ou alors au catch. Je n’ai jamais pu éclaircir la question.

En 1966 le trésor du Monténégro, de la Macédoine et du Kosovo alors même qu’on se croyait en Yougoslavie et qu’on l’était.

Le trésor de savoir que si on me demandait ce que je fais à écrire comme cela je pourrais répondre avec la plus grande justesse qui soit : Je suis écrivain, hélas ! Et qu’en effet c’est bien cela !...

Le navrant trésor de m’être résignée à jeter mon grand chapeau peul porté au Mali en 1967 et depuis mal conservé, faute de savoir qu’il aurait fallu de temps à autre en tremper la paille dans l’eau. Elle a fini par tomber en poussière réduisant à néant cette splendeur ethnographique digne du Musée de l’Homme. Sic transit gloria mundi.

Installée dans le bistrot où j’ai mes habitudes - à la sortie du Cours de Céramique - Boulevard Haussmann, le trésor d’entendre regardant dehors, le garçon de café qui me connaît gueuler : La voiture de Madame est avancée, il y a une Roll’s. Sous entendu stationnée devant la terrasse.

Le trésor du kiosquier arabe à qui je demande quel jour paraît l’hebdomadaire Charlie Hebdo et qui me dit qu’il espère bien qu’ILS vont gagner leur procès.

Le trésor des terrasses de café qui fleurissent. Là le 9 Janvier 2005 au bout de l’Avenue Friendland, le sourire de l’employé de la cuisine qui sortant sur le trottoir découvre que c’est pour moi qu’il prépare tous les mardis en fin d’après midi, une salade niçoise. L’archi-trésor de mon indépendance concernant les horaires, seul moyen pour moi de contourner l’adversité. J’ai dû lutter pour l’imposer.

Le trésor d’avoir réussi à faire réparer deux couteaux hérités pour qu’ils ne déparent pas l’ensemble et d’avoir lu à l’entrée de l’atelier qui s’en est chargé Rue des Gravilliers : Chez Batard Réparations d’argenterie de table et d’Eglise. L’archi-trésor de ces passages étroits dans ces immeubles vieux de plusieurs siècles.

La tête de panthère en carton bouilli ou en papier mâché en tous cas celle que j’ai achetée à un antiquaire parce que comme je lui demandais d’où elle venait, il avait eu le culot et le trésor de me répondre De la tête de quelqu’un ! L’archi-trésor de lui préciser que c’était effectivement cette réponse là qui avait emporté mon adhésion à la transaction.

Le trésor en 1979, Rue Baudricourt - dans le pire de ma vie - d’avoir dit à Juliette Reichenbach la sœur du cinéaste Mais alors, l’amour ne sert à rien et de l’avoir entendu me répondre C’est déjà bien que cela existe. L’archi-trésor de savoir aujourd’hui que cela sert quand même à quelque chose notamment à empêcher que le monde se brise une seconde fois, la première ayant été par convention nommée le Big-Bang.

A la boutique spécialisée où j’ai mes habitudes, le trésor ahurissant de l’image médecine éthiopienne qui s’avère repousser toutes les tentatives d’encadrement jusqu’à ce que son propriétaire reparte avec elle, comme il était venu, l’objet enroulé. Puissance de la forme qui garantit la conservation intégrale du fond ! L’archi- trésor d’avoir réussi à expliqué pourquoi. Le sacré doit rester sinon caché du moins occulté, en tous cas roulé.

Le trésor de la rue du Cherche Midi, un musée à ciel ouvert.

Le trésor de tous ces amoureux dans le Quartier Saint Sulpice.

Le trésor de ces arrières salles de bistrot où se fomentaient autrefois les idées neuves et les Révolutions.

Le trésor contestable de la disparition des hivers. Du balcon on a cessé de rentrer d’abord le laurier rose, puis le papyrus et maintenant les géraniums. Cela tombe d’ailleurs d’autant mieux que physiquement on en est de moins en moins capables.

Le trésor de cette femme bosniaque disant Mon mari c’est ma gloire !

L’archi-trésor de l’usure naturelle de mes dés en ivoire et de la rêverie concernant leur date de fabrication pour arriver à ce résultat là qu’on touche du doigt.

Dans la rue, le trésor violet et vieux rose du camion de livraison de Lenôtre, le pâtissier.

Le trésor de cet homme essentiel dans ma vie et disant curieusement Vous êtes ma plus belle broderie !

Porte Champerret au matin, le trésor de ce type qui m’aborde pour me demander où il peut acheter une passoire et à qui pour l’aiguiller correctement je fais préciser Chicos ou ordinaire ?

Le 12 Mars 2007 le trésor de découvrir que dans un quartier de Pantin, pour La Journée de la femme quelqu’une a récité mon poème Une pigeonne qu’elle a trouvé sur mon site Internet. L’étonnement de chercher de mes nouvelles sur la Toile et plus étonnant encore d’en trouver.

Le trésor du syncrétisme de cette brésilienne racontant sans aucune distance que pour la Première Communion de sa fille elle a fait un décor de Dame à la licorne. Et à la réflexion le constat que ce n’est pas si mal vu ni autant déplacé qu’on pourrait le croire.

Chez le distributeur Darty, le trésor de me mettre à pleurer parce que je calcule qu’au prix où sont vendues les cafetières électriques, il ne peut pas y avoir de salaires versés à ceux qui les fabriquent.

Le trésor d’apprendre que Delacroix était l’ami intime de George Sand et de Frédéric Chopin. Et l’archi-trésor de cette dizaine d’adultes discutant dur comme fer, des différents avatars qui en ont résulté. Cela dans une association de poésie réunie tout au fond d’un traiteur asiatique en face de la gare de Lyon.

Le baroudeur étant de retour, le trésor de sa valise et de ses sandales, le tout totalement décalé dans l’environnement.

Le trésor de Floréal Barrier rencontré à Weimar et à qui je demande des nouvelles de Jacques Douglas Liddell comme j’en quête depuis soixante deux ans. L’archi-trésor de constater qu’il m’en a données. Je sais enfin que celui qui a été le compagnon de cordée de mon père avant la Guerre a été déporté Nuit et Brouillard depuis Compiègne le 4 Juin 1944 pour arriver à Neuengamme le 7 et mourir à Bergen-Belsen à la date administrative du 15 Avril 1945. Je ne sais toujours pas qui l’a dénoncé.

Le trésor de ce copain de l’association de poésie à qui j’ai parlé de la gravité de mon amour conjugal et qui m’a le premier complètement comprise, notamment dans sa dimension sacrée.

Le trésor de ce fourré fleuri que par convention on appelle jardin.

A la campagne le trésor des jeunes personnes appliquées a soigneusement lire à l’intérieur de la porte du placard de la cuisine, la règle du jeu de croquet que j’y ai affichée.

A ma fenêtre, le trésor de deux palombes s’accouplant sans gêne dans un de mes pots de fleurs !

Vingt cinq ans après l’avoir écrit, le trésor en relisant mon long poème Le Silence et l’obscurité concernant l’état de siège en Pologne du temps de Solidarnosc, d’en être absolument bouleversée.

Le trésor du kiosquier à qui je demande près de chez moi L’Humanité et qui me répond sobrement Ce n’est pas le quartier !

Concernant l’embouteillage de la Place de Narvik, le trésor de la conversation muette que depuis l’autobus j’entretiens par gestes avec un laveur de carreaux qui commente depuis le balcon de l’immeuble qui le surplombe, l’ensemble de la situation!

A la caisse du Leader Price à côté du Lycée, comme on reconnait dans la musique de fond du magasin l’un des tubes des Platers, le trésor de dire tout haut à l’employée Ca ne nous rajeunit pas votre mélodie ! Et l’archi-trésor d’entendre les deux autres séniors qui font la queue derrière moi éclater de rire et le confirmer. J’avais en effet treize ans lorsqu’ils étaient à la mode…

Le trésor de la reprise de la natalité. Rue de Courcelles des boutiques de vêtements d’enfants les unes à côté des autres.

Le trésor de découvrir que si j’entends mal d’une oreille, c’est mieux de l’autre ! Bonheur du vieillissement, cette forme radieuse de l’Autrefois.

Le trésor de Maïr Verthuy disant à mon sujet : En te regardant je me faisais tout à l’heure la réflexion « C’est incroyable, elle est en surface ! »

Le trésor d’inventer l’expression débloguer, car au vu de ce qu’on lit sur la Toile, la nécessité s’en impose…

Le trésor de l’amour conjugal. Supporter l’insupportable et tolérer l’intolérable. Une forme extrême du donnant-donnant.

Avec l’âge, le trésor inédit et à peine crédible de confondre deux de mes livres. Je souhaite cet incident charmant à quiconque.

Concernant Michel Ange, le trésor d’apprendre qu’il a préféré brûler ses dessins plutôt qu’ils tombent entre les mains des Médicis !...

Ecoutant dégoiser la jeune génération, le trésor de la complicité de ce qui lie la nôtre.

Le trésor de la fureur des Vénézuéliens parce que Chavez leur a coupé leurs feuilletons télés.

Trésor distancé de constater qu’avant de prendre des cours, je chantais comme une casserole et que depuis c’est comme un faitout. Mais plus sérieusement celui de découvrir que l’existence de l’expression maître chanteur et faire chanter dit tout de la cruauté de l’opération.

Lorsque je leur lis mes poèmes, l’archi-trésor de la ferveur des gens.

A Barbès le quartier de son enfance, le trésor du geste de mon père me montrant l’immeuble d’où est parti Le Mouvement de 1936.

Hasard ou non de la vie littéraire, le trésor d’apprendre que c’est La Majesté des Centaures qui a obtenu le prix Pégase. On croit rêver !

Le trésor d’entendre un petit garçon et une petite fille qui se croyant seuls, entonnent des chansons de corps de garde.

Le trésor de parvenir à formuler l’hypothèse que Dieu, c’est l’unicité de la matière, son unité.

L’archi-trésor du Caire.

Le trésor de parvenir à formuler l’horreur des dernières années de ma vie professionnelle au Lycée Siegfried : La misère matérielle des Elèves, la misère intellectuelle des Collègues et la misère morale de l’Administration.

Le trésor à soixante deux ans de découvrir la sublime peintresse Mary Cassatt dont j’ignorais tout car on n’en parle pas ici. Comment s’en étonner, elle peint les femmes dans leur majesté.

Dans un restaurant, le trésor d’entendre dire à la table d’à côté Comme disait ma mère, j’étais la favorite du harem… suivi d’un grand éclat de rire.

L’archi trésor de m’être achetée une concession perpétuelle au Père Lachaise, à côté de celle de mes Parents et de pouvoir ainsi me dire que s’ils étaient morts, j’étais moi bien vivante, la preuve concrète étant que ma mort à moi était encore devant moi.

Comme j’achète des matelas pneumatiques au Vieux Campeur me proposant alors une carte de fidélité, le trésor de lui dire qu’en fait, je campe depuis 1948. Sauf que ces derniers temps, c’est chez moi.

Le trésor d’acquérir pour rien un livre d’art concernant une américaine, écrit et traduit par des Russes, composé au Viet Nam et imprimé en Chine. Petit pansement sur la blessure de la globalisation ultra libérale qui détruit tout.

Le trésor de gérer au mieux une boite de soldats de plomb et l’archi-trésor de me souvenir que nos Rois en avaient eux, en argent massif.

Le trésor d’être totalement détachée des livres qu’on publie concernant les miens. La liberté de la glose est le corollaire absolu de la liberté d’écriture.

Le trésor trop rare d’entendre Antoinette Fouque à la Radio.

En matière d’art, le trésor de trouver pour l’afficher des solutions de plus en plus rocambolesques.

Le trésor des peintures sur verre que j’ai achetées pour rien en 1980 à Sidi Bou Saïd.

Le trésor d’une radio périphérique qui à dix heures du matin balance sur les ondes Le temps des cerises à l’accordéon.

Le trésor d’un poème inouï qui surgit comme cela, s’impose, travaille sa forme pour lui-même et en lui-même et une trentaine d’heures après se déclare, achevé. Prêt à être à son tour copié dans le livre des originaux.

Dans un cabaret poétique après que j’ai pendant une heure parlé de mon travail et lu mes œuvres, le trésor d’une pétasse qui me demande la bouche en cœur sur le ton ad hoc in the move Est-ce que vous lisez les Autres ?

Le trésor de cet autocar énorme peint de toutes sortes de nuances depuis les framboises écrasées jusqu’au violet foncé en passant par le parme et le lie de vin.

Le trésor de cette franche rigolade avec le chauffeur de bus à qui j’explique qu’ayant été élevée dans l’honnêteté, par les temps qui courent je suis handicapée. Il me répond qu’en effet, cela ne doit pas être facile ! Je conclus d’un Merci de m’avoir aidée ! Entendons par cette parole de compassion…

Le trésor d’avoir des amis rencontrés il y a quarante cinq ans.

L’archi trésor d’avoir enfant, tourné la manivelle des moulins à café en bois, pour aider mes grand mères dans leurs taches journalières. La Grand-Mère Dherbécourt et la Fontaine. Les deux ! Elles avaient d’ailleurs des engins du même modèle, quasiment le même. Je les ai toujours. Sur les étagères de ma bibliothèque, mon moulin à moi à pulvériser ce qui me tue.

Le trésor à la Radio d’entendre en pleine nuit au milieu du chagrin, chanter Léo Ferré, de s’en lasser, de tourner le bouton et de se retrouver à écouter F.O.Giesbert raconter son enfance à lui fantasque et tragique. Le 14 Juillet 2007.

Le trésor de ce petit jeune homme qui m’appelant toujours par mon surnom découvre un jour qu’il ne connait pas - comme il le dit - Mon vrai prénom et me le demande.

Du temps de la réclame - la mère de la publicité - le trésor de la firme Cinzano qui s’était inventé un personnage vedette, un zèbre sympathique et amical présenté dans les situations de la vie quotidienne. Dans les Années Cinquante, bien sûr !

Habitant sur la rue, le trésor d’entendre aux aurores, les gens partir en vacances. D’abord le bruit de leur porte cochère qui s’entrouvre puis des roulettes de leur valise sur le bitume du trottoir.

Le trésor de ma dentiste à qui j’avais en rigolant demandé qu’elle m’incruste un diamant dans une des dents de devant et qui m’avait froidement répondu : Réfléchissez bien parce qu’une fois que je l’aurais mise, je ne la retirerais pas ! Forme honorable du professionnalisme.

Le trésor, l’archi-trésor même de ma vie pleine à craquer.

Le trésor sur le modèle des Alcooliques Anonymes, d’imaginer fonder l’Association des Amoureux Anonymes.

Le trésor des taxis compassionnels qui bourrent leurs vide-poches de tout ce qui peut pourrait ou pourra soulager un manque quelconque…

Parce que j’en entends parler, le trésor inutile de découvrir que cela fait des années que je ne suis pas montée à Montmartre.

Tout en regardant le Tour de France sur sa petite Télé, le trésor du kiosquier qui me tient le crachoir.

A la FNAC dans la liste des meilleures ventes, au milieu d’un énorme tas d’ouvrages obscènes, la surprise qu’on peut en effet considérer comme un trésor de découvrir La Lutte des classes en France d’un certain Karl Marx.

Lors des inondations du Pas de Calais, le trésor d’un villageois affolé commentant la situation d’un On a mis quelques Anciens dans la Salle des Fêtes, au sec !

Sur le Tarn, le trésor d’un canard au fil de l’eau et de son brutal arrêt Christiana technique décalquée du ski.

Sur la rambarde du balcon à la villégiature sous le figuier, le trésor d’un grimpereau qui me regarde.

Le trésor absolu de la traversée de la totalité du Massif Central pour rentrer à Paris. Une joie sans égale. La contemplation du monde dans sa splendeur.

Le trésor d’entendre La Marseillaise version manouche de Stéphane Grappelli jouée par Django Reinhart.

Déclarant à un ami n’avoir pas vu plus de dix mantes religieuses dans toute ma vie, et lui parlant de mon amour des grandes sauterelles vertes, son aveu de n’en avoir pas vu lui-même depuis longtemps.

Comme on vient de me dire une saloperie, le trésor de cette petite fille qui s’engage à mon secours en commentant cette attaque en piqué d’un C’est méchant !

 

Sixième Cahier

Eté 2007 – Eté 2008

 

Le trésor de pouvoir écrire la phrase Je n’en peux plus de fatigue, de détresse et d’espérance…

Le trésor de ces vacances avec ma progéniture au complet. Le trésor de ces vacances et même si c’étaient les dernières…

A Millau, Place du Mandarous, le trésor de ce cabas acheté en solde, il est parfait.

L’archi-trésor des beignets de foie gras de canards. Ce que j’ai mangé de meilleur de toute ma vie, meilleur même que la marmite de pêcheur à Valparaiso, ce que jusque là j’avais connu de mieux.

Le trésor de franchir désormais sans angoisse le Col de La Fageole et de me souvenir dans les profondes nuits d’hiver et de neige, des terreurs passées.

Le trésor de faire porter dix euros aux musiciens qui répètent en contrebas de la villégiature. Je ne suis plus en état de descendre pour le faire, le grand escalier de pierre pour ensuite le remonter. La maison m’est devenue impraticable. Ainsi va le monde ou plutôt ne va-t-il pas !

Au Marché de Millau le 3 Août, le trésor de me dire que s’il n’était pas mort, mon Beau Père aurait aujourd’hui cent ans.

A l’Ile aux Moines en 2003, l’insolente tranquillité des phoques qui savent qu’ils n’ont rien à craindre même s’ils ignorent le texte de loi qui les protège. La rigolade de ce marin expliquant qu’autrefois il les déglinguait. De fait il s’est depuis reconverti dans le tourisme et la visite à ces anciens concurrents. Le trésor de sa gentillesse pas seulement commerciale.

Aux Puces le trésor d’entendre quelqu’un dire qu’il vend de la foutraille et de lire au marché un écriteau annonçant giroles sauvages de la Lozère. L’humiliation aussi de ne pas comprendre ce qu’y signifie l’expression Ca se tréboule ! Mystère jusqu’à plus ample information.

A France Culture, le trésor de cet homme expliquant que les Maisons d’Edition sont des entreprises dont la particularité est d’être une offre sans demande et de ne commercialiser que des prototypes. Bizarre trésor de Gallimard allant jusqu’à préciser Notre rôle n’est pas de dire oui, mais de dire Non !

Le trésor d’Elvis Presley.

Si réservée d’habitude, le trésor de cette voisine qui dans l’entrée de l’immeuble se jette dans mes bras parce que son frère vient de mourir.

A la projection du film Le naïf aux quarante enfants le trésor de découvrir qu’il s’agit là exactement de ma folle façon d’enseigner. Celle qu’on pourrait qualifier de la chaospédagogie. Mais hélas sans le soutien de l’Inspection !

Le trésor de la météo globalisée. L’étrangeté du bulletin Alerte au raz de marée pour le Pérou, la Colombie et l’Equateur.

Le trésor de la Joie, celle qui naît dès que je vis ma vie. Et l’archi-trésor de me découvrir une fois de plus retournant vers la vie.

Le trésor de ces liens réussis que j’entretiens résolument, comme il faut pour qu’ils soient effectivement réussis.

En bon parfait, le trésor de Gary Cooper dans Le jardin du Diable et la découverte amusée que c’est à ce rôle là que Boris Vian fait référence dans sa chanson Gar, Gar, Gary Cooper s’évade du ravin de l’Enfer… etc… Et l’archi-trésor de constater qu’effectivement comme le dit l’auteur du texte, il s’agissait bien en 1954 du premier western en Cinémascope. Cette incontestable amélioration technique !

En matière de Louis XIV pas toujours un trésor, le bonheur de savoir qu’il introduisit la quinine à la Cour de Versailles pour lutter contre le paludisme !

Les Etangs de Hollande, Fécamp, Chartres et le nouveau Musée de Senlis, le trésor d’avoir encore cette année, réussi ces quatre excursions là même avec du mal à marcher.

L’absolu trésor d’une femme enceinte jusqu’aux yeux, radieuse et irradiant de son bonheur, la totalité de l’autobus.

En matière de NASA, le trésor de la décision de faire atterrir la navette et ses sept cosmonautes avec vingt quatre heures d’avance au motif qu’un ouragan menace de ravager le Texas.

Le trésor d’avoir au Royal Villiers passé la matinée à travailler mon texte pour le Colloque d’Exeter.

Le trésor de la soirée de fin d’année 1970 à la Guadeloupe, la patronne du bistrot s’étant déguisée en Lauren Bacall.

Les trésors réciproques de Robert Mitchum et Marilyn Monroe sur leur radeau dans le film de La rivière sans retour.

A ma mère en agonie, les trésors d’avoir rappelé peu nombreux les quelques bons souvenirs de notre vie commune si difficile et si tragique, notamment celui de la robe verte en velours qu’elle m’avait cousue dans un coupon qu’elle possédait pour aller à la surprise partie chez Jean Garreau, Rue Servandoni.

Sur la Volga en l’an 2000, haute comme un immeuble, le trésor de l’écluse fermant la Mer de Rybinsk. La honte de cette admiration sachant dans quelles conditions elle a été construite. Si je l’avais su je n’aurais pas fait ce voyage et pourtant… Lorsqu’elle est apparue cette mer - que certains appellent seulement réservoir - était la plus grande étendue artificielle de son temps.

Dans la bouche d’un québécois, le trésor de l’expression les Souverainards. Il est possible que je me sente visée.

Le trésor des cafés, sous tous les cieux, dans tous les genres et pour tous les usages. Ces havres de miséricorde…

Avec mon alter ego, en route vers la Yougoslavie en 1966, le trésor de cette marche depuis la gare de Pérouse jusqu’à la ville. Le souvenir de la côte qu’il a fallu monter.

Le trésor de cette association de poésie qui finirait par faire croire que tout le monde en écrit et qu’en France la préoccupation principale est d’en écouter.

Le trésor d’avoir aimé sans mesure mais non pas sans limite un enfant gâté qui exigeait tout en échange de rien.

Dans l’autobus, assise à côté d’une putain qui a l’air d’un travesti, le trésor du sourire sur ses lèvres comme elle voit que je lis Charlie Hebdo. Sourire sincère, sans rictus ni affectation.

Le trésor de mon texte Envoi au peuple britannique. Ni narcissisme ni autosatisfaction et encore moins orgueil. Joie d’avoir donné forme à ma gratitude et à la célébration du monde.

Le trésor de la Place Pereire, mon nouveau Centre Ville, effet de l’âge et de la relégation.

A Vars en 1991, cet homme résumant ce que fut la rénovation urbaine de la Capitale : On les a vus arriver par quartiers entiers…

Le trésor du salon de coiffure dans lequel on m’accueille gentiment et la confirmation que s’y replie effectivement la clientèle de celui connu dans le quartier comme ayant fermé.

L’archi-trésor de mes amitiés nombreuses et durables.

Avec son casque exactement assorti à la couleur de la carrosserie de son engin, le trésor de ce motocycliste.

L’archi-trésor de la traversée de la Seine, sur n’importe quel pont mais avec quand même une prédilection pour celui d’Alexandre III.

Puisque les Montgolfier s’intéressaient surtout aux montgolfières, le trésor d’apprendre que c’est bien le gendre Canson qui a fait décoller leurs papeteries. Les papeteries Montgolfier, en 1799. J’y pense chaque fois que j’achète une pochette à dessin. Assez souvent !

Le trésor de pouvoir téléphoner à Montréal pour y faire part de mes réflexions concernant les échanges du Colloque d’Exeter et d’y entendre la confirmation de leur pertinence.

Le trésor du chauffeur de taxi qui me parle des Chants de Maldoror tandis qu’il m’emmène à l’Hôpital Saint Louis où rode le fantôme de mon père qu’on y a soigné d’une maladie jamais élucidée.

Face à une bonne femme très excitée - comme elle me le demande - la décision de lui laisser mon tour dans la queue en lui précisant tout de même à haute et intelligible voix : Je vais céder à la tentation de cet acte de bonté, j’espère que cela me sera compté au Jugement Dernier. Le trésor d’entendre alors l’assistance rire aux éclats et une anonyme commenter d’un Vous avez raison !

Avenue Niel, la tête couverte d’une casquette, le trésor d’un type qui marche d’un bon pas tout en lisant un livre.

Dans la cour, le trésor des palombes qui font ménage à trois ! Je les ai déjà vues faire, l’une caressant de ses grandes ailes déployées les deux autres qui s’embrassaient. Si palombes parait excessif trop romantique ou folklorique – cet ancien nom du régionalisme - on peut toujours dire les pigeons ramiers, c’est pareil !

Le trésor d’œuvrer. L’archi-trésor d’œuvrer et de réfléchir à sa propre création.

Le trésor de tous ces cafés de plus en plus nombreux qui disposent des livres sur des rayonnages, souvent pour la décoration mais quelquefois aussi pour qu’on les lise.

Devant l’Elysée, le trésor de toutes ces feuilles mortes d’un automne rutilant.

Le trésor de ce type avec qui à l’arrêt d’autobus j’échange des propos sur le fardeau de l’âge et que je parviens vaguement à consoler terminant à regret une conversation inachevée parce que je vois le véhicule arriver d’un Courage mon grand et de l’entendre me répondre Vous aussi ma grande ! L’archi-trésor des signes que nous échangeons encore comme je suis à l’intérieur de la voiture qui s’ébranle et qu’il demeure sur le trottoir.

A l’arrêt du 93 devant le magasin de chaussures de l’Arche Place des Ternes, le trésor de la pluie qui brouille la lumière du ciel au travers de l’abribus.

L’archi-trésor de ce halo de rires et de joies qui essaime autour de moi, m’éblouissant moi-même de tous ces liens anonymes et spontanés.

Le trésor du médecin traitant qui découvre que ma peau s’est nettement améliorée. Le fait est qu’elle en avait besoin, elle avait des trous informant sans cesse le cerveau de cette anomalie, lequel déjà au courant répondait – par les mêmes canaux - qu’il n’y pouvait rien.

Le trésor de la voisine à qui je dis Vous aurez la légion d’honneur à la Libération ! Et qui me répond Votre amitié me suffit.

Récurrent le bonheur, le trésor de ce voyage en Orient avec mon père en 1964 à Damas et à Jérusalem aussi.

Perdue toutes ces dernières années – luttant plus que jamais pour sauver l’existence de mon être - le trésor de retrouver l’extase du monde et de me rendre compte de son retour en contemplant au lever du jour le grandissement de la lumière, comme c’était autrefois, la cérémonie de chaque matin…

Le trésor d’avoir réussi à transformer en couverture le manteau de fourrure de Maman. Après son décès il n’allait ni à ma sœur ni à ma nièce et encore moins à moi même.

Alain Finkielkault disant de la France son trésor : C’est le pays des grands chevaux, on y monte tout de suite sur ses grands chevaux.

Hors de proportion, le trésor de Maïr Verthuy me comparant à l’Alaska qu’elle vient de découvrir en me disant Elle est intacte, elle a conservé toute son intégrité, tout est encore possible.

Le trésor de ce très bel automne. L’archi-trésor de retrouver les saisons perdues de vue depuis plusieurs années. Et celui d’atteindre en autobus le Cimetière de Pantin par le PC d’abord puis le 151. Pour aller vérifier que la restauration commandée pour la tombe des Grands Parents Dherbécourt a bien été effectuée car le nom en était effacé. J’ai reconnu le gardien qui – lors de ma précédent visite - m’avait aidée à la retrouver.

Dans l’autobus qui m’y mène et dans une toute autre langue, le trésor de cet homme qui recommande une vieille femme à deux autres voyageurs. Ils sont pathétiques et sacrés. A cause du nom de l’arrêt auquel elle doit descendre et qu’il lui remet encore – par sécurité - écrit sur un papier. L’archi-trésor de cet autobus avec tous ces gens vivants, singuliers et déconcertants.

Au Rostand, la délicatesse de cette femme qui attend déjà depuis longtemps et comme survient enfin son amie s’excusant de son retard, elle affirme venir juste d’arriver. L’archi-trésor de ce summum de politesse pour laquelle il faut quand même avoir un peu d’imagination.

Le trésor d’analyser ce qu’on gagnerait à dire La toilette pour ce lieu qu’on désigne aujourd’hui de la même façon mais au pluriel. En fait non seulement on en dirait autant mais même plus. Paradoxe linguistique à méditer…

Dans un café parisien dont le patron est consciencieux, le trésor de son comptoir avec toutes les variétés de bières à la pression, soigneusement étiquetées et dont le prix est clairement affichées. Le tout très bien astiqué. Un vrai musée !

Le trésor d’une course aller-et-retour en métro. Cela ne m’était pas arrivé depuis des années. Signe incontestable de l’amélioration de mon état. Deux ou trois ans après ma démobilisation loin du front, les contractures de mes muscles ont presque tout à fait disparu.

Face à la Sorbonne Rue des Ecoles, le trésor de la statue de Montaigne lorsqu’on regarde son pied tout rutilant d’avoir été tant caressé.

Dans les bistrots de ma jeunesse, le trésor des récepteurs de téléphone posés sur le comptoir voire mieux encore en dessous et que le patron remontait lorsqu’on lui demandait à s’en servir. J’en entends encore le bruit et dans les vieux films cela m’émeut toujours. L’archi-trésor du numéro aboutissant à mon Aimé : ODEon 31-60 et du mien, encore celui de mes Parents VOLtaire 31-48…

Dans le film Le bateau d’Emile le trésor de cette réplique d’Audiard : Le scandale c’est que ce pauvre enfant soit obligé d’aller se saouler au bistrot au lieu de le faire dans les cristaux de la famille… Elle résume assez bien la société française avec ses paradoxes qu’elle seule comprend. Et qu’il est vain de tenter d’expliquer même aux francophiles qui le souhaitent…

Le trésor d’une jeune personne à qui je donne quatre gros sacs de livres.

Complètement allumé, le trésor de ce chauffeur de taxi qui me demande quel est le nom de ce poète communiste qui n’était pas stalinien et comme je lui ai suggéré en tentant le coup Paul Eluard, son autre question plus ambiguë Comment vous savez ça ? Et l’archi-trésor lorsqu’il me cite : La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil de rectifier que Non, dans ce cas là ce n’est pas Eluard mais René Char.

Le trésor de ma voisine me présentant ses deux petits enfants et seulement ensuite sa belle fille. Sa fierté éclatante et la joie que pour elle, pour eux et pour moi, j’en ressens.

Le trésor d’avoir réussi à coudre ensemble tous les morceaux de fourrure hérités, pour en faire un petit plaid, finalement grâce à son esthétique, assez réussi. J’ai étendu l’injonction de l’Ecole Communale Chaque chose à sa place à un principe plus général pour ranger le monde Chaque objet dans son objet auquel s’est ajouté et pour chacun le meilleur destin.

Au Marché de la Céramique à la Foire Saint Germain, le trésor de cette artiste de Dresde qui a refusé - en dépit de mes supplications - de me vendre son Icare femelle. Heureusement car même sur le balcon, j’en aurais été terriblement encombrée.

Le trésor - en dépit de ma polynévrite et de ma maladie de peau - d’avoir quand même réussi à honorer mon engagement pour le Colloque d’Exeter. Assise sur un banc du campus de l’Université à contempler le paysage des collines verdoyantes, le trésor d’avoir été interpellée par un manutentionnaire que cela a ému. Quoique peu douée pour les langues – trop occupée avec la mienne jalouse et sans pitié - son enjoyed yourself dont j’ai quand même compris l’essentiel résonne encore en moi comme une percussion de bonheur.

Le trésor de prendre à la rigolade le Ta gueule connasse que vient de me répondre le cycliste à qui j’ai crié Le feu parce que venant sans vergogne de le griller, je le lui faisais remarquer. Action civique non violente, apparemment sans autre effet que d’augmenter la tension sociale.

A la RATP qui fait tout ce qu’elle peut dans les limites de l’épure, le trésor du nouvel uniforme de sa propre police. Elle se croit copiée sur celle des rangers américains : pantalons marron glacé avec des sweet-shirts vanille rosé. On se demande tout de même quelle méthode d’enquête a pu produire un pareil résultat !

Le trésor local d’apprendre le mot gabatch pour désigner dans le sud du Massif Central un gars de la montagne, un rustre et l’archi trésor de me demander si le Gastibalza l’homme à la carabine de Georges Brassens ou plutôt de Victor Hugo, n’en est pas issu…

Le trésor humiliant de retrouver en vente aux Puces de Millau, le Don Quichotte décoratif et touristique que j’ai jeté quelques temps auparavant parce que fabriqué dans un bois médiocre il avait – de surcroît si j’ose dire - un morceau cassé et que mon encombrement était trop grand. Surtout dans la catégorie des Don Quichottes, déjà pour raison familiale une catégorie à part entière.

En matière de création littéraire, le trésor d’enquiller toutes ses heures de travail pour peaufiner un texte.

Au commencement de l’âge, le trésor de découvrir que la catégorie principale est celle de la matière et que la mort de mon père en a fait apparaître de nouvelles. Non seulement l’os – hélas - mais aussi l’ivoire et la nacre, intermédiaire entre l’inerte et le vivant.

A Montparnasse le trésor de rigoler de la disparition du Roger la Frite où nous avions nos populaires habitudes.

Le trésor d’imaginer aujourd’hui Daumier caricaturant les Parisiens lisant les poteaux sur lesquels est affiché le mode d’emploi des Vélib, ces bicyclettes en libre service dont la Municipalité considère que c’est l’alpha et l’oméga du transport urbain.

Le trésor de cet ancien Premier Ministre Villepin faisant à la Télévision l’aveu de sa solitude, sa peur, son humiliation et son angoisse. Ce n’est pas si fréquent.

Comme je l’avais – à la montée - déjà aidée à décoincer sa poussette bloquée dans l’ascenseur et que je la retrouve à nouveau sortant de chez le médecin, le trésor de cette jeune mère qui me dit Vous êtes de toutes les fêtes ! Parce que j’avais gentiment à l’aller comme au retour parlé à ses trois enfants.

Le trésor de la pharmacienne d’accord avec moi sur la nécessaire indulgence envers les beuveries des clodos, sur le thème Heureusement qu’ils ont cela.

L’archi-trésor de l’extase du monde, même si je l’ai déjà beaucoup dit et répété jusqu’au radotage diront certains. Et ils auront raison.

L’archi-trésor de cette amitié au carré, un type assis derrière sa table et comme je m’en vais après une longue conversation avec lui, me sautant au cou.

Le trésor de la Cité Universitaire du Boulevard Jourdan avec son urbanisme baroque.

Le trésor de Sollers expliquant son affection pour la Reine d’Angleterre au motif qu’elle est plus à gauche que Staline.

Le trésor d’avoir été élevée par deux chiens un épagneul savoyard et un labrador américain.

Au sujet de la controverse fondamentale, le trésor de voir dans la mort prématurée de Raymond Radiguet, la preuve de la damnation de l’espèce humaine et dans l’invention de la Radio celle de la miséricorde de Dieu.

Le trésor de fabriquer moi-même mes cartes de Bonne Année ! C’était d’ailleurs autrefois la coutume.

En écoutant à la Radio une émission avec Michel Piccoli, le trésor de ce vrai chef d’œuvre entre la vérité de l’artiste et le cabotinage de l’acteur.

Le trésor d’avoir fichu une claque à Bernard Briquet qui me traitait de fasciste, il doit y avoir trente ans.

Le trésor de découvrir dans Mon Double à Malacca un chef d’œuvre illisible de Claude Ollier que je sais depuis longtemps – ses débuts – être un grand écrivain.

Le trésor de ces deux amants qui pendant des années se sont retrouvés Boulevard de Courcelles dans l’autobus de 7h 30 qui le matin, m’emmenait au boulot. La vénération qu’il éprouvait pour elle et elle qui se laissait aimer.

La particularité toute spéciale de ce souhait d’anniversaire entendu sur les ondes : Simone non seulement je souhaite que tu vives cent vingt ans mais jusqu’à l’arrivée du Messie.

A la Télévision, le trésor des cuisses de certains joueurs de rugby et de la bouche de quelques uns des intervenants.

Le trésor appris de la nécessité de fêter les fêtes. Cela n’a pas été sans mal. Fêter une fête et faire la fête n’ont rien à voir. Sans compter être à la fête.

Le trésor de ce pâle soleil d’hiver. La seule lumière qui permette de percevoir la fragilité des choses et la part imperceptible du monde vivant.

Le trésor des ascenseurs d’autrefois, ces œuvres d’art qu’il fallait au sens propre Renvoyer.

Le trésor de Julien Gracq disant Ce qu’il y a de bien avec la mort, c’est qu’il n’y a rien à faire et qu’elle s’occupe de tout !

Le trésor de ce poème surgissant tout armé, au matin.

Le trésor de F me disant un jour. Dieu est un ! Je ne sais pas ce que cela veut dire. L’archi-trésor aujourd’hui de croire le savoir et peut-être de le savoir effectivement ! Rançon inattendue des pérégrinations dans les arcanes du monde.

En matière de déception - concernant un autre qu’on a connu meilleur - le trésor de s’en tenir à la phrase Il est devenu une boule de haine et de méchanceté.

Simple et pratique, le trésor de découvrir dans les images pour enfants accumulées et rangées dans une belle boite métallique - en les passant en revue - de quoi bercer mon insondable chagrin.

Le trésor d’une vieille bouilloire transmise entre les générations. La poignée en bakélite en est cassée. Tant pis.

Dans un repli de la Seine, le trésor d’une belle journée passée sur une péniche amarrée à un ponton, au milieu des oiseaux et du bruit de l’eau.

Le trésor de mes amis à la nocturne du Salon du Livre de 1990 sous la verrière du Grand Palais comme vient de sortir le terrible texte que quelqu’une a qualifié de chef d’œuvre absolu.

En matière de vie pratique, le trésor de la complicité avec le livreur de Monoprix. L’alliance de ceux qui connaissent la dureté de la vie et le prix de la bonté.

Dans les Septantes – cette deuxième salve d’années folles lors du même siècle - le trésor discutable de notre stupéfaction en découvrant Place Clichy qu’on nous avait pendant que nous étions au cinéma, arraché l’un des phares de la 2CV6 Citroën que nous y avions garée.

A la Martinique, sur les hauts de Fort de France, le trésor de l’éléphant du cirque qu’on emmenait boire à la Station Service, au milieu des habitants assemblés. Autour de 1970.

L’inexplicable trésor de l’émotion que suscite en moi le simple nom de Charleroi et comme en contrepoint l’interrogation incrédule de la signification de l’expression employée par le Maire de Marseille Se brosser avec un oursin. Deux revers du même mystère de l’existence du monde. Non pas la question de Leibnitz Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien mais le Quoi Cela qui m’obsède depuis ma première observation des insectes dans le pré de Grand-Père.

Le trésor de Serge Korber qui dans son Un idiot à Paris annonçant Mai 68 déclare Je suis ancien résistant, militant socialiste et patron de bistrot, c’est dire si j’en ai entendu des conneries dans ma vie.

L’archi-trésor de ce commissaire priseur qui traite de pâles voyous les voleurs des tableaux de Cézanne, Monet, Degas et Van Gogh d’une collection suisse.

Au petit matin l’archi-trésor de cette traversée de Paris dans la splendeur d’une ville qui s’offre alors comme la caricature d’elle-même. A cause des illuminations des bords de la Seine.

A l’Hôpital Saint Antoine, le trésor de l’appellation qu’on donne à celles concernées par le cancer du sein : Les dames de Moïana du nom du pavillon de jour où elles se font soigner. L’archi-trésor de découvrir nouvellement installé dans la cour de ce rassemblement de bâtiments de tous styles et de toutes spécialités anciennes ou nouvelles, une roseraie auprès de laquelle sont déjà en place la terrasse, les bancs et les bacs tout en teck ainsi que les arceaux pour les grimpants.

Au Canada, dans les Plaines d’Abraham le trésor d’une promenade en calèche avec un inconnu, au départ pour en partager les frais. Ensuite pour l’amour des oiseaux.

Autrefois le trésor des accents provinciaux. On pouvait pour l’entendre à chaque fois différent entrer dans n’importe quel bistrot et y être bienvenu. Au fil des années avec mon Alter Ego.

Dans cette brocante strictement réservée aux particuliers comme le précise la notice, un étalage de trésors inattendus. Ceux des deux croûtes achetées dans des amoncellements improbables. En fait deux marines. Remarquables !

Le trésor des sacs de livres donnés à la ronde. Je sais l’avoir déjà noté mais je n’en finis pas de vider ma bibliothèque pour en voir surgir l’essentiel ainsi dégagé. Aux grands maux les petits remèdes.

Le trésor de l’église Saint Sulpice sa grande grue jaune d’or et les toiles entourant l’une des tours pour sa restauration.

Le trésor d’apprendre un demi siècle après sa fréquentation que le nom de Damparis vient de celui d’un ermite espagnol qui s’y était réfugié et qu’on y a extrait du marbre jusqu’en 1935 notamment celui de l’Opéra Garnier.

Il y a quelques années le trésor de l’Exposition des Fauves et l’archi-trésor d’y avoir éclaté en larmes en découvrant - au-delà de ceux que je connaissais déjà - tous les autres, ceux de l’Est Européen dont je n’avais jamais entendu parler et que je voyais pour la première fois.

Le trésor de me ruer à l’exposition Vlaminck parce que j’en ai croisé la publicité sur le devant d’un autobus mais ma déception le matin même de l’ouverture. Le désespoir de n’en rien voir à cause de la foule compacte qui se presse dans des passages étroits. Je maintiens qu’il y a des cas et des conditions dans lesquelles des reproductions fidèles et bien rassemblées en livre d’art sont préférables à ces bousculades réputées culturelles.

Le trésor de porter au Secours Populaire une trentaine de livres dans un point de collecte tout près du Lycée. L’archi-trésor de redîmer ainsi partiellement l’offense faite là à l’instruction, ces dernières années.

Le trésor sophistiqué de me demander comme le Kosovo vient de proclamer son indépendance si le Patriarcat de Petch est ou non à l’intérieur des dites nouvelles frontières et de me souvenir aussi de La Bataille du Champ des Merles. Peut être même de sa date…

Le trésor de découvrir sur Internet que mon poème du Viaduc de Millau a été repris sur un blog d’internaute et accompagné cette fois d’une photographie du pont en question. L’archi-trésor des commentaires que d’autres ont fait et sur le poème et sur la photographie. Un chef d’œuvre de réalisme socialiste ! Et pourquoi pas ?

Le trésor d’une récolte de narcisses dans un des bacs du balcon.

Le trésor de pouvoir dire que du côté de la Place des Ternes, on marche sur les enfants ! Non comme une méchanceté mais au contraire comme le constat émerveillé de la reprise de la natalité.

Un trésor qui mérite d’être signalé aux amateurs de botanique et je sais qu’il y en a : A Paris le magnolia en fleurs du 37 Avenue Montaigne !

Le trésor de savoir mes plus anciens élèves, eux aussi désormais à la retraite et de me demander si ce que je leur ai transmis leur sert encore…

Le trésor de retrouver une marmite de pêcheur dans un des restaurants du carrefour Alma Marceau. Hélas elle n’a rien de commun avec celle de Valparaiso en 1987. En fait c’est tout au plus un blaff, version antillaise.

Le trésor de lire de loin sur des lèvres Merci beaucoup et Au revoir !

L’archi trésor de Guy Cloutier du Québec qui autour de lui dit de moi, Jeanne Hyvrard qui est née à Tombouctou et a trois prix Nobel, de littérature, de médecine et d’économie !

Le trésor de pouvoir résumer mon drame sous une simple formule : Je ne garde pas un bon souvenir de ma famille d’origine. L’archi-trésor d’avoir fini par comprendre qu’on n’y avait pas l’idée du bien qu’on nommait seulement progrès et du coup aucune idée du mal.

Le trésor de trouver à nommer ce qui se passe grâce à l’expression Le monde est déshabité au sens de vide de l’humanité en tant qu’habitudes et aménagements.

A la Radio - lors d’une opération mémorielle de reforestation - l’archi-trésor d’un homme qui commande qu’on plante mille arbres, en mémoire de son frère décédé. Sa voix au bord de la brisure comme il dit J’en prends mille et que son interlocuteur en contrepoint comme un écho planétaire reprend Mille !

Le trésor unique de m’être une fois trainée aux pieds d’un être aimé et de plaindre ceux qui meurent sans avoir connu cela.

Au Bon Marché au rayon des Arts de la Table - comme on le dit maintenant et c’est bien ainsi que je les envisage - le trésor de la vitrine exposant les tasses historiques de la firme de Limoges des porcelaines Bernardaud. L’archi-trésor qu’on m’ait donné en provenant, le service à café de ma grand-mère paternelle.

En plein réchauffement climatique le trésor en Mars, des giboulées de Mars!

Comme commence la pluie, le trésor d’entendre un enfant entonner Il pleut, il pleut bergère…

Le trésor d’avoir en rigolant commentée avec une autre lectrice qui les avait également appréciées Les Lettres de La Palatine… Et pourtant elles décrivent bien la tragédie de la condition féminine, même en haut de l’échelle sociale. La preuve !

Le trésor de l’étonnement des gens face à mon honnêteté et l’archi-trésor de constater que cela les met en joie.

Le 28 Mars 2008, le trésor de l’éclatement brutal d’un printemps triomphant dans les arbres de l’Avenue Georges V comme on la voit depuis le Carrefour Alma Marceau.

Le trésor du marchand de journaux à côté du Lycée qui me dit qu’il m’aime bien et à qui je réponds Moi aussi !

Ce vendredi l’archi-trésor de mon bonheur tranquille, tout entier le produit de mon Art.

Dans La Chevauchée Fantastique le trésor de John Wayne en 1939. Il est jeune, beau, radieux et sensuel et la découverte consternée de ne m’être jamais représentée l’Amérique avant l’arrivée des Européens, mais seulement au mieux le moment inouï de la rencontre des deux mondes…

Toujours dans La Chevauchée Fantastique, le trésor de la scène lors de laquelle dans le saloon la bagarre s’annonçant, on prend à plusieurs la peine de décrocher le miroir pour l’abriter sous le comptoir. Pas de fonctionnement social sans habitudes adéquates.

Sur le plan pratique, le trésor d’acheter une gravure d’un artiste qui m’a plue, plutôt que son catalogue parce qu’elle tient moins de place et qu’avec l’âge, la question de l’encombrement matériel a fini par passer au premier plan.

Le trésor du chauffeur de taxi à qui après une longue conversation assez intime de part et d’autre j’ai dit Vous allez prier pour moi et qui m’a répondu Je ne crois pas ! Vous n’en avez pas besoin ! Etonnant non ! aurait dit Monsieur Cyclopède alias Pierre Desproges dans son émission télévisée qui nous réjouissait tant du temps où la Télévision avait à cœur d’inventer un nouvel art.

Le trésor de découvrir au matin de mes soixante trois ans que ma terrible douleur, celle à qui j’ai pour en parler donné le nom de CELLLA a – sans que j’y prenne garde - fini par passer. Deo gratias !

A la villégiature où je feuillette Le Midi Libre, le trésor des nouvelles feuilles qu’on voit tout contre la maison, pousser aux branches du figuier et du crapaud tapi dans la citerne désaffectée. Si ce n’est pas celui des années précédentes, c’est certainement sa descendance.

Sous les frondaisons, près d’un hangar autrefois industriel, dans une brocante au bord de l’eau, le trésor d’acheter un lot de livres russes pour enfants et d’y découvrir en les feuilletant, les images des gigantesques écluses par moi-même il y a quelques années, sur la Volga, traversées.

Dans Le Journal de Millau le trésor de lire l’annonce de l’arrivée des hirondelles avec un mot de Bienvenue et le trésor inégalé de devant ma fenêtre, le plus haut pont du monde.

Rue Droite, en passant devant la vitrine d’un boulanger de cette charmante petite ville spécialisée dans la maroquinerie, le trésor pour Pâques de la vente de gants en chocolat… Dans cette création, toute la gentillesse de cette capitale de la peau souple.

Le trésor triste d’apprendre toutes ses années après que Youri Gagarine est mort en 1968, lors d’un vol d’essai. C’était le premier cosmonaute et du haut de son engin supra terrestre il avait dit adresser aux hommes, sa fraternité particulièrement aux artistes et toute son affection à l’actrice Magnani. Ou quelque chose de ce genre…

A la Radio, le trésor d’entendre lire une lettre de Brunehault réclamant qu’on libère son petit fils !... Aux alentours de l’An Six Cents…

En haut de ma rue, le trésor du Mac Donald’s qui a acheté des fauteuils et des parasols pour embellir sa terrasse. Il a eu raison, c’est mieux !

Autrefois comme le volley-ball était un sport amateur et populaire, le trésor de n’importe quel quidam qui pouvait entrer dans n’importe quel jeu, sur n’importe quel terrain et occuper n’importe quel poste pourvu qu’il y ait eu une place de libre !

Le trésor des vacances de mon enfance, lors desquels certains s’essayaient à l’esperanto m’ouvrant ainsi la voie au constructivisme littéraire que j’ai développé depuis.

Le trésor du Jardin du Luxembourg un après midi de paix.

Le trésor inouï de découvrir sur la Toile, que l’an dernier à pareille époque à New York, on a lu mon Que se partagent encore les eaux dans le cadre d’une journée pour la paix.

A la Télévision le trésor de regarder tranquillement un bon film. Sans zapping ni malentendus.

Le ridicule trésor de dire à un chauffeur de taxi qui me ramène chez moi, à quel point la beauté de l’Avenue de Villiers me comble et qui me répond avec justesse qu’il m’en faut peu. Ce qui n’est d’ailleurs que la stricte vérité!

Le trésor du trajet du 89 qui remonte la Rue du Cardinal Lemoine et traverse la Place du Panthéon.

Après deux mois d’arrêt de l’écriture de mon texte On attend Robert, le trésor d’en renouer le fil, d’avoir aux Archives de Caen retrouvé la trace du déporté Jacques Dougglas Liddell, Mort pour la France et lisant dans son dossier l’attestation signée de la main de mon père, la découverte que c’était ce disparu là qui lui faisait contrepoids.

Le trésor de ce Café-Restaurant près du Lycée. J’y ai mangé tant de fois avec tant de gens.

Du au hasard dans le dictionnaire, le trésor de la découverte du mot anabiose pour nommer la reprise de la vie après une période de dormance. Je me demande si je ne relève pas aujourd’hui au printemps 2008 de ce phénomène là après des années de quasi hibernation due à des conditions d’existence inhumaines.

Le trésor de voir advenir dans mon jardin la forme parfaite, la coïncidence de l’essence et de l’esprit.

L’été 1969, le trésor du déménagement de notre mobilier de Rouen à Soissons. Grâce à un comparse et à mon père. Et plus particulièrement de celui de notre repas tous les trois sur la Place du Marché là où autrefois se consuma la présumée sainte réputée sorcière. L’archi-trésor de ce garde meuble d’opportunité où tout ce qui ne tenait pas dans nos cantines nous a gentiment deux ans attendus.

Le trésor de tous ces copains qui nous ont aidés dans nos transbordements Guy Cassin à l’aller et Bernard Briquet au retour.

Pour éviter les erreurs et les malentendus, le trésor de ce type qui dans le téléphone épelle un nom propre en affirmant sans sourciller U comme Université, alors que la coutume veut qu’on dise U comme Ursule….

Le trésor linguistique d’apprendre que les Brésiliens avalant les consommes et les Portugais les voyelles, les deux langues ont fini par diverger jusqu’à ce qu’on décide d’aligner le second sur le premier.

En expliquant à un ami les affres que je traverse en écrivant mon texte On attend Robert, le trésor de l’entendre me résumer l’affaire en disant qu’il s’agit de la genèse parallèle d’une création et d’un massacre. De fait c’est exactement cela mais cette évidence m’avait jusque là échappée.

Le trésor de mesurer qu’il a fallu un demi-siècle pour qu’au cinéma les formes d’avant-garde s’étendent aux films grand public de consommation courante.

La qualifiant de ma belle voix tonitruante, le trésor de ces jeunesses qui viennent approuver mes coups de gueule rompant avec l’ordre établi.

Devant la Caserne des Pompiers, la grâce de découvrir un nouveau monument que je n’avais pas vu encore y être installé et le trésor de me donner quelques temps avant d’avoir un avis sur son esthétique déroutante.

Le trésor de pouvoir enfin verbaliser la part d’horreur de mon enfance d’un Mes Parents suaient le malheur.

Le trésor d’apprendre à un universitaire canadien le sens des expressions Etre à côté de ses pompes et Peigner la girafe. Expression d’autant plus utile que je l’utilise pour désigner en littérature le simple travail stylistique d’un texte déjà formé.

Le trésor de dire à Maïr Verthuy que pour moi plus important que mon œuvre, il y a mon âme et de l’entendre me répondre que c’est la même chose. Ce en quoi à la réflexion elle a raison. C’est bien en effet parce que mon âme est ce qu’elle est, que cet œuvre là m’a été donné dans son intégralité et son intégrité…

Au Restaurant, deux anonymes italiens qui ne parlant pas français, me demande par geste de montrer sur la carte le nom du plat qu’ils voient devant moi et apparemment, leur plaît. L’archi-trésor de notre silencieuse complicité face à la concupiscence de ce magret de canard aux morilles. Pour finir, je les entends s’appliquant à le commander à la serveuse.

Dans l’âge, le trésor de ne pas être blasée mais accomplie.

Etonnée, l’étonnant trésor de constater que seul Eiffel a pu construire la tour Eiffel !

Le trésor d’avoir pu dire à ma mère à l’agonie que je ne lui en voulais pas de tout ce qui entre nous hélas n’avait pas été, avec la phrase résumant tout On était toutes les deux des prisonnières. L’archi-trésor de constater que le soir même, elle avait enfin - après des saisons de tourments - trouvé l’ultime et définitive paix.

Le cauchemar plutôt que le trésor de découvrir que sur les cent vingt mille personnes passées à Bergen-Belsen, on n’en a encore recensées que cinquante mille.

Le trésor d’avoir retrouvé un recueil inédit de Pablo Neruda et d’avoir pu l’identifier grâce à son encre verte et à la forme des lettres. Au Chili bien sûr !

L’archi-trésor le même jour - sans doute dans une émission spécialisée - d’également apprendre qu’on a retrouvé à Buenos Aires une bobine dont on avait perdu la trace. Celle coupée par son producteur parce qu’il le trouvait trop long, dans le film Métropolis de Fritz Lang. Grâce à cette trouvaille on comprend enfin le scénario resté jusque là on ne peut plus opaque. Je me souviens notamment d’une version prétendument restaurée qui pourtant ne m’avait pas convaincue.

 

Septième Cahier

Eté 2008 - Eté 2009

Le trésor de voir confirmer par les statistiques, cette désagréable impression de l’augmentation constante de la violence contre les personnes.

Toutes ces années après, le trésor de descendre à nouveau le Boulevard Saint Michel.

Le trésor de la jalousie d’un médecin envers un autre praticien qui s’occupe aussi de moi.

Prête pour le défilé du 14 Juillet, Place de la Concorde le trésor de la tribune tricolore adossée à l’Obélisque.

En dépit de toutes les mistoufles et avanies, le trésor de cette vie que je m’efforce de faire la plus dorée possible et l’archi-trésor de découvrir qu’elle n’est ainsi que la suite de ce que j’appelai autrefois la vie platinée. Et ce, après la défection de ceux qui m’y avaient pourtant si intensément accompagnée.

Avant la déception de le découvrir une simple copie, le trésor d’avoir enfin réussi à acheter un tableau réaliste soviétique, genre de peinture à mon avis largement sous estimé. Mais peut être n’est ce pas si grave.

Sur la totalité du haut clocher de l’église Sainte Odile, le trésor industriel d’un vaste échafaudage.

Par Internet, le trésor de mes échanges électroniques avec les étudiant(e)s qui travaillent sur mes textes. Une nouvelle forme de cours particuliers qui me permettent en exerçant mon métier de continuer autrement mon enseignement.

Le trésor de l’argot rendant au monde l’épaisseur que lui ôte la langue de bois. Je le sais depuis longtemps, c’était la langue de mon père.

Le trésor insoutenable de Mikis Théodorakis en exil en France et en proie à la cabale de ses voisins pour faire cesser la gêne que causait selon eux, le bruit de son piano.

Le trésor de découvrir presque trente ans après l’avoir fabriqué que si le fond de mon masque de théâtre était noir, c’était parce qu’à ma première publication on m’avait désignée comme telle.

Désormais lorsque certains m’annoncent leur cancer, le trésor désinvolte de pouvoir leur dire d’un air dégagé, Vous savez je l’ai eu dans ma jeunesse avant de leur dérouler toutes les raisons qu’ils ont d’espérer leur guérison.

Le trésor de pleurer comme une Madeleine en regardant un téléfilm sentimental.

Le trésor affranchi de se dire que Chasser en meute peut dans une autre langue aussi bien se nommer Mutualiser les moyens.

Le trésor d’acheter en deux fois aux Puces de Vanves une partie de service de table venu de la fabrique de Choisy le Roi et représentant dans les tons bruns des décors de végétaux et de fruits.

Le trésor érudit d’avoir lu Le Rapport Villermé et d’y tenir tellement, que même en livre de poche, je n’ai pas voulu le prêter, moi qui prête pourtant mes livres plus que facilement !...

Le trésor de l’effroi de comprendre que dans les feux de camp de mon enfance, on adorait le feu, en tout paganisme…

Le trésor de commencer à m’habituer, entendons le premier pas de l’adaptation.

Au Bon Marché au rayon papeterie, le trésor de ce vieil intellectuel qui fourrage furieux sur les étagères à la recherche de cahiers de qualité suffisante pour qu’on puisse effectivement écrire dedans. L’archi-trésor de constater qu’ayant enfin trouvé un modèle qui convenait, il en a pris une pile !

A la Martinique sous le carrelage jaune de la véranda, le trésor si particulier de sentir de temps à autre la terre trembler. Sensation unique de la puissance tellurique.

Le trésor de ma vocation : Tout transformer en Art.

Le trésor de retrouver le mot Jubilation pour qualifier ma vie quotidienne.

A la villégiature, le trésor métallique du chant de la pelle en fer blanc raclant les marches de l’escalier de pierre.

Montant jusqu’à la maison, le trésor de la joie des baigneurs dans le Tarn. La leur, la mienne aussi. Merci la vie !

Le trésor généreux de l’infirmière de l’Hôpital de Beauvais à qui j’ai demandé qu’elle me lave la tête, parce que mes Parents allaient venir me rendre visite l’après midi et qui l’a fait. Que la lumière brille éternellement sur elle.

Le trésor sociologique d’apprendre que Serge Guinzbourg cognait Jane Birkin et l’archi-trésor de remettre les légendes à leur place.

Au dessus de la maison, le vol d’un faucon et sur le balcon les figues qui y tombent d’un bruit mat. Le trésor paradisiaque de la basse vallée du Tarn. Ce petit paradis.

Sous la plume d’Irène Némirovsky le trésor de l’expression Tristesse prophétique.

Achetée deux euros aux Puces de Millau, le trésor splendide d’une cafetière en porcelaine de Limoges. Totalement isolée. Sans aucune tasse. Le seul reste d’un service. Que je la garde avec moi cette rescapée du désastre !

Le trésor de ma collection de saladiers en céramique pour faire vivre les potiers qui oeuvrent à la ronde de la villégiature et ils sont nombreux. C’est le biotope qui les inspire.

Transformée en restaurant le trésor du déjeuner sous l’auvent de La Jasse du Larzac. Je l’ai connue encore bergerie. Du temps de la lutte pour conserver le territoire, y installant même en 1980 un décor de théâtre pour ma camarade d’émancipation qui y a fait son spectacle. J’y avais intégré les cagettes et les bottes de paille trouvées sur place.

Le trésor de la capacité de dire n’importe quoi pour qu’il y ait de la conversation et ainsi du lien social. Qui n’a pas fréquenté les abysses ne peut comprendre de quoi il s’agit. On peut toujours dire que c’est du bavardage et quand bien même…

Le trésor en visitant le Musée Zadkine de me dire qu’en dépit de tout ce que j’ai fait je peux bien aller me rhabiller. Le bonheur de pouvoir admirer sans réserve et sans mesure.

Le trésor - un soir d’anniversaire en famille - de raconter à la progéniture non seulement L’Iliade mais aussi L’Odyssée. L’archi-trésor de constater que dans un diner parisien quatre mille ans après, les convives évoquent encore les lambeaux des légendes qui dans l’Antiquité couraient la Méditerranée.

Du coup, le trésor de me rappeler avoir lu que dans le Goulag Soviétique, les prisonniers se racontaient des épisodes de Guerre et paix et sans doute pour la même fonction : remettre le présent au présent.

Le trésor d’avoir conservé ma liberté de jugement et d’être horrifiée des tableaux d’artistes chinois fussent ils - dans des lieux glorieux - encensés par les Médias.

En passant dans le Faubourg Saint Antoine, le trésor de découvrir La rue de la Forge Royale juste un peu avant Le passage de la Main d’or déjà bien connu. L’archi-trésor de découvrir un peu plus loin au numéro 75 qu’il y a aussi La Cour de l’Etoile d’Or.

Comme transportant dans l’autobus le portrait de ce que je crois être un anonyme, le trésor des voyageurs qui le voyant veulent absolument savoir de qui il s’agit. L’archi-trésor d’entendre l’un deux affirmer d’une voix tranquille que c’est une peinture d’Aristide Briand et plus tard - photographie à l’appui – de l’avoir vérifié.

En 1973 le trésor du train spécial parti à minuit de la Gare de Lyon pour se rendre à Palente - faubourg de Besançon - soutenir la firme Lip en pleine insurrection autogestionnaire. En payant comme les autres mon billet pour cette acmé soixante-huitarde.

Avenue Gabriel, le trésor de ce tapis de feuilles mortes. A Paris.

Pas vu depuis dix ans, le trésor de la réémergence de cet ancien élève enseigné il y a plus de quinze.

Le trésor chromatique de découvrir que le mot rutilant a à voir avec la couleur rouge. D’où sans doute sa récurrence dans mon style.

Comme en temps de crise les banques augmentent les liquidités de l’économie, le trésor d’injecter dans les relations de la bonté. Et l’archi trésor en contrepoint de m’entendre prononcer l’expression Mon impitoyable tenacité ! L’un n’empêche pas l’autre, tout au contraire.

Le trésor d’entendre Boris Cyrulnik raconter que son russe de père est venu en France parce que son frère s’y étant réfugié lui avait écrit qu’on l’y avait soigné et qu’il n’y avait pas de pogromes.

Le trésor au bout de quarante quatre ans de mariage de ne pas avoir épuisé le sujet.

Le trésor bouffon de descendre à la station de bus Stalingrad pour aller suivre un cours de langue russe au Club des Retraités de la MGEN, Section de Paris.

Le trésor d’inventer à travers la ville de nouveaux itinéraires et de nouveaux rituels tant est fort en moi le goût de l’aménagement.

Le trésor de cet automne, une splendeur.

Le trésor de découvrir que mes collection sont des testaments.

Concernant les entrepôts Mondial Moquette dans lesquels j’ai pendant des années fait passer avec mes collègues les examens - écrits et oraux - le trésor d’apprendre alors que je suis démobilisée et ne les fréquente plus, qu’ils ont été classés Monuments Historiques parce que premier bâtiment construit en béton armé en 1920.

Le trésor de découvrir que pire qu’un monde privé de sacré, il y en a de dénués de sens.

Dans le 26, ces deux parents totalement concentrés sur leurs jumeaux nouveaux nés. Ils en portent chacun un - dans un sac en toile - serré contre leur poitrail dans un silence sacré.

Le trésor de découvrir sur la Toile qu’on écrit des commentaires sur mon œuvre jusqu’en Australie.

Le trésor d’en avoir terminé avec une période de ma vie, ses rêves, ses espoirs, ses fantasmes et de ne pas en être défigurée tout au contraire !

Cinquante ans après avoir appris, le bonheur de savoir lire et écrire en russe et de m’efforcer comme jamais de le baragouiner. Le trésor de suer sang et eau sur les devoirs à faire.

Le 5 Novembre 2008, le trésor d’entendre le sublime discours de Mac Cain qui a perdu les élections présidentielles américaines au profit de Barak Obama, lequel en prononce un autre qui n’est pas mal non plus. L’un en Arizona, l’autre à Chicago.

Décrivant la condition des journalistes, le trésor cruel de Claude Durand expliquant qu’on se sent sur une espèce de plongeoir et qu’il n’y a pas d’eau dans la piscine.

Le trésor de F qui pouffe de rire comme je lui apporte mon dernier livre et qu’il en lit le titre La galerie des reptiles est fermée à l’heure du déjeuner. Connivence. Complicité. Contreseing.

Le trésor d’expliquer à un chauffeur de taxi la différence entre la langue écrite et celle qu’on parle en prenant comme exemple la Place du Maréchal Juin qui se lit en fait, Place Pereire.

Dans le 43, le 19 Novembre 2008 comme l’autobus étant détourné en raison d’un accident, une voyageuse s’inquiète de savoir à quelle heure on arrivera à Bagatelle l’archi-trésor du chauffeur qui lui répond Un peu avant Noël.

Après la séance d’acupuncture le trésor de mon voyage de retour dans le 42.

Le trésor de la Place de la Concorde même avec la Grande Roue, cet engin discutable.

Le trésor des vieux films qui ont échappé à la colorisation, cette fois Le désordre et la nuit.

Le restaurant dans lequel j’ai mes habitudes, le trésor sans complexe d’un peu de bonheur et de facilité dans ce monde qui sombre.

Le trésor de mes fiches de grammaire russe. Cette fois copiée au dos d’une carte postale représentant Le Cavalier de Bronze de Saint-Pétersbourg, la liste des prépositions et du cas qu’elles gouvernent.

Achetant un tableau et offrant en cadeau une lithographie encadrée, le trésor prétentieux de me croire montée en grade.

L’archi-trésor de la langue française - qu’on le prenne bien ou mal - le féminin de lézard, c’est lézarde. Mais que dire alors du dragon et de la dragonne ? Le mystère demeure même après la consultation des ouvrages spécialisés…

Dimanche 14 Décembre au matin, le trésor de voir dans le splendide immeuble d’en face, s’ouvrir au cinquième étage le fenestron, deux mains passer pour secouer un drap et le refermer aussitôt car il fait froid. L’archi-trésor ce même soir des fenêtres allumées dans cette calme fin d’après midi.

Le contestable trésor de résumer le processus historique d’un Autrefois les filles prenaient des gifles et mouraient en couches, les garçons des coups de pied au cul et mouraient à la guerre…

A la Radio, cette voix anonyme qui lance le trésor d’une bouteille à la mer d’un A Paris VIII il y a des gens qui crèvent la dalle et il n’y a pas de chaises s’étonnant qu’ailleurs l’argent coule abondamment.

Sans avoir lu Karl Marx, le trésor de ce chauffeur de taxi qui en a - par lui-même - reconstitué toutes les thèses et qui me les déroule adaptées à la situation d’aujourd’hui.

A Clichy, le trésor de cette cave dans laquelle je peux acheter des tasses en porcelaine de la Manufacture de Lomonosov et bercer en en parlant avec l’importatrice, ma nostalgie de Leningrad.

Dans la course du Vendée Globe au matin du 24 Décembre, le trésor de ce navigateur solitaire qui se plaint à la Radio de n’avoir pas de sapin de Noël à bord.

Le trésor de découvrir que lorsque le pardon est impossible puisqu’il n’a même pas été demandé, il reste encore la possibilité d’une amnistie. Cette version historique du psaume Si tu retiens les fautes qui donc en rechaperas ? Propos odieux politiquement parlant.

Sacrifices à l’Astre-Mère, dans mon enfance le trésor de mes récurrentes insolations…

Le trésor absolu de ma capacité de résistance et l’archi-trésor de découvrir à quel point l’âge est la récompense d’avoir tant lutté.

Le trésor de découvrir que Canal de la Toussaint - mon grand œuvre alchimique - est à la Bibliothèque Nationale d’Australie.

2009.

Le trésor de découvrir que pour guérir, je n’ai même plus besoin de lire Pablo Neruda, il me suffit de l’évoquer.

En m’installant la nouvelle Télévision, m’expliquant le maniement complexe de la télécommande, le trésor de l’encouragement du technicien m’affirmant Ne vous laissez pas intimider Madame, les trois quarts des boutons ne servent à rien !

Inutile de saisir l’opportunité d’un voyage entre Irkoutsk et Pékin. D’une part je n’ai pas envie de dormir dans une yourte et d’autre part on a déjà lu mes poèmes à la Télévision d’Oulan-Bator. L’archi-trésor est là, cette alchimie de l’abstraction croissante.

Le trésor de découvrir que Moïse lui-même n’est pas entré dans la Terre Promise.

Le trésor d’Edouard Glissant commentant l’élection de Barak Obama à la Présidence des Etats-Unis : Même si il échoue, il aura réussi. Formule parfaite que ne pouvait proférer qu’un écrivain.

Comme mon Association de Poésie tire les Rois au premier étage du bistrot du Pont Neuf, le trésor absolu de contempler par la fenêtre l’Ile de la Cité.

Le trésor de découvrir que pour prendre la fuite, l’expression se sauver indique bien qu’il s’agit effectivement de se sauver.

Pour chaque poème qui parvient à s’achever, le trésor de rendre grâce. Et aussi pour une feuille de platane collée sur le toit en verre d’un abribus.

Lisant consciencieusement en attendant le PC qui ne vient pas, le trésor de cette neige qui tombe à gros flocons et par moments atteint la revue littéraire que j’ai entre les mains.

Le trésor d’une controverse sur le terme beuglant et la satisfaction de la conclusion apportée par la consultation du Dictionnaire qui ne le désigne même pas comme argotique mais seulement comme familier.

Le trésor sidéré de m’entendre employer le terme de parousie comme un matin en autobus je traverse la Place de la Concorde et la Seine, le tout plus beau que jamais. Beaucoup ont déjà dit que j’exagérais. C’est vrai. Et pourtant !

Le trésor d’une troupe d’oiseaux formée en V, survolant la rue dans laquelle j’habite depuis bientôt quarante ans.

Sculptée sur le Musée autrefois Gare d’Orsay - et toujours d’une certaine façon - au dessus du fleuve les noms des villes de l’Atlantique.

Le trésor de mes jubilations. Acheter pour rien aux Puces des chefs d’œuvre dont personne n’a voulu.

En matière de récapitulation, le trésor de celui des verbes de mouvement que je tente en russe de me coller dans le crâne, sans vraiment y parvenir. A ma décharge sur les seize, la moitié sont irréguliers.

Le trésor d’en baver à tenter d’apprendre dans sa langue initiale, une berceuse cosaque. Mon échec à la traduire de façon poétique car la forme en est difficile et le fond révulsant.

Le trésor de voir chez les hommes influents, le velours côtelé revenir à la mode. Même en noir, il y a anguille sous roche !

A la Télévision le trésor de ce vieux couple qui ayant passé ensemble toute sa vie balayait d’un commun accord toutes les crises conjugales en affirmant que cela n’avait été que des malentendus. L’archi trésor de comprendre que cela est vrai. C’est en effet ce qui apparait avec l’âge.

Le trésor au réveil de contempler la beauté de mes cheveux à un âge où ceux des femmes sont ruinés par les interventions que toute leur vie elles ont été conditionnées à leur infliger.

Concernant les échelles de temps, le trésor de constater que pour moi elles se résument à trois qui s’emboîtent. Les dix millions d’années du début du creusement des Gorges du Tarn, les trente mille de l’invention de l’art et de l’écriture et mes quarante quatre années de mariage avec le même homme. Encore que la découverte de la grotte Chauvet m’oblige à modifier un peu la mitoyenne.

Dans l’autobus lors de la traversée de l’Avenue Hoche, le trésor de tourner la tête pour voir l’Arc de Triomphe. Pour voir ou pour regarder ? Tout mon manuel de dialectique appliquée.

L’archi-trésor de l’étonnement et de la révolte d’une jeune personne à qui je raconte qu’avant Mai 68, toutes les femmes obéissaient à tous les hommes. Pour le savoir, il suffit pourtant de visionner les vieux films en noir et blanc.

Le trésor d’acheter l’une des toutes dernières montres suisses mécaniques en vente dans la Capitale. Elle est monstrueuse mais l’autre l’était encore bien davantage. Chez le bijoutier arabe à côté de mon ancien Lycée. Et l’archi-trésor de savoir qu’encore, il l’avait rachetée avec le fonds de son prédécesseur. Elle en faisait quasiment partie.

Au cours de Russe, le trésor de voir pendu accrochée à la patère le manteau rose de la professeure ainsi que son chapeau fraise écrasée.

Sur le trottoir de la rue de Chateaudun, le chauffeur d’autobus descendu de son siège pour saisir sur la pile un numéro de Métro - le journal gratuit - juste devant le petit snack où j’achète d’habitude des croissants.

Le trésor de la taxinomie cinématographique qui à côté des films d’auteur, grand public, grand spectacle, westerns, comédies va jusqu’aux films noirs, péplums, navets et autres nanards qu’il ne faut surtout pas négliger, sans compter ceux de la série B. Ajouterais-je les pièces uniques n’entrant dans aucune catégorie et en constituant une à elle seule ? Ainsi La Jetée de Kris Marker ou L’année dernière à Marienbad d’Alain Resnais. Resterait encore de côté le Napoléon d’Abel Gance sur trois écrans à la fois ou du moins les vingt minutes qu’on a réussi à en reconstituer. Peut-être le choc artistique le plus violent de ma vie. Assurément.

Le chef d’œuvre, trésor inconnu du film Etoile sans lumière daté de 1945. Dans la même scène on voit Piaf, Montand et Reggiani en train de se disputer sur fond de Jules Berry. Notamment cette réplique rouge vif quoique en noir et blanc Ce que vous appelez les Affaires, c’est le travail des autres !

Le 7 Octobre 2002 le trésor de retrouver dans une ancienne notation que ma mère a éclaté en larmes en comprenant que j’organisais un concert le 13 en l’honneur de sa fête et que mon père lui demandant pourquoi elle pleurait, elle ait répondu que c’était de joie !

Le trésor de F lorsque je lui ai raconté ma lutte judiciaire pour défendre mes Parents et qu’il m’avait répondu Chapeau.

La nostalgie, ce trésor qu’il ne faut consommer qu’à dose homéopathique.

Le 17 Mars 2002 à la Conciergerie, le trésor d’y avoir lu mon poème Il en a fallu extrait du Jour de Gloire et d’y avoir pensé à tous ceux qui a un moment ou à un autre y avaient été enfermés.

Au marché de Saint-Affrique au bord de la Sorgues, le trésor de la rencontre d’un ancien élève désormais avec femme et enfant. En 2002 il voulait revenir dans ma classe pour y faire une conférence à mes élèves actuels et leur dire à mon sujet: Elle n’a pas tort sur tout, pour ne pas dire qu’elle a raison sur toute la ligne. L’archi-trésor de l’entendre ajouter qu’il pense à moi tous les jours ce Charles-Antoine là que de mon côté j’aimais bien.

Le trésor de lire les mémoires de Jean Claude Brialy. L’horreur de son enfance me rappelle la mienne. Lui a réussi à s’échapper et moi à m’évader. Différence entre l’acteur et l’écrivain. On pourrait dire aussi Carapater et S’esbigner, deux façons de faire… Latéralement comme un crabe pour l’acteur, entre les vignes pour l’écrivain.

Le trésor de la Foire Saint-Germain qui se tient avec des hauts et des bas depuis 1176 et lors de laquelle on montra pour la première fois en 1749 un rhinocéros.

A Riga, tout le trésor de l’Ostalgie dans une Marseillaise jouée pour nous par trois musiciens de rue.

Le trésor rarissime de m’être mise à pleurer en classe en racontant à mes élèves le 22 Novembre 2002 la déportation lors de la Shoah de 16 000 enfants juifs que les Allemands ne demandaient pas.

Le trésor en jetant un cahier manuscrit de n’en conserver qu’une seule note. Celle du 28 Juin 2005 où à la Maison Brière Maman affichant déjà le masque de la mort et où faute d’autre possibilité de communication j’ai posé ma main sur son bras - geste que contrairement à son habitude elle a accepté – elle a mis son autre main sur la mienne. L’archi trésor de pouvoir écrire ici dans ce trésor là que ce fut le seul geste de tendresse qu’elle a eu de toutes nos deux vies.

Le trésor de mettre de l’ordre dans mes écrits littéraires et de jeter à tour de bras tout ce qui n’en relève pas vraiment!

Boulevard Magenta cette désormais grande et belle artère commerçante, le trésor des boutiques spécialisées dans les robes de mariée, toutes plus somptueuses les unes que les autres.

Le trésor d’un politicien résumant à la Télévision la situation sociale actuelle d’un Il faut que s’arrête cette orgie pendant laquelle les uns accaparent tandis que les autres pâtissent. L’archi-trésor de la réintroduction dans la boucle du mot orgie, c’est exactement cela.

A la gare Saint Lazare, dans les Années Cinquante, le trésor du journal lumineux qui passait en bandeau au dessus d’un immeuble et faisait défiler les nouvelles ainsi que celui des réunions électorales de quartier sous les préaux des écoles. Ces commencements de la démocratisation.

Dans les bibliothèques municipales autrefois et peut être encore aujourd’hui, le trésor dérisoire des amendes consacrant l’écoulement d’un retard dans l’obligation de rapporter au jour dû, les livres empruntés. Consécration urbi et orbi de leur valeur. Calculant la pénalité en fonction du temps, coup de génie de lui rendre grâce aussi à lui, lui sans lequel il n’y aurait pas de livres. Car le livre, c’est l’incarnation du Temps !

Le trésor Place Clichy - au Cinéma Le Wepler - de la caissière qui entre deux ventes de billets aux clients lit La Mouette de Tchékov.

Place Wagram, le trésor mauve, d’un magnolia en fleurs.

Le trésor d’oser dire à un ami qui s’arrache à la mort psychique pour écrire le récit de sa survie Dieu s’honore à travers toi !

Le trésor de cet homme qui disait de moi que je marchais comme un bateau. Un fabricant de semelles orthopédiques aurait pu voir les choses autrement. Et pourtant si on écoute la chanson Maman les petits bateaux… Eh oui !

Le trésor d’avoir été demandé en mariage deux fois l’année de mes dix neuf ans. La première à l’Université par un condisciple et l’été suivant par un Arabe à Lattaquié. En Syrie. Le plus sérieusement du monde. Dans un cas et dans l’autre. Mon condisciple a eu ma préférence. Je me demande parfois ce qu’aurait été ma vie avec l’autre.

Le trésor du radiologue de Saint Antoine qui me fait des mammographies depuis bientôt trente ans, de lui crier en arrivant Cela me fait plaisir de vous voir et de l’entendre me répondre Oui quand il n’y a rien ! Sous entendu pas de tumeurs cancéreuses. C’est maintenant un magnifique vieillard et moi, je suis toujours vivante !

Le trésor d’avoir connu la Bosnie-Herzégovine de la Haute Epoque et l’archi chagrin d’en pressentir la fin.

Le trésor de l’entre-soi – ce que j’appelle la Convention d’Intimité - en entendant Alexandre Adler qualifier une personnalité algérienne d’un kabyle, énarque, laïque, incompétent, c'est-à-dire parfaitement français !

A l’Ecole Communale des Batignolles, le trésor d’avoir appris le nom des îles le long de la Côte Atlantique et ces îles aujourd’hui, de les voir là.

Le trésor de découvrir que si je vais à la Piscine Montherlant ce n’est pas seulement par habitude mais aussi à cause du nom.

Le trésor du type qui transporte sur sa motocyclette, assujetti sur son porte-bagages à l’arrière, un tableau.

Dans l’autobus, le trésor de cet autre avec ses trois enfants.

Carrefour Alma Marceau, au très chic Grand Corona qui fait le coin, le trésor d’un bar au beurre blanc et de la constante aménité des serveurs. Une politique commerciale et une question de classe sociale. Les bistrots populaires ont d’autres joies équivalentes mais différentes.

Le trésor d’entendre la marchande de journaux qui ayant terminé son compte annonce J’ai un Monde de trop ! Et d’oser lui dire à quel point - dans le contexte - cette phrase est bouleversante.

En cow-boy et avec son chapeau, entrant tout habillé dans le bain moussant où se prélasse la femme qu’il désire depuis longtemps, le trésor de Clint Eastwood dans La Sierra Torride. La plus belle scène d’amour du cinéma, après tout de même celle dans laquelle au lit et en chemise de nuit Simone Signoret défait son chignon et en passe les épingles à François Perier allongé à côté d’elle. Pour qu’il les dépose sur la table de nuit qui est de son côté à lui. La séquence suivante rouvre sur autre chose. La censure a rendu l’affaire mille fois plus érotique que dans tous les films pornographiques. Dans Gervaise ou quelque chose comme cela.

Le trésor de l’expression blond vénitien.

Dans la vitrine d’un cordonnier, le trésor des boites de cirage de toutes les couleurs.

Au matin - pour aller au travail - le trésor de tous ces gens qui ont réussi à s’arracher à l’inertie.

En face du Parc Monceau, le trésor savant des noms d’arrêts d’autobus Murillo et en contrebas celui de Ruysdaël. Tout aussi émouvants ailleurs d’autres variétés locales de Danièle Casanova et de Gabriel Péri.

A moitié invalide, le trésor de découvrir que je me déplace encore plutôt plus facilement que la tortue luth vue dans un documentaire à la Télévision. Et pourtant elle est là depuis bien plus longtemps que moi. Peut-être ceci explique t-il cela...

Le trésor de la bibliothécaire du Club des Retraités de la MGEN qui me voyant surgir le Mercredi, pousse des cris de joie et celui de l’entendre me dire que concernant le retour des livres empruntés Avec vous, il n’y a pas de problème ! On a la médaille du mérite qu’on peut. L’archi-trésor de trouver mon compte dans cet emprunt hebdomadaire calé sur mon cours de langue !

Le trésor centre américain, d’apprendre qu’une école de Panama a acheté cinquante exemplaires du recueil dans lequel figure mon texte Six heures du soir, station Opéra traduit en espagnol.

Le trésor de ce bistrot arabe dans lequel j’ai mes habitudes et où ce 7 Mai 2009, le patron est venu me serrer la main.

Dans la cour du Club des Retraités, le trésor de ce palmier et l’archi trésor de son faisceau de fruits qui commence à pousser.

A côté de l’Ambassade de Russie, imposante architecture en béton brutaliste, le trésor de ce petit bout de trottoir à l’abandon qui se repeuple d’espèces végétales sauvages et même de giroflées. Je n’en crois pas mes yeux.

Le trésor de ce garçonnet qui après m’avoir demandé l’autorisation, grimpe sur une chaise pour atteindre dans le placard, ma grosse boite à biscuits.

A l’Hôpital de Beauvais en Juin 1994, comme on m’y opère d’une fracture ouverte, le trésor hors de propos d’un interne en médecine qui débout à côté de moi, lit à haute voix Le Médecin de campagne de Balzac. Inouï !

Le trésor de pouvoir dire L’Homme, quelle blague ! Et en même temps de savoir que ce n’est pas vrai.

Le trésor de l’interrogation que fait naître l’architecture de l’Hôpital Gustave Roussy. Pourquoi cette forme de cathédrale ? La crainte lucide de le savoir… Et l’archi-trésor toujours de contempler celui de Beaujon le premier en étage, chef d’œuvre lui du constructivisme.

Le trésor irrationnel de constater que dans ma terminologie personnelle, l’Ancien Monde renvoie à celui d’Avant 68 et celui de Nouveau à l’Amérique du Nord. Mélanger ainsi l’Histoire et la Géographie n’est pas toujours aussi incongru qu’on le croit.

Le trésor d’une pause sur un banc dans la cour de l’Hôtel Beaujon, Faubourg Saint Honoré et de me souvenir que c’était il n’y a pas si longtemps, une caserne de la Garde Républicaine. En rentrant du Lycée en autobus, on passait devant et à travers le vaste porche, je ne manquais jamais de regarder avec curiosité dans la cour…

Le trésor de continuer mon projet de vie, en dépit des empêchements que m’oppose l’environnement et du pillage qui pourrait me pousser à ne plus rien faire du tout.

Entendu au Café de La Petite Rotonde à Montparnasse, le trésor d’un air de tango.

Le trésor des portes fermées des Invalides. On y voit d’un coup toutes les dorures.

Envers et contre tout, le trésor de continuer à reconstituer pièce à pièce au hasard des brocantes, un service de table de Saint-Amand-les-Eaux. Celui du modèle Marie-Louise, petites fleurs blanches sur fond émeraude. Les quatre premières assiettes avaient été achetées dans un lot aux enchères en 1971. A la Salle des Ventes de Soissons au bord de l’Aisne. Un samedi après midi.

A Clichy, à la terrasse d’un café, le trésor du jeune Arabe qui fait écouter son téléphone portable à un vieillard qui apparemment n’en revient pas. L’archi-trésor de me souvenir avoir voulu emmener au cinématographe la grand-tante dont j’ai pris le nom sans y être - pour raisons pratiques - réellement parvenue. Elle est morte sans avoir vu ce miracle des images mouvantes et parlantes. Je le regrette et pour elle et pour moi. Aussi fort que soit ce qui nous lie, cela ne remplace pas.

Au Festival de Cannes 2009, le trésor d’entendre employer l’expression Le Printemps des Patriarches pour nommer la célébration de la gloire toujours vivace et vivante de ceux de La Nouvelle Vague. Que la lumière brille à jamais sur eux et d’ailleurs, c’est le cas.

Dans la Bray, le trésor dans un pré de deux jeunes chevaux bâtards courant de conserve et l’archi-trésor d’exprimer ma jubilation du monde grâce à ma traditionnelle formule si mal comprise Quand on a vu ça, on peut mourir ! Cela ne veut pas dire que je n’ai plus rien à espérer de la poursuite de ma vie mais tout au contraire qu’elle se poursuit sans crainte d’avoir déjà été comblée.

Pour passer un cordon dans ma dernière œuvre d’art, un couvre livre en velours de Gênes ocre assorti au fauteuil dans lequel je m’installe pour broder mes invraisemblables créations textiles, pour le manuel de Russe dont je me servais il y a cinquante ans, le trésor d’avoir recours aux solides aiguilles héritées de mes ancêtres et même - disons le plus précisément - de mes mancêtres, ces ancêtres au féminin. L’archi-trésor de les avoir trouvé en vidant leur appartement après la mort des Parents et de les avoir soigneusement rangées dans mes propres boites à couture. J’ai bien dis mes, il faut bien cela.

L’archi-trésor d’oser à soixante quatre ans prendre encore des risques pour continuer contre vents et marées à vivre ma vie. Non pas au risque de me casser les reins mais tout au contraire en étant sûre de ne pas me les briser.

Le trésor d’apprendre que la mère de Lorca lisait Hernani aux ouvriers de la ferme de son mari ainsi qu’à la famille de son régisseur.

Le trésor de l’absolu bonheur de ce déjeuner solitaire face à la gare de Lyon, à me souvenir de ma vie dans laquelle elle a tenu pour le meilleur et pour le pire, un si grand rôle. Une si grande place.

Le trésor d’avoir des années durant traversé La Foire du Trône installée à l’époque sur le Cours de Vincennes pour du Lycée Hélène Boucher rentrer à pied chez moi Place Saint Ambroise. Les premiers temps avec Marie Claire Romarie qui elle quitta l’établissement dès ses quatorze ans.

Le trésor de la lecture des Mémoires de François Périer lorsque je me souviens que c’est lui qui a lu mon texte Ceci est mon sang au Colloque Breton sur l’Alcoolisme. L’archi-trésor de croire sans en être tout à fait sûre tant désormais pour prendre le large, la mémoire s’estompe, qu’il se termine par Je t’ai aimé autant que je l’ai pu, je t’aime, je t’aimerai toujours et qu’il a été publié au Canada dans un recueil de nouvelles dénommé L’amour à mort.

L’archi-trésor de voir surgir à l’Association de Poésie un chanteur noir que j’ai défendu une fois sans le connaître dans un cabaret où il avait été victime d’une injure raciste. Il me saute au cou. Cela me fait plaisir.

Emouvants les gauchers dans le trésor de leur pacifique contestation.

Avenue de Messine, le trésor d’une terrasse de café avec trois consommateurs installés au soleil.

A soixante quatre ans le trésor de me répéter encore ma formule Et ne me lassant pas du monde, il ne se lassa pas de moi.

Le trésor du rond-point de la Place Pereire et de sa roseraie plus belle que celle de Bagatelle. L’archi-trésor de m’attabler au Café des Hortensias et de découvrir à peine assise que cette place est marquée comme étant celle de Charles Aznavour.

Le trésor d’être finalement satisfaite de mon organisation, efficace et rationnelle.

Le trésor de cet expert en catastrophe aérienne et de sa tranquille affirmation : On a toujours retrouvé tous les avions sauf celui de Mermoz. Je me souviens de son buste en plâtre à la villégiature, sur le bahut de la cuisine, juste avant l’entrée de la souillarde. Je m’en servais autrefois pour entreposer mon chapeau de paille. Autrefois ! Je ne fais plus de promenades suffisamment longues pour justifier ce genre de couvre-chefs. Et même lors de la version finale de ce texte fin 2015 plus de promenade du tout. Qui l’aurait cru, moi qui marchais tant !

Le trésor de découvrir dans Les Enfants du soleil le passage qui au TNP de mes dix huit ans déclencha la crise de nerfs qui obligea mon père à m’exfiltrer en remontant avec moi qu’il soutenait dans le retour à la lumière, le grand escalier. L’archi-trésor de comprendre que tout mon œuvre y était en germe y compris la panne au milieu de mon On attend Robert, le livre que j’écris en ce moment.

Le trésor de constater qu’avec l’âge, chercher ses mots n’est pas le cauchemar qu’on nous a décrit mais bien plutôt le bonheur subtil de les redécouvrir et de les apprécier à leur juste valeur.

Le trésor de mon livre qui repart aussi soudainement qu’il s’était arrêté dix mois auparavant. Le trésor de comprendre qu’il en avait – en interne – la nécessité. L’archi-trésor que les arcanes de la création littéraire demeure un mystère même pour moi, après plusieurs décennies d’écriture.

Le trésor de lire dans mon cahier que rutilant a à voir avec le rouge et de savoir si bien ce que de son côté couvre l’écarlate qui a aussi à voir avec la couleur reine mais pas seulement. La preuve dans le coin rouge des maisons russes.

A la Martinique avant la vogue du tourisme, le trésor de la lassitude du menu unique qu’on servait le même dans tous les caboulots de bord de mer : Soupe de poisson, langouste, ananas. Jusqu’à l’écoeurement ! Et la vulgarité d’un questionnement obscène dans Vous n’auriez pas autre chose ? Non à cette époque là il n’y avait pas autre chose. Aujourd’hui je ne sais pas et c’est aussi bien ainsi.

Le trésor de verbaliser ce que je voudrais bien encore visiter sur cette planète : Alger la Blanche à cause de l’adjectif, Magadan à cause de zeks pour qui c’était Jérusalem et Le détroit de Magellan - ce symbole de la globalisation - la métaphore centrale de mon grand œuvre alchimique Canal de la Toussaint. J’en ai la carte sur l’un des murs de l’appartement dans le lieu qui me servait autrefois de Cabinet de Géographie et aujourd’hui plutôt de celui de Salle de l’Etat-Major qui conduit la guerre tous azimuts sans apparemment avoir aucun plan lisible.

Dans mes papiers le trésor de retrouver une note du 1er Juillet 2006 concernant La Foire de Neufchâtel. Il y est dit que la race des brebis solognotes qui peuvent paître dans les marais n’y est plus représentée mais qu’est apparu une nouvelle variété INRA 104, qu’elle est moche, en mauvais état et de surcroît fait peur aux gens.

Le trésor de mes amis, tous plus intelligents que moi. Je me souviens de celui qui lorsque j’étais jeune disait à mon sujet qu’il fallait fréquenter au dessus de sa condition, ce que je ne comprenais pas. Maintenant si.

Le trésor de mon œuvre qui existe envers et contre moi.

Le trésor de la honte et de l’humiliation comme le signe qu’on n’a pas perdu toutes références à ce que serait une vie digne et adéquate.

Porte de Vanves, le trésor d’une abeille dans des roses trémières et l’archi-trésor d’avoir encore réussi à me trainer aux Puces le 18 Juillet 2009, alors que je me sens mourir comme la vie est devenue, impossible.

L’année 2009-2010 à Alicante, le trésor de découvrir sur Internet que mon livre La jeune morte en robe de dentelle est toujours au programme des lectures obligatoires avec tout ce que la littérature française compte de mieux. Et par la même voie que la Bibliothèque de l’Université de Passau a acheté Les Prunes de Cythère bien que je ne sache pas où est Passau et ce soit justement cela qui me ravit.

Le trésor d’enfermer l’essentiel de ce qui reste de ma bibliothèque dans l’Arche pour le voyage éternel. Je n’en ai plus besoin, je suis au-delà. La conserver pour la transmettre. La momifier pour la cacher. Pour qu’elle passe inaperçue en caisses dans le cagibi ou dans un recoin plus secret encore.

Ce Juin 2009 le trésor de constater que beaucoup de mes plantations ont réchappé de l’incendie de mon jardin, tonnelle comprise. Hélas !

L’archi-trésor de résumer ma philosophie par la formule L’écrivain n’est tenu à rien d’autre qu’à écrire ses œuvres complètes.

Est-ce vraiment un trésor d’avoir entendu - répercuté par la Télévision - le conseil de Georges Clémenceau à son ami Claude Monet Peignez, peignez toujours jusqu’à ce que la toile en crève ?

L’archi-trésor d’apprendre cette fois par la Radio que Madame de la Fayette n’inventa pas seulement le roman moderne et la nouvelle mais fut également du coup responsable de la disparition des personnages de confidents dont l’utilité était de servir à connaître les états d’âme.

Au sujet de Mickaël Gorbatchev lançant sa fameuse Perestroïka, le trésor de mon père commentant J’espère qu’il sait ce qu’il fait !

Lors du Tour de France 2009, le trésor du sourire grimaçant du vainqueur de la montée du Mont Ventoux, ce classique du sport cycliste.

Dans une salle d’attente de dispensaire, le trésor de cette femme s’appliquant à lire un volume de La Pléïade et l’archi-trésor du signet qui en tombe.

A la gare d’autobus, le trésor du kiosquier qui arbore une casquette kaki avec une étoile rouge et qui comme je salue son culot eu égard au quartier me répond Quand faut y aller, faut y aller avant de vitupérer plus largement la médiocrité de l’époque. L’archi-trésor de le féliciter d’un pareil discours en lui disant Ce n’est pas de la politique, c’est de l’Art !

En rangeant mes papiers, le trésor de retrouver une note dans laquelle je disais avoir à la Radio entendu Mandelstam lire ses poèmes et que c’était aussi bouleversant que Guillaume Apollinaire déclamant son fameux Sur le Pont Mirabeau.

Le trésor de John Stout de Toronto disant qu’avec Ton nom de végétal j’ai inventé un nouveau genre littéraire. Je pense la même chose au sujet de La Jetée de Chris Marker en ce qui concerne la cinématographie. Probablement ces deux œuvres ne sont elles pas sans rapport, au moins en ce qui concerne la nostalgie de l’espèce humaine. De l’idée de l’espèce humaine…

A Millau sur la Grand Place comme je suis assise sur un banc, le trésor de cette femme qui me demande si je suis d’ici et m’entendant répondre un véridique plus ou moins en conclut que c’est suffisant pour s’enquérir d’ se tient le marché, car tout effet ayant une cause On lui a dit que c’était aujourd’hui !... Ce qui effectivement est exact !

Le trésor d’amour et d’organisation de ces deux parents chargeant à coup d’électronique dans leur camionnette spécialement équipée, le fauteuil roulant de leur fils totalement handicapé.

Le trésor de la raison qui me gouverne, d’une main ferme mais sans brutalité.

Le trésor de quelqu’une qui dans la casserole racle la sauce blanche, avec une cuillère en bois.

A la Toussaint 1988, dans l’Ile de Vancouver, le trésor des saumons qui lentement remontaient la rivière. La découverte pétrifiée de la terrible douleur qu’on nous avait cachée sous les prétendus joyeux bonds représentés sur mes images d’enfant, celles que je conserve encore aujourd’hui à côté de mon lit dans une belle boite métallique.

Le trésor d’apprendre qu’il existe une variété de tigre, dit à dents de sabre. Et qu’ils soient plusieurs autour de moi à me le confirmer. J’hésite pourtant à le croire.

Place du Marché à Millau, au Café des Colonnes, à la terrasse de ce glacier Dimanche matin au milieu des Puces le 9 Août 2009, le trésor de mon voisin commandant au serveur un Picon bière ! Une appellation que je n’avais pas entendue depuis un demi-siècle.

Le trésor d’écouter Alain Bashung à la Radio et de sentir le chagrin m’envelopper parce qu’il est mort.

Le trésor de ma partenaire d’émancipation lorsqu’en quête d’autres femmes qui auraient partagé notre mode de vie, elle me disait Cherche pas, il n’y en a pas ! Et c’était vrai, même si aujourd’hui ce n’est plus le cas. Une génération après.

Toujours à Millau le samedi 15 Août 2009, le trésor de me lancer à pied dans un tour de la ville et l’archi-trésor que savoir qu’en fait, c’est vrai, c’est bien un trésor et pour toutes sortes de raisons qu’il vaut mieux ne pas approfondir Il faut laisser les plaies cicatriser. Je me souviens avoir eu longtemps des trous dans la peau.

De nouveau attablée au Café des Colonnes le trésor de voir sous les arcades de ce qui fut autrefois la Place d’Armes, entre les cylindres de pierre qui entassés supportent les balcons du premier étage et qui donne à cet endroit son caractère unique, le trésor des hommes en panama, attablés.

Par endroits le trésor de retrouver comme dans mon enfance lorsque nous partions en vacances, les platanes au bord des routes.

Le trésor absolu du style de Jules Vallès dans Le Bachelier. Et sa remarque sur les écrivains qui lorsqu’ils vont au café, s’installent à l’intérieur. En tous cas c’est mon cas mais à cause de la pollution. Il en est peut être de différentes catégories.

Le trésor du sac en crocodile héritée de ma Belle Mère, même si le cordonnier à qui on l’a porté à réparer, critique cette provenance des pays lointains dans lesquels les habitants ne savent pas travailler le cuir

Dans un jardin, le trésor d’un épouvantail avec une tête d’âne en papier mâché. Chef d’œuvre d’art local.

Le trésor des pourboires royaux que je laisse autour de moi. Pratique que beaucoup désapprouvent sauf les bénéficiaires.

Le trésor de ce patron de bistrot de Montparnasse qui me remercie parce que je renouvelle ma consommation. Et on s’étonne ensuite de ce que j’appelle ma connaissance de l’Economie Politique au ras du terrain. Exactement complémentaire de mes études à l’Université.

Le trésor de mes achats d’impulsion lorsque je suis subjuguée par la beauté à tomber par terre. C’est irrésistible et nerveux. Irrésistible parce que nerveux. Ma maladie nerveuse, presque aussi vieille que moi – puisqu’elle a fini par guérir - était elle l’impossibilité de me résigner à la médiocrité, cet autre nom de la dysharmonie.

Envoyée depuis les bains de mer, le simple trésor de recevoir une belle carte postale. Je les aime et les pratique moi-même depuis toujours. De moins en moins toutefois, mes destinataires habituels n’ayant plus accès à leurs boites à lettres traditionnelles. Et pas seulement à cause de l’électronique !

Le trésor de parvenir à me dérober à une excursion pénible dont je sais d’avance que le bruit et la fureur m’empêcheront d’être en bonne compagnie avec moi-même ce qui est pour moi une nécessité absolue, quasiment physiologique.

Dans les maroquineries le trésor de toutes ces pochettes de toutes les tailles et de toutes les couleurs pour ranger tous les petits fatras de toutes natures.

Le trésor d’expliquer aux Jeunes que la vieillesse est un bonheur qu’ils ne soupçonnent pas.

En tant que femme à défaut d’égalité avec l’autre sexe, le trésor d’avoir pu au moins conquérir la liberté. Cela n’a pas été difficile, il suffisait de dire non et d’attendre placidement les retours de bâton.

Le trésor de ces tombereaux de linge que je lave et repasse dans le et vient du même sac bleu à roulettes lors de ses allers-retours à la villégiature. Cérémonie de la gestion domestique.

Le trésor très relatif de m’entendre appeler par mon nom au laboratoire qui doit me faire des analyses. Ce n’est pas très compliqué, il suffit de le lire sur mon dossier. Mais c’est toujours une touche d’humanité bonne à prendre.

Dans le film de Melville Le second souffle, le trésor de découvrir que les hommes courant sur un quai le long d’un train pour le prendre en marche, étaient l’un des symboles de la virilité. J’y pense encore. Souvent ! L’archi-trésor dans le même film de Paul Meurisse volant la vedette à Lino Ventura, la redécouverte d’un monde sans GPS, téléphone portable ni mixité mais avec des employés aux guichets des gares.

Le trésor pathétique du voisin dans l’immeuble d’en face. Célibataire malheureux il rentre de vacances, passe l’aspirateur et enfin se met au repassage.

Le trésor de la beauté d’Alain Delon et de Pierre Arditi s’en disant subjugué. Moi aussi et ce n’est pas d’aujourd’hui !

Le trésor de trouver dans l’appartement des endroits nouveaux où garer l’essentiel de la bibliothèque que je veux conserver. Cette fois c’est l’œuvre de Balzac dans la Collection Nelson enfermée dans un carton que je glisse sous la bonnetière arrachée à mon père le jour où il tenté de me tuer symboliquement.

Le trésor tant aimé des garçons d’abord puis des hommes ensuite. Toute ma vie.

Dans la vitrine d’une agence d’Intérim, le trésor peu encourageant de voir résumer l’époque entre une annonce de Coffreur sur bois et un poste d’Archiviste avec la mention Bac Exigé !

Au Grand Corona qui sait encore faire la cuisine, le trésor de ce déjeuner d’un suprême de volaille à la ratatouille et d’une charlotte aux pêches, absolument hors du commun.

Le trésor de me sentir revivre après la séance d’acupuncture.

Le trésor d’évoquer avec un amateur de western La rivière sans retour et l’archi-trésor de constater que les gestes de ses mains miment parfaitement la trajectoire du radeau dangereusement engagé dans les rapides.

Le trésor de mes Etudes, d’abord dans les Institutions Républicaines puis par mes lectures et mes rencontres et enfin par moi-même.

L’archi-trésor de l’architecture moderne des Docks de Hambourg transformés en Opéra au simple immeuble de Microsoft au bord du Périphérique parisien.

Le trésor de dispenser de la joie à des anonymes qui voient alors le monde s’illuminer.

Le trésor, l’archi bonheur même d’atteindre bientôt soixante cinq ans. En tous cas c’est mon prochain anniversaire et c’est l’âge en de ça duquel la Faculté de Médecine considère que le décès est une mort prématurée.

29 Août 2009

 

Huitième Cahier

Le trésor de l’expression Petit déjeuner continental.

Bruits d’engins métalliques, coups de marteaux, voix qui s’interpellent, le trésor des échos qui montent d’un chantier voisin.

Le trésor contestable d’entendre dans la bouche d’un jeune garçon, l’expression A la ramasse. Et d’autant plus qu’il s’agit d’un commentaire sur le monde adulte.

Comme une cliente levant son verre demande qu’on lui remette une Grimberger, le trésor de ce serveur qui gueule à travers le restaurant Une recharge !

Le trésor de faire un détour pour aller dans un magasin admirer les tasses en porcelaine de la Manufacture Impériale de Saint Pétersbourg dénommée autrefois – du temps des Soviétiques – Lomonossov.

Le trésor de découvrir enfin le nom de la chose : La cérémonie d’amour.

Quarante ans après le trésor des deux années du séjour à la Martinique. La mémoire a tout transformé et dans le sens du meilleur. Je la sais orfèvre en la matière, c’est ce qui m’a sauvée.

Pendant la Guerre d’Algérie - toile de fond de mon adolescence - le trésor de Papa qui nous accompagnait jusqu’à la porte des cinémas, même si il n’y entrait pas.

A Bibliothèque Médicis, l’émission de Jean Pierre Elkabbach sur la Chaine Parlementaire, le trésor de l’entendre demander à Daniel Cordier qui fut dans l’ignorance totale de ce qu’il en était, le secrétaire de Jean Moulin, ce qu’il souhaiterait aujourd’hui et de l’écouter répondre LE revoir. L’archi-trésor des larmes qui montent alors aux yeux du questionneur.

L’absence totale de trésor de voir à la Télévision Marie Trintignant dans son dernier film Colette lorsque qu’on sait que c’est lors de son tournage qu’elle a été battue à mort par son compagnon, un chanteur à la mode. L’épais maquillage ne parvient pas masquer les terribles cernes, ni non plus le visage ravagé.

Le trésor d’Alexandre qui retour du Canada m’en décrit les paysages silencieux en ajoutant Pas étonnant que les Indiens aient entendu les Esprits !

Le trésor de la secrétaire du Parti Communiste rappelant qu’ils ont inscrits parmi eux beaucoup de prêtres ouvriers.

Le trésor d’avoir passé ma vie à comprendre le monde et l’archi-trésor d’avoir au moins partiellement abouti.

Juste à côté des Grands Magasins, le trésor républicain et scolaire de la façade du Lycée Condorcet.

Comme Maman s’y fournissait et en parlait comme d’un lieu où elle trouvait du secours, le trésor de la Pharmacie Bailly en face de la gare Saint Lazare. Je ne peux la voir - même de loin - sans être émue comme d’une image perdurant sur la rétine.

Le trésor de mon cabinet de curiosités, cette fois pour ses broches toutes plus tocardes les unes que les autres.

Le trésor de lire sur une note de restaurant, une pinte de et de devoir réfléchir pour en trouver l’équivalent de 50 cl.

Le trésor de la joie des boutiquiers comme je consomme largement. Mais tout de même pas au point de relancer l’économie à moi toute seule.

Ancien siège social de la Shell, l’archi-trésor de l’extravagant immeuble désormais dénommé Washington.

Une rare nuit d’insomnie comme à bout de ressources j’ai fini par ouvrir la Télévision, le miraculeux trésor de tomber par hasard sur la dernière demi-heure du film Le Jardin des Finzi-Contini, à commencer par la scène dans laquelle le personnage principal regarde à travers la vitre la femme qu’il aime et hélas à côté d’elle - dormant - le jeune homme qu’elle lui a préféré. Le trésor aussi - si mes souvenirs sont exacts - de la toute fin du film se terminant sur le mot Ferrare et l’archi-trésor de l’Italie de mes seize ans.

Le trésor de la bouffonnerie des effets de manches ministérielles de celui qui proclame urbi et orbi qu’il va fermer La Jungle de Calais cet archi bidonville new look. On n’ose pas dire new-age ou alors il faut admettre que les choses n’ont pas du tout tourné comme on s’y attendait ! On a dû rater un aiguillage…

Le trésor de découvrir que mon expression préférée est réglé comme du papier à musique. Est-ce de savoir que la grammaire a été inventée par les prêtres pour les notations concernant les chants religieux ?

Le trésor des arbres qui commencent à roussir dans ma ville adorée.

Comme un kiosquier du Boulevard Haussmann - sans doute au motif qu’il est arabe - s’excuse en précisant que ce n’est pas parce qu’il a une casquette qu’il est méchant, le trésor de trouver à lui répondre que mon petit fils a la même, en vert !

Le trésor des peintures sur verre, ces particularités si particulières et l’archi-trésor d’en croiser quelquefois mais beaucoup trop rarement à mon goût. Cette fois le 19 Septembre 2009.

Le trésor de résister encore à presque soixante cinq ans en mobilisant des ressources psychiques dont je n’avais pas l’idée. Sans doute ce que Maurice Blanchot appelle la bouche ouverte sur le sable, le dernier « je » qui étonnera la mort.

Le trésor d’avoir été en relations avec l’Amérique qui s’apprêtait à porter Barak Obama au pouvoir.

En matière de slogan publicitaire, le trésor définitif de celui du Figaro – journal conservateur – Autant de page de droite que de gauche ! La perfection c’est l’archi-trésor au carré !

Le trésor de revoir la splendeur du Théâtre de l’Odéon et de me dire que c’est peut être la dernière fois. L’archi-trésor de la raison qui affirme qu’on n’en sait rien. La raison peut bien le dire, le corps est tout de même au courant et leurs relations ne sont qu’épisodiques. C’est d’ailleurs tant mieux car à mon sujet hélas, ils n’ont pas le même projet. J’ai par ailleurs émis l’hypothèse que le circuit énergétique de l’individu était l’inscription dans la chair de ce que Sigmund a appelé l’Inconscient, lui-même le rapport refoulé à la mère. Ou à ce qui en tient lieu.

En mettant au propre de vieilles notes, le trésor de découvrir celle du 22 Septembre 1990 : Néruda celui dont la voix fait taire toutes les autres.

Le trésor de tous mes beaux souvenirs aquatiques. La silencieuse et rieuse promenade en barque sur le lac d’Orhid en 1966 avec les filles de notre logeuse macédonienne. Celle de celui d’Annecy entre Sevrier et Veyrier au petit matin et au temps où je portais mauve ma grande jupe longue imprimée entre les cygnes couvant dans les roseaux, leurs grands œufs à découvert en 1974 dans la Grande Florescence et au milieu des figuiers et des aigles pêcheurs qu’en 1986 je ne savais pas encore exister. Celle du lac du Bourget pour atteindre l’Abbaye d’Hautecombe, nécropole des rois de mes ancêtres dans la Savoie piémontaise. Et le plus récent de tous, en 2003 le rappel étouffé de tous ces bonheurs là dans la promenade à l’Ile aux Moines le long des phoques lascifs et arrogants d’être légalement protégés.

Dans ma cour, le trésor des palombes passées de trois à huit !

Le trésor de n’avoir pas encore fait complètement le tour du monde et de surtout ne pas le souhaiter. Qu’il me reste un autre part où je ne sois pas encore allée !

En dépit de l’adversité, le trésor d’avoir accompli une vie professionnelle pleine et entière avec une conscience inébranlable.

Le trésor d’avoir du linge de maison jusqu’au Jugement Dernier. De quoi doter tous ceux qui veulent s’établir.

Le trésor d’ajouter à l’expression moche comme un film colorisé celle de moches comme des cheveux teints. Les deux pratiques n’étant pas sans rapport. Dans un cas comme dans l’autre la volonté de se débarrasser du Temps. Curieuse idée car il s’agit alors de se débarrasser de soi…

Parce qu’ils viennent de me souffler le taxi, le trésor de dire à deux jeunes prétentieux Ca manque d’élégance, ça ne m’étonne pas de vous ! Et l’archi-trésor de constater leur air interloqué.

Le trésor pour les femmes du sacré de la beauté des hommes.

Dans l’autobus - le 26 - le trésor d’entendre crachoter dans sa radio professionnelle la RATP qui donne au chauffeur des consignes concernant la circulation. Il est question d’un pont aérien…

Le trésor d’apprendre de Clara Malraux qu’Elsa Triolet déjà reconnue comme écrivain dans son pays natal l’URSS écrivit son chef d’œuvre Bonsoir Thérèse en cachette de son compagnon Louis Aragon. L’archi-trésor de savoir que ce livre là - comme moi – l’auteur de Je vous salue ma France aux yeux de tourterelles l’aima.

Le trésor désolé d’apprendre qu’Hugues Auffret qui importa en France la chanson américaine est resté vingt cinq ans sans Maison de Disques, soit la moitié de sa carrière alors que ses tubes sont pourtant désormais entrés dans le folklore.

A Damparis, le trésor du respect qu’on avait pour ceux qui travaillaient à l’Usine Solvay comme s’ils avaient été des seigneurs. L’archi-trésor d’avoir avec le recul compris que Sochaux pour eux tous, c’était Jérusalem. Et le match de foot des uns contre les autres, l’apogée de la Civilisation.

Le 26 Octobre 2009, au Rostand le trésor d’un déjeuner avec mes amis de Bradford.

Le trésor de mes deux gros dictionnaires de Russe achetés par mes Parents lorsque j’ai commencé à étudier cette langue à 12 ans. Ils nous servaient à ma sœur et à moi. A toutes les deux.

Le douloureux trésor d’apprendre de Ben Gourion que dans les Camps aucun optimiste n’avait survécu.

Le 28 Octobre toujours 2009, le trésor de cette promenade aux Etangs de Hollande du côté de Rambouillet dans un automne splendide et l’archi-trésor du bruit d’un labrador noir sautant lourdement dans l’eau.

Le trésor de m’être mariée à une époque où le mariage avait du sens, de la valeur et de la grandeur. D’ailleurs pour moi, il en a toujours !

Le trésor de ma lutte d’aujourd’hui à savoir m’opposer avec succès à l’aliénation qui voudrait me priver de ma vieillesse en me faisant croire que je suis toujours jeune et en me forçant à faire semblant.

Le trésor du léger trouble qu’on éprouve en voyant au générique du même film Kirk Douglas, Burt Lancaster, Robert Mitchum et Franck Sinatra, tous ces beaux types qui ont fait rêver ma jeunesse.

Le trésor de la beauté du sénateur de Seine Saint-Denis et indépendamment de la couleur de son parti, de sa colère sacrée.

En matière d’éloge funèbre, le trésor de la convention qui veut que le défunt soit toujours le plus grand et le dernier. L’archi-trésor de découvrir qu’ainsi la mort individuelle devient une affaire universelle qui concerne toute l’espèce.

Le trésor de la photographie de Levy-Strauss avant la Guerre, au bord de l’eau sous les Tropiques, avec au premier plan ses galtouses posées sur une étagère astucieusement installée coincée entre deux branches d’arbres !

Attendant l’autobus, le trésor de cette semi-clocharde qui sur le banc de l’abri sous lequel nous sommes assises côte à côte me fait compliment de mon manteau – celui en jean vieux de douze ans, customisé à coups de dentelles – et comme je l’en remercie l’archi-trésor de l’entendre me dire qu’elle a été trente trois ans dans la Haute-Couture…

Ayant du mal à se tenir debout, le trésor d’un vieux dandy attendant l’autobus et s’appuyant d’un air désinvolte sur son parapluie.

Le trésor du sourire amical que j’adresse à cette femme malheureuse sous le foulard qui lui tombe sur le front.

Le trésor discutable de ramasser dans la rumeur publique cette blague anti-française sur la façon de faire fortune : Acheter un Français au prix qu’il vaut et le revendre au prix qu’il croit valoir !

Le trésor de la puissance de l’argot et tout particulièrement ce jour dans le verbe dégueuler.

Le trésor local de la capacité de mon esprit – et je dis bien de mon esprit – et non de mon cerveau, de convertir mon malheur en sérénité.

Le trésor d’admettre que taxer de mauvais goût les intérieurs artistiques de ces deux esthètes n’empêche pas de les envier de vivre dans des musées.

Le trésor pratique de comprendre que c’est parce que je suis parvenue à jeter toutes les céramiques qui ne me satisfaisaient pas – environ une trentaine – que je n’ai plus eu besoin de tenir le journal de cette création. L’archi-trésor de la soixantaine de pièces qui ont abouti.

Le trésor incrédule de découvrir qu’on me cite dans une thèse de 2007 soutenue au Japon.

Boulevard Saint Germain, le trésor de ces deux vieux hippies dont le bonheur éclate. Les amoureux sont seuls au monde.

Le trésor de trouver enfin à caser l’incasable. Acheté sur un coup de foudre, le porte manteau à têtes d’anges au dessus de la bonnetière. Juste au dessus de la corniche.

Dans le sous-sol de l’Hôtel Drouot sous l’escalier mécanique, assise à côté lui sur une banquette du XVIIIe siècle recouverte de tissu bleu pâle, le trésor de deviser avec un peintre de la difficulté qu’il a à vendre sa peinture.

Dans l’Atelier de Céramique, penchée sur un Egouttoir à travailleurs qui se débarrasse de corps qui se cramponnent encore un peu, le trésor d’assumer la transgression à laquelle m’oblige certaines fois mon art mais par respect pour mes compagnes de quand même leur dire Excusez moi !

Le trésor de tricoté une image médecine légèrement rock and roll.

Le trésor d’un camaïeu vert de tentures que je parviens à mettre en scène pour cacher le rouge trop agressif d’un fauteuil, le seul que j’avais trouvé à ma taille et à mon goût. Je l’ai acheté comme il était en tas au milieu du bric-à-brac dans le camion d’un antiquaire de l’Ile Saint Louis. Lequel me pressait de me décider car il avait rendez vous chez le coiffeur. J’étais quand même bien obligée de l’essayer.

En face de la Faculté de Droit où j’ai fait mes Etudes, le trésor d’un restaurant où la cuisine est bonne! Ce n’est pas partout le cas…

Le trésor de me découvrir scandalisée par l’immoralité de cette jouisseuse bourgeoise qui s’étale à tire-larigot dans les livres de souvenirs complaisamment publiés.

Constatant que cette fois, elle a réussi à venir à bout de Tolstoï, dans le déplaisir de voir la consternante adaptation de Sept heures et demie que la Télévision nous a proposée sur la Deux à partir du texte de Guerre et Paix, le trésor de me souvenir que lors d’une invraisemblable mise en scène et diction d’Œdipe Roi, j’avais autrefois entendu Sophocle résisté tout seul au milieu du charnier.

Le trésor de me souvenir dans ces temps de Noël que pour le fêter, Geneviève Anthonioz - De Gaulle au secret du cachot, avait en déportation brodé un petit mouchoir pour l’offrir à sa gardienne, la seule personne avec qui elle avait un contact.

L’archi-trésor ce 24 Décembre 2009 de voir de l’autre côté de la rue, un voisin monter les deux rallonges de sa grande table, tandis que sa femme apporte les nappes.

Le trésor de l’étonnant lapsus qui transformant mortifère en mortifière me permet tout de même par ce chemin tordu de me débarrasser de l’humiliation.

Le trésor de trouver enfin le mot qui résume ce qui est arrivé à ma vie et de le dépasser de l’avoir prononcé : Martyrisée.

Le trésor de découvrir un nouvel artiste dont je n’avais jamais entendu parler.

2009 : Les trésors topographiques d’avoir découvert Le Polder de Sébastopol ainsi que Le Passage du Gois et au ras de l’eau, toute l’Ile de Noirmoutier.

Le trésor d’une voix qui se brise surtout si c’est celle du Premier Ministre !

Le trésor de l’âge et plus particulièrement celui de savoir que Tolstoï n’a pas été mourir dans une gare mais qu’il se trouve qu’il est mort dans une gare. Ce n’est pas tout à fait la même chose et même pas du tout.

Licencié de Valéo - qui de Troyes s’est délocalisé en Pologne au motif que les ouvriers y étaient payés 200 Euros contre 1100 en France - le trésor de cet homme né au Viet- Nam qui reconverti dans le taxi me répète plusieurs fois lors du trajet qui me ramène chez moi : C’est pour les femmes que c’est grave !

Le trésor de la littérature sauvage, celle des camelots sur les marchés et des commentateurs du patinage artistique.

L’archi-trésor de découvrir un nouvel usage de l’archi-trésor, sa relecture lorsque le courage vient à manquer.

Le trésor de ces amoureuses inconsolées Clara Malraux, Consuelo de Saint-Exupéry et la voisine de ma voisine de pallier.

Place Pereire, aux Hortensias le trésor de la salle de restaurant qui se remplit petit à petit complètement et la noise qui sature peu à peu tout l’espace.

A l’âge de treize ans, le trésor romantique d’avoir en écoutant en boucle sur l’électrophone de ma sœur les valses de Chopin, pleuré à chaudes larmes.

Dans le local de préparation des livraisons du Monoprix du quartier, le trésor d’entendre la nouvelle langue qu’on y parle comme le contremaître interpelle l’employé d’un : Y a du taf, grave !

Le trésor de cet homme résumant le combat de toute sa vie Je suis tout entier dans le refus de mon refus et comme il évoque l’éducation qu’il a reçue : Mes parents ne m’ont pas transmis le mal, ils m’ont transmis la maladie.

Comme il voit les policiers coller une contravention sur le pare-brise de sa voiture, le trésor de ce type qui court le long du Boulevard de Strasbourg dans l’espoir d’arriver à temps avant l’irrémédiable....

Le trésor du toubib qui me parle des enfants volés à Haïti.

Dans la salle d’attente du médecin où j’ai eu le culot de répondre du tac au tac à une petite fille, le trésor de la question qu’en se tournant vers sa mère, elle pose à mon sujet C’est quoi cette dame ?

Le trésor de l’homme qu’on présente comme un grand résistant et qui corrige petit soldat de la France Libre…

Le trésor de découvrir par hasard le tableau de Botticelli représentant Vénus et Mars dans leur accointance la plus heureuse. Un véritable chef d’œuvre d’une intensité à couper le souffle !

Concernant mes Poèmes de la Petite France le trésor d’apprendre qu’une femme de lettres étasunienne va en publier un commentaire dans une revue francophone à Timisoara. En Roumanie.

Le trésor d’apprendre que c’est Eric Rohmer qui a racheté l’appartement qu’habitait mes Beaux Parents. L’archi-trésor de penser que c’est peut être dans ce qui a été la chambre imprégné de mon aimé qu’ont germé les films La marquise d’O et Perceval le Gallois.

Au milieu du chaos dans l’aube laiteuse, le trésor de voir de tous les côtés, les élèves affluer et entrer au Lycée Chaptal.

Le trésor de la gare du Nord restaurée, finalement plus imposante et royale que le Palais de la Moneda qui vit périr Allende lors de l’assaut du 11 Septembre 1973.

A soixante cinq ans, le trésor enfin d’être délivrée de mes plus anciens cauchemars.

En matière de rituel de mariage, le trésor du Grand Rabin qui prévient que si on continue à manifester de la joie après avoir brisé le verre, annonce que si cela continue il supprimera ce rite là. L’archi-trésor de comprendre qu’il exige un moment de silence après la remémoration de la destruction du Temple - éventuellement en cas de besoin - métaphore d’autres évènements historiques.

Dans ce documentaire animalier, le trésor de l’éléphanteau qui grâce à sa trompe tient la queue de sa mère et évite ainsi de s’égarer.

Aux Jeux Olympiques de Vancouver, le trésor du champion de patinage artistique qui éclate de joie dans les bras de son entraineur ainsi que leur réciproque et visible congratulation. L’archi-trésor du commentateur de la déception du second - un Russe - au moyen de la métaphore : Voilà « Le Tigre de Sibérie »… Ce n’est pas le moment de lui demander l’heure !

Le trésor de mon entêtement à me faire une vie agréable en dépit des destructeurs de tous poils.

Comme on lui demandait ce qu’il en était de l’âme russe, le trésor d’entendre Dominique Fernandez répondre qu’on ne dit pas « l’âme française » mais «l’esprit français». C’est si bien vu que du coup, je comprends tout mon drame.

Particulièrement vulgaires et mal fagotés, dans l’autobus le trésor de ces deux amants se tenant amoureusement par la main.

Le trésor d’avoir mangé à la cantine pendant un demi-siècle et d’être ainsi enracinée dans une socialité conviviale et amicale avec tout un chacun.

Le trésor de la Presse qui résiste encore.

Le trésor d’un débat sur les conséquences de l’indépendance du Kosovo et l’archi- trésor de la dignité des différents protagonistes bien que leurs points de vue et leurs intérêts soient opposés.

Le trésor de découvrir que d’autres que moi souffrent aussi de la destruction de la Yougoslavie.

Le trésor d’entendre des phrases qui non seulement ont du sens mais donnent à réfléchir.

Le trésor d’une vie avec des hauts et des bas contrecarrant ainsi les divers dangers.

Le trésor de m’arracher au marasme pour faire quelques pas.

Dans mon restaurant habituel, obligée de changer de place parce que la mienne était déjà occupée, le trésor de voir en enfilade ma rue chérie dans laquelle j’habite depuis bientôt quarante ans.

A la Télévision, le trésor des Chaînes Parlementaires projetant aussi bien des documentaires sur les Partis d’Extrême Gauche que sur la construction du Tunnel de Sarajevo pendant le Siège, pour éviter l’encerclement.

Le trésor absurde de ma quête pour trouver à racheter pour le commencer, le neuvième cahier de l’Architrésor, le modèle identique aux huit précédents déjà parfaitement homogènes.

Le trésor de voir apparaître dans ma vie toute les tares de la vieillesse et d’en rigoler parce qu’elles sont bien connues.

L’archi-trésor de Rilke déclarant que La Russie ne confine qu’avec Dieu !

Le trésor du mot rabibocher et d’y parvenir avec au moins l’une des branches de la famille.

Le trésor de mon grand père Jules Dherbécourt dont pourtant hélas, l’image s’estompe au fil du temps.

Le trésor du remords de ma vie, m’être moqué chez mon autre grand père, des Poilus qui nous cassaient les pieds quand on était enfant, en nous ressassant la Bataille de Verdun et à satiété leurs souffrances.

Le trésor d’un nettoyage à fond de la loggia de la cuisine, un matin pluvieux.

Le trésor de mon absence totale d’aigreur.

Le trésor sémantique de découvrir qu’en Russe, image, icône, modèle, forme, et instruction découlent les uns des autres dans l’allongement du vocable employé.

Le fatigant trésor de la folie furieuse, celle de l’obsession de transformer le monde jusqu’à ce qu’il soit enfin en harmonie.

A la Télévision, le trésor du bruitage d’un film chinois, sons matériels quotidiens et campagnards.

Un samedi matin où ma douleur était si vive que je craignais cette fois encore retombant dans le pire d’en mourir, le trésor du chauffeur de taxi à qui je demandais d’accélérer pour m’emmener plus vite auprès de celui qui allait m’en délivrer, le trésor de l’arrêt qu’il imposa au milieu du Pont de l’Alma m’en disant la nécessité et m’enjoignant au milieu de ma folie renaissante de contempler de part et d’autre sur la Seine, l’effet du soleil levant.

Le trésor des artistes russes dissidents qui n’ont pas froid aux yeux. L’archi-trésor de voir leurs œuvres montrées chez moi dans ma propre Télévision. Un Mickey donnant une main à Lénine et l’autre à Jésus, une médaille frappée à l’effigie côte à côte de Staline et de Marilyn Monroe dans un tableau typique du réalisme soviétique et Superman s’envolant au dessus d’une réunion du Soviet Suprême.

Le trésor du magasin de soutien- gorges dans lequel je me fournis depuis ma longue et douloureuse maladie à l’occasion de laquelle on m’a amputée de la moitié d’un sein. L’archi-trésor de constater que bien que la patronne ait passé la main, la rigolade continue avec celle qui lui a succédé.

Le trésor de ce chef d’œuvre anti-trésor lorsqu’il est toxique. Cette fois à la Télévision Cherry Blossoms, un rêve japonais de Doris Dörrie, film allemand de 2008.

Le trésor d’écouter Honegger à lui tout seul remettre le monde en place.

Comme elle est de dos et que je demande l’heure à cette femme, le trésor inédit de la voir se retourner et comme je m’excuse en la découvrant téléphoner, qu’elle se serve de son engin pour questionner son ou sa correspondante à ce sujet avant de m’en répercuter la réponse. L’archi-trésor de constater à quel point nous sommes dans une autre époque cybernétique, numérique et relationnelle.

Dans le chaos ambiant, le trésor de cet homme s’avançant vers moi et pour que je puisse enfin à mon tour, lire un poème disant à très haute voix : On ne vous entend pas Madame ! Et comme le Président de l’Association de Poésie qui s’est réunie là m’a donné la parole et que j’ai pu y lire mon J’ai usé jusqu’au bout les draps maternels, celui-ci me disant Merci !

Le trésor des bibliothèques de ma jeunesse, comme j’avais le sentiment doublé de la sensation charnelle d’avoir là accès au pilier du monde et par osmose de le devenir moi-même.

Commandant en dessert une coupe Iceberg, le trésor du patron du Royal Strasbourg qui commente d’un comme d’habitude légèrement prématuré car ce n’est quand même que la troisième fois que j’entre dans son établissement.

Le trésor de l’épée d’académicienne sur laquelle Simone Veil a fait graver le numéro matricule de sa déportation à Auschwitz. On en est saisi d’effroi. Et pourtant…

En passant Rue Visconti - presque au bord de la Seine - le trésor d’y découvrir la maison où mourut Racine et quelques pas plus loin L’Imprimerie de Balzac. On croit rêver.

Le trésor d’une conversation avec un pharmacien complètement déjanté. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il y en a ! Et il y a de quoi, l’orfèvrerie des poisons n’est pas une activité de tout repos !

En 1988 à Malte, le trésor d’avoir découvert dans la chambre d’hôtel parce qu’elle comportait un coin cuisine, l’existence du grille-pain - nouvelle pour soi - et du coup d’en avoir acheté un, immédiatement en rentrant pour sa propre maison.

Le trésor de tous ces noms qui promettent plus qu’ils ne donnent Alicante, Valparaiso, Vladivostok et même Charleroi. Inversement les trouvailles inattendues de Riga, La Vallette, Kostroma, Sidi Bou Saïd et quelques autres… Kostroma surtout !

Le trésor confus d’Hérodote qui croyait que la neige, c’était des plumes.

Le trésor d’avoir par hasard lu La Massaï blanche de Corinne Hofmann. Pas complètement par hasard, je l’ai quand même trouvé dans une bibliothèque à laquelle j’étais affiliée y changeant de livre toutes les semaines. Merci la vie ! J’ai refusé de signer l’appel au prêt payant, je sais ce que je dois à la Collectivité.

Le trésor inattendu des bains froids, une découverte récente, intense et inoubliable.

Le trésor de voir Eugénie Grandet sortir du sac d’une voyageuse de l’autobus qui assise se met à le lire.

Le trésor de découvrir que d’avoir - dès la petite enfance - compris l’horreur du monde m’en a occulté toute ma vie, la vulgarité.

Au petit matin le trésor d’entendre tout à leur joie, les noctambules rentrer chez eux au milieu de leurs appels, leurs cris et leurs exclamations. Les amoureux de la nuit sont seuls au monde et surtout lorsque revient le jour.

Signalés nulle part, au cours d’une promenade de hasard, l’archi-trésor d’avoir avec l’alter ego découvert au dessus de la villégiature, sur le rebord du Causse Rouge – cachés dans les broussailles - des dolmens préhistoriques surplombant le Tarn.

Le trésor d’entendre Eisenberg dire à la Radio que Pâque, c’est la fête de la liberté. Encore faut-il l’avoir expérimenté.

Sur le Biélinky - reliant par les voies navigables Moscou et Saint-Pétersbourg - le trésor de ce père qui achète à la boutique du bateau un collier d’ambre pour sa fille de cinquante et un an.

A la Cité Universitaire, le trésor du monument réaliste soviétique aux Travailleurs de l’Agriculture de la Maison du même nom et des camélias ultra rouges du Collège d’Espagne…

Dans mon milieu professionnel, le trésor qu’on ait dit à mon sujet – même mes adversaires politiques – Elle a toujours consolé tout le monde. Au Lycée Jules Siegfried et durant les années terribles.

Le trésor de découvrir encore plus cinglé que moi dans la prise au sérieux et sa ferveur du monde, Virgil Georghiu tel qu’il raconte sa vie dans ses Mémoires.

En compagnie d’un homme désiré le trésor dans une auberge, d’avoir dansé la bourrée.

Le trésor Dimanche de Pâques de raconter les Evènements Légendaires et Historiques depuis Les Dix Plaies d’Egypte jusqu’au fantasme de La Résurrection et d’entendre joignant le geste à la parole, un jeune garçon ayant écouté tout cela, dire qu’il a du mal à raccrocher les wagons.

Le trésor d’apprendre que c’est à compte d’auteur que Jean Genêt a publié son premier livre Le Condamné à mort. Ce qui ne veut pas dire que tout ce qui est ainsi publié soit promesse de génie.

Sur un immeuble du Boulevard Haussmann le trésor urbain, littéraire et historique de la plaque indiquant que Marcel Proust y a habité de telle date à telle date.

Le trésor de ce Printemps éclatant et de retrouver un matin sans y penser, le goût de la vie.

Le trésor de la masse des Travaux Pratiques que j’ai fait pendant des années avec les élèves et qui me manquent encore tant d’années après. Et les élèves et les travaux…

A cause des autobus empruntant des circuits incongrus en raison des aléas de la circulation, le trésor de découvrir des rues dont je n’avais jusque là, aucune idée.

Le trésor de mon quartier, de mon œuvre et de ma vie.

Le trésor de L’Hydre de Lerne, ma cent-dixième céramique.

Dimanche, le trésor de la matinée occupée toute entière à ranger mes dentelles dans le tiroir de la commode que je leur ai affecté. Un tiroir entier eh oui et encore pour qu’elles y tiennent faut-il qu’elles y soient rationnellement placées. On n’est pas pour rien fille de saint-simonien…

Le trésor d’une excursion à Strasbourg en 2010 et revoyant dans sa cathédrale la fameuse horloge, l’archi-trésor de comprendre que l’ayant déjà vue petite fille cette rencontre n’a pas été pour rien dans la conception du monde que j’ai en tant qu’écrivain - tout au long de mon œuvre - déroulé.

Dans la même ville, l’archi-trésor inouï d’une plaque fixée sur une façade et annonçant urbi et orbi que c’est dans cette maison qu’il habita enfant que Gustave Doré fit ses premiers dessins. Et on dit que ce pays n’aime pas ses artistes…

L’archi-trésor aussi à quelques pas de là de la boutique d’art russe dans laquelle je découvre des tasses assorties à ma théière au cheval follement rouge et doré. Le tout en provenance bien sûr de mon amour, la fabrique Lomonossov dénommée à nouveau de son ancien nom Manufacture Impériale de Saint-Pétersbourg.

Le banal trésor d’une carte postale touristique envoyée à un ami.

A la boutique de souvenirs du Château du Haut-Koenisbourg, l’archi-trésor de sa naïveté faite d’albums à colorier, de tee-shirts à l’effigie d’Excalibur et de pantins représentant un chevalier dans son armure. On tire le cordon et il agite son épée. Aux anges, j’achète le tout.

Ouvrant la Radio dans l’angoisse d’une nuit agitée, le trésor d’entendre une voix d’homme chanter un tango en s’y donnant complètement.

Le trésor de me souvenir que mon père autrefois disait Si le MLF prend le pouvoir, je suis dans la première charrette et comme cela me faisait rire.

Au Kursaal de Gournay-en-Bray, le trésor de Bertrand Tavernier venu faire une conférence et se plaignant que les producteurs rejettent en trois secondes les scénarios de film qu’il a mis deux ans à écrire. L’archi-trésor comme il quittait la salle de lui avoir publiquement crié Pour « La passion Béatrice » bravo ! De l’avoir vu s’arrêter interloqué, rentrer en lui-même et répondre Il n’a pas du tout marché et après un nouveau silence C’est celui que je préfère !...

Place Pereire au matin, le trésor de la mise en route, l’aération de l’appartement au cinq fenêtres grandes ouvertes, les tables de restaurant qu’on sort pour installer la terrasse tandis qu’attendent déjà les six pots de buis bien taillés tous dans la même forme sphérique.

L’un de mes rares souvenirs heureux avec Maman, le trésor de revoir le film Les Canons de Navaronne et de constater qu’il tient encore la route, même après tout ce temps.

Le trésor de l’alchimie permanente de ma vie, même dans la douleur et la destruction. Dans la douleur et le refus de la destruction.

Concernant la gent des papillons, le trésor d’écouter lire en public l’étrange poème écrit par un enfant, assez court et se terminant par un De quel monde êtes-vous les sentinelles ? L’archi-trésor d’avoir osé lui crier Bravo !

Au Studio Raspail, tombé du ciel le trésor d’une main amie me massant les épaules parce que - remuant le cou de façon appliquée - j’en avais fait apparaître le cruel besoin. Me retournant, l’archi-trésor de découvrir celui que sans le connaître j’avais défendu dans un lieu poétique, comme il avait été pris à parti lors d’un incident raciste.

A l’occasion de la dotation d’une loterie, la découverte que le problème de l’âge n’est pas - comme on essaie de nous le faire croire - de rester jeune mais bien plutôt de tenter de désengorger les placards…

Le si particulier trésor de savoir jusqu’où ne pas aller trop loin et de connaître la taille exacte du cheveu qui sépare le génie du délire.

Parce qu’il est exactement situé à l’arrêt d’autobus, avec un bistrotier de la rue de Châteaudun chez qui j’achète souvent de la viennoiserie hors du commun, une conversation digne d’un lexique à l’usage des voyageurs : Vous habitez le quartier me demande t-il et moi de lui répondre comme livrant un secret d’Etat Non ! Non ! Je vais tout vous dire : je descends du 43 et je reprends le 26 ! Pour ne pas embrouiller l’affaire je ne lui ai pas précisé qu’avant le 43, j’avais déjà pris depuis chez moi, le 84 ! Qui dit que la ville est mal desservie ? Et tout cela pour suivre un cours de Russe dans un Club de Retraités de l’autre côté de la ville.

Le trésor de s’entendre résumer la quête de sa vie par la formule suivante Puisqu’on ne peut rien savoir des fins dernières, essayons au moins de comprendre comment cela marche et cette ultime précision : Ou plus exactement, comment cela ne marche pas ! Finalement le développement de ma phrase Et dans l’impasse du pourquoi, le tourment du comment. L’archi-trésor de me demander si cela conviendrait comme épitaphe… Ne pas demeurer dans l’expectative serait vraiment de mauvais goût… Ce qu’il faut éviter par-dessus tout.

Le trésor de la détresse de n’être pas Chagall et de pas même lui arriver à la cheville…

Comme je lui explique La Crise Mondiale de 1929, L’arrivée d’Hitler au pouvoir et La Deuxième Guerre Mondiale qui en découla, le trésor de ce chauffeur de taxi qui se passionne sincèrement pour ce qu’il apprend.

Habillées de leurs costumes locaux, exécutant une danse lors de laquelle elles miment le troupeau des rennes, le trésor de ces jeunes filles Yakoutes.

L’ascèse de la mort des Parents et par leur absence définitive, l’obligation du trésor d’un âge adulte absolu.

Le trésor de dresser la liste de mes déceptions et de constater qu’elle tourne bientôt court. Le voyage en Crète en quête d’un imaginaire Homme-Taureau, Alicante et Séville - mais comment être à la hauteur de leurs mythes - et a fortiori La Moneda ou Le Palais d’Hiver. Reste à ajouter la traversée du Golfe de Finlande dans un bateau que je ne pouvais pas imaginer, entravé par les algues.

L’archi-trésor de la bleuité des champs de lin du Vexin. Et sur la même route qui traverse la campagne, le trésor d’une Chevrolet bleue elle aussi garée sur le bas-côté.

Le trésor de la nostalgie du Jérusalem de 1964.

Le trésor de mon père qui exprimait son affection par la formule qu’il employait en nous regardant Quel charmant tableau !

Face à la psychose de l’autre qui laisse totalement désemparé, le trésor de transformer la prononciation de psykose en psychose avec un che … comme dans chat ou château. C’est ce qui permet de reprendre le contrôle de la situation. Aux grands maux les petits remèdes, ce n’est pas d’aujourd’hui !

Le trésor d’une invitation qui change tout parce qu’elle me rend à moi-même.

Le trésor de résumer ma vie d’un j’ai fait ce que j’ai dû, là où habituellement les gens disent, j’ai fait ce que j’ai pu ! On peut y voir l’absence totale de modestie mais tout aussi bien sa vie étant en jeu, la douloureuse obligation de s’abstenir de tout écart !

Désormais à la retraite, le trésor du radiologue de l’Hôpital – celui que je connais depuis si longtemps – lorsqu’il me demande ce que j’y fais et comme je lui dis : j’apprends le Russe, me répond et moi l’Italien !

Le trésor de découvrir que ce que j’aime dans les Westerns - outre l’établissement de La Loi - c’est le côté sportif !

Le trésor de Freud grâce à qui j’ai échappé au sort d’Adèle Hugo et de Camille Claudel. Merci la vie !

Dans l’Atlas de Schrader et Gallovedec grâce auquel enfant chez mes Parents, j’ai exploré le monde, le trésor de découvrir dans la nomenclature de la Carte des Religions, la catégorie des Païens. L’archi-trésor de me souvenir que c’était également le terme utilisé dans le livre de Maman pour commenter les différentes figures de certaines danses folkloriques.

A Saint-Rome-de-Tarn dans la Salle des Fêtes, le trésor d’une valse dansée à en perdre la tête.

A la villégiature, le trésor de la voix des voisins et le bonheur de leur accent.

A Paris, fenêtre ouverte sur la cour, le trésor de cet orchestre de cuivre qu’on entend dans la rue de l’autre côté du pâté de maisons.

En souvenir de la Tupamara qui m’avait en 1987 à Montevideo dit que pour elle l’émancipation, c’était de pouvoir aller seule à un match de foot, le trésor d’aller au bistrot du coin suivre celui fatidique qui clôt la compétition mondiale.

Le trésor de découvrir que l’âge apporte une limite à tout, y compris à la douleur d’exister.

Le trésor de tous ces gens gentils avec moi et avec qui je peux à tout moment engager la conversation sur le fond.

A elle seule dans le Sixième Arrondissement de la Capitale, le trésor de la Place Saint Sulpice et de ce mariage d’amour consacré dans son église il y a quarante cinq ans.

 Le trésor d’entendre sourdre de soi même la phrase Seules errent dans les ténèbres les âmes qui sont mortes sans être réconciliées.

Le trésor d’avoir trouvé une nouvelle raison d’espérer en apprenant que Léonard de Vinci avait dit beaucoup de mal de Michel Ange.

Quant à la controverse de Malebranche et de Leibnitz tentant de concilier la liberté de l’Homme et la toute puissance de Dieu, le trésor de se demander quel est aujourd’hui l’équivalent de cette problématique et l’archi-trésor de croire le savoir.

En regardant le téléfilm adapté de La passe dangereuse, le trésor de cette bouffée d’amour qui me revient comme je pense aux romanciers qui ont illuminé mon adolescence, là Somerset Maugham. Mais aussi Charles Morgan et son Sparkenbroke, William Faulkner et tous les autres Russes et Français si nombreux…

Le trésor de me sentir tout de suite mieux, simplement parce que passant Rue Richelieu, j’ai vu sur un immeuble une plaque sur laquelle était gravé : ICI STENDHAL… etc…

Sacré entre les sacrés, cette conversation sidérante avec un homosexuel vieillissant et le trésor de nous avouer l’un à l’autre notre commun amour des beaux types de plus en plus nombreux au fur et à mesure que les mœurs sociétales et sociales les autorisent à s’occuper d’eux.

Le trésor de la pertinence absolue de l’analyse de cette intellectuelle résumant ma condition d’un En France, toute femme est une proie légitime ! L’archi-trésor de l’entendre reprendre la phrase en insistant sur le mot Légitime ! La consternation et le soulagement de savoir que cela est vrai. Hélas !

Complètement oublié depuis, le trésor de retrouver dans mes notes qu’à l’automne 1997 comme je lui avais fait parvenir deux de mes écrits dont l’un commentant son film essentiel, ce cinéaste hors du commun m’avait dit au téléphone J’ai beaucoup d’affection pour vous et de lui avoir répondu C’est mon bâton de maréchal. L’archi-trésor de savoir enfin aujourd’hui – en fin de parcours - de quelle armée il s’agit.

L’effrayant trésor d’en retrouver une autre sur laquelle j’avais inscrit la réponse à une question que je me posais depuis longtemps Le poète enfant est il déjà poète ? A savoir L’enfant poète ne sait pas encore qu’il l’est mais ses meurtriers eux, le savent déjà !

Entendant dans un restaurant un serveur transmettre à haute voix la commande fantastique de Un homard thermidor, le trésor de me dire que la forme parisienne parfaite aurait été normalement Un homard thermidor, un ! Et que finalement le style tient à peu de chose ! Et pourtant…

Le trésor du simple nom d’une rue qu’on peut se répéter parce qu’elle l’est justement à elle seule sémantiquement ! Là celui, celle du Vieux Colombier. Aucun nom de célébrité, dans quelque domaine que ce soit ne peut lui arriver à la cheville, disons plutôt à la base ou même à hauteur des fondations. Je me rappelle que dans le plus noir de mon chagrin j’avais trouvé mon réconfort à la lecture du livre de Job, Dieu lui disant Où étais tu quand je fondai le monde, as-tu déjà commandé au matin ou quelque chose de ce genre…

Le trésor du devoir de recopier cette note prise le Premier Mai 1999 Pas un visage féminin parmi ceux que je croise qui ne relève de la compassion. Quel massacre !

Le trésor de découvrir la phrase La poésie veut quelque chose d’énorme, de barbare et de sauvage signée Diderot et l’archi-trésor de me demander comment il le sait, tellement cela est vrai !

Dans un documentaire qui lui est consacré, le trésor d’apprendre que la thèse du mathématicien Audin - assassiné par l’Armée Française pendant la Guerre d’Algérie - a été soutenue à l’Université par quelqu’un le remplaçant dans son absence définitive. Et l’archi-trésor de savoir que cette action absolument non-violente et réfractaire avait eu alors un terrible écho !

Dans un autre genre mais sur le même sujet, le trésor du récit de Robert Badinter évoquant comment lors du procès concernant le dit assassinat, il avait envoyé son Code Pénal à la tête d’un militant de l’OAS et récupéré au vol Vidal-Naquet qu’un fasciste venait de faire valdinguer à travers de la salle…

Pour filmer les trappeurs tirant leur bateau le long du Missouri, le trésor d’Howard Hawks qui s’est manifestement inspiré du tableau de Repine Les bateliers de la Volga.

Dans L’Encyclopédie des Sports de 1924, l’étonnant trésor d’y trouver outre ce à quoi on s’attend, des chapitres concernant l’Automobile, l’Aviation et même un paragraphe sur le Jeu de Croquet !

Le trésor de me souvenir de Bruno Crémer, acteur du film de Costa-Gavras Section Spéciale dans lequel il interprétait le journaliste Lucien Sampaix alors même que lors du panégyrique accompagnant sa mort et son enterrement, personne n’y a fait la moindre allusion et pas même celui qui y a proclamé - comme c’est le formule consacrée et la tradition - Il était le meilleur d’entre nous. Mais peut-être que Lucien Sampaix, justement ce n’était pas la tradition.

Le trésor de m’étonner de voir surgir cette désespérante formule Pour la plupart des gens, le monde est une vaste cuisine dans laquelle les Autres sont des ustensiles et de craindre d’en être l’auteure.

Le trésor de connaître le sens de l’expression Rentrée Littéraire et de ne pas en être. Lorsque ce fut le cas, j’ai failli en mourir.

Dans une pharmacie dans laquelle est entrée une femme demandant de l’aide parce que dit-elle Elle est tombée et son médecin est absent, le trésor de lui entendre répondre Allez à Notre Dame du Perpétuel Secours et l’archi-trésor de rêver un moment à cette notion là...

Le trésor de cette infirmière venue me faire des piqures deux fois par jour et des pansements intimes et comme elle s’est attachée à mon logis, de lui donner en souvenir une tasse et une sous-tasse de Limoges. Bien emballée dans du papier à bulles.

Le trésor du King tutoyant les dieux comme en début de carrière il chante à la Télévision. Inédites, des images de lui sensuelles et domestiques.

Comme j’ai oublié mon portefeuille dans mon restaurant favori, le trésor de la gargotière qui m’appelle au téléphone et l’archi-trésor du pourboire que je laisse en contrepartie au garçon qui l’a retrouvé.

Le trésor de me souvenir de ce que j’avais écrit sur la porte de ma chambre lorsque j’étais encore chez mes Parents Cherchez et vous trouverez, demandez et on vous donnera, heurtez et on vous ouvrira et que mon père avait conservé lorsqu’après mon départ, la pièce avait été transformée en son bureau.

Le trésor de Jean Paul Belmondo débutant en 1959 dans un film de Chabrol.

Dans mon adolescence, le trésor des garçons lors des vacances à Croix-Valmer au bord de la Grande Bleue pas encore saturée.

Le trésor d’autrefois les cinémas portant le label d’Art et d’Essai. On y entrait comme dans une cathédrale.

Le trésor de mon père qui n’était pas un homme admirable mais de bonne volonté et l’archi-trésor de ce qu’il m’a transmis la libre-pensée, la raison et la maîtrise de la langue. Le trésor également de mes coups de folie qui autorisent de temps à autre de lâcher la pression et l’archi-trésor de leur modestie me permettant de rétablir l’équilibre…

Le trésor de mes essais de fugue après la tentative d’enlèvement que j’ai essuyé un matin au bord de la mer à Marseille et l’archi-trésor d’avoir trouvé refuge une semaine à Damparis, le temps de renouer l’alliance avec le monde masculin. Cela n’a pas été long parce que le terrain était fertile et la volonté de vivre, absolue.

Le trésor des Mineurs Chiliens enfermés dans la mine à 688 mètres de profondeur et à qui on fait parvenir des jeux de société pour les faire patienter le temps d’un nouveau forage. L’archi-trésor du petit papier montré à la Télévision et sur lequel ils ont écrit être en vie !

Le trésor d’avoir construit la Maison des Sciences de l’Homme sur l’emplacement de la Prison du Cherche Midi et d’en avoir transféré les lourdes portes devant le Cimetière de Thiais. Elles étaient encore là comme j’ai commencé à fréquenter ce Quartier lors de mon entrée à l’Université.

Le trésor du maroquinier Il Bisonte, un chef d’œuvre de qualité et de solidité.

Le trésor de mes œuvres culminant dans mon œuvre et celui de mes catégories de nature à enrayer - au moins pour moi-même - la débâcle du monde.

Le trésor de l’intelligence que rien ne peut soumettre.

Dans un restaurant, le trésor des plats qu’on voit passer.

En relisant ma chronique dont le sous titre est Autographie de la société française le trésor de retrouver la trace d’évènements totalement oubliés et de découvrir à cette aune que Sommes nous bien loin de Montmartre est un titre plus approprié.

Le trésor de mes installations adorées et l’archi-trésor toute une vie après de les avoir conservées, même si le coût humain en a été élevé.

Le 2 Septembre 2010 le trésor d’une excursion à Saint Denis et d’y avoir acheté sur un éventaire du marché la belle photographie d’un moulin très ancien.

Parce que quelqu’une me l’a dit, le trésor de comprendre que le souffle dont parle mon Canal de la Toussaint, c’est le cerveau reptilien.

 

Neuvième Cahier

7 Septembre 2010

Le trésor d’avoir rencontré dans une Maison de Vacances de la Ligue de L’Enseignement la fierté d’une femme qui disait être la seule à avoir la croix de guerre à titre militaire et l’archi-trésor d’apprendre qu’elle avait été de la Moï. Ce mouvement de la main d’œuvre immigrée combattante.

Abandonnant au néant le fantôme qui me hante, le trésor de voir se refermer l’ulcère qui s’était ouvert pour soulager mes veines engorgées.

Les trésors d’Humphrey Bogart et d’Ingrid Bergman dans la bande annonce du film de Dimanche Casablanca et l’archi-trésor écrivant cette phrase dans le neuvième cahier d’aller chercher dans les documents combien de « n » terminent le nom de l’actrice, en fait un seul !

Le trésor de la cinématographie de l’Ancien Monde dans lequel la censure interdisait toute représentation de la sexualité et l’archi-trésor des réalisateurs qui tournaient la difficulté en montrant des chutes d’eau de tous ordres.

Le trésor d’avoir atteint l’âge auquel il n’est pas anormal de devenir acariâtre et le plaisir de découvrir que ce n’est ni nécessaire, ni automatique.

Venant de chez Berthillon, le trésor d’un sorbet à l’abricot.

Comme elle me voit cramponnée au bord du trottoir au carrefour Bac-Varenne, arrêtée au feu rouge, le trésor d’entendre une femme sur son vélo, me dire Allez-y Madame, traversez, c’est vert en faisant allusion au signal piéton qui doit me guider. Et l’archi-trésor de joyeusement lui répondre - secrètement toute pleine de gratitude pour son attention - Je ne traverse pas, j’attends un taxi. Sans oublier de la remercier, non que je sois particulièrement polie mais très attachée à la reconnaissance. Cet empilement sémantique de concepts philosophiques.

L’archi-trésor de la qualité des crayons noirs publicitaires distribués par la maroquinerie Il bisonte Rue du Cherche-Midi. La vendeuse m’en a donné une poignée. J’ai répercuté en partageant, distribuant les surplus à qui de droit…

En fin de Première Année comme le professeur Piettre m’interrogea en 1963 sur la théorie marxiste, le trésor définitif de l’avoir entendu me dire que c’était la première fois qu’il entendait un(e) étudiant(e) lui expliquer correctement la plus-value. L’archi-trésor d’avoir depuis fait fructifier au centuple, ce que j’avais appris là. Je ne dois pas tout à l’Université mais beaucoup.

Le trésor équivoque de trouver au dos de cartes postales anciennes au crayon la signature effacée de Maman et le tampon rationnel tout plein d’encre et de géométrie portant le nom et l’adresse de mon père Claude Fontaine 20 rue Clairaut Paris 17e.

Même si je l’ai déjà écrit dans les cahiers précédents, dans le Saint Sépulcre à Jérusalem comme le moine préposé à sa garde nous appelle à prier ensemble, le trésor de mon père s’avançant pour répondre au nom du groupe Nous sommes libres penseurs. En 1964 comme j’ai dix neuf ans, l’archi-trésor de ce cadeau que lui aussi, j’ai fait fructifié au centuple.

Le trésor de l’Autre lorsqu’il est un trésor.

Le trésor d’avoir à l’âge de cinq ans visiter la vraie grotte de Lascaux et toutes les autres des Eyzies.

Le trésor d’entendre un anonyme affirmer La culture c’est norme et l’Art l’exception !

Le trésor de la gare de l’Est restaurée et réaménagée. On dirait un château et cela pourrait l’être car autrefois c’est de là que partait l’Orient Expresse avec à bord ma sœur lorsqu’elle allait à Munich. Voire même y retournait, y rentrait.

Le trésor d’une vieille femme sortant de la gare du Nord comme une gravure de mode, toute habillée d’orange avec un chapeau assorti.

Dans les vide-greniers de particuliers, le trésor des babioles qu’on achète et qui suffisent pourtant les jours de tempête à raccrocher à la vie.

Le trésor du velours, ce tissu de douceur, de joie et de gloire.

Le trésor des films en costumes ne serait-ce que parce qu’ils sont en costumes !

Vieille déjà d’un demi-siècle sans accuser ni sur le fond ni sur la forme un quelconque signe de fatigue, le trésor d’une belle photographie du port d’Anvers.

Le trésor de Nijinski dans les Ballets Russes. Et c’est peu dire. Qui n’a pas vu cela… Bref !

Le trésor de s’être aimés sur fond d’Arthur Honegger.

Les trésors des scandales que furent chacun de leur côté aussi bien la représentation d’Hernani que Le sacre du Printemps.

Les premières ayant été offertes en cadeaux de mariage en provenance d’une boutique d’art installée près du Carrefour de l’Odéon, le trésor moderniste de commander par électronique au Château de Ratilly - là où depuis cette époque on les fabrique - de quoi remplacer des assiettes en grès Pierlot qui ont été malencontreusement cassées.

L’archi-trésor de découvrir que le service de verre venu de la verrerie de Biot choisi lui aussi dans la même boutique pour être la consécration matérielle des épousailles était aussi celui là même qui figurait dans l’appartement-témoin de la ville du Havre reconstruit et de n’en avoir rien su jusqu’à très récemment.

A la campagne, le trésor volatile d’un rouge-queue accroché au chambranle de la porte d’entrée, la queue tournée vers la cour, comme il passe la tête pour me regarder dans la cuisine.

Le trésor d’avoir vu danser Serge Lifar, dernier danseur étoile des Ballets Russes et pas qu’une seule fois. Avec Maman à l’Alhambra. J’y pense encore.

Sur le toit de l’immeuble d’en face, le trésor des voix des ouvriers qui s’interpellent.

Le trésor des films expérimentaux qui sans rien se réserver se jettent dans l’avenir. L’année dernière à Marienbad d’Alain Resnais, Empédocle de je ne sais qui et La Jetée de Chris Marker que je n’ai vu que ce jour bien qu’il date de 1963. L’archi-trésor du remords qui m’oblige lors de la mise au propre de ce texte à procéder à des recherches. Il s’agit en fait de La mort d’Empédocle de Jean Marie Straub et de sa femme Danièle Huillet d’après un texte d’Hölderlin. Je l’avais vu dans une de ces minuscules salles de la rue Champollion avec deux pelés et trois tondus, scotchée d’un pareil chef d’œuvre et consternée de n’avoir personne avec qui le partager.

Dans le bas des Champs Elysées, dans l’enfance le trésor de Maman me montrant les fiacres stationnés dans l’attente des clients et me signalant tout spécialement la seule femme-cocher me disait elle avec fierté. L’archi-trésor aujourd’hui de pouvoir corriger la cochère. En matière de féminisme elle m’a transmis ce qu’elle pouvait ! D’une certaine façon elle était trop d’avant-garde pour l’être. Cette analyse historique n’est pas rassurante surtout au vu des nouvelles idéologies que finalement elle annonçait.

L’invraisemblable trésor sacré du documentaire sur la catastrophe de Tchernobyl. Assise dans mon grand fauteuil je regarde à la Télévision les liquidateurs monter sur le toit de la centrale nucléaire soviétique, pelleter les décombres, les jeter par-dessus bord et recommencer l’opération. Tout cela en quarante cinq secondes parce que c’est la durée maximale - scientifiquement calculée - qu’un homme peut supporter exposé à de telles radiations. Plus terrible encore que la bataille de Stalingrad, le sommet de l’Histoire aux dires même des protagonistes couverts de médailles.

Cette femme argentine qui pour venir me voir fait – en revenant d’Erivan - une escale à Paris et enthousiaste de mon œuvre dit pour en montrer la solidité et la véracité Les mots ont réussi à se débarrasser de vous ! Le trésor en y réfléchissant de découvrir que cela est vrai bien que personne ne l’ait jamais dit et l’archi-trésor de savoir pour finir que c’est parce que moi, je me suis effacée devant eux. N’est ce pas finalement le propre de la littérature… sa capacité à se débarrasser de son auteur (et non de l’éventuel narrateur).

Le trésor de savoir qu’en hébreu ce qu’on traduit en français par Manne signifie en fait Qu’est-ce ?

Le trésor du cinéaste Bertrand Blier qui après avoir évoqué son Bernard de père qu’il a fait tourner, lâche pour finir L’enfance fait mal sur le tard !

Le trésor d’Isabelle Mergault se déclarant totalement athée et confirmant qu’il n’y a rien après la mort avant d’ajouter qu’il n’y a rien non plus avant !

De Claire Denis, le trésor du film Beau travail un véritable chef d’œuvre.

En dépit de ma difficile convalescence après l’opération, le trésor de réussir tout de même à arpenter la brocante de la Rue Caulaincourt juste au dessus de notre premier logement Rue Lamarck. Au 86.

A mon âge le trésor d’apprendre un nouveau mot. Cette fois c’est Acédie. Il n’est plus au dictionnaire, il me faut avoir recours à la Toile. L’étymologie en est akêdéo qui veut dire ne pas prendre soin de. Je l’ai appris de Finkielkraut par l’intermédiaire de France-Culture.

Le trésor de ce dermatologue iranien qui à Saint-Antoine m’a soignée et guérie des trous que j’avais dans la peau. Son nom était imprononçable et j’ai eu du chagrin lorsque parti à New York, il a été remplacé.

A la Télévision l’étonnant trésor d’un leader politique parlant de la splendeur de la vie et comme je parle moi de la splendeur du monde, l’archi-trésor d’en découvrir la différence…

A la reprise de mes cours de Russe, le trésor de cette dictée que je n’ai pas si mal réussie.

Dans un restaurant où j’ai mes habitudes, le trésor de voir lorsque j’arrive le serveur tirer la table pour que je puisse m’installer à ma place habituelle.

Le trésor de Monsieur Pierlot qui m’apporte depuis le Château de Ratilly, les assiettes qu’on y a ces derniers jours fabriquées pour moi, pour compléter le service en grès tourné autrefois au même endroit par sa grand-mère et qui s’exclame en entrant C’est splendide chez vous !

A un arrêt à Clichy, ce samedi matin le trésor d’un vieil homme assis chevalet au dos et canotier sur la tête attendant l’autobus pour plus de banlieue encore et mon constat navré que les Impressionnistes n’y soient plus.

Le trésor de ce tombereau de noix fraîches qu’on me rapporte du verger. J’y trouve encore de-ci de-là des herbes diverses et de la boue.

Lorsque j’étais enfant dans les Années Cinquante, le trésor des voitures américaines.

Le trésor en 1990, comme ils n’étaient pas encore clôturés pour les protéger, le trésor d’avoir parcouru à vélo les Alignements des mégalithes de Carnac. Quasiment seule dans ce paysage hors du commun.

En Mondiovision, les 13 et 14 Octobre 2010, le trésor de la Télévision qui transmet en direct le sauvetage des trente trois mineurs chiliens emmurés soixante huit jours à San José. L’archi-trésor des secouristes fermant au fond de la mine, les installations. A la fin du reportage, l’un saluant et l’autre - dans sa lutte irréfragable - levant le poing.

En Russie dans un monastère, le trésor d’avoir vu d’où sont partis les Romanov pour gouverner l’Empire. Logis petit, carrelé et bas de plafond. Une anfractuosité.

Un dimanche matin au dessus d’un présentoir, le trésor d’une conversation sur Proust.

Sous un parapluie rouge, le trésor d’un politicien disant tout de même quelques vérités.

Le trésor d’un cadeau parfaitement inattendu : une belle collection de marque-pages qui augmente considérablement la mienne qui déjà n’était pas mince.

Le trésor de gestes amicaux envers et contre tout. Même envers ceux pour qui on n’a aucune sympathie.

Le trésor d’une espérance folle.

Le trésor d’élucider enfin l’origine du terme blue-jean que je quêtais depuis longtemps. La toile Denim fabriquée autrefois à Nîmes était teinte avec du Bleu de Gênes dont le nom s’est ensuite déformé.

Le trésor du malaise que me causent ceux qui se désintéressent du monde et plus encore de ce qu’ils font.

Le Rhodium, le Gallium et l’Indium. Le trésor de l’utilisation de nouveaux métaux pour les technologies de pointe.

Le sourire du trésor partagé avec une jeune mère qui allume une cigarette au dessus de la poussette de son enfant. L’archi-trésor de ce moment politiquement incorrect et doublement.

Face au sans gêne absolu d’un téléphone portable abusivement utilisé, le trésor d’une franche rigolade avec un anonyme voyageur de l’autobus.

Dans ma jeunesse le trésor de Marc qui disait à mon sujet J’aime ce don tremblant au monde.

Le trésor de notre collection de disques en vinyle dans laquelle se mélangent désormais les nôtres et ceux hérités de nos Parents, des deux côtés sans qu’on ne puisse plus les distinguer. Mince consolation sur la blessure de leur définitif départ. L’archi-trésor de constater que ceux des Platers me manquent toujours cruellement. Ce groupe de chanteurs noirs-américains m’a mis le pied à l’étrier concernant non la multiplicité des mondes - je la connais depuis toujours - mais le moyen pratique de voyager de l’un à l’autre instantanément.

Dans la langue française, le trésor de l’usage du vouvoiement témoignant à tout moment qu’il peut y avoir une autre norme que la dévoration.

Le trésor de F me disant un jour On naît nazi et dans le meilleur des cas, on cesse de l’être ! M’ouvrant ainsi complètement à la compréhension du phénomène qui a si pesamment pesé sur ma vie.

Le trésor du garde-chasse qui m’a appris le nom de broutard pour désigner le veau adolescent et l’archi-trésor de pouvoir faire la différence avec le brocard, le jeune chevreuil. On a le vocabulaire qu’on peut.

Dans le monde englouti de mon enfance, le trésor de me souvenir des jeux de ballons et de voir leurs noms remonter à la surface : L’épervier ou bien La balle au prisonnier.

Le trésor de souffrir de mon insuffisance en grammaire et de constater qu’elle circule d’une langue à l’autre. Savoir d’où elle vient ne me soulage de rien. Qui peut croire que je sois une handicapée de la linguistique ? Et pourtant bien des athlètes portent des prothèses en titane. La littérature fait elle partie de métaux rares ?

Le trésor de savoir lire, écrire et compter et d’avoir fait un œuvre dont Raymonde Bulger critique américaine a dit que c’était un phénomène littéraire sans précédent. L’archi- trésor de penser que cela est peut-être vrai car il s’est fait dans une totale innocence. Comment aurait il pu en être autrement ? Comment imaginer une pareille fabrication ?

Au sujet de la langue encore et toujours, le trésor de retrouver certains termes disparus: mareyer, retour d’âge et retour de couches. Dans ma jeunesse les deux derniers, on les employait encore. Aujourd’hui ce sont les mots de femmes et hommes qui sont en voie de disparition. On n’a plus que des filles et des garçons. Comment s’étonner de la situation ? D’ailleurs je ne m’en étonne pas, j’ai depuis quelques temps l’intuition que tous mes livres ensemble n’ont fait qu’accompagner ce qui désormais se dévoile. Se révèle. C’est l’étymologie d’apocalypse, un nom commun. Au sens de dévoilement de ce qui était caché.

Le trésor de la forme parfaite d’un beau cheval et l’archi-trésor de mesurer la cérébralité d’un tel propos. Quasiment intransmissible.

Le trésor de la différence entre le tutoiement et le vouvoiement pour une seule et même personne. L’impossibilité d’en codifier les règles au désespoir d’une enseignante de l’île de Vancouver. Paul Meurisse lui-même disait qu’au théâtre il n’y a pas de règles mais qu’il est important de les connaître. Est-ce à dire qu’en France les relations relèvent du Théâtre ? De celui de la Cour de Louis XIV ou du Théâtre Sacré comme celui des Cévennes ? Ou encore du théâtre des opérations puisque parait il nous sommes une puissance militaire.

Le trésor de savoir que l’éclatement de la Yougoslavie a été l’une des tragédies de ma vie. Sans doute parce qu’elle avait porté l’art de la synthèse à son point culminant.

Au printemps 2009, le trésor d’une excursion à Noirmoutier, de la découverte de l’insolite Passage du Gois et de la beauté mélancolique du Polder de Sébastopol rendu à la mer, aux poissons et aux oiseaux…

Le trésor de rechercher le titre des livres que j’ai publiés et de ne pas les retrouver tous, aussi énorme que cela paraisse. Une vraie joie singulière.

L’invraisemblable trésor de comprendre que c’est des insectes qu’enfant j’ai appris l’objection de conscience. Ils se détournaient pacifiquement des obstacles – brins d’herbe ou brindilles - que je dressais devant eux.

Autrefois, le trésor des photos à retardement dont le déclenchement provoquait en même temps à chaque fois celui de la rigolade.

Même si c’est sous le nom de La Convention d’intimité, le trésor de constater que mon projet de texte autour de mon changement d’autobus au Carrefour Saint Augustin a tout de même fini par aboutir. Lorsqu’un livre commence, on ne sait jamais quelle forme il prendra. C’est à chaque fois la surprise. Sans compter ceux qui n’aboutissent pas pour des raisons qui demeurent souvent obscures.

Le trésor d’entendre les collègues débloquer sans s’en émouvoir plus que cela.

Le trésor dérisoire de cette femme qui me dit Donnez moi le bras, on verra que je suis votre amie et on me prendra enfin au sérieux.

Depuis la Place Pereire, au bout de la rue de Prony le trésor de la rotonde mordorée du Parc Monceau.

Dans un restaurant, le trésor de ces deux convives dont l’un offre à l’autre qui l’attend déjà depuis un moment, deux cahiers au motif qu’il lui a dit écrire beaucoup. L’archi-trésor de leur joie à tous les deux, sans compter la mienne à la table d’à côté. Un effet secondaire de la leur !

Le trésor de traduire l’expression russe par prés et bois en français par celle de par monts et par vaux.

Le trésor de l’âge, la vie même. La vie en mouvement.

Place Pereire par tous les temps et à toutes les heures, le trésor de la dizaine de restaurants.

Le trésor d’apprendre que certains westerns ont été tournés dans des villes abandonnées par les Chercheurs d’or.

Le trésor de découvrir qu’en matière de musique classique, ce que je préfère est la moderne. Entendons les compositeurs modernes de musique classique ! Ceux du XXe siècle.

A Berlin le trésor de l’Aérodrome de Tempelhof.

Le trésor d’apprendre que ce fut lors d’un après midi de promenade que Freud psychanalysa Malher.

Du côté de Notre Dame de Lorette à huit heures du matin, le trésor de la file des quatre autobus que font la queue devant leur commun arrêt.

Dans ce jour d’hiver qui péniblement se lève, le trésor du reflet de la rame illuminée du métro aérien dans les vitres de l’immeuble dressé au dessus du Canal Saint Martin.

Le trésor d’avoir été une enfant maltraitée et tourmentée dans tous les sens du mot et de penser que l’étude de la langue russe par son autre grammaire, par sa grammaire autre peut me guérir des conséquences funestes que cela a engendré.

Au début des Années Soixante, au Ciné-club du Lycée Voltaire, comme je le fréquentais avec quelques autres élèves d’Hélène Boucher - car à l’époque l’enseignement n’était pas mixte - le trésor du Professeur Vilain qui nous passa pendant la Guerre d’Algérie Nuit et Brouillard le commentant de sa prophétie Prenez garde à l’accoutumance. J’entends encore sa voix. J’ai répercuté le message à mes propres élèves et en leur passant le même film.

Le trésor de tous mes dictionnaires nombreux et variés. Et entre tous ceux dont j’ai été dotée.

Le trésor d’avoir fait ré-emmancher les couteaux de Maman dont j’ai choisi d’hériter. L’opération n’a pas été simple mais gratifiante. Et gratifiée. Dans ce labyrinthe consistant à affronter la déshérence en combat singulier, j’ai découvert des trésors d’architecture, de gens et de techniques de toutes sortes.

Dans le train qui m’emmenait passer une semaine à la Villa Médicis à Rome, le trésor en 1981 d’avoir diné au wagon restaurant, comme on le voit dans les films en noir et blanc.

En matière de cours de Russe, le trésor d’écouter à travers la cloison, le cours des débutants.

Le trésor de l’ancien modèle de réverbères et de les voir réapparaître autour de la gare du Nord restaurée.

A Montréal le trésor d’Armand me conduisait en pleine tempête de neige à l’aéroport roulant à tombeau ouvert sur une route en train de verglacer.

A la bibliothèque du Club des Retraités, le trésor de la vieille taupe qui trouve mon humour décapant et l’archi-trésor de lui répondre qu’elle n’est pas la première à l’avoir remarqué mais du moins celle qui a trouvé à le qualifier.

Tout le long du Canal Saint Martin, de Stalingrad à Saint Sulpice, le trésor d’un voyage parisien.

Le trésor érudit de cette femme à qui le doute ne vient pas comme elle me dit Tout le monde a fait du latin !

Au bord du fleuve qui m’a vue naître, en bronze et en pied le trésor de la statue de Jefferson.

Tout en haut de la verrière du Grand Palais totalement reconstruite, le trésor du drapeau bleu blanc rouge.

Dans un livre de chez Gallimard - emprunté dans une bibliothèque - le trésor d’une faute d’orthographe corrigée à la main par un lecteur. Ou une lectrice.

A l’occasion de la vague de froid, dans les autobus le trésor de verbaliser les différences de classes sociales par les fourrures observées : Mouton, renard et synthétique dans le 26, zibeline et vison dans le 93 !

Sur la Toile, le trésor de découvrir que le 8 Juillet 2002, un professeur de Virginie a à ses collègues aux Etats Unis expliqué mon drame et mon exclusion de l’institution littéraire française au motif de ma supposée antillanité. Supposée.

Le trésor de l’absolu singularité de ma vie et l’archi-trésor de savoir qu’il en ainsi de celle de chacun ou presque.

Le bonheur plutôt que le trésor mais le trésor quand même de mes fidélités géologiques fut ce à des banques qui ne me donnent aucune satisfaction. Notamment la mienne, la même depuis quarante deux ans…

Tenant à la main une fleur à offrir, Boulevard Ney le trésor de deux pétasses radieuses d’être de sortie.

Comme la mémoire efface d’abord les noms propres, le trésor du petit moment qu’il me faut pour retrouver le nom de Tourgueniev et son piano classé monument historique.

Au petit matin à la Radio, le trésor d’entendre lire un texte sublime, d’en être bouleversée et d’apprendre qu’il est tiré de La Promesse de l’aube de Romain Gary. Un véritable chef d’œuvre dont a déjà parlé Bernard Frank dans sa chronique.

Le trésor populaire que fut la révolution du stylo bille, la délivrance des écoliers. Notre génération a appris à écrire à la plume et à l’encre. Le stylographe ne survenait que lorsqu’on entrait au Lycée. Comme une promotion.

On a les honte qu’on peut. Cette fois celle de confondre Robert Desnos et Blaise Cendras. Le trésor de parvenir par mes propres ressources à reconstituer que c’est bien Cendras l’auteur de La Prose du Transibérien. Un texte qui lui aussi m’a soulevée jusqu’aux étoiles !

Avec la Grand-Mère Dherbécourt sévère et triste, le trésor d’avoir quand même appris à faire une valise à quatre nœuds dans un grand carré de tissu. Bagage de pauvre. Je crois d’ailleurs que c’est la seule chose que j’ai appris d’elle. Heureusement Fox son épagneul breton veillait sur moi. Plus que sérieusement.

En fin d’année, parfaitement adéquate, le trésor de l’expression La Trêve des Confiseurs.

Le malheureux trésor d’avoir dû renoncer à aller au théâtre parce qu’on s’y moquait des auteurs, en l’espèce Heine et Sophocle et même des spectateurs en leur louant des place impraticables que ne se confondent pas avec celles qui sont simplement mauvaises. Le savent bien ceux qui ont assisté durant quatre heures à la représentation du Soulier de satin derrière l’une des colonnes de l’Amphithéâtre de l’Odéon, entre le Deuxième Balcon et le Poulailler, les places y étaient simplement très inconfortables.

En haut de ma rue derrière la vitre du Mac Donald’s, le trésor de cet homme pourtant le regard effaré comme il mange des hamburgers avec ses petits enfants. Le nouvel art d’être grand père.

Le trésor du moment de grâce télévisuel d’avoir vu François Truffaut joué le rôle du médecin dans son propre film L’enfant sauvage et le lendemain d’entendre Agnès Varda raconter qu’elle aussi, elle l’a vu.

Le trésor acoustique d’apprendre que la voix de Tino Rossi - qui avait comme le dit pudiquement la rumeur publique un certain effet sur les organes des dames - était due à une étonnante particularité : L’une de ses cordes vocales était trop longue et l’autre trop courte.

Archi-trésor de l’alliance du Cinématographe et de la Télévision, aboutissant à recevoir chez moi dans la même image des Grands Espaces Grégory Peck et Charles Heston.

Avec l’âge, le trésor de confondre tous ces beaux types : Clark Gable, Garry Cooper ainsi que quelques autres et de constater que seul Garry Grant demeure franchement distinct. Est-ce à cause de l’ambiguïté des personnages qu’il a interprétés ?

Composé en catastrophe un soir de Noël par un curé dont l’orgue était en panne et avait alors eu l’idée d’un chant simple sans besoin d’accompagnement, le trésor religieux du cantique Douce nuit, Sainte nuit…

Comme quelqu’un s’inquiète à l’idée de me savoir seule le dit Soir de Noël, le trésor d’entendre dire à mon sujet Elle ne passe pas Noël toute seule, elle dort.

Le trésor de ce gitan qui ayant entendu ma communication à Paris VIII me dit Mon ami et moi on vous trouve très flamenco ! Et l’archi-trésor de l’ami en question ajoutant de son côté après que je lui ai donné un de mes livres Il n’y a bien que vous qui m’ayez donné quelque chose.

Le trésor du village d’Arvillard - berceau des mancêtres (sic) – où l’on entendait parler de Chambéry comme si c’était Jérusalem.

A la Radio au petit matin, le trésor d’entendre le récit des difficultés domestiques de Claude Monet : Il était veuf avec six enfants. Il s’installa avec mon arrière grand-mère qui était séparée - même pas divorcée - d’un marchand de tableaux ayant fait faillite et qui venait de s’établir comme critique d’Art !

Grâce à la vigilance du Garde de la faune sauvage qui l’a ensuite déposé dans le bosquet voisin, le trésor à Berlin d’un raton laveur sauvé des profondeurs d’une poubelle aux parois trop lisses pour qu’il puisse remonter. L’archi-trésor d’entendre l’employé municipal dire au reporter qui a filmé la scène Sa mère viendra le chercher à la nuit tombée. Expérience acquise ajoutée à la nécessaire conscience professionnelle.

A la fin des Années Soixante, à la Martinique au Lycée Technique, le trésor de la joie de mes élèves organisant un vidé pour mettre en boîte le Censeur qui vient de choir. Jetant en cadence leurs jambes en avant - comme l’impose ce genre d’exercice folklorique - ils font le tour de la cour en scandant à satiété Bloom tombé !... Bloom tombé !... Bloom tombé !...

L’archi-trésor d’un lien au très long cours. D’y avoir supporté l’insupportable tandis qu’on m’y tolérait l’intolérable.

Dans la rue au matin, le bruit familier des éboueurs, cette quotidienne confirmation de l’existence de la Société. Pour le meilleur et pour le pire et le meilleur quand même.

Parce qu’il faut que j’écrive en urgence un poème qui survient, le trésor d’entrer dans le premier café et d’y découvrir que l’appellation rade convient parfaitement à cet établissement néanmoins commercial.

Dans un jardin public, le trésor historique et navrant d’apprendre que c’est en montrant ses fesses à Pierre Brossolette que Jean Moulin lui a témoigné toute l’entendue de son mépris, tous les deux mourant ensuite sous la torture durant l’Occupation.

Le trésor de la nostalgie des grands axes de la Capitales qui s’éloignant vers la périphérie, devenaient autrefois petit à petit des routes nationales. Dont notamment la fameuse Nationale Sept, celle des vacances, des lunettes de soleil et des starlettes.

Vu du pont qui les surplombe, le trésor des voies de la gare de l’Est toutes bien alignées les unes à côté des autres avec le ballast, les quais et enfin les marquises.

Le trésor de découvrir que si les trains autrefois m’ont fait rêver, surtout ceux de nuit, les avions jamais. Même avant de monter dedans.

Parce que je lui ai indiqué la phrase qu’il fallait dire à sa femme pour désamorcer la répétitive scène de ménage dont il s’était plaint à moi-même installée sur la banquette arrière, le trésor de ce chauffeur de taxi qui se la répète plusieurs fois à haute voix. L’archi-trésor de la gratitude qu’il m’a témoignée se retournant pour me regarder en face et graver – disait-il - mes traits dans sa mémoire.

Il y a des années - sur les marches de l’église Saint Sulpice - s’accompagnant de percussions pour lire son texte commençant par cette formule La décréation du monde a commencé, l’absolu trésor de cet artiste anonyme. Et il ne s’agissait déjà plus d’une prophétie.

Bien que cela ne change rien à son œuvre philosophique – encore que – le trésor d’apprendre que Montesquieu était actionnaire dans une compagnie commerciale qui trafiquait des esclaves. L’archi-trésor de me demander quel est le sens et la puissance de cet encore que dans un ouvrage tel que L’Architrésor et de découvrir que le remplacement de commercer par trafiquer ainsi que de bois d’ébène par esclaves change déjà un peu la donne non seulement sémantique mais économique. Est-ce à dire que la sémantique fait déjà partie de l’économie ? Le savent bien tous ceux qui connaissent que le logos ce n’est pas la parole mais l’emprise. Reste à savoir pourquoi le français l’a réduit au langage.

A la gare d’autobus, terminus de plusieurs lignes de banlieue et d’autant intra-muros, le trésor de l’Arabe qui tient le kiosque à journaux et me commente les évènements notamment ceux de ce que j’appelle La Rive Sud, d’un synthétique Ca chie de partout ! On a les discussions politiques qu’on peut. Celles-là ne sont pas les plus dérisoires.

Du professeur de Russe, le trésor d’entendre que dans les campagnes françaises demeurent une certaine forme de datif. Elle donne comme exemple Il a aidé à la Louise. Ma vénération du monde relève-t-elle du même cas grammatical ?

Comme Andersen disait de lui-même être une plante des marais, le trésor de découvrir que c’était sans doute pour les mêmes raisons que moi qu’il mettait dans la même rubrique la botanique et la littérature.

L’insoutenable anti trésor de savoir qu’il y avait du temps du Camp d’Auschwitz, un musée de six mille œuvres d’art apportés par les assassinés. L’archi-trésor de me dire qu’il faudrait vérifier cette horreur, de ne pas le pouvoir et de le pouvoir quand même. Il a été ouvert en Octobre 1941.

En matière de sinistre, le trésor historique des camions de Gallimard sur les routes de l’Exode de 1940 et l’incendie qui ravagea celui qui contenait les contrats.

A la Martinique, le trésor de La Trace, route principale traversant les collines vers Balata et de ses coins frais plus agréables au temps des grandes chaleurs de la saison sèche. Déposerais-je dans ce magasin des souvenirs et du bonheur d’être même dans le malheur, le fait qu’on me montait en voiture dans ces endroits là à une époque où la climatisation n’était pas encore répandue loin de là, les modèles de construction en tenant lieu…

Le trésor de la mémoire des droguistes. Non seulement du nom mais de la chose. On les appelait aussi marchands de couleurs. Les quincaillers et les bazars ne leur arrivent pas à la cheville.

Le trésor immarcescible du Cousin Eugène qui m’attend sur le quai de la gare de Dôle à la descente du train de Paris, au Printemps 1964 comme je suis pratiquement en fuite et au perpétuel présent de mon acharnement à survivre.

Le trésor de ce documentaire sur l’Anatolie dans lequel je découvre enfin les chèvres noires à longs poils dont est faite la couverture que mes Parents m’ont achetée à Urgüp l’été suivant, les poils fauves étant ceux de leurs cousines sauvages. Soucieux d’égalité entre leurs enfants, c’est à Palmyre qu’ils firent pour ma sœur qui l’avait préféré, l’acquisition d’un collier en argent ciselé.

En matière de cinéma, le trésor du Discours d’un Roi et de la performance professionnelle de l’acteur Colin Firth. Un record dans sa discipline.

Peu importe à propos de quel écrivain et dans quelle circonstance, le trésor de l’éloge funèbre baroque prononcé par Bernard Pivot commentant la fin d’une vie consacrée à l’écriture d’un Il est mort sans le secours de la littérature !

Le trésor d’un anonyme égyptien occupant le centre du Caire en disant Qui commence une Révolution creuse sa tombe et de me souvenir de Simon Bolivar affirmant de son côté que C’est labourer la mer…

En 2000 dans le nord de la Russie effondrée, du fin fond de la Carélie où dans un comptoir commercial spécialement aménagé pour l’accueil des étrangers, j’ai enfin trouvé à téléphoner après dix jours d’un silence total, dans l’écouteur le trésor de la voix de mon père.

Au terminus du 92, devant la banque qui fait le coin, le trésor d’un jeune arbre qu’on vient de planter. Renseignement pris, la ville combat la maladie de ses platanes grâce à une espèce techniquement modifiée.

Contre toute attente - voire même contre toute possibilité - le trésor peu crédible de voir mes cheveux blancs repousser à la racine de leur couleur châtain d’origine. Un prodige ! L’un de ceux nombreux dont ma vie est fertile, terreau de ma littérature fantastique. Entendons du fantastique social. La réalité du monde n’est pas tout à fait ce qu’on m’a raconté. Elle ne mérite ni cet excès d’honneur ni cette indignité !

A la Télévision, le trésor de Guy Béart octogénaire bon, radieux et insolent.

Ce qui n’est pas donné à tout le monde, le trésor de transformer un incident hargneux en littérature réussie.

Le trésor d’un aller et retour en autobus, même si c’était pour rien et l’archi-trésor alors de la simple mise en mouvement contrecarrant ma croissante et navrante paralysie.

La splendeur de cette ville, ma mère d’adoption dont rien de me lasse. Trésor d’entre les trésors.

Celui inattendu d’un plat de sanglier. Faut il le ranger dans les trésors gastronomiques, ceux de la faune, de l’art de vivre ou plus trésor encore des connexions avec la part préhistorique de nous-mêmes ?

Avenue Bosquet sur un balcon au cinquième étage, le trésor d’un jasmin en fleurs.

Le trésor de l’architecture moderne – mais sans plus – de Saint Pierre de Chaillot.

Avenue Marceau à un arrêt d’autobus, émergeant d’une poubelle en plastique le trésor d’un bouquet de lys à peine fanés.

Le trésor de deux amoureux tout à leur amour.

Avec l’ostéopathe qui autrefois me remettait la carcasse au carré, le trésor d’avoir ensemble un jour évoqué L’Astragale, l’enchanteur roman d’Albertine Sarazin lu chacun de notre côté une trentaine d’années auparavant. En s’évadant de prison, sautant d’un mur l’auteure s’était cassé ce petit os du pied.

Sans doute parce que j’en dis beaucoup de bien là où j’achète pour mes petits enfants les livres d’art dont au fil des ans et des saisons, je leur fais cadeau, le trésor du marchand qui demande à les connaître. Le fait est que je les avais déjà emmenés une fois visiter la boutique d’encadrement où j’avais mes habitudes.

Le difficilement compréhensible trésor de Paul Claudel qui refusait de voir Jean Louis Barrault monter son Tête d’or au motif disait-il que c’était du charabia.

Trésor entre les trésors, j’oublie l’existence d’une partie de mes livres et dois faire un effort si je veux me les remémorer. Ce n’est pas triste, bien au contraire. Ils ont bel et bien été remis à la collectivité. Je suis déchargée de tout ce poids. C’est d’ailleurs bien dans cet esprit que j’ai œuvré. Mission réussie !

Les palais de pierres de l’Avenue Niel. A Paris.

A l’Atelier de Céramique, le trésor avec une de mes compagnes d’évoquer le Grand Cinéma du quartier, le Marcadet-Palace des Années Soixante et le contenu de ses programmes, y compris les prestations des prestidigitateurs. L’archi-trésor d’évoquer publiquement l’acteur vedette de l’époque : Eddie Constantine. Ce n’est pas un hasard si dans son film L’Allemagne 9.0. Jean-Luc Godard l’a choisi pour incarner l’Allemand de L’Est passant vers l’Ouest. Essoufflé et sans illusion, se traînant péniblement avec sa valise.

La franche rigolade avec les deux vieilles taupes de la Bibliothèque du Club des Retraités, quel trésor !

Le trésor de cette joaillerie spécialisée dans la réhabilitation et la revente des bijoux anciens. Comme le navire amiral dans la tempête. Ils redonnent vie à la vie des morts. Leur vitrine est un musée.

Le trésor de trouver enfin à acheter d’un seul coup les cinq tomes de l’œuvre de Maïakovski jusqu’ici introuvables en France et le rêve futuriste de me les faire voler.

Le trésor de changer de projet parce que l’autobus dans lequel je suis par erreur montée n’était pas le bon. On peut faire plus libre mais cela va être difficile. Ou plus bête. Au choix. Ou plus paralysée et obligée de tirer le meilleur parti des efforts physiques accomplis

Le trésor de Maman lorsqu’elle me donnait une boite d’allumettes propre pour y ranger l’un des échantillons de ma collection de roches qu’elle encourageait. Si j’ai dix souvenirs heureux avec Elle, celui là en fait partie.

Citant le Psaume de David : Pourquoi vous glorifiez vous dans votre malice vous qui n’êtes puissants que pour commettre l’iniquité le trésor de José d’Arrigo dénonçant les mafieux à l’émission C dans l’air le 8 Mars 2011.

Le trésor du corsage en soie imprimé que m’avait cousu Maman, comme c’était à l’époque le symbole absolu de la féminité. Dans les tons verts et bruns, il évoquait à lui seul toute la profondeur de la végétation et le bonheur des sous-bois. Nous avions cet amour là en commun. C’est à Elle que je dois mes connaissances botaniques.

Le terrible trésor d’apprendre que c’est le jour même de ma naissance le 23 Avril 1945 que la Croix Rouge a réussi à faire sortir du Camp de Ravensbrück les déportées Nuit et brouillard.

Au Grand Magasin du Printemps, le trésor de ce Vous avez été la cliente la plus agréable que j’ai eu de toute la semaine, un vrai plaisir ne changez pas que m’adresse la vendeuse de chez Versace. Bien sûr on peut penser à une simple amabilité commerciale ce qui n’est déjà pas négligeable mais c’est peu probable car la transaction était à ce moment là déjà effectuée, le prix payé et son objet soigneusement emballé.

Comme je me demandai tout haut C’est quelle ligne celui là éperdue de me découvrir semi invalide, en proie à un dysfonctionnement supplémentaire parce que l’autobus qui venait de stationner devant l’arrêt n’avait pas son numéro affiché à sa place habituelle, le trésor d’entendre deux ou trois voix anonymes autour de moi répondre Le 43 ! Et l’archi-trésor de découvrir en le racontant que c’est ce genre de situation que traduit la bouleversante réplique du film de Jean Cocteau : Avons décidé de mettre la mort d’Orphée en liberté provisoire.

Dans la rue, le trésor d’entendre un type siffloter comme c’était banal aux Batignolles de mon enfance mais cette fois accompagné du bruit plus nouveau des valises à roulettes.

Le trésor de l’émotion d’entendre simplement prononcer le nom d’une actrice, là Bibi Anderson et l’archi-trésor de me souvenir du film Monika et de son réalisateur Ingmar Bergman.

Dans la rue le trésor de la clochette dont on se dit incrédule que celle d’un rémouleur et l’archi-trésor de constater à la fenêtre que cela est effectivement bien le cas.

Le trésor de repasser en boucle mes meilleurs souvenirs. La promenade en barque sur le lac d’Orhid en Macédoine, les soirées à la Villa Camerata sur les hauts de Florence, la rencontre avec Alain Cuny dans un cinéma des Champs Elysées qui projetait un film japonais, l’accouchement pourtant sans péridurale et tout cela nimbé du halo solaire de l’amour physique. Le trésor aussi de ma robe rouge habillée comme on disait à l’époque.

Au catéchisme le trésor d’avoir eu un Premier Prix d’Histoire Sainte. L’archi-trésor de m’en souvenir et d’en éprouver du plaisir. Tous ces mythes et métaphores ne sont pas tombés dans l’oreille d’une sourde.

Avec ma partenaire d’émancipation à Arles en 1978 lors de la Grande Florescence cette soirée à danser au son des percussions dans ma robe rouge à bretelles et l’archi-trésor de me demander ce qu’elle a bien pu devenir, cette rouge à bretelles que je ne confonds pas dans mon souvenir avec la rouge habillée que j’ai fini par faire teindre, pour survivre au chagrin de ce qui était en fin de compte une insondable déception.

Le trésor d’apprendre à la Radio le vrai nom de celui que Georges Brassens dans sa chanson désigna comme L’Auvergnat. Il s’agit de Louis Cambon mort dans le Cantal à l’âge de 95 ans.

Rencontrée dans le hall de l’immeuble, le trésor de la voisine qui s’étonne avec moi du déplacement du Japon de deux mètres quarante à la suite du tremblement de terre. L’archi-trésor d’avoir enfin rencontré quelqu’un(e) avec qui partager cette monstruosité laissant d’une certaine façon loin derrière les aléas de l’actualité.

Le trésor des visiteurs singuliers du Musée Dappler, ces âmes résolument individuées, parcourant dans les Champs Elysées des salles, la galerie des Ancêtres. L’archi- trésor de cette pénombre sacrée.

Au cours de Russe, le trésor de ce flot d’amour qui coule vers moi. Venu de tous les coins de la pièce.

Le prodigue trésor de donner un billet de dix euros à un errant du bout de monde, parce que je n’ai pas trouvé au fond de mon sac mon porte-monnaie. L’archi-trésor de ma redistribution tenace au ras du terrain.

Le trésor social des sourires échangés et de leur code sous-jacent : Je ne vous veux pas de mal auquel répond ce silencieux Moi non plus.

Le trésor de répandre la joie et de savoir que je ne fais que la rendre.

L’Eté 1967, en route vers ce qui cesse à peine d’être l’AOF le trésor dans le détroit de Gibraltar ouvrant sur l’Atlantique, des dauphins jouant dans l’étrave du paquebot. Immarcescible ! Ils occupaient un temps la meilleure place puis la cédaient aux autres.

L’harmonieux trésor du Chef d’Orchestre Casadesus concluant une prestation : Merci mes cuivres, ce que vous avez fait est très beau !

En cas de détresse, le trésor pratique de pouvoir au moins se caler sur les conseils de la NASA S’appuyer sur la routine ! L’archi-trésor d’en avoir cent fois constaté l’efficacité.

En matière de lecture, le trésor de celle du Voyage au pays des Ze-Ka de Margolin. Il y nomme les Nazis Les Cannibales. C’est aussi ce que je pense et explore tout au long de mon œuvre sous le nom de La Grande Dévoration.

Le trésor d’entendre par hasard la fin des Larmes de Saint Pierre de Roland de Lassus comme je viens d’ouvrir la Télévision et le regret de ne pas l’avoir fait plus tôt.

Le trésor de Roger Farhi affirmant que le livre est indestructible et sauvant ainsi celui qu’à ce moment là - absolument tragique - je voulais détruire. Il s’est ensuite nommé La Baisure parce que son premier titre L’embrasure était déjà pris. C’est Denis Roche qui me l’avait signalé. Depuis il semble que mes confrères et sœurs aient moins de scrupules, le titre ayant été repris plusieurs fois. Le fait est que la métaphore est tentante.

Le 29 Avril 2011 au mariage du Prince William, le trésor religieux de l’homélie de l’Evêque de Londres affirmant sans rire que C’est le mariage qui transforme les conjoints en œuvres d’art. Oserais-je dire que c’est assez bien vu ? Preuve à l’appui.

Le 30 Avril 2011 au Café du Pont Neuf, au premier étage où sont assemblées diverses associations de poésies, comme je viens de lire mes deux poèmes sur l’Accident de Fukushima, le trésor des félicitations de l’un des membres qui m’assure que c’était vraiment très bien lu et qu’on aurait dit du Malraux au féminin ! Lors d’une lecture à la Conciergerie on m’avait dit que j’y avais fait trembler les voûtes

Le trésor de découvrir que là où il y a du pitoyable il y a aussi le viatique, le réconfort et finalement l’issue de la pitié.

A l’Opéra de Dresde le 21 Juin 2008 comme on vient de jouer Rigoletto et qu’éclatent des clameurs ainsi que les applaudissements, le trésor de constater les bienfaits de la démocratisation de la retransmission télévisée.

En Normandie, le trésor d’un chœur de grenouilles dans une mare réhabilitée.

Normandie toujours le trésor de sa traversée un matin de printemps avec les écoliers qui se rendent dans leurs établissements. L’archi-trésor partout des pivoines et des roses.

Le trésor invraisemblable et saugrenu d’être émue de ma propre production littéraire.

Le trésor d’oubli de devoir rechercher dans quelle pièce de Molière est sa fameuse réplique Qu’allait il faire dans cette galère ?

Le trésor de n’avoir jamais vécu au dessus de mes moyens et au seuil de la vieillesse de le découvrir comme la preuve matérielle de mon art de vivre. Ni non plus jamais en dessous.

Le trésor d’apprendre que les Suédois vont émettre un billet de banque à l’effigie du cinéaste Bergman et un autre à celle de Greta Garbo. Qui dit mieux ?

Avenue des Ternes où des pigeons sont attablés à une terrasse au milieu des reliefs d’un repas, le trésor de la subjectivité en entendant un type dire à sa femme que c’est vraiment dégueulasse et une femme à son enfant que les oiseaux sont à la fête. Chacun voit midi à sa porte y compris les volatiles, pragmatiques.

Le trésor d’admettre qu’avec l’âge il est difficile de rester de marbre en entendant sonner le glas.

Le trésor étonné d’une conversation sur l’œuvre de Delacroix et plus particulièrement sur la Nature morte au homard.

Le trésor de découvrir des champs entiers de coquelicots comme on n’en voyait plus que dans les tableaux de Monet.

Le souvenir de Gabriel Lalonde, quel trésor comme il avait répondu à un malotru qui dénigrait abusivement nos œuvres Je m’en contreciboire me laissant du coup entrevoir la pugnacité de la pensée québécoise. A La Foire Saint Germain.

Le trésor de mesurer l’évolution historique à la plainte de ma mère d’avoir enfant retiré les cailloux dans les champs et moi les pierres dans les lentilles. Dans un cas comme dans l’autre pour ayant de quoi manger, le pouvoir.

Au matin le trésor du balayeur raclant le trottoir. Le bruit du balai, de l’eau dans le caniveau et des poubelles.

Lorsqu’elles sont respectées, le trésor d’ordonnancement des heures d’ouverture et de fermeture.

Le trésor franco français de la nuance entre la belle vie et la vie belle.

Le trésor historique des médecins de mon enfance. Ils demandaient une cuillère et une serviette propre. Pour écouter ce qui se passait à l’intérieur du patient collaient une de leurs oreilles sur son dos. Le faisaient tousser. Lui tapotaient le tronc et disaient que cela allait aller. Pour le reste c’était au malade de décider s’il voulait vivre ou mourir.

Du temps de la rue Clairaut, faute de salle de bains comme c’était la norme de l’époque, le trésor des Bains Douches Municipaux où Papa nous emmenait le Dimanche. La vapeur d’eau tropicale, la matrone préposée au fonctionnement, la baignoire et cet univers aquatique et poétique.

Ma stupéfaction plutôt que le trésor d’apprendre qu’à son exécution Louis XVI n’avait que 38 ans.

Devant la gare du Nord restaurée, le trésor de découvrir - bien visible au milieu de son parvis - une plaque émaillée annonçant Place Napoléon III.

Le trésor de cette course en taxi entre Champerret et Château d’Eau, lors de laquelle le chauffeur trouve quand même le moyen de me parler de Chris Marker et de Léonard Cohen. Qui dit mieux ? Que le premier ayant par hasard été pris dans sa voiture s’était contenté de lui dire qu’il avait été l’assistant de Marcel Carné. L’archi-trésor alors de l’informer qu’il avait oublié de lui signaler l’essentiel, à savoir avoir été le créateur d’une pièce unique, le chef d’œuvre de son film La Jetée.

Le trésor d’apprendre de Saint Simon l’expression parler extrêmement français et qu’elle signifie de façon autoritaire. C’est assez bien vu ! L’archi-trésor de me demander duquel des deux Saint Simon il s’agit le second étant l’arrière cousin de l’autre. Pour clarifier tout cela je propose qu’on les distingue d’un Saint Simon l’Ancien le rédacteur de la biographie non autorisée de Louis le Grand et du Régent et Saint Simon le Jeune l’inspirateur inspiré d’Enfantin et des Frères Pereire ces génies industriels… et de tout ce qui s’en est suivi.

Parce que je viens d’être nommée en Province et que les transports publics y sont insuffisants, le trésor de notre première voiture - une 2CV Citroën orange - achetée en 1969 à un petit cousin garagiste en Franche Comté et revendue ensuite à un beau frère en banlieue parisienne comme nous partions pour l’Outre-Mer. La remplaçant l’archi-trésor alors de la Coccinelle capable de continuer à rouler stable, même après avoir perdu une roue !... Expérience vécue.

Le trésor d’avoir brutalement ouvert la porte du salon de coiffure où j’avais mes habitudes - au rez de chaussée de l’immeuble voisin - pour au comble de la joie gueuler à l’intérieur Je suis Grand-Mère avant de la refermer aussitôt pour courir visiter la nouvelle venue.

L’été 2000, le trésor de cette promenade sur le lac d’Annecy pour revoir la maison louée avec les Collègues à Sevrier à Pâques 1974 au bonheur des cygnes et des roseaux. L’archi-trésor de l’avoir retrouvée même si les roselières avaient disparu.

Le profond trésor de la forêt de Chaux d’où viennent mes ancêtres et le souvenir d’une pêche aux vairons avec le cousin Eugène. L’archi-trésor de savoir que c’est là qu’est née Blanche Rose, ma grand-mère paternelle. Au milieu des bucherons, des socialistes utopiques et des loups-garous.

Purgatoire. Le trésor du délai de carence qu’on applique après la mort des écrivains avant de décider s’ils entrent ou non dans le canon. Sage précaution.

Dans une boutique en ville, après avoir dégagé une jeune femme en proie à un dangereux harcèlement, tandis qu’elle me remercie le trésor de découvrir que c’est une de mes anciennes élèves.

Le trésor métaphysique d’avoir préféré la folie à l’esclavage et d’avoir ensuite renoncé à sa démesure. Mémoire de Jacob résumant J’ai lutté toute la nuit contre l’ange du Seigneur, j’ai vu Dieu face à face et mon âme a été sauvée.

Même si je l’ai déjà écrit, le trésor de la fontaine publique sur une des places de Saint-Affrique au bord du Rougier, celle massive qui repose sur des béliers. Quatre me semble t-il mais je n’en suis pas sûre.

Le trésor de découvrir Diamanda Galas diffusée un tout petit moment à France Culture, comme une respiration. Chant déchirant de l’extrême, à la limite de la déshumanisation.

A l’Institut Hispanique de la rue Gay-Lussac, le sobre trésor de l’affichette informant que le contenu du placard est à la Bibliothèque.

Le trésor - l’archi-trésor même - de tous ceux qui ont soutenu mon travail sans chercher à l’influencer ni à me vassaliser.

Le trésor d’apprendre tant d’années après que Kurna le nom du village égyptien que j’avais donné à la chatte née de l’autre côté de la rue et arrivée chez nous en 1976 signifiait en fait le haut de la montagne.

A l’Abbaye de Sénanque en 1978, le trésor de mon chapeau de paille vert et tant pis s’il a fait scandale. Il incarnait la splendeur de l’époque et le fait est qu’elle avait des aspects scandaleux, comme toujours lorsque l’ordre se rompt.

A moitié invalide à soixante six ans, le trésor d’évoquer la course de fond gagnée à quatorze ans, au Quesnoy.

Rue de Courcelles le trésor urbain d’une petite fille qui se cache dans un recoin pour en tester la possibilité.

Trésor de la sémantique, l’expression marivaudage à laquelle je n’ai à opposer que ma tolstoïte cette pulsion – avec l’âge - d’aller mourir dans une gare.

Le trésor d’un agglomérat d’autocars rangés le long du Cours la Reine et d’un flot de touristes tout à l’entour.

Le trésor d’apprendre de feu Philippe Murray, la notion de festivisme pour nommer le système contemporain.

Sur Arte à la Télévision, le trésor de David Fray donnant des consignes aux musiciens qui l’accompagnent dans son concerto de Bach. L’archi-trésor des violonistes à deux doigts de rigoler devant les caprices d’un pareil génie.

Le trésor sans nom mais non sans écriture d’apprendre que pendant l’Occupation a été parachuté dans les Maquis du Tarn, le récit de l’Insurrection du Ghetto de Varsovie.

Pour signifier qu’il est dans les marais, le trésor des femmes de paludiens disant Mon mari est avec son amante.

Avant la construction du pont, le trésor du Passage du Gois unique au monde, seul moyen d’entrer – et encore à marée basse - dans l’Ile de Noirmoutier.

Le trésor des cadeaux de mariage des Monégasques à leur Prince Albert : une statue de Bourdelle et un tableau de Kandisky.

De retour au pouvoir, la sincérité baroque du Général de Gaulle disant en 1958 à ceux à qui il le doit : Messieurs vous pouvez compter sur mon ingratitude ! Trésor du fond et de la forme !

A la Maison de la Presse, le trésor des commentaires qui roulent sur le mariage du Prince et sur ses problèmes domestiques.

Le trésor de partout ces Figaros, les marchands de journaux, les taxis, les serveurs des cafés et surtout dans une variante particulière parce qu’ils ont des accointances particulières avec l’Histoire, les brocanteurs.

Sur un mur de la Bibliothèque Sainte Geneviève, le trésor de la plaque qui rappelle que là s’élevait autrefois le Collège Montaigu où Erasme fut pensionnaire.

Le trésor de l’Archiduc Héritier Otto de Habsbourg député à 98 ans au Parlement Européen qui lorsqu’on l’informe qu’il y a le soir un match Autriche Hongrie questionne Contre qui ?

Le trésor terminant le 6 Juillet 2011 mon livre On attend Robert de découvrir que cette fois en tant qu’écrivain je suis allée jusqu’au bout de moi-même. Comme lorsqu’à la Martinique sur la côte Atlantique - entre Le Marigot et Sainte Marie - j’ai failli me noyer dans les rouleaux de l’Anse Charpentier qui m’entrainaient vers le fond, ou à Marseille un matin au bord de la mer quand je ne me suis sauvegardée d’une tentative d’enlèvement que grâce à la rapidité de ma course. Faut-il mesurer à l’aune de ces comparaisons le danger de la littérature si elle ne parvient pas à faire livre ?

Disant Bonjour Monsieur en montant dans un autobus, le trésor d’entendre le chauffeur me répondre Bonjour Madame !

Gare du Nord, le trésor de la fausse bonne idée : acheter des denrées comestibles à un faux Auvergnat et découvrir ensuite que la nourriture industrielle est encore préférable.

Dans un quartier crapoteux, le trésor d’expliquer à un médecin généraliste au bord du naufrage ce qu’il en est du genre littéraire que je pratique, à savoir la théorie-fiction. Connue en Amérique du Nord, impossible à introduire en France.

Devant l’église de la Madeleine au pied de marches le trésor d’une échoppe qui vend des panamas.

Au Marco Polo, face à la gare Saint Lazare, le trésor d’un restaurant qui marche à plein régime à la satisfaction de son encadrement. L’archi-trésor du serveur qui accepte gentiment d’être photographié avec les clients.

Le trésor d’une réponse chaleureuse à un livre envoyé et l’archi-trésor de l’évocation de la rencontre décisive avec l’auteur, il y a trente ans.

Le trésor historique de voir que sur la Toile le son de cloche a changé. Les écrits de femmes y ont désormais droit de cité. Il ne s’agit plus de ce qu’on a appelé à l’époque Les Etudes de la Femme et peut être fallait-il en effet ces quarante ans là. Cette sorte de quarantaine. Le temps de comprendre que c’était sans danger. Sans autre danger qu’un monde cessant d’être borgne. L’archi-trésor de m’y voir présentée désormais comme poète ou comme philosophe.

Au laboratoire où j’ai mes habitudes, dans la petite pièce affectée à l’intimité des prélèvements, le trésor de découvrir sur une étagère un lapin et un ours en peluche, tous les deux destinés à réconforter les enfants inquiets.

Tapissée d’icônes et de bougies en 1966 à Innsbrück, l’appartement de la femme chez qui nous avons loué une chambre et découvert sidérés, le trésor mystérieux de cette manifestation de l’Orthodoxie.

En matière de construction moderne, le trésor de découvrir l’église du Christ Espérance du monde que vient d’achever à Vienne Heinz Tesar qui conclut son discours d’un l’architecture n’est pas une pose mais une posture. L’archi-trésor de ce container post industriel, bâtiment symbole de l’époque comme le Centre Pompidou l’était avec sa raffinerie culturelle. A l’Ecce Homo de l’Humanisme succède désormais la matière vivante marchandise et déchet conditionnée pour être aisément transportable, l’essence du commerce !

Concernant Alain Delon, le trésor d’entendre Marlène Dietrich dire C’est un tourment cette beauté là et de mettre cette phrase en rapport avec le vers de Rilke Le beau n’est que le commencement du terrible ! Pour l’avoir vécu, l’archi-trésor de savoir à quel point tout cela est vrai.

Le trésor de constater – en prenant des nouvelles d’eux sur Internet – que nos Petits Camarades de Faculté ont bien occupé les postes pour lesquels la République les avait préparés et l’archi-trésor de comprendre qu’en tant qu’écrivain il n’était pas anormal que - déjà du temps de nos Etudes - j’ai eu une place à part.

Construite par Manuel Herz, le trésor de la nouvelle synagogue de Mayence qualifiée par certains de futuriste et en effet elle l’est !

Née à Paris, de parents nés eux-mêmes dans cette ville, ayant passé les quatre cinquième de ma vie dans mon très amical dix-septième arrondissement, le trésor d’être une véritable et indéboulonnable parigote. C’est sans doute pour cela que je suis attirée par tous ces Figaros, commentateurs de la vie sociale au ras du bitume.

Le trésor de Saint Rome de Tarn où l’été 2011 cent quatre vingt personnes sont venues écouter la Chorale de l’Université de Brazilia.

A moitié invalide dans une maison sans confort, le trésor de réussir à me laver les pieds dans une bassine parce qu’ils commencent à sentir.

Dans un méandre du Tarn les voix bruyantes des baigneurs qu’on entend jusque dans la maison qui les surplombe. Le trésor de les voir nombreux debout dans l’eau jusqu’à mi-corps, entre les deux petites îles apparues au hasard du changement des courants.

Pour la faire blanchir au soleil, le trésor d’avoir autrefois avec Maman étendu la lessive sur le pré.

Le trésor absolu d’entendre Charles Trenet chanter en japonais son meilleur succès Mes jeune années. Le constat paradoxal qu’après cela – selon l’une de mes expressions – On peut mourir.

En forêt, le trésor d’une étreinte dans les fougères.

Le trésor du pas du cheval blanc qu’on entend venir avec son cavalier dans l’eau du Tarn en suivant de près le rivage et tout à coup l’archi-trésor de le voir rassemblant ses forces dans un saut prodigieux, escalader la berge dans le taillis avant de recommencer à trotter sur le chemin de la grève. Pour toujours l’été 2011. Et pour toujours.

Puissant et primordial, le trésor primaire du Massif Central, citadelle inexpugnable.

Le trésor héroïque que fut à la Haute Epoque ma lutte émancipatrice et d’y avoir emmenée avec moi une petite fille. Redescendant du Vercors, les pauses que furent alors deux fois de suite notre sommeil à Valence à Hôtel de L’Europe et encore une autre fois à Issoire sur le chemin de la villégiature comme la route était alors si mauvaise qu’il me fallait moi, la fractionner en deux étapes.

Au commencement de ma vieillesse, le trésor magnifique d’appeler aller en ville une excursion au bistrot du coin.

Dans un chemin écarté, le trésor d’avoir sur le Causse de Séverac aimé à ciel ouvert.

Comme sur le Place du Marché à Millau à midi on attend au Restaurant Les Arcades l’arrivée des autres convives, le trésor du carillon de l’église Notre-Dame.

Retrouvés en 2009, le trésor des négatifs des photographies faites par Capa pendant La Guerre d’Espagne. Son assistant était parti à vélo les confier à l’Ambassadeur du Mexique à Bordeaux tandis que le patron était enfermé au Camp de Concentration d’Argelès.

Le 12 Mars 2011 à l’Opéra de Rome, lors de la représentation de Nabucco en présence de Berlusconi – Chef de l’Etat - et de son ancien Ministre de la Culture Gianni Alemanno dénonçant la faillite, le trésor du Chef d’Orchestre Riccardo Mutti qui accompagné de toute la salle debout bisse avec les artistes le Chœur des Esclaves. Que la lumière brille à jamais sur eux !

Enfant, le trésor d’avoir insisté pour réenfiler les colliers de Maman lorsqu’ils étaient cassés et de découvrir à soixante six ans que cela n’ayant plus aucune importance on peut s’en dispenser. Et pourtant ce n’est pas tout à fait vrai.

Le trésor d’entendre Cabu, le dessinateur humoristique dire que tant qu’il y a le jazz et Charles Trenet, on ne peut pas être désespéré et Wolinski son confrère ajouter un ton plus bas et la littérature.

Le très vulgaire trésor de Zelda Fitzgerald appelant les pompiers au motif qu’elle avait le feu au derrière.

En matière rupestre, le trésor de la grotte Chauvet vieille de 32 000 ans avec ses concrétions, ses restes osseux et ses décorations.

Le trésor d’avoir pu dire au téléphone à Tante Irène quelques moments avant sa mort comme elle avait été la seule figure féminine lumineuse de mon enfance et de l’entendre me répondre comme elle aussi elle m’aimait bien.

Sur Internet le trésor informatique de découvrir l’annonce du décès de la cousine germaine par alliance qui nous avait offert en cadeau de mariage une série de six jolies petites tasses à café en porcelaine.

Le trésor de transformer un affront en tremplin et de n’en éprouver ni haine ni regret.

Pour la seule beauté du nom, le trésor de commander un bœuf Stroganoff.

Le trésor de la forêt de Villers-Cotterêts que depuis la mort de ma Belle Mère - il y a plusieurs années - je n’avais plus traversée et l’archi-trésor de la retrouver.

Le trésor d’une création textile visualisant un programme politique, là celui du Redressement des Finances Publiques. Les concepts théoriques étant dans ce cas exprimés par des matières différentes et permettant du coup une analyse plus subtile que la doxa habituelle. C’est que l’abstraction pure et parfaite aboutit à des erreurs parce qu’elle met sur le même plan des éléments du monde qui ne fonctionnent pas de la même façon.

Place Centrale, le trésor du Marché de Soissons avec sa débauche de victuailles dont le fameux Maroilles. Un archi-trésor à lui tout seul !

Le trésor du laboratoire où j’ai mes habitudes. La gentillesse qu’on m’y témoigne et ma joie d’y retrouver les employées, leurs façons de faire et leurs marottes.

L’archi-trésor de la sérénité de mon âme et de ces vacances 2011 parfaitement réussies.

Le trésor du couple de ramiers qui tentent le coup de faire leur nid sur le rebord de ma fenêtre. Je le vois lui apporter les matériaux tandis qu’elle reste sur place à les garder. L’hésitation sur le parti à prendre devant le si joli tableau de la matière vivante en pleine action. Le lamentable mais nécessaire triomphe de la raison présidant à leur brutale expulsion à coup de balai.

En matière de différence linguistique le trésor d’apprendre qu’en russe la locution jeune premier se dit premier amant.

 

Dixième Cahier

2011-2012

 

25 Août 2011

Le trésor de ce beau et gros crayon rouge estampillé Baignol et Farjon - France Télévision 649.

Dans ma cour le trésor d’observer les oiseaux, notamment la lutte sauvage des ramiers pour conserver leur territoire pour eux-mêmes et d’en chasser les corbeaux et corneilles qui tentent de s’installer.

Le trésor d’apprendre qu’en 1818, le Musée du Luxembourg était celui des artistes contemporains.

Le trésor du Cinéma Le Rex, construit comme le plus grand cinéma d’Europe. Ce pari fou réussi perdure.

Tout au long de la même journée l’effort de transformer l’essai et le trésor d’y parvenir en fin d’après midi après avoir tout au long du jour, repoussé l’anéantissement.

Le trésor d’apprendre que le chant révolutionnaire Bella Ciao est en fait un chant yiddish d’Europe de l’Est enregistré à New York en 1919 par le tsigane Mishka Ziganoff.

A la Radio, le trésor d’entendre deux savants discuter des rapports des Mathématiques et de la Physique dans leurs relations avec la réalité alors que c’est le sujet même du livre que je viens d’écrire On attend Robert. L’archi-trésor de comprendre à demi mot que c’est la Physique quantique qui permet de résoudre la totalité du problème. Il y a d’ailleurs longtemps que j’ai l’idée d’être - dans le détroit de la nouvelle modernité - un écrivain quantique.

Le trésor de la pitié même envers celle pourtant suspectée du pire.

Dans l’une des plantes de ma loggia, prolongement de ma cuisine, le trésor d’une sauterelle égarée.

Le trésor d’un loup avec une fondue de poireaux. Entendons d’un loup de mer !

Le trésor de découvrir à Ground Zéro, le mémorial du Onze Septembre. Un chef d’œuvre !

A l’intérieur d’un taxi parisien, le trésor du panonceau Bonjour, ce taxi respecte la limitation de vitesse, merci de votre compréhension !

Le trésor des travaux du Musée Jacquemart André, la façade cachée par une toile peinte qui représente ce qui est caché. Boulevard Haussmann. A Paris.

Le trésor des coups de foudre artistiques, cette fois un minuscule tableau représentant une crique sur fond de volcan. Naples peut être mais ce n’est pas sûr !

Le trésor de constater que la douleur commence à passer et que les objets reprennent leur forme pour eux-mêmes. Ainsi là où ils sont, une paire de serre-livres avec des jaguars en métal et une lampe en cuivre dont la beauté provient de son caractère absolument désuet.

Place Clichy au Wepler, mon habituel trésor de citron pressé avec le plaisir de sentir le métro rouler sous mes pieds.

L’archi-trésor de maîtriser la langue et ses subtilités tant à la lecture qu’à l’écriture. Pour l’orthographe, c’est autre chose mais je plaide coupable.

Le bonheur de découvrir enfin que c’est Lucien Bechmann (1880-1968) l’architecte de l’immeuble Washington qui me fascine depuis des années et le trésor de découvrir qu’il est également l’inventeur de la Cité Internationale.

J’ai terminé toutes les gaufres, vous pouvez passer ! Le trésor d’apprendre que c’est par cette phrase qu’à Moscou on signalait avoir terminé en samizdat, la lecture clandestine de L’Archipel du Goulag qu’on pouvait alors remettre en circulation. L’archi-trésor de comprendre qu’il en était ainsi parce que les feuilles étaient bien sûr rangées dans une boite à gaufres.

Le trésor de voir confirmer dans Le Petit Larousse début de siècle que le verbe mécaniser signifiait bien encore en 1935 taquiner ! Concernant la deshumanisation des mauvais traitements, l’archi-trésor de cette preuve linguistique.

Le trésor de notre Atelier de Céramique dans les sous-sols de l’Hôtel Beaujon. Du nom du fermier général qui y installa au XVIIIe siècle un hospice pour enfants pauvres et orphelins, distribuant des bourses aux élèves doués pour qu’ils fassent des études de dessin.

L’archi-trésor de l’Hôpital qu’y institua la Convention avant qu’il soit en 1932 déplacé à Clichy et reconstruit par l’architecte constructiviste Walter, celui là même qui édifia aussi la Nouvelle Faculté de Médecine. A bien y regarder, les deux bâtiments ont bien un air de parenté, l’élan vers le ciel.

Dénonçant la généralisation de la peur et de la désaffection de l’autre, annonçant un déferlement de violence, le trésor d’une femme politique qui ne hurle pas avec les loups et n’aboie pas avec les chiens.

Mise en ligne, le trésor de revoir sur une vieille carte postale de l’époque la placette au bord de la plage de Croix Valmer. Non seulement le monument à la gloire du débarquement de Provence mais le caboulot L’Oasis qui a fait danser ma jeunesse. L’archi- trésor de me souvenir que l’autre en face s’appelait L’Eden Roc.

Rue Soufflot où miracle je prends un café le 21 Septembre 2011, le trésor sur le trottoir d’un pigeon aux couleurs étonnantes : violet autour du cou et brun plus bas, sur fond gris. L’archi-trésor de ce Quartier Latin égal à lui-même, parfaitement tranquille et estudiantin.

Le trésor de toute cette gentillesse dès lors qu’on y est fermement décidé. Une forme d’affirmation du dogme de l’aucun problème. L’archi-trésor de savoir que ce modeste résultat requiert déjà une attention de chaque instant.

Le 21 Septembre 2011, le trésor de l’horreur et de la répulsion que provoque l’exécution aux Etats-Unis du condamné à mort Troy Davis qui s’est battu vingt ans pour sauver sa vie. Il n’y a même pas besoin de s’interroger sur sa culpabilité.

A l’expression Ils veulent en découdre, le trésor de découvrir qu’on peut opposer l’expression Nous voulons en recoudre.

Par la fenêtre ouverte le bruit d’un balai brosse sur le trottoir, sans doute par une concierge. Le trésor de chaque jour.

Le trésor d’acheter pour rien ce que j’imagine être une représentation de la Déesse-Mère.

Le sportif trésor de la peur bleue qu’inspirent depuis qu’on les connaît, les All Blacks, l’équipe de rugby de la Nouvelle Zélande.

Le trésor d’apprendre qu’au dix-neuvième siècle quelqu’un s’était demandé ce que le Paradis était devenu sans nous.

Découvrant vraiment moche le nouvel Hôpital Necker, le trésor de me dire que cela n’a pas beaucoup d’importance parce que dans ce domaine là, la modernité a beaucoup d’avantages.

Rue de Miromesnil, le trésor d’une enseigne Café de la Grande Poste.

Le trésor de me faire déposer aux Galeries Lafayette Montparnasse juste devant le rayon des sacs à main où j’ai à faire et de n’avoir plus coup qu’une porte vitrée à pousser pour être au bon endroit. Sur site comme on dit maintenant. Ou sur zone.

Le trésor d’évoquer tous mes beaux souvenirs à foison et d’avoir oublié les autres.

Face à l’Ecole Militaire, le trésor logique du Café des Officiers.

Au dessus de l’entrée du Grand Palais le trésor du quadrige qui tous métaux dehors, s’élance dans les airs.

Comme le nom a fui de ma mémoire et qu’il me faut pourtant évoquer ce volcan du Kenya, le trésor de celui qui me restitue le vocable de Kilimandjaro.

Le trésor d’entendre évoquer la chose en termes de l’impensable. Rejoignant là l’idée de Sempé qui lui, la qualifiait de l’ineffable. Est-ce que cela a à voir avec le début de mon Canal de la Toussaint L’homme ne peut pas penser la fusion, né de la femme… ?

Le trésor d’une subsaharienne contemplant avec satisfaction un grand tableau représentant une scène bucolique avec des vaches triomphantes. Portant sur le poitrail un foulard avec des impressions évoquant les parures traditionnelles, je me demande si c’est une massaï. En fait j’en suis presque sûre.

 Le trésor du radiologue de Saint Antoine qui me saute au cou comme il me voit pour l’examen habituel l’attendre dans le couloir de son service et son désespoir de m’annoncer la fermeture définitive des mammographies. L’archi-trésor de mon contentement à moi de lui offrir en cadeau, ma dernière publication.

Le trésor d’entendre Alexandre Adler dire à la Radio au petit matin Il n’y a pas de plus grand bonheur que d’être juif et ajoutant un peu plus tard même si par moments cela a quelques inconvénients.

Faisant l’apologie de l’existence des deux sexes, le trésor de Michel Schneider la commentant d’un La douleur de désirer, la douleur de conquérir ! L’archi-trésor de me demander si cette parole concerne les deux moitiés du monde.

Le trésor de lire dans le prologue du Dernier des Camondo la stupéfaction de Pierre Assouline découvrant en visitant leur Hôtel en bordure du Parc Monceau l’abîme qui s’y ouvrait et sa réaction - comme la mienne dans la même situation - à savoir en avoir été hantée pendant des années.

Le trésor de mon cardiologue qui m’enjoint de ne pas oublier de prendre les médicaments fluidifiant le sang au motif me dit il qu’il serait dommage qu’un cerveau d’une telle qualité ait un accident vasculaire !

Le trésor d’un chat qu’on m’apporte à garder et de son accompagnateur qui brandit fièrement la brosse destinée à éliminer les poils car la dernière fois il l’avait oubliée. Cette fois non !

A la Bibliothèque du Club des Retraités de la MGEN de la section de Paris, le trésor tragique de l’affichette sur laquelle on lit Nous n’acceptons aucun don de livres faute de place !

Le trésor d’avoir ressorti du placard ma belle veste bleue en velours que je n’avais sans doute pas mis depuis dix ans. Les affaires reprennent…

A la Télévision le trésor d’une invraisemblable séquence d’archives dans laquelle Georges Brassens chante à Charles Trenet l’une des chansons de celui-ci qui - plus âgé - l’a déjà presque complètement oubliée… L’archi-trésor de constater qu’au fur et à mesure que le plus jeune la déroule, l’ancien l’accompagne et que la mémoire lui revient.

L’immonde trésor de découvrir le sens de l’expression lit garni lorsqu’il s’agit dans un hôtel de la commande de la chambre dont on a besoin.

Le trésor de tous ces grands-parents qu’on voit désormais partout en ville s’appliquer à s’occuper de leurs petits-enfants. La crise économique les a obligés à monter au front. Et pour certains apparemment c’est loin d’être gagné mais ils le font quand même avec un stoïcisme qui force l’admiration.

Le trésor de hasard de croiser un très beau type bien qu’âgé et plein de rides.

Le trésor de parvenir enfin à verbaliser ce qui me tourmente : Nous sommes dans une époque frivole, cruelle et obscène.

Représentation originale, le trésor d’une icône ukrainienne montrant devant Pilate Le Christ ligoté et les soldats romains apeurés se cachant derrière lui.

Contre toute attente, le trésor de ma survie.

Le trésor juvénile des bruits de pas d’un enfant qui court et saute dans l’appartement d’à côté.

Le trésor de Papa. Même mort.

Le trésor d’un sourire même s’il se perd et surtout s’il se perd.

A la Télévision, le trésor inattendu des larmes d’une chamelle qui accouche… En Mongolie.

A Compeyre dans la vallée du Tarn lors du Festival des Travaux et des Jours sur la place du village, ce chanteur engagé de toute son âme dans cette chanson datant de la Révolution. Et devant le succès fou qu’il remporte l’archi-trésor de le voir la bisser.

Le trésor d’avoir déverrouillé la langue, d’en avoir proposé la systématisation et que les effets s’en fassent sentir un peu partout comme j’entends un radioteur parler d’une déchainade sur les Réseaux Sociaux.

Au bord de l’eau le trésor du Cours la Reine. Dans une ville de province on l’appellerait le mail. Et d’ailleurs cela en est un.

Selon mon expérience parisienne, il y a trois catégories de chauffeurs de taxi : ceux qui coupent court à tout en écoutant du jazz, ceux qui ne parlent pas aux femmes – une catégorie nouvellement apparue – et le trésor ce ceux – les plus nombreux – avec qui on refait le monde.

A la mesure de ma détresse, comme j’achète deux livres, le trésor de recevoir deux nouveaux marque pages qui augmentent d’autant ma collection. Même si arrivée à la maison je découvre déçue qu’il n’y en a en fait qu’un seul imprimé différemment au recto et au verso.

Le trésor de l’été de la Saint Martin 2011. Il n’a pas lieu tous les ans mais lorsque c’est le cas, c’est une splendeur sans égale.

En ville le trésor inopiné et théâtral de la rencontre d’un brocanteur russe avec qui il m’arrive de faire affaire et qui du coup loin de son stand, me baise la main.

Le trésor professionnel d’un étalagiste en pleine action dans une vitrine.

Le trésor d’être vivante alors que les vents sont si contraires.

Avenue de Messine, le trésor d’une tête de lion sculptée au dessus d’une porte cochère.

Le trésor du désarroi de mes collègues du cours de Russe comme je leur annonce que je ne serai pas là la semaine prochaine. Et comme sidérée de leur réaction, je leur dis qu’ils vont peut être survivre quand même, l’archi-trésor de les entendre confirmer Oui, mais moins bien !

Le trésor de réussir à enrayer la débâcle et à faire face à la dérive.

Dans les Années Soixante, le trésor de la Résidence Bullier et d’Albert dont la ferveur bouleversa mon ignorance.

A la même époque dans le haut du Boulevard Saint Michel le trésor de la toute petite boutique qui vendait d’étonnantes céramiques dont je faisais cadeau. Un pot à tabac à mon aimé, un service à café à ma sœur et l’archi-trésor de découvrir bien des années après qu’elles étaient l’œuvre d’un grand parmi ceux de Vallauris.

Le trésor de finir par connaître et reconnaître les acteurs des téléfilms allemands. Et même de les aimer.

Le trésor des voix des ouvriers qui s’interpellent sur les toits de l’autre côté de la cour, dans la rue d’à côté et l’archi-trésor de la ponctuation hiératique, archaïque et prophétique de leurs coups de marteau.

Le trésor ferroviaire de découvrir l’expression gambettistes et de connaître leurs positions en matière d’installation du Chemin de Fer. Chaque canton devait avoir sa gare publique, laïque et chauffée comme chaque commune avait son école.

Pour effectuer sa réparation, le trésor artisan du plombier qui sortant peu à peu tout le bazar de dessous mon évier s’exclame d’un C’est propre exprimant simplement par ce cri à quelles difficultés habituelles il est dans son métier, confronté.

Le trésor de Philippe Grimbert rigolant avec la journaliste avec qui il parle de sa dernière pièce dont dit il a oublié le titre.

Le trésor électronique de la photographie des noces d’or de ma cousine germaine envoyée par Internet et magnifiquement tirée en couleurs sur mon imprimante asiatique.

Le trésor du quilt mémoriel de la visite à la Vieille Loye, broderie sur laquelle j’ai depuis trois semaines passé presque tout mon temps. Comme il est presque terminé à quelques détails près je prends la peine de le contempler dans sa splendeur. Cela est !

Le trésor de rechercher dans la Bible les références de l’injonction Tu choisiras la vie et de les trouver dans Le Deutéronome 30,19.

Le trésor de savoir que Maman jeune avait la beauté d’Ava Gardner et qu’avec Papa ils se sont aimés. Il m’a fallu du temps pour le comprendre au-delà de son visage défiguré.

Arrivée par hasard sur le rebord de ma fenêtre, en papier métallique le trésor d’une pluie d’étoiles célébrant la Nativité.

Le trésor d’un repas de Noël gorgé de cadeaux et d’amour même si pour raison pratique, il a lieu le 27.

Banales dans mon enfance, le trésor de me souvenir des chaines d’arpenteurs.

Bien que je ne l’ai jamais connue, le trésor de la mythique Rosengart dans laquelle mes parents roulaient avant la Guerre.

Au Lycée Hélène Boucher, le trésor de mon professeur de Français Madame Medioni me conseillant dans mes rédactions d’employer moins d’adverbes et l’archi-trésor de n’avoir eu aucun mal à ne tenir aucun compte de sa suggestion.

Le trésor de la raison qui permet de s’arracher à la gangue et de reprendre forme.

Le trésor de découvrir La création de l’homme de Chagall et de constater qu’elle dame le pion à celle de Michel-Ange.

Le trésor de l’Epiphanie, à savoir la Galette des Rois. L’incarnation de la Déesse Soleille.

Le trésor du Parc Monceau non seulement celui de mon enfance mais aussi celui de mon âge adulte.

Le trésor absolu de cette promenade radieuse aller et retour dans le soleil matinal pour porter le texte achevé de On attend Robert à Irène Lindon, Rue Bernard Palissy. Aux Editions de Minuit.

Au Carrefour Château d’Eau, dans une des boutiques d’ores et déjà communautaires, le trésor d’une belle gaffe dans une échoppe fleurant les Balkans. J’y ai dit Quand on a aimé la Yougoslavie, on ne peut l’oublier. A la réaction des gens, j’ai compris que ce n’était pas le lieu d’une telle déclaration. Et pourtant !

Dans un autobus, le pâle sourire d’un homme que je viens réconforter d’un Monsieur c’est vous qui avez raison, en tant que grand-mère, je vous soutiens et le trésor du Merci qu’il m’adresse. Il avait essayé d’endiguer le désordre éducatif de sa compagne, lequel ne faisait qu’aggraver le chaos de leur fille. L’archi-trésor parfaitement discutable de me mêler une fois de plus, de ce qui ne me regarde pas.

En contrebas du quai de la Rive Gauche de la Seine, comme elle est en train de déborder submergeant déjà partiellement la Rive Droite, l’archi-trésor d’être au ras de cette eau noirâtre et agitée.

Signe de la nouvelle époque, le trésor d’un groupe de faons très calmes dans un pré, du côté de Gisors.

Le trésor d’entendre à la Radio le Dixit Dominus de Haendel. A tomber par terre.

Dans un pré normand, le trésor de deux agneaux assis à côté de leur mère, celui à tête noire reposant sur le col de celui à tête blanche.

Le trésor de Fauré.

Dans ce lieu d’avant-garde artistique, à l’Abbaye de Royaumont le 25 Décembre 1964 au petit matin, le trésor d’avoir à la demande du maitre d’hôtel qui avait supervisé les festivités de la nuit, raccompagné à la gare en voiture, cette servante déjà mûre, son service enfin terminé.

Le trésor de rechercher sur la Toile ce qu’il en est du Dixit Dominus et d’apprendre que c’est pour Haendel une œuvre de jeunesse. Il avait vingt deux ans en 1707 !

 Le trésor de la mémoire d’un gars racontant Le 14 Juillet durait trois jours. Les bistrots sortaient leurs guéridons et partageaient les frais des musiciens. C’était ça la Fraternité ! Quand les gens dansaient, les autobus ne pouvaient pas passer. L’archi-trésor d’avoir connu cela dansant sur le pavé à vingt ans Rue Lamarck.

Le trésor de savoir que les azalées aiment le froid et qu’il faut les baigner une fois par semaine.

Trésor de la traversée de la Goutte d’Or en taxi et ma découverte stupéfiée des immeubles neufs rendant l’ensemble méconnaissable.

Dans ce qui furent nos communs livres de l’étude de la langue russe, le trésor de retrouver par endroit l’écriture de ma sœur.

Au Cinéma de Manosque, le trésor de la place réservé pour Giono le samedi soir et d’apprendre que venant avec le reste de la famille le chien suivait effectivement le spectacle sur l’écran mais qu’il partait à l’entracte pour retourner seul à la maison.

Dans les Années Cinquante, le trésor de me souvenir des banquettes en bois dans les wagons de troisième classe qui nous menaient aux Sports d’Hiver et l’archi-trésor une fois par hasard d’une voiture de seconde égarée dont les banquettes étaient elles – miracle – cette fois rembourrées.

Le trésor de la conversation sociale comme au bureau de tabac je demande cinquante timbres et qu’avec toute l’autorité d’avoir le monde avec soi, le buraliste interroge quarante huit ou soixante ? L’archi-trésor qu’il soit en droit de le faire à cause des carnets comportant chacun une douzaine de vignettes.

Le trésor de faire du pur bonheur à partir de rien et l’archi-trésor de savoir que le rien en question est le prodige de toute une vie.

Le trésor soulagé du sauvetage de l’Hôtel de la Marine Place de la Concorde. Il réchappe d’un projet de dépeçage mercantile et sera confié au Louvre.

Le trésor indiscret de la retransmission d’une leçon de chant entre deux sommités. Le respect maniaque de l’enseignant et l’humilité forcené de l’enseigné en proie à leur dialogue sacré. L’archi-trésor d’assister là à quelque chose qui ne m’est pas destiné, comme un rapport amoureux dont je n’ai pas à être. Je n’ai pas retenu leurs noms mais seulement leurs voix.

L’archi-trésor d’un prêté pour un rendu faisant ainsi paradoxalement fonctionner une économie de don.

Le trésor de la pédagogie d’un enseignant qui explique Comme je le dis à mes étudiants : Philippe le Bel ne s’est pas levé un matin en disant je vais inventer l’Etat Moderne !

Le trésor de Robert Hossein âgé, résumant : J’ai passé ma vie dans les films à me faire buter ou à buter les autres !

Le trésor de lire que Claire Brétécher perd deux dessins à chaque exposition et d’y comprendre entre les lignes la confirmation que le vol est généralisé, tout particulièrement dans les milieux artistiques. A vrai dire je le savais depuis longtemps, de l’avoir vécu.

Le trésor de Leningrad en 1973, la nuit qui ne venait pas, le pont sur la Néva et surtout cette femme qui chantait. Je l’entends encore.

Par cette vague de grand froid, le trésor Place Pereire de voir sur un rebord de fenêtre ouverte un manteau de vison qu’on a sorti pour l’aérer, étant données les circonstances.

Le trésor de découvrir qu’après ce qui m’est arrivée avec Maman, mon affaire se résume à comprendre que ma figure d’attachement, c’est le monde. Disons même La Monde.

En passant devant dans le 26, le trésor de la Boucherie Louis Blanc dont la devanture sous titrée en Arabe reprend en Français : Viandes de qualité à des prix compétitifs.

Le trésor absurde de résumer le bilan de sa vie d’un Impossible de faire mieux avec ce qu’il y avait et l’archi-trésor d’y voir dedans, la gloire absolue.

Le trésor de la devise d’Elie Semoun On verra bien et de me demander s’il est opportun de l’ajouter à la mienne Pour capituler ça peut attendre !

Il y a trente ans, le trésor de la franche rigolade avec le fabricant de tampons en caoutchouc à qui j’avais raconté mon projet en en commandant un, libellé La Guerre des Sexes Agence Hyvrard. Et l’archi-trésor d’avoir effectivement exposé ma collection de photographies ainsi détournées. C’était Boulevard Gouvion Saint-Cyr entre l’ancien bureau de Poste et la toujours Caserne des Pompiers.

Dans le dernier film de François Truffaut Vivement Dimanche le trésor du coup de téléphone de Fanny Ardant questionnant la caissière d’un cinéma pour s’enquérir du contenu du film de Kubrick Les sentiers de la gloire. L’archi-trésor de la réponse. Malheureusement impossible à retrouver faute de l’avoir notée.

Aux Sports d’Hiver dans mon enfance le trésor de nos doubles chaussettes. Elles nous étaient tricotées par les deux sœurs Hyvrard, l’ainée la Grand-Mère Dherbécout et sa cadette dont j’ai pris le nom. Ma grand-mère diagonale comme aurait dit le fameux inventeur de la notion.

L’archi-trésor de résumer ma philosophie pratique d’un La vie est trop courte pour ne pas être agréable et d’en relever le défi en la rendant telle.

Le trésor de rechercher l’homologation du terme un balthazar pêché dans une chanson de Léo Ferré et l’ayant trouvé confirmé, son étymologie.

Le trésor d’un flirt étudiant qui m’apprit que Choukrane - en arabe - signifiait merci.

Aquatique le trésor des lacs. Celui d’Annecy, du Bourget, du Léman. Les Italiens aussi et même celui de Constance pourtant très loin dans ma mémoire. Ne parlons pas de celui d’Orhid, le souvenir du bonheur absolu.

Le trésor de sentir qu’on va éclater en larmes en écoutant un chanteur d’opéra.

A la nuit tombée, le trésor des feux rouges accumulés tout le long du Boulevard Magenta.

Le trésor d’avoir dans les romans russes lus dans ma jeunesse, découvert les femmes intellectuelles mieux traitées que dans mon pays.

Le trésor des cadeaux de la vie. Cette fois à la fenêtre minable d’un immeuble crapoteux un homme à barbe et cheveux blancs s’appliquant au dessus de son bac à transplanter des végétaux. L’archi-trésor du journal qu’il secoue pour en faire tomber la terre.

Le trésor de ce chauffeur de taxi qui me raconte ses difficultés familiales et que j’arrive à remettre en selle.

Nommé pour accompagner de Marseille à Paris la première girafe sur le sol français, le trésor de Geoffroy Saint Hilaire qui en a été tellement stressé qu’il en est tombé malade à l’arrivée.

Le trésor de ce titi parisien qui dit à mon sujet Une vraie gonzesse qui aime son homme ! Je me croirais dans un vieux film ! Et l’archi-trésor de lui répondre Oui et en noir et blanc à cause de mes cheveux !

Le trésor de découvrir dans l’une de mes boîtes La Désobéissance civile de Thoreau que physiologiquement je n’étais plus en état de me procurer autrement que dans mes propres rayonnages. On a les difficultés qu’on peut.

Splendeur de la campagne au soleil levant. Trésor de la lumière de Février.

Le trésor de continuer à œuvrer contre vents et marées. Ces temps ci mes calligrammes textiles.

Le trésor de me souvenir de cette phrase écrite le 18 Juin 1994 à l’Hôpital de Beauvais jambe cassée et plâtrée Pas de mort aujourd’hui, la plus chère a éclaté en larmes au présage de la mienne. L’archi-trésor d’y avoir trouvé le titre de ce livre que j’aime tant.

Le trésor littéraire du remarquable style de Marie Chaix.

Si on me demandait à quoi j’ai passé ma vie, le trésor de pouvoir répondre A lire !

Dans le film de François Truffaut Domicile conjugal le trésor d’Antoine Doisnel (Jean Pierre Léaud) avec dans sa salle de bains une serviette éponge de la marque Jalla, la même que celle de mon trousseau de mariage que j’aimais tant. De couleur unie avec des bandes blanches tissées de motifs décoratifs. Serviettes usées jusqu’à la corde… J’en ai même récupéré quelques arabesques pour décorer mon tapis d’imprimante.

En 2012 le trésor d’avoir encore réussi à fêter Mardi Gras même si c’est avec beaucoup de difficultés et de maladresse.

L’archi-trésor du Palais de pierres dans lequel nous avons fait nos Etudes à la Faculté du Panthéon. Plus le temps passe plus la colline Sainte Geneviève s’avère un trésor absolu.

Le trésor de passer en revue mes dessins d’enfant pour y chercher l’illustration de couverture de mon dernier livre et de n’y rien trouver qui convienne car de fait ils sont plutôt médiocres.

Le trésor de la splendeur des gonds de ce qu’on appelle dans la cuisine l’armoire créole.

Soignant sur le rebord de ma fenêtre mon asparagus délirant, le trésor d’y retrouver encore - découpées dans du papier - les petites étoiles préparées pour les fêtes de fin d’année.

Le trésor de voir bientôt publier mon vingt-huitième livre. Ou vingt neuf, je ne sais plus.

Chaque fois que j’y parviens, le trésor de réussir à m’extirper. Ce verbe du premier groupe qui a rapport à l’extraction des racines.

Le trésor de l’amour.

Le trésor d’Annie Girardot racontant son tournage dans un film de Visconti : On m’a mis dans un Boeing et j’ai découvert Rome.

Le trésor d’Hubert Védrine disant que l’Europe est en train de devenir l’idiot du village global.

Tout en recopiant chez moi mes poèmes en partance pour l’Amérique, le trésor de regarder le chef d’œuvre d’Hitchcock L’ombre d’un doute.

Le trésor d’habiter depuis quarante ans à la gare routière tout près du pâté d’immeubles où fut arrêté le malheureux Gabriel Péri.

Le Premier Mars 2012 le trésor de Jean Louis Ezine présentant dans sa chronique à France-Culture : Noé comme le premier qui recensa les usagers des transports et j’ajoute sous une pluie battante.

Le trésor soviétique d’apprendre que les deux frères ainés de Vladimir Poutine sont morts pendant le siège de Leningrad et que mariée à dix sept ans, sa mère fit baptisé dans le dos du père cet ultime enfant qu’elle eu à quarante et un ans.

Le trésor de mon troupeau de machines à écrire mécaniques. Un peu encombrant !

Le trésor du roman d’Hélène Parmelin Léonard dans l’autre monde acheté pour rien en livre de poche chez un bouquiniste de la Rue Droite à Millau. Et l’archi- trésor de cette critique littéraire canadienne qui à ma demande a bien voulu admettre que le dénouement en était une concession à l’idéologie officielle du Parti Communiste de l’époque.

Dans la semaine, le trésor de l’éclatement de la floraison des arbres.

A son émission Revu et corrigé, le trésor de Paul Amar disant à son invité Respirez comme sous le poids de l’émotion celui-ci est au bord de l’effondrement. Il est le grand père d’une adolescente assassinée par un condisciple du Collège Cévenol. Condisciple déjà criminel au moment de son inscription.

Le trésor de deux belles oranges sur le rebord d’un balcon.

A la gare de Briançon l’été 1985 en plein marasme mental à cause des suites du traitement médical chimique qu’on m’avait infligée, le trésor de m’adresser à une voyageuse anonyme pour lui expliquer ma situation et lui demander ce qu’il me fallait faire car je n’en avais aucune idée. Elle m’enjoignit de m’asseoir, de prendre mon petit déjeuner et ensuite un taxi pour rejoindre ma destination à Villeneuve la Salle. Ce que j’ai fait ! Heureux les vivants !

Le trésor d’un beau type avec une belle chevelure, quoique apparemment au bord de la dérive.

Le trésor d’un Café dans lequel ayant pris pied, on installe peu à peu ses habitudes et qui sait peut être bientôt sa convivialité.

Le long du Canal de l’Ourcq à la Rotonde de Stalingrad, le trésor du talus couvert de crocus flambant jaune.

Le trésor de la réunion de vieux collègues qui s’amusent comme des galopins. Et l’archi-trésor de la plus vieille avec son set framboise écrasée. C’est ainsi que dans les Années Soixante on appelait l’ensemble assorti d’un petit pull ras du cou et d’un cardigan à manches longues. C’était une mode à laquelle il n’était pas question de déroger.

En reconnaissance, le vol d’une abeille dans la loggia de la cuisine le 15 Mars 2012 et l’archi-trésor de ma satisfaction qu’elle y trouve tout de même deux fleurs d’azalée à butiner.

Le trésor moderniste de la joie et de la gloire tranquille d’avoir réussi à mener à bien une opération de bureautique non seulement décisive pour la poursuite de mon travail mais peut-être même vitale.

Comme un nouveau traducteur propose pour l’Ecclésiaste la formule Illusion des illusions, le trésor de convenir que c’est sans doute cela qui convient le mieux étant donné qu’en plus des classiques, instruite de celles de Fleg et de Chouraqui, je me permets d’avoir un avis.

A La Chope Champerret le trésor du regard triste de deux sages lévriers.

Dans le même établissement accroché au zinc le trésor d’un consommateur âgé qui explique aux autres que la Révolution Française fut bourgeoise et l’archi-trésor du silence de ses comparses qui ne trouvent rien à répondre.

En dépit de ma semi-invalidité, le trésor de mon travail de fourmi pour opposer au désastre ambiant la ténacité de la conviction.

Le trésor cybernétique du coup de téléphone par lequel on me transmet l’enthousiasme d’une visite au Palais Borghèse. Dans l’autre plus belle ville du monde.

Le trésor parisien d’apprendre que Montholon n’est pas seulement le nom d’un square de la rue La Fayette mais surtout celui d’un couple qui accompagna Napoléon dans son exil.

Le trésor anecdotique d’apprendre de cette dame qu’à Saint-Hélène, le militaire en retraite obligé d’y résider aimait montrer les porcelaines qu’il y avait apportées aux jeunes filles de sa logeuse et qu’on avait sur le bateau de cet ultime voyage chargé en escale à Madère vingt-cinq veaux ! Archi-trésor de cette précision économique, rustique, réelle et baroque.

Le trésor de Roméo et Juliette s’embrassant sur le balcon du splendide immeuble de l’autre côté de la rue.

Traversant de bout en bout Paris, le trésor de découvrir que si dans cette société effondrée et mutante il n’y a plus de concitoyens, elle est toute pleine de mes contemporains.

Qui fait d’emblée penser à l’Océan et dont personne il y a trente ans ne pouvait même à peu près situer la place sur la carte, quel trésor d’entendre ainsi parler de l’Aubrac par Philippe Meyer, le 23 Mars 2012 et citer ensuite un habitant résumant la situation d’un Il est aussi difficile de poursuivre que de se déprendre explicitant ainsi la magie des lieux.

Le trésor d’un store qui se relève et fait apparaître un carreau dans lequel se reflète le soleil.

Le trésor de cette formule surgissant au petit matin Persister à poser des questions pour le cas où il y aurait des réponses.

Le trésor absolu d’aimer travailler. Cela ne me coûte rien c’est ma nature ! Un peu aidée tout de même par mon appartenance au sexe dominé et mon éducation prolétarienne.

Le trésor de la traversée de Paris avec un chauffeur de taxi qui rêve tout haut de ce qu’il ferait s’il gagnait au loto partageant sa vie entre La Banlieue et Les Quais. Notre rêverie à l’amble sur les beaux immeubles en pierre de taille. L’archi-trésor d’entendre tout à coup cet Arabe changer de ton pour me demander tout à trac, la raison pour laquelle ils atteignent de tels prix et moi de lui expliquer que la baisse des salaires versés a augmenté la masse d’argent disponible, d’où la hausse de l’immobilier. Sa gratitude pour mon cours d’économie ambulatoire et son admiration pour ma personne. Et encore j’ai fait court évitant d’en appeler à la plus value !

Déplétion. Le trésor fou de la découverte d’un mot inconnu dans un vieux dictionnaire dont je me servais pourtant au commencement de mon adolescence.

Le trésor de l’Aimé qui me téléphone qu’il a fait du canoë dans l’une des plus belles baies du monde. A chacun sa jubilation !

A la Télévision, comme son invité perd pied, le trésor de l’animatrice qui lui dit Mettez les mains sur les genoux et respirez par le ventre. Encore faut il savoir car cela ne va pas de soi.

Le trésor de chercher dans le dictionnaire une précision et que pourtant l’ambiguïté demeure.

Le trésor d’éclater en larmes en relisant les épreuves de mon On attend Robert. Il est des cas où les épreuves portent tout de même bien leur nom !

Parfaitement adéquate, le trésor extrême de l’expression Rouler à tombeau ouvert.

A Odessa le trésor d’apprendre que tous les jours les enfants des écoles rendent hommage au marin inconnu du Monument aux Révoltés du Potemkine.

Le trésor de Roland Marin - correcteur d’imprimerie et objecteur de conscience - comme il parlait de l’amour à la cosaque. Et comme on s’étonnait de l’emploi d’une expression qu’on ne connaissait pas, de l’entendre préciser en sautant du haut de l’armoire.

En feutrine, le trésor du petit porte-aiguilles que Maman avait confectionné pour moi avec un petit cœur cousu par-dessus. L’archi-trésor en moi de la volonté de vivre refusant de m’attarder sur le fait qu’il est noir. Le petit cœur !

Une nuit angoissante et angoissée le trésor secourable d’écouter à la Radio Anouilh parler de la création de l’une de ses pièces. Si la mort prématurée de Radiguet est l’un des signes du tragique essentiel de l’Espèce Humaine, l’invention de la Radio est à coup sûr celui de la miséricorde de Dieu. Je crois l’avoir déjà dit mais cela ne fait rien. Cela mérite d’être répété.

A Chartres le trésor du type qui a lu Mère la mort, mon deuxième livre qu’il a trouvé chez un bouquiniste et qui m’envoie son enthousiasme par électronique.

Le trésor de l’impossible correction des épreuves de mon On entend Robert qui me laisse médusée, admirative et révulsée. L’archi-trésor de cette répulsion qui me sauve du pire.

De l’autre côté de la cour à l’arrière de l’appartement, le trésor de cette femme qui étend ses linges domestiques et ménagers et referme ensuite sa fenêtre.

Au soleil couchant dans ce vallon de la Vieille Loye, le trésor de la tombe du Cousin Eugène avec sa femme et ses parents sous la même dalle. L’ensemble parfaitement entretenu.

Le trésor de mon toubib me susurrant que Tout de même, ils mentent trop sans me préciser de qui ni de quoi il s’agit. L’archi-trésor de découvrir que la médecine fait l’interface entre le principe de plaisir et la réalité.

Le trésor de rencontrer l’expression l’attaque à la marche, cette pratique efficace à l’escrime et l’archi-trésor de découvrir que je l’emploie depuis toujours sans savoir qu’elle était répertoriée ni en connaître le nom.

Le trésor de découvrir qu’autrefois le correcteur principal, c’était le typographe et la tristesse de constater que sa suppression pour raison technique rend de fait assez difficile la fabrication d’un texte convenablement imprimé.

Sur la Chaine Parlementaire, le trésor d’un journaliste de la Tribune de Genève disant raisonnable et tranquille dans sa chemise de velours violet le vieux soixante-huitard que je suis et de l’autre côté de la table son collègue lui confirmant que lui aussi. L’archi-trésor des plus jeunes qui organisent le débat, riant avec eux d’un rire un peu retenu par respect. Le point aveugle de la jeunesse est de ne pouvoir imaginer que les vieux ont été jeunes.

Le trésor d’un paravent fabriqué par Elodie Flamel. On le dirait à la feuille d’or.

Discutable le trésor d’entendre dans les toilettes le bruit des feuilles de journal que tourne un lecteur au long cours.

Dans le couloir central de l’autobus, le trésor de deux femmes qui rient à gorge déployée et d’une troisième qui sourit pour les accompagner.

Le trésor de l’émission Le Masque et la Plume qu’on écoute depuis si longtemps qu’on ne peut pas s’en souvenir, même en repassant mentalement la liste des déménagements. Déjà Rue Lamarck, c’est sûr mais Rue Saint Ambroise, seulement peut être !

Au dessus du Chemin de Fer entre le Pont de l’Europe et celui du Boulevard des Batignolles, le trésor des jardins suspendus. Cette expression n’est pas qu’un mythe babylonien.

Le trésor de me repasser mentalement le nom des écrivains qui sont mes contemporains Richard Millet, Claude Ollier, Hervé Guibert, Patrick Modiano car l’écrivain c’est d’abord le maniement de la langue. Et j’ajoute Paule Constant pour La fille du Gobernator.

Le trésor du grain à moudre dans l’idée de Michaël Lonsdale que les malades guérissent lorsqu’ils pardonnent. Sans doute une autre façon d’exprimer ce que je considère moi-même comme la volonté de garder en mémoire inscrit sur son propre corps ce qu’on n’a trouvé aucun autre endroit pour projeter. Ma fameuse enjection à la place de la projection ainsi qu’à la place de la traditionnelle représentation base de la philosophie classique, l’emprésentation si difficile à concevoir et à comprendre alors même qu’elle est la base de la pensée qui vient. Non plus en termes de HORS mais de EN.

Le trésor de Pâques et d’un lapin en chocolat.

Le trésor de lire au hasard le passage d’un livre pris n’importe où dans ma bibliothèque et de trouver cela remarquable. Il se trouve que c’est La Dame aux Camélias mais cela aurait pu être n’importe quoi d’autre.

Le trésor d’avoir rêvé que j’expliquais Mai 68 à la foule et comment l’espérance qui en avait levé avait été étouffée par le pouvoir qui l’avait confisquée.

Le trésor simple d’Eddy Mitchell s’expliquant sur son pseudonyme du temps du groupe musical Les Chaussette Noires. On ne lui avait laissé de choix que celui du prénom pris par référence à Eddy Constantine, acteur phare de l’époque où de mon côté je fréquentais Le Marcadet-Palace.

Le trésor d’apprendre par Internet qu’une bibliothèque de Genève vient d’acheter mon Essai sur la négation de la mère.

L’archi-trésor de résumer ma philosophie politique à deux principes : L’universalité du sujet de droit et la gratuité du prêt dans les bibliothèques publiques. C’est un peu court, j’en conviens !

Le trésor d’entendre Isabelle Alonzo comparer la misogynie au crachin. On ne voit pas qu’il pleut dit elle mais on rentre mouillé(e).

Le magnifique trésor de l’autre côté de la rue du voisin qui sur un escabeau repeint son appartement. Il a enfin trouvé une copine.

Métaphysique le trésor des déceptions qui permettent de remettre les pendules à l’heure. Remettre les compteurs à zéro est paradoxalement une toute autre histoire.

Le trésor de l’âge ! Ma bénédiction, ma consolation, mon réconfort et mon obstination.

Le trésor du voisin qui persiste dans ses travaux de peintures et même accélère sans doute pour finir dans les délais.

Le souvenir de Maman retirant des timbres de son album de jeunesse pour me les donner et l’archi-trésor de la série de ceux qu’elle avait été achetés un soir de Sports d’Hiver à la Poste de Saint Anton, en Autriche alors qu’il faisait déjà nuit. Je pense à ces fleurs là comme à une ancre de miséricorde. A Saint Anton dans l’Arlerg lorsque nous étions à la pension de famille tenue par Madame Feldmeyer qui faisait si bien la cuisine.

Le trésor d’avoir dès la rue Clairaut - avant mes douze ans - entendu parler des Manuscrits de la Mer Morte. Curieuse anomalie dans ce biotope en proie au chaos. J’avais été frappée qu’on les ait trouvés dans des jarres mais en fait non cela allait bien avec le tohu-bohu qui régnait dans ce lieu.

Le trésor de cette Américaine qui pour me prouver son affection m’assure qu’elle vient me voir chaque fois qu’elle vient en France. Je crois ainsi comprendre que ce n’est pas nécessairement le cas de ses autres relations.

Le trésor de la langue dans l’expression Ils ont longtemps partagés le même numéro de téléphone pour dire former un couple pas tout à fait légitime, euphémisme qui n’a plus de sens avec les portables et la disparition des tabous.

Le trésor scolaire de lire le bulletin trimestriel d’une élève en tous points remarquable.

Le trésor électoral d’un candidat prononçant dans son discours Nous sommes des gueux, nous sommes en haillons mais nous sommes vivants !

Le trésor du dictionnaire, cet arbitre.

Le trésor de mes pendules, celles de mes deux Grands Mères qui sonnent en même temps ce 22 Avril 2012 à 11 heures.

Le trésor de comprendre enfin la fameuse plaisanterie Tiens toi au pinceau, j’enlève l’échelle comme une définition de la littérature.

A la faveur d’un message d’Internet, le trésor stupéfiant d’apprendre qu’on a entendu parler de moi dans l’Himalaya.

Avenue de Clichy - comme souvent - au Cinéma des Cinéastes le trésor d’avoir vu un chef d’œuvre, cette fois L’enfant d’en haut.

Le récurrent trésor de mes conversations avec les chauffeurs de taxi dans le plaisir de leur raconter des choses dont ils ignorent tout et qui les stupéfie : Le Président Deschanel retrouvé en pyjama sur une voie ferrée, le Pont du Gard ou l’Exécution de Louis XVI.

Le trésor de rencontrer dans la rue un ancien voisin qui m’aborde en s’enquérant de savoir si je le remets et embraye ensuite sur ses problèmes avant de me préciser concernant les cardiaques que parmi les soignants, il y a les plombiers et les électriciens.

Croisant une femme absolument accablée, le trésor de la voir s’illuminer comme je lui dis Courage, ça va aller !

Le trésor d’Eddy Mitchell à qui on demande qu’il raconte un mauvais souvenir d’artiste et qui en narre un dans lequel tous les protagonistes sont bons. L’archi trésor de savoir de mon côté qu’on a plus souvent affaire à l’amicalité qu’à la méchanceté.

Contre vents et marées, le trésor de m’accrocher à la ville dans laquelle je suis née !

Le trésor des vieux films qui même colorisés tiennent toujours la route.

Le trésor de l’absence totale d’amertume et l’archi-trésor de simplement continuer à œuvrer.

Au Club des Retraités, le trésor du professeur de Russe qui versant de vraies larmes dans son mouchoir, pleure la mort de l’un de ses élèves de 87 ans.

Le trésor d’un bon et beau repas face à la Gare du Nord auprès de laquelle j’ai tant vécue. L’archi-trésor à son kiosque de constater en livre de poche auprès de la caisse une grosse pile de Jane Eyre. Je me souviens que dans mon adolescence cela m’avait plu sans pouvoir m’en rappeler davantage…. La littérature est-ce ce halo qui nimbe la vie et la fait supporter ?

Le trésor de ma vie avec l’Alter Ego. Et aussi bien de ma vie sans lui.

Dans l’autobus en tête de ligne, le trésor d’un vieux qui en attendant le départ lit Lord Jim en collection poche.

Excédée par - au mépris de tous - un excès de téléphonie portative, comme dans l’autobus je finis tout de même par intervenir, le trésor du soutien effectif et vocal de trois autres voyageurs.

Le trésor de Tatania Gnéditch qui traduisit dans sa cellule le Don Juan de Lord Byron et du NKDV qui la tenant prisonnière envoya son texte à l’extérieur pour avoir un avis sur sa qualité littéraire ! L’archi-trésor qu’entre temps il ait été dactylographié par la secrétaire de la prison… On peut toujours essayer d’expliquer la spécificité russe, on ne parvient pas à la faire comprendre. Pourtant le fait est là !

En 2003, comme ma nièce allait accoucher de jumeaux, le trésor du temps passé à rassurer mon père, son grand père submergé de l’angoisse qu’elle meure en la parturition comme c’était si souvent le risque au temps de sa jeunesse. Et tout mon effort pour lui expliquer que désormais - avec les progrès médicaux - ce n’était plus le cas chez nous où on n’y mourait plus en couches. Au sein de ma vie déjà fertile de toutes sortes de paroxysmes, l’archi-trésor de celui là parmi les plus tragiques et les plus glorieux.

Quand l’espoir fait défaut le trésor de l’espérance et l’archi-trésor de l’inventer, au sens de la créer. Mémoire de celui qui disait Il n’y a aucune raison d’espérer alors on espérera sans raison ! Bien vu !

A croire que ce texte est un manuel de conversation à l’usage de cette corporation, le trésor du chauffeur de taxi qui me confie son sentiment d’infériorité parce qu’il n’a pas fait d’Etudes. En matière de presse écrite, sa femme lit Le Monde mais lui seulement Le Parisien.

Le trésor d’apaiser la nostalgie d’un natif de Bizerte en lui racontant avoir eu connaissance d’un mémorandum sur la réforme de son port, rapport malheureusement laissé lettre morte. Mémorandum trouvé dans les archives de la famille.

Le trésor de savoir identifier l’angoisse de mort et de ce fait de pouvoir la remettre à sa place, un salutaire avertissement sur la nécessité de prendre des mesures de sauvegarde. Reste à trouver lesquelles !

Le pathétique trésor d’être remise en selle parce que je vois sur la Toile qu’une bibliothécaire de Fribourg a acheté mon Essai sur la négation de la mère. Une bibliothécaire de Fribourg et pas seulement de Genève comme je le savais déjà.

Le trésor d’être bouleversée d’entendre seulement prononcer le nom de Ferrare.

En ville, le trésor de découvrir qu’il y a désormais des tourterelles à collier.

Le trésor historique de comprendre que les Années Soixante et leur acmé soixante-huitarde avaient été la démocratisation de la liberté individuelle d’ores et déjà entre les deux guerres, arrachée par les Bourgeois.

Le trésor absolu d’avoir connu mes deux Parents et mes quatre Grands Parents. Et l’archi trésor d’avoir à 31 ans - parce que je m’étais lancée à sa recherche - même retrouvée l’arrière grand-mère qu’on m’avait cachée.

Le trésor d’avoir toujours et partout été bouleversée par les constructions de Vauban. Des Etangs de Hollande au Fort d’Ambleteuse en passant par Mont-Dauphin, la plupart du temps découvertes en toute innocence lors d’une promenade dans leur totale ignorance ainsi que de celle de leur concepteur.

L’archi-trésor du dur effort de me défendre et d’autant plus que celle au sein de laquelle j’ai pris vie n’a cessé de tenter de me conditionner au contraire.

Après une lutte acharnée, le trésor d’avoir réussi à accéder à l’Université et d’y avoir découvert le magazine Clarté lequel me révéla la poésie d’Evtouchenko dont j’ai fait illico l’acquisition à ma librairie habituelle. L’affreux trésor d’avoir également pris connaissance des Massacres du Ravin de Baby-Yar ainsi doublement médiatisé. Et quand la nostalgie sonne l’heure au cadran de l’Histoire, l’archi-trésor d’entendre encore sur les marches du Restaurant Universitaire Bullier le chant des sirènes mercatiques avec leurs scansions mémorielles Demandez Clarté, le Magazine des Etudiants Communistes.

Le trésor de mon condisciple Guy Loinger qui dès l’automne 1962 de notre commune rentrée m’a transmis sans le savoir, la pensée d’Emmanuel Lévinas qu’il avait eu l’année précédente comme professeur de philosophie. Dans mon Lycée, en Terminale - cette année là – à moi c’était Simone Weil qu’on m’avait enseignée. Une autre philosophe qui n’a pas été sans influence non plus sur ma vie. Ainsi ai-je tenu mon poste sans aucun souci de carrière et c’est tant mieux.

Rue Clairaut Paris XVIIe, Maman nous lisant le soir Le livre de la Jungle et tant pis pour l’absence de trésor de son excitation au passage du combat de la mangouste et du reptile.

Même peu de temps, le trésor d’avoir avec la Cimade - dans le cadre du Service Civil International - travaillé à Marseille au Camp de l’Arénas au Printemps 1964. Celui aussi d’apprendre très longtemps après qu’il avait été ouvert en 1944 dans les installations du débarquement et fermé en 1966 après y avoir abrité toutes les misères migrantes.

Au sein d’une même famille, le trésor de l’archéologie sémantique. Du biloute – l’appellation affectueuse dans le patois du Nord - l’une des deux sœurs se vit surnommée Bill par le frère et l’autre inventa en toute innocence un original Ma loutre pour gratifier son aimé.

En traversant Billancourt, le nostalgique trésor de retrouver les traces de ses studios de cinéma et de repenser aussi du coup à ceux des Buttes Chaumont. Il n’y a pas que les voyages qui enchantèrent ma jeunesse mais aussi le Cinéma. Une autre forme de déplacement.

Au Marché du Livre Porte Brancion - dans les anciens abattoirs de Vaugirard - sans doute parce que je crains d’un jour en manquer, le pesant trésor de l’achat de trente livres d’un seul coup. Remportés dans mon sac à dos.

Au tournant des Septantes dans les Hauts de Fort de France, le Carrefour de la Croix Mission, le seul endroit de l’agglomération où était rassemblés côte à côte la totalité des affiches concernant les cinémas en exploitation. En voiture, nous y montions le soir, l’un serrant la voiture sur le bas côté tandis que l’autre allait plus près explorer le choix offert afin de décider au mieux, du spectacle.

Le trésor de découvrir que le geste du dénommé divin plongeur de Paestum est le même que celui des palombes s’élançant du mur du fond de la cour.

Le trésor de la lecture du Journal de Guerre d’Emmanuel d’Astier. Rien qu’au style, on y respire un autre air.

Au vu de l’apparition d’un nouveau champ de lin avec toutes ses petites fleurs bleues, le trésor de l’espérance de se dire qu’un jour peut être, les filatures reprendront.

Le trésor de l’agonie de ma mère en Décembre 2005 comme j’ai pu lire sur ses lèvres la répétition des paroles des prières que pour elle, en son nom, à sa place - mémoire de mon enfance - pour lui faciliter le grand passage, j’ai récitées.

Durant la Résistance, en comptant de trois en trois, le trésor funèbre d’Astier de la Vigerie surmontant sa peur. C’est du moins ce que j’en comprends car il n’en parle qu’à demi-mot. On pourrait dire que la pensée trinaire rétablit l’existence du monde, là où la dualité oblige à la vassalisation et la dévoration.

Le trésor de la Prieure d’un Monastère me tenant des propos aimables sur le caractère rare d’une franche parole comme la mienne. Et l’archi-trésor gastronomique de pates de fruits fabriquées dans l’établissement ainsi que mon consentement tranquille à l’acquisition d’une boîte de biscuits Collector. Idéale pour ranger mes jeux d’enfants. Je les ai gardés et les regarde régulièrement. Garder et regarder. Le monde en action et en contemplation.

En l’évoquant pour des auditrices, le trésor de découvrir que d’une certaine façon, cinématographiquement parlant, la Nouvelle Vague est plus ou moins sortie de l’œuvre de Bergman.

Le bouleversant trésor de cette mère qui ayant perdu son enfant dit au Curé : Ce n’est pas que je ne crois pas en Dieu mais je ne lui parle plus !

Le trésor contestable d’un dictateur destitué qui pleure parce qu’il est condamné à la prison à vie mais le trésor quand même quoi qu’en pensent Monsieur et Madame Michu.

Pour le Jubilé de la Reine qui règne depuis soixante ans, le trésor de la parade fluviale sur la Tamise et l’archi- trésor de l’allure de la famille royale en majesté sur sa barge.

Le trésor de cette femme qui s’adresse à moi et me demande comment faire pour réparer les fautes qu’elle a commises.

Le trésor bouffon d’apprendre qu’en fait le God save the Queen a été écrit par Lully pour nôtre Louis XIV à nous…

Place Clichy, le trésor de l’amour de ces deux quinquagénaires qui se rencontrant à la Brasserie du Wepler, se le manifeste de baisers et de caresses.

Le trésor de Jean Claude Milner affirmant que le devoir de l’écrivain est de ne pas laisser la langue dans l’état où il l’a trouvée ! Force est de constater que dans ce domaine, j’ai fait le maximum. Mais je n’avais pas le choix…

A quatorze et quinze ans le trésor d’avoir commencé les petits boulots pour me procurer l’argent de poche me permettant l’achat d’une veste en daim - le must de l’époque - et les promenades équestres dans le Vercors, l’été 1960.

Je ne connais Dieu que par son absence. Le trésor de l’aveu de Bernard Briquet.

Le contrepoint inattendu d’un vieil intellectuel sibyllin me conseillant de toujours croire les menteurs. Oh le trésor paradoxal de toutes ces voix singulières tout autour de moi ! Non pas un chant choral mais un kaléidoscope. Des proférations pour toutes les situations nombreuses et variées.

Le trésor d’un copain m’offrant en noir et blanc une reproduction d’un tableau de Modigliani, à l’époque une vraie richesse…

Le trésor de Marie Madeleine Dubois sortant de prison pour devenir à l’ENSET ma condisciple et mon amie. Et l’archi-trésor de comprendre bien des années après qu’elle avait été condamnée pour participation au Réseau Jeanson. Elle ne s’en vantait pas et de toute façon, je ne savais pas ce que c’était.

Le trésor d’Alice Hamimi fille d’ouvrier, mon amie au Lycée dont je n’ai compris que bien plus tard qu’elle était arabe et de Jean Garreau à l’Université, lui qui disait à temps et contre temps Alléluia, Amen ! Avant de devenir prêtre ouvrier.

Le trésor d’avoir aimé de tous les bords des Chrétiens convaincus ou simplement sociologiques, des Musulmans Républicains et des Juifs nombreux presque tous athées.

S’adaptant à tout avec bonne humeur et constance, le trésor d’une jeune personne de ma connaissance. L’archi-trésor de me demander si l’éducation à la complexité du monde qu’elle a - dès son enfance - reçue y est pour quelque chose.

 

Onzième Cahier

 

7 Juin 2012

A la Foire Saint Germain, au Marché de la Bibliophilie sur la manche de ma veste en velours bleu, la caresse du bouquiniste à qui je viens de faire grand compliment de la qualité de son stand, un trésor inattendu.

Le trésor d’avoir autrefois si souvent diné en ville, emportant la progéniture et son petit lit pliant en toile bleue qu’on pouvait rapidement monter n’importe où. Aucun parent ne circulait ainsi plus librement que nous et totalement.

Le trésor urbain de la Conciergerie restaurée et du coup la disparition de la grande bâche publicitaire qui l’occultait le temps qu’on en finisse les travaux.

A Montevideo en 1987, le trésor d’avoir été invitée à déjeuner dans un restaurant du Port, par les Tupamaras. La plupart sortaient de prison et avaient été torturées. J’en étais restée coite.

En matière d’écriture à la plume avec de l’encre noire, le trésor de préférer haut la main la Parker à la Waterman.

Le trésor d’une dame blanche. A savoir une glace à la vanille avec du chocolat chaud et de la crème Chantilly.

Le trésor de ma volonté de résister à la déshérence et à l’éparpillement.

Après avoir au fil du temps réussi à surmonter d’abord l’horreur puis l’aversion, le trésor d’une réconciliation et l’archi trésor d’évoquer dans l’harmonie les souvenirs heureux de nos vies de jeunes filles.

Le trésor de décrocher d’une auteure lourdingue, sans grâce et presque sans créativité, même si elle est encensée par la Presse unanime.

Le trésor d’avoir offert bobine de fil et écheveau de coton à broder à celle qui en fin de compte est ma petite nièce.

Le trésor du médecin qui découvrant mon état sanitaire voulait absolument m’arrêter définitivement, affirmant que je n’étais plus en état de travailler ainsi que l’archi-trésor de lui avoir répondu qu’il me restait dix huit mois pour atteindre l’âge légal de la retraite et que j’entendais accomplir jusqu’au bout ma vie professionnelle telle qu’elle avait été prévue. Ce qu’effectivement j’ai réussi. Reste à ajouter que je suis désormais quasiment invalide.

Le trésor du Ministre des Affaires Etrangères qui lors de sa Conférence de Presse exige qu’on lui pose les questions en Français.

Lorsque le téléphone sonne longtemps, le trésor de savoir qu’il s’agit de quelqu’un qui sait qu’ayant du mal à marcher, je mets longtemps à traverser l’appartement pour atteindre mon vieux et fixe récepteur, largement suffisant pour mes besoins de plus en plus réduits.

Au Marché de la Poésie de 2012 le trésor d’avoir acheté les deux volumes de la Pléiade des Œuvres Poétiques Complètes d’Aragon, enfin réunies depuis le temps que je les quêtais. L’archi-trésor d’avoir au Lycée appris un poème de La Diane Française, qu’il m’ait illuminée toute ma vie et de le relire assise sur un banc de la Place Saint Sulpice.

Au même endroit, le verbal trésor d’une algarade, d’une volée de bois vert dans l’esprit parisien et l’archi-trésor de constater qu’un confrère qui ne me connait pas vole quand même à mon secours.

Traversant la Normandie à la fin des Nonantes, le trésor terrifiant de Maman qui disait : Il y a des coquelicots, on voit bien qu’on n’est pas encore en Enfer !

M’émerveillant d’une musique entendue à la Radio, le trésor d’apprendre qu’il s’agit de La Jupiter de Mozart.

Le trésor d’évoquer avec ma sœur le film Une journée particulière et de constater qu’elle se souvient des gens descendant dans la cage d’escalier et moi du linge étendu sur le terrasse.

Le trésor de mes rosiers fut-ce dans un jardin qui n’en est pas un et pourtant en est un quand même.

Trésor d’un rite absolument français : Le jour du Baccalauréat, au matin de la première épreuve, l’annonce médiatique des sujets de Philosophie et à l’heure du déjeuner - le temps imparti écoulé - d’un corrigé type quasiment officiel.

Avec la coiffeuse de la Place Pereire, le trésor incongru d’évoquer la beauté du Causse Noir.

Le trésor du dur choix entre deux livres lorsqu’il s’agit d’emporter l’un des deux à lire dans l’autobus, chacun relevant déjà de l’état d’urgence.

Le trésor d’une laborantine qui me raconte en Espagne sous le franquisme son enfance chez les Sœurs et l’ultra-trésor de comprendre qu’elle est largement surdiplômée.

Le trésor de résumer les difficultés de l’époque par la formule mathématique Les emmerdements augmentent comme le carré des affaires auxquelles on est mêlé.

Au téléphone, le trésor d’une voix qui me fait part du bonheur de ses découvertes architecturales, notamment là celle de l’église du Raincy et des vitraux de Maurice Denis.

Le trésor de me souvenir que F m’avait dit qu’on était sorti mortifié du nazisme et l’archi-trésor de savoir quel usage faire de cet aveu.

Le trésor du style de Michel del Castillo. Tout tombe au carré, dans le marbre et le plomb néanmoins avec une certaine distance - voire distance certaine - celle de la plume.

Et c’est en lisant son De Père français que je comprends enfin le sens de la phrase que le même F m’avait dite il y a bien longtemps 999 fois sur 1000, l’homme il n’y en a pas. Une autre version de ma formule Ils n’ont aucune idée du bien comment auraient ils celle du mal ?

Le trésor de parvenir enfin à regarder les choses en face et à les nommer. La vérité la réalité, c’est que nous sommes en pleine Révolution. Peut-être simplement pas celle dont on avait rêvé.

Le trésor de la bimbeloterie dans les vitrines de la Place Saint Sulpice : de petits objets d’arts populaires, des bénitiers de toutes les formes et tous les formats ainsi que des anges à suspendre un peu partout.

Au Marché de la Photographie à la Foire Saint Germain, le trésor de farfouiller dans un carton assise sur un des rares bancs publics où le marchand m’a gentiment installée comme je lui faisais état de mon état. Et l’archi-trésor de rentrer chez moi avec une flopée de portraits, ma grande famille des anonymes – pansement sur ma blessure initiale - j’en ai désormais un plein sac.

En matière de tissus, le trésor grâce à eux de pouvoir symboliser non seulement les gens qui me sont chers mais aussi les situations qui m’ont émue. Et de pouvoir en user de cette façon là comme d’autres se servent d’un boulier pour faire des comptes plus compliqués. En fait ils permettent de figurer la pensée complexe ce qui n’est pas toujours le cas de l’abstraction.

Au téléphone, une voix qui m’explique des aspects du monde qui jusque là m’avaient totalement échappés, quel émouvant et sublime trésor !

Place Saint Sulpice, le trésor d’être horrifiée de constater la hauteur des marches de l’escalier qui monte à l’étage du Café de la Mairie, là où je n’ai pas tout à fait mes habitudes mais presque. Cela ne fait rien je peux rester au rez-de-chaussée. C’est là que je dis du bien au serveur concernant la qualité de son roastbeef froid dans son assiette maison. Il est content du compliment et moi du déjeuner.

Le trésor de F qui me répercute ce que disait son maître en psychanalyse à savoir qu’un parapluie pouvait très bien - déjouant toutes les interprétations - n’être qu’un parapluie. L’archi-trésor que l’ayant oublié, quelqu’une à qui je l’avais transmis me le rappelle au moment opportun.

Faut-il prendre pour un trésor Frédéric II de Prusse demandant à son médecin s’il a une preuve de l’existence de Dieu et que penser de sa réponse ? Du moins si on la connait…

Le trésor d’organiser une restructuration du jardin en me débarrassant du massif qui en occupe le centre, faute de réussir à l’entretenir et de remplacer ce cœur par un nouveau frêne qui tout seul s’élance vers le ciel. Constructivisme de l’art en période de débâcle. L’idée même de jardin.

Le trésor de la beauté de ma ville dépassant tout ce qu’on peut imaginer et mon amour pour elle croissant – je le constate – à chaque traversée. Autrefois en autobus, aujourd’hui en taxi. Hélas !

Le trésor de constater que l’expression Territoire perdu a élevé une simple expérience vécue au rang de concept politique.

Le trésor d’avoir découvert la Baltique, ses paysages et sa culture sans auparavant en rien connaître et même sans l’avoir désiré. L’archi-trésor d’en être encore dix ans après violemment illuminée comme de l’éclat métallique du ciel dans cette contrée là.

L’étonnement tout de même d’entendre à France Culture parler de l’architecte Niemeyer comme d’un disciple de Le Corbustier (sic) et des attentats ayant eu lieu au gaz sarrazin (sic) non comme un bafouillage qu’on rectifie ensuite en s’excusant mais comme le signe de l’incompréhension totale de ce qui est lu. On n’en croit pas ses oreilles et pourtant… Comment alors s’étonner du reste ?

Même si c’était dans de petits boulots pour avoir de l’argent de poche, le trésor d’avoir commencé à travailler à quatorze ans. L’archi-trésor de mon enracinement dans la mémoire prolétaire.

Parce qu’il fait froid et nuit, que le fronton de l’autobus n’est pas allumé et qu’ayant une fois déjà commis cette erreur je me refuse de monter à l’aveuglette en cédant à l’attraction de ces portes grandes ouvertes, demandant tout haut quel est son numéro, le trésor de m’entendre répondre Le 43 ! L’archi-trésor de cet échange anonyme confirmant l’unicité et l’unité de l’espèce.

Le trésor de cet oncle par alliance qui a la faveur d’un repas de famille me susurre à l’oreille une étonnante interjection m’avouant ainsi sa pure admiration et en filigrane, un peu plus.

Lors d’une restructuration éditoriale, le trésor d’apprendre que Gallimard a racheté d’un seul coup 27.000 titres pour un montant global de 230 millions d’Euros et qu’il y a dedans – après un long détour par d’autres détenteurs – l’un des miens.

A la limite du radotage, le trésor récurrent de mes Etudes à la Faculté de Droit, Place du Panthéon au début des Sixties. Elles furent paradisiaques même si j’ai souqué dur… Je me souviens de mes larmes sur la difficulté de maitriser correctement les circuits de financement du Trésor Public. Qui dit mieux ?

Le trésor de reprendre quatorze ans après mon travail de fond sur une poétesse ayant résisté à tout. L’archi-trésor plutôt inattendu de me réveiller le matin en en ayant dans la tête des fragments et en russe et en français.

Avenue Niel à un balcon, le trésor de l’affirmation de l’évidence Nous sommes tous nés d’un homme et d’une femme et l’étonnement que cela puisse être contesté.

Le souvenir déchirant et récurrent du Polder de Sébastopol rendu aux oiseaux et aux poissons parce que la Raison a fini par imposer qu’on abandonne contre l’Océan, une lutte que de toute façon il était impossible de gagner.

Le bonheur, le trésor du bonheur de farfouiller dans les dictionnaires. Depuis mon enfance et encore aujourd’hui au commencement radieux de ma vieillesse. Au point de les transporter avec moi en dépit d’un encombrement qu’il est impossible de nier !

Le trésor métaphorique d’une nouvelle expression entendue à la Radio De la Grotte Chauvet à Médiapart. Mais on pourrait aussi bien dire de Jéricho à la Station Spatiale. Cela dépend de ce qu’on veut démontrer par la suite…

Concernant l’intervention des pays voisins pour empêcher chez nous tout changement, face à l’angoisse qu’à ce sujet me confit un jeune homme, le trésor de lui raconter La Révolution et La Bataille de Valmy dont il n’avait jamais entendu parler. L’archi-trésor singulier d’en avoir lu par ailleurs le récit dans le journal de guerre d’un certain Goethe qui n’y bénéficia d’aucun privilège. On l’y voit aussi s’étonner de la modestie des revendications inscrites dans Les Cahiers de Doléances qu’il a l’occasion de lire un soir dans le local où il va passer la nuit. Une étude de notaire ou de quelque chose ejusdem farinae.

A Trégastel, le joli petit bâtiment municipal dénommé globalement Centre des Congrès de la Culture et des Loisirs. Modernisation de ce que les subsahariens nomment le Hangar à Palabres avec obligation pour chaque génération d’en augmenter - à coups de fagots - l’épaisseur du toit.

Le trésor sidérant d’apprendre dans les Pays Baltes de tragiques épisodes de l’Histoire dont j’ignorais tout. A couper le souffle! Pour entamer une série de cauchemar.

Le trésor d’avoir dans le Carnet de Bord de Maman retrouvé le nom de Sahy bourg dans lequel nous avons avec ma soeur le 22 Juillet 1962, dansé la Czardas et parlé le Russe avec ce que ne savais pas non plus être en Slovaquie, la minorité hongroise, faute de connaissances concernant Le Traité de Trianon. Le fait est qu’on ne l’a pas appris à l’Ecole et que c’est la Globalisation et la tournure que prennent les évènements en résultant qui obligent à approfondir ses connaissances tant en Histoire qu’en Géographie et parfois c’est tout un ! Là par exemple.

En 1975 le trésor en m’installant à la villégiature d’avoir découvert lors de mes premières promenades, des amandiers en fleurs.

Comme au matin de mon mariage - en dépit de mon enthousiasme extraverti - mon père descelle en moi le petit pincement au cœur que j’éprouve tout de même de quitter ma famille d’origine, le trésor de la ferme parole du proverbe dont il me tend le secours Tant l’on crie Noël, qu’à la fin il vient. Sans barguigner !

Le trésor des pull-overs que nos Parents nous avaient rapportés de leur voyage en Norvège à ma sœur et à moi comme nous étions encore jeunes filles chez eux. Des splendeurs inouïes comme on n’en voyait encore, nulle part en France. D’ailleurs cela s’appelait à juste titre des pull-overs norvégiens !

En passant devant certains immeubles au bas desquels il y avait autrefois des Cinémas, non seulement le trésor de m’en souvenir mais bien plus encore d’être capables d’évoquer les films qu’on y a vus. Ainsi Jason et les Argonautes, Avenue Niel en face de la FNAC et Hiroshima mon amour en face de la pharmacie, Rue des Batignolles. Merci la vie !

Le trésor d’abandonner volontairement un livre dans un abri d’autobus et de le voir rapidement emporté par une subsaharienne tête couverte.

Rutilantes, les coupoles dorées du Grand Magasin du Printemps, autrefois ce haut lieu de mon bonheur, quel trésor !

Le trésor de ce type à Saint Germain qui me voyant en difficulté avec un automate qui couine, m’enjoint de retirer ma carte et pour s’excuser d’une intervention qu’il trouve lui-même à la limite de la correction, se dégage d’un sarcastique De nos jours il faut au moins avoir fait Sciences Po.

Le trésor absurde de voir à la Télévision la tombe de Guy Loinger alors qu’en raison de ma presque invalidité, je n’ai pas pu me rendre à son enterrement alors qu’il fut l’ami de toute ma vie. Et cela au motif que Klarsfeld interroge Georges le plus vieux résistant de France, le malheureux père de mon ancien condisciple sur le chagrin de la mort de son fils.

Le trésor esthétique d’acheter du liquide à vaisselle d’une couleur qui s’intègre dans la décoration de ma cuisine… Cela demande d’abord de l’application puis ensuite de l’abandon aux automatismes.

A travers la ville, le trésor de contempler tous ces beaux types au volant de belles voitures.

Le trésor choral des radios interactives dans lesquels s’expriment des auditeurs aux accents multiples et aux voix diverses tant sur le fond que sur la forme. Je ne m’en lasse pas.

Le trésor d’un aller et retour en taxi pour aller faire à La Foire Saint Germain l’acquisition d’un objet auquel je croyais avoir renoncé la veille et qui pour le meilleur comme pour le pire m’a hantée toute la nuit. L’archi-trésor hypocritement désolé de ne pas pouvoir me dérober à l’attraction de mes coups de foudre artistiques.

Le goguenard trésor des multiples variations que L’Esprit Français invente à la locution Du côté de chez Swann. Depuis la version égotique de Du côté de chez soi jusqu’à l’asiatique Du côté de chez Xuan. Souvent comme des enseignes de restaurant.

Le trésor des vingt cinq mille dollars payés à un indicateur qui a permis en Hongrie, l’arrestation d’un nazi de 97 ans !

Au début des Octantes, le funèbre trésor de Gisèle Dessertenne - Professeur de Sciences Physiques - gueulant dans les couloirs du Lycée Jules Siegfried après la faillite de la firme nourricière : Creusot-Loire Ma Mère, tous ses fils licenciés d’un seul coup. Et l’archi-horreur d’apprendre que de surcroît son père s’était dans la même journée, suicidé.

Le trésor de tous ces bouquinistes de plus en plus nombreux au fur et à mesure que le prix des livres d’occasion s’écroule sous le poids de leur pléthore et de l’effondrement du continent avec lui.

Le trésor accueillant de ma future Belle Mère sortant pour me les montrer, les albums photos de son confiturier et dans mon cœur et mon âme la joie de me dire que j’étais acceptée. Rue d’Ulm à Paris en 1964. Que cette lumière là brille éternellement.

Le trésor de la coupe d’un arbre surplombant malencontreusement la cour de Normandie.

Le trésor d’un rapprochement qu’on n’avait pas cru possible et qui pourtant a lieu.

Le trésor géopolitique d’un proverbe oriental Au Proche Orient pas de guerre sans l’Egypte ni de paix sans la Syrie !

Le trésor du commentaire d’un expert militaire évaluant le matériel d’une rébellion d’un Ce n’est pas du neuf : des kalachnikovs, des fusils de chasse, des lance-roquettes….

De l’autre côté de la cour, le trésor d’un type qui secoue un drap à la fenêtre et l’archi-trésor de constater que je n’ai jamais vu cela.

26 Juillet 2012 Fête de Sainte Anne : Secrétaire Général de l’ONU, le trésor de Ban-Ki-Moon courant avec la torche olympique dans le Stade de Sarajevo avec le marathonien Islam Djugum qui s’y est entrainé toutes les nuits pour échapper aux snippers serbes, pendant la Guerre de Bosnie de1992 à 1995.

Le trésor magnifique de cette maison délabrée et de tout ce qui a pu quand même s’y vivre.

Le trésor des Enfants Bonnard se moquant de moi parce qu’en visite chez nous, ils ont découvert - affiché dans mon armoire Rue Clairaut - mon emploi du temps, y compris l’heure du réveil le Dimanche matin.

Le trésor historique d’un certificat de bonne conduite délivré à un soldat au nom de la République Impérissable et à l’entête de Liberté – Sans Culottisme – Egalité.

Aux Puces de Millau, le trésor chaotique des conversations. Mille fleurs de liens saisis au hasard et auquel chacun se mêle, tenant sa partie. Sa partition même car c’est un Opéra. Et l’archi-trésor de la Place Foch à Midi.

Adressée à un brocanteur anonyme, le trésor de cette phase qui m’échappe : Je vous souhaite d’être un vieux heureux !

A la villégiature, le trésor de l’achèvement du sol de la souillarde avec moyenâgeuses des dalles trouvées sur place et selon la technique du Pont du Gard.

Le trésor rassurant du bruit des croquettes dans la gueule du chat.

Le trésor au soleil levant de voir sur le mur de la maison, l’ombre portée d’une serviette étendue sur le fil à linge.

Comme sortis d’un tableau de Signac, le trésor des vacanciers dans leur joie nautique sur le Tarn.

Un peu plus en aval le trésor de Saint Rome avec apposée sur la Tour de l’Horloge la plaque sur laquelle on lit Restauration du Vœu Suze 1979 sans compter celui de la statue de Monseigneur Affre, customisée à la mode surréaliste.

En contrebas le trésor du type expliquant à la cantonade du vide grenier : J’ai été obligée d’acheter cette chemise pour la sauver, cinquante centimes elle est en lin, ce n’est même pas le prix des boutons. Et joignant le geste à la parole - la portant sur lui - il en flatte le tissu.

Dans mon quartier à Paris, le trésor simple de la vie, la joie des retrouvailles avec les employés de la Maison de la Presse où j’achète mes journaux et qui me manifestent leur affection en réponse à la mienne.

Le trésor du contentement du cuistot de la Chope Champerret à qui j’exprime clairement et directement ma profonde satisfaction pour la qualité hors-pair du Tiramisu qu’il a fabriqué.

Pendant la Guerre, parce qu’il a dû faire de la place dans sa valise pour son émetteur radio, le trésor de Daniel Cordier parachuté en France, portant sur lui l’imperméable auquel il n’avait pas voulu renoncé!

Le trésor d’apprendre tant d’années après que les cloches de toutes les églises de Caroline du Nord ont sonné pendant qu’Amstrong marchait sur la Lune. Sans le décalage historique, j’en pleurerais…

Le trésor d’une journée sans avoir eu besoin de prendre du Doliprane, cet antidouleur familier. L’archi-trésor de constater qu’antidouleur et antalgique ne sont pas tout à fait synonymes.

Pour les terrasses de ses cafés, le trésor d’apprendre que l’Université de Harvard a acheté à Paris au Jardin du Luxembourg, six cents chaises.

Hors du commun le trésor de l’angoisse qui m’étreint parce que je ne suis plus très sûre de savoir où est mon Bernanos et l’archi-trésor du soulagement de le retrouver exactement là où il doit être. Dans la boite à Pléiades. La boite à Pléiades ou la boite de Pléiades ?

Le trésor d’apprendre de Tobie Nathan que son prénom Yom Tov en hébreu veut dire Jour de fête et que cela élucide - au moins partiellement - le mystère de ce cadeau que lorsque j’étais enfant me fit mon parrain René Copin– juif converti - d’un éléphant en tissu bleu bourré de paille dont on me dit qu’il s’appelait ainsi.

Dans ma rue le trésor de ce couple se tenant par la main absolument radieux, elle enceinte jusqu’aux yeux presqu’à terme avec un ventre dilaté dans un débardeur moulant.

Le trésor du ciel plombé du Vexin, ce lundi matin dans une bouleversante traversée de la campagne.

Plus d’un demi-siècle après l’avoir rencontré, l’archi-trésor d’avoir conservé intacte !a confiance du plus cher de mes amis.

Face à l’accroissement de l’antisémitisme ambiant, le trésor de la réponse du Grand Rabin de France qui appelle à une prière mondiale le Dimanche 23 Septembre à 17 heures parce qu’à ce moment là dit il tout le monde est en situation d’être réveillé. Et pour ce faire, l’archi-trésor du texte qu’il propose Seigneur délivre nous de notre exil et de nos souffrances. Envoie-nous le Messie avant ce soir !

Le trésor de la création textile que je suis en train de broder avec des matériaux de récupération : la casaque de cavalerie de mon Beau Père, mon costume violet en velours et dentelle et beaucoup de boutons récupérés ici et là, en grand quantité.

Comme l’intégrisme barbare nous menace de plus en plus dangereusement, je découvre quel trésor a été mon calvaire au Lycée Siegfried, en le combattant.

Le trésor de Patrick Modiano écrivant peu ou prou toujours le même livre.

Dans le tout petit appartement d’un intellectuel parisien, le trésor de son somptueux et inattendu lit-bateau.

Ce lundi en fin d’après midi, le trésor des élèves sortis du Lycée Louise Michel de Gisors et groupés sur le trottoir. L’archi-trésor de découvrir du coup à quel point en tant que tels, ceux qui furent les miens me manquent comme une des catégories participant à ma vie. Je n’ai jamais cessé de les aimer.

Sur la loggia, le trésor d’un geai venant voler les noix que mon alter ego a rapportées du verger. Le trésor de l’instant de sa pause sur la rambarde, l’objet de sa convoitise dans le bec.

Au Music Hall de l’Alhambra près de la Place de la République, avec Maman le trésor des ballets du Marquis de Cuevas. J’y pense non seulement encore mais toujours. Notamment à un final lors duquel – dans la pénombre - le danseur vedette traversait seul la scène, le poitrail étincelant après que son étoile l’ait quitté.

Le trésor d’éprouver le son du glas comme une terreur et de me souvenir qu’il n’en était pas ainsi autrefois.

Le trésor de découvrir qu’en prendre plein la gueule avec élégance est un art que la période incite vraiment à cultiver.

Aimer les beaux objets, le trésor des boussoles qui indiquent la route du monde.

Le trésor désormais de ne pas abandonner des livres à lire seulement dans des stations d’autobus mais aussi dans des boites à lettres.

Face à l’angoisse de la situation telle qu’elle est, le trésor d’entendre le médecin sollicité dire que cela ne relève pas de la médecine. Qui sait ? A ce degré là, la vie est en danger.

Le trésor simple d’entendre dire que mon On attend Robert est bien écrit et de cette américaine habituellement si réservée disant qu’elle est contente de me connaître… depuis trente ans que nous nous fréquentons.

Ce n’est pas Robert Redford dans Jeremiah Johnson, c’est Jeremiah Johnson trésor absolu du cinématographe.

Le trésor de comprendre que pour eux le bonheur est un droit voire un alors que pour moi, c’est un devoir. Un monde nous sépare.

Dans son prologue pour Athalie, le trésor de découvrir Mendelssohn.

Devenues rares les voitures de couleur ont désormais des teintes si recherchées et si réussies qu’elles en sont devenues un trésor roulant d’œuvres d’art.

Evoquant son père, le trésor d’un journaliste caricaturant la société française d’un Je ferais bien une omelette au jambon si j’avais des œufs mais je n’ai pas de jambon. Non seulement il y a du vrai mais c’est tout à fait cela.

Lui qui me connaissait depuis ma jeunesse et avait pourtant le sens de la litote, le trésor de F me disant lors d’une déjeuner de 2003 à quel point il me tenait en haute estime employant même un mot qui ne peut s’écrire ici. Devrais-je écrire ailleurs ce qui n’a pu se maintenir dans le long rouleau de L’Architrésor et a pris du coup - pour ne pas provoquer la divinité - le risque de l’oubli ?

Le trésor de l’œuvre de Tourgueniev tout entier sous le signe et l’attente d’une Révolution qui ne vient pas.

Dans le journal de bord du voyage au Mali l’été 1967, le trésor de se découvrir à bord du Mermoz entrant dans la Gironde le 4 Septembre à 22 heures pour terminer le lendemain notre périple à Bordeaux à 6 heures du matin.

Le trésor d’apprendre que parmi les records absolus des chansons à succès, le fameux tube C’était bien chez Laurette qui m’illumine encore au jour d’aujourd’hui a été écrit dans le train entre Paris Saint Lazare et Saint Cloud.

Trésor de la première image du film La Colline des Potences (1958) dans laquelle Gary Cooper vêtu d’une redingote noire, d’un chapeau et de bottes assorties, surplombe la tête inclinée, un voleur cramponné au dessus du précipice.

Dans leurs gilets de protection orange fluorescent, le trésor des ouvriers qui renforcent le ballast de la voie ferrée Gisors-Dieppe.

Le trésor de maitriser la langue et l’archi-trésor d’en jouir.

L’ayant appris dans les bas-fonds - le trésor lors de sa visite - de l’argot parlé par Pierre le Grand au Régent qui en était choqué.

Le trésor de penser que Moïse lui-même n’est pas entré dans la Terre Promise.

Un lundi matin à 6 heures, entendant à la radio …Spinoza qui était comme tout le monde le sait, tailleur de verre le trésor de me demander si la politesse française est l’une des formes de son génie ou sa langue une métaphore de sa fiction. Les deux choses n’étant d’ailleurs pas sans rapport. La récidive ne se fait pas attendre avec cette fois la formule… que tout le monde connaît à cause de Proust… Trésor de chez trésor…

Le trésor synthétique de résumer la vie politique d’un Les noms d’oiseaux ont volés bas inventant ainsi l’euphémisme au carré.

Le trésor d’un quidam avouant qu’il se réveille païen et qu’il lui faut devenir juif.

Le trésor d’avoir fini par découvrir l’étymologie de l’expression tomber de l’armoire, à savoir choir de l’intimité de la femme. On comprend que l’homme en soit traumatisé.

Le souvenir de cette quête d’un taxi le long de l’Avenue de New York lorsqu’elle n’était pas encore le Quai Kennedy comme nous étions en retard pour aller au théâtre avec mes deux condisciples préférés et le trésor de mon ensemble blanc, robe et veste assortis.

Le Premier Décembre 2012, le trésor horrifié de découvrir les statues installées dans le hall de l’Hôtel Lutetia. Des corps torturés et pornographiques dans les postures adéquates. On y découvre la vraie nature d’une ville qui se prend pour le centre du monde. En est sans doute conscient celui qui dit La vie politique, ce n’est pas le Bal de la Croix-Rouge ! Comment s’étonner alors des résultats ? Autant mettre en cause la loi de la pesanteur et l’accélération de la chute.

Dans un livre d’Elsa Triolet le trésor du mot bottillons me faisant découvrir à quel point ils sont passés de mode, les femmes portant désormais des bottes. Quant aux bottines elles renvoient aux ancêtres, aux mancêtres même puisque pour dire le féminin j’ai inventé la transcription de cette nuance qui change presque tout.

Le trésor d’avoir du mal à reconstituer l’étymologie du vocable débine en tant que debénir, c'est-à-dire finalement profaner. Vivant en permanence dans le sacré, je comprends du coup pourquoi je ne la supporte pas.

Depuis longtemps et pour toujours le trésor de l’expression brute de la foi communiste d’Oscar Niemeyer tranchant avec la malice à la mode dans certaines couches de la société.

Au Club des Retraités de la MGEN, le trésor de trouver punaisé au mur dans l’une des salles de classe qu’on utilise pour nos activités, la liste des verbes irréguliers anglais et de la découvrir désormais une comptine parmi d’autres.

Le 12 Décembre 2012 Rue de Châteaudun comme le jour se lève, le trésor du marchand de fleurs artificielles à côté de l’arrêt de l’autobus sortant sur le trottoir deux sapins décorés dans des vasques en fonte, allumant une cigarette et regardant l’ensemble de sa vitrine avec obstination.

Sur la Toile, le trésor de découvrir qu’on s’est servi de mon œuvre pour un atelier d’écriture sur le thème du Travail. A la Faculté des Lettres de Poitiers.

A la fin de sa vie, le trésor d’entendre dire qu’Aragon était intarissable sur le malheur d’aimer et sur sa vie ratée.

Pour servir de compagnons aux enfants traumatisés, le trésor d’apprendre qu’on dresse spécialement des chiens et l’archi-trésor d’avoir connu chez mes Grands Parents, les précurseurs qui m’ont sauvé la mise. Chez les uns Fox le savoyard épagneul breton et Yankee laissé chez les autres par l’Armée américaine à la Libération.

En matière d’erreur de traduction, le trésor de réussir à rectifier le Jésus que ma joie demeure frisant le blasphème en Jésus demeure ma joie plus près de ce que la foi de cette religion conçoit comme ligne de conduite.

Dans un salon de coiffure le trésor d’un patron japonais totalement parigot.

Dans son costume blanc quarante ans après, le trésor de la bouche du King dans un concert à Honolulu.

A Cambrai le premier janvier 2013, le trésor d’une escalope au maroilles.

Le trésor d’entendre la voix d’Antoine Spire parlant de Max Jacob.

Revoyant La nuit américaine - le chef d’œuvre absolu de François Truffaut - le trésor de constater que non seulement il n’a pas vieilli mais s’avère tout au contraire d’une encore plus grande intensité.

Le trésor de réussir à résumer ma situation. Je suis écrivaine et écrivain. Non par ambiguïté sexuelle comme c’est la mode mais parce que ce sont effectivement - la société française étant ce qu’elle est - deux catégories différentes.

Le trésor du mois passé à rechercher l’exactitude d’une phrase entendue dans le film de Jean Renoir La Règle du jeu. La citation exacte n’est pas Firmin faites cesser le scandale ! Lequel Monsieur comme je le croyais mais Corneille faites cesser cette comédie ! Laquelle Monsieur ? Et l’archi-trésor de découvrir que je n’avais fait que réécrire l’idée en termes de classe sociale populaire.

A ceux que cela intéresse, l’archi-trésor de raconter – quitte à radoter – ma vie en Mai 68 au Comité de Quartier des Abbesses. Peu de gens savent que les Evènements en question furent essentiellement une Grève Générale touchant 9 millions de travailleurs. Qu’auraient pu sans eux une poignée de gauchistes au Quartier Latin ?

Le contestable trésor d’apprendre que Jean Gabin battait Marlène Dietrich et de me souvenir qu’il en était de même de Serge Gainsbourg et Jane Birkin et encore de quelques autres…

A la gare de l’Est le trésor d’évoquer avec le marchand de nougat, non seulement la Nationale 7 des vacances mais aussi la chanson de Charles Trenet qui lui rend grâce. A la N7 et non au nougat.

Comme j’ose dire devant mes collègues que cela fait soixante huit ans que j’essaie de prendre pied dans la vie sans pour autant y parvenir, le trésor d’une voix ajoutant que D’autres se seraient découragés. L’archi-trésor de découvrir à quel point c’est vrai et comme cela me permet de laisser mon drame de côté.

A Champigny au bistrot des Quatre Sergents où dès le début de l’après midi sont accrochés au zinc toute une variété de pochards, le trésor d’une morue au four pas vraiment faite pour les bobos.

Le trésor d’apprendre que dans le lexique de l’imprimerie, le mot defet s’applique à une feuille en surnombre qu’on garde pour le cas où on en aurait besoin là où elle manquerait. S’applique ou s’appliquait ?

Pas facile à rentabiliser, le trésor d’apprendre que le bastringue est aussi une machine à imprimer les toiles. Voire même d’abord.

Le trésor d’entendre dire qu’au Moyen Age, les marchands arabes qui s’enfonçaient dans le Sahara demandaient aux habitants des oasis Y a t-il encore quelqu’un au-delà de vous autres ?

Devant le Grand Magasin du Printemps, le trésor de croiser un musicien pressé avec son sac à dos, sa valise à roulettes et son violoncelle.

Le trésor de mercerie de déballer et de ranger dans les boites adéquates les soixante treize écheveaux de coton retors que j’ai achetés à l’Emmaüs de Bernes parce qu’ils étaient tellement moins chers qu’au Bon Marché. Non par avarice mais parce qu’avec mes créations textiles y travaillant tous les après-midi, j’en consomme des tombereaux. D’autant que je ne lésine pas. Quand il faut, il faut !

Le trésor de voir enfin à la Télévision le visage d’une lamproie et de me dire qu’elle aurait pu être peinte par Chagall… ou la rigueur par Chardin qui aurait fait un peu moins bien.

Comme le Pape démissionne - évènement relativement inouï - le trésor de me souvenir de l’une des plus belles promenades de ma vie. Avoir rejoint à pied la Chapelle Sixtine après avoir en 1981 dormi à la Villa Médicis dans l’Atelier de Delacroix.

Le bonheur tranquille du simple trésor de la visite de ma cousine germaine et de son mari.

A la Mairie du Ve Arrondissement, le trésor du Salon du Livre Russe avec sa multitude de chefs d’œuvre ainsi que le sérieux absolu des participants. Et au passage l’admiration de la Salle des Fêtes, tout particulièrement des cinq lustres hors du commun. L’archi-trésor de revoir le lieu de nos épousailles quarante huit ans auparavant.

Complètement oublié, le trésor de retrouver dans l’un de mes livres Le Corps défunt de la comédie l’un de mes poèmes écrit il y aura bientôt quarante ans : Qui traverse la nuit connaitra le matin/Qui perd la raison verra l’envers du monde/Qui perd le but retrouvera le sens/Qui meurt à lui-même un jour renaîtra.

Le trésor en taxi de la course lors de laquelle le chauffeur libanais me joue de sa flute en roseau d’un mètre de long. Et l’archi-trésor de la conversation concernant son saxophone et l’éventualité de l’apparition d’une nouvelle musique synthèse de musique orientale et de jazz. Il y pense.

Echangeant des cadeaux, le trésor de cette noce flamande installée chez Léon de Bruxelles Place Clichy le 22 Février 2013. Représentation parfaite du sacré païen.

Le trésor cérébral de pouvoir établir un dictionnaire entre des univers différents. Comprendre que la Pulsion de mort s’appelait autrefois Satan, l’Inconscient le Destin et le Pervers narcissique, l’Ogre.

L’étrange et peu rassurant trésor de découvrir à mes 68 ans - mais sans doute ceci expliquant cela - que si le malheur n’a jamais été pour moi une préoccupation, c’était parce que tout mon effort était employé à survivre.

Les Autorités du Venezuela renonçant à faire embaumer leur défunt Président Chavez, le trésor pratique de découvrir que c’est parce que cela serait trop long et trop loin, les spécialistes habitant en Russie. En Russie ou en URSS ?

Le trésor de la synthèse réalisée par une journaliste allemande - au fait des expressions françaises - inventant dans une émission radiophonique la vigoureuse locution Prendre le taureau à bras le corps.

Le trésor d’entretenir un échange avec une lectrice que je crois d’abord jeunette avant de la découvrir une antique pétroleuse.

Traversant la Place de la Concorde et devinant tout autour dans la brume du printemps les monuments, le trésor de me dire que Leningrad pouvait bien aller se rhabiller. L’archi-trésor dans la foulée de me souvenir de la correspondante soviétique de mon adolescence, me demandant ce qu’elle a bien pu devenir alors que j’ai toujours dans ma bibliothèque, sa photographie encadrée.

Enquêtant sur la détermination du père, le trésor d’entendre une femme racontant son enfance me dire au sujet d’un homme de la configuration dans laquelle elle habitait : On faisait ce qu’il disait.

A La Chope Champerret où j’ai mes habitudes, le trésor du serveur accueillant un groupe d’un Combien sommes-nous ?

Sortant de chez l’ostéopathe, le trésor pratique de sentir que je marche mieux. Jusqu’à deux stations d’autobus à pied, un vrai miracle !

A la Radio, à chaque fois, le trésor de la voix d’Alain Finkielkraut et de son débit métaphysique.

Comme j’ai découvert le mot en lisant un menu de restaurant, le trésor de me voir confirmer qu’effectivement lisette est bien le nom du jeune maquereau.

Pendant la cure thermale de Maman à Bagnoles de l’Orne, le trésor des cours particuliers d’Anglais que mes Parents m’ont fait donner par un jeune vacancier de Thésée-la Madeleine, le bourg voisin. Et l’archi-trésor d’avoir dans cette langue lu La Nuit de l’iguane sur le bateau qui nous ramenait d’Israël en France, parce que la boutique du bord ne vendait rien dans ma langue maternelle à moi.

A la Radio, le trésor d’écouter un Chilien raconter que c’est la lecture de Pablo Neruda qui lui a permis de survivre aux deux premières années de la dictature de Pinochet après son coup d’Etat car expliquait-il cela avait à voir avec le sentiment religieux. L’archi-trésor de me souvenir que dans les pires moments de mon anti-carrière professionnelle, je faisais de même au fond de la Salle des Professeurs à haute voix au Lycée Jules Siegfried tandis que ma collègue Madame Souhaut m’accompagnait du texte dans espagnol qu’elle-même enseignait.

Le trésor de civilisation d’apprendre que dans une autre langue l’expression entre le marteau et l’enclume se dit entre le guépard et le ravin. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose… Et pourtant…

L’hiver à la villégiature après trois jours de chauffage, le trésor d’atteindre les quatorze degrés qui permettaient de se laver à poil dans une bassine. Sans doute ce que le critique de théâtre Mathieu Galley appelait concernant la vie dans les résidences secondaires dont il avait horreur – parodiant le style des annonces immobilières - confort du douzième siècle.

Le trésor de l’effort d’adaptation d’un type qui tente le mot orientalitude en précisant qu’il ne sait plus comment il faut dire dans le jargon contemporain.

Enio Moricone étant le plus célèbre compositeur de la musique de westerns, le trésor d’en entendre accompagnant à la Radio le récit historique de la lutte du Larzac pour conserver le territoire à l’élevage du mouton. Du coup on touche à l’essence de l’affaire et en même temps à sa réécriture à la lumière du présent.

Dans une manifestation de rue, le trésor onirique de m’imaginer défilant avec un panneau sur lequel j’aurais inscrit La philosophie d’avant-garde en lutte et au verso La pensée pour tous. Le soulagement de n’avoir même pas besoin d’en assurer la réalisation matérielle et de me contenter de l’écrire dans ce onzième Cahier de l’Architrésor.

En effectuant mes périodiques grands rangements, le trésor de retrouver par hasard l’agenda de 1994 qui m’avait servi de base pour la rédaction d’Au présage de la mienne et l’archi-trésor d’en avoir été bouleversée.

Descendant de l’autobus, assise sur un banc de la Place Stalingrad, le trésor de cette pause me permettant de contempler enfin tranquillement le paysage y compris les tags de Street Art.

Le trésor de ma vie d’étudiante en 1964 comme j’allais au théâtre chaque semaine.

L’archi-trésor de l’Opéra Garnier avec Papa et Maman.

Ultime protestation sémantique qui suit désormais les expressions anglaises qui ont réussi à s’introduire dans le corpus, le trésor de voir s’imposer qu’elles soient désormais obligatoirement suivies de la locution Comme on dit en bon Français. Une résistance à la mondialisation.

A France Culture le 27 Avril 2013, le trésor d’une villageoise anonyme protestant contre la désertification croissante des campagnes en s’insurgeant d’un Le dernier qui va mourir, il va fermer sa tombe tout seul ?

Dans l’autobus comme je lis mon journal, le trésor d’un enfant qui dans sa poussette me tire par la manche pour attirer mon attention et comme je lève la tête pour voir ce qu’il en est, me fait un grand sourire.

Le discutable trésor d’apprendre que ce n’est pas seulement Gainsbourg qui cognait Jane Birkin mais aussi Ingmar Bergman Liv Ulmann. Comment mieux dire la tragédie de la condition féminine ?

A Lannion en Bretagne, le trésor d’une affichette annonçant dans un bourg voisin le Dimanche suivant le même évènement comprenant à la fois Le Pardon et Le Vide-Grenier. Est-ce à dire qu’ils ont la même fonction de se débarrasser des encombrements pour accueillir la nouveauté ? Cela n’est pas sans rapport avec ce que j’ai appelé le kippour des objets, destiné à lutter contre la perte du sens et du lien.

Le trésor de Daniel Cordier révélant au soir de sa vie que l’Art lui a apporté une plénitude qu’il n’avait pas trouvé chez les êtres humains. Et pourtant il fut le secrétaire de Jean Moulin.

Alors même que j’ignorais tout de cet aspect de sa bibliographie, le trésor de trouver à la brocante de Trégastel en 2013, l’essai d’un très cher ami concernant l’art théâtral. L’archi-trésor d’en constater la haute volée et l’érudition au point même de ne pas parvenir à le lire. Je n’en suis pas complètement étonnée ayant déjà échoué à étudier sa pensée philosophique et ayant dû y renoncer. Le trésor d’entendre quand même sa voix tant d’années après sa mort et encore bien davantage après notre rencontre.

Quoique bien difficilement, le trésor d’avoir fini par m’habituer le long des autoroutes aux aires de repos aménagées voire même d’y découvrir un certain charme qui sans doute n’est que celui de l’affaiblissement de mes capacités physiologiques. L’archi-trésor du souvenir des arrêts sauvages d’autrefois, des piques niques dans l’herbe et de la crainte désirable de la rencontre des serpents.

A l’Université dans les années Soixante, le trésor de l’effort de mes condisciples pour m’expliquer L’Optimum de Pareto qu’en dépit de leurs soins, je n’ai jamais compris.

Le trésor absolu des Chants Corses et d’autant plus par surprise entendus dans un morne après-midi.

Le trésor des fraises qui comme autrefois ont du goût, même s’il faut pour cela recourir à une marque. C’est politiquement dommage mais gastronomiquement agréable.

A Riga en 2002, l’archi-trésor des immeubles Art Nouveau dont avant ce voyage dans les Pays Baltes, j’ignorais tout.

Le trésor inattendu d’écouter La Radio des Affaires comme Maman écoutait de la musique. Pour dans un air irrespirable retrouver une bulle vivable. Une excursion dans une tribu d’Indigènes aux Antipodes. En employant ma terminologie on pourrait parler de Contrelangue. Une langue parlée non par attraction envers elle mais comme une manifestation de distance vis-à-vis d’une autre. Ainsi la langue française en Amérique du Nord. Pas par amour de la France mais pour s’opposer à l’hégémonie ambiante.

Sporadiquement le trésor du surgissement dans la mémoire du souvenir d’une marquise au chocolat extraordinairement réussie à la fin d’un repas dans une gargote de hasard, à un carrefour quelconque entre deux routes du Massif Central. Elle me hante encore comme l’un des symboles des jours heureux !

Archi-trésor de mon entêtement à vivre comme un devoir. Une discipline absolue. C’est le Tu ne tueras point qui m’a sauvée.

Le trésor de mon âme qui avec l’âge s’évapore et me donne l’idée de ce qui est peut être simplement le préalable d’une jolie mort. Et si cela ne l’est pas, cela ne fait rien, de toute façon, cette évanescence est radieuse.

Concernant mon travail sur la poétesse Akhmatova, la survenue de l’idée de traduire jusqu’à l’horreur. Et le trésor d’entrevoir que d’autres ont pu l’éprouver à mon sujet en s’efforçant de faire passer d’une langue dans l’autre, mon art littéraire.

Le trésor philosophique d’un chauffeur de taxi qui me questionnant indiscrètement sur ma pensée philosophique finit par me dire qu’elle est futuriste. Ce n’est peut être pas faux.

Le trésor absolu des lilas.

Le trésor d’un homme questionné qui répond On ne va pas commencer le patinage à un journaliste de France Culture qui joue avec lui à trompe-couillon pour lui tirer les vers du nez…

Le trésor du parapluie d’Eric Satie qui lorsqu’il le perd s’inquiète de l’angoisse de celui-ci lorsqu’il s’est égaré. L’archi-trésor de découvrir que je ne suis donc pas la seule animiste et que cette représentation du monde n’est pas sans rapport avec sa musique qui d’une certaine façon en rend compte…

Le trésor de l’objectivité lorsque je comptabilise la quarantaine d’agressions physiques dont j’ai été l’objet la moitié étant également sexuelles. Sexuelles ou sexuées?

A 84 ans, le trésor de Pierre Mauroy disant qu’à l’approche de la mort c’est comme lorsqu’à 14 ans pour la première fois, il avait vu la mer.

L’amertume du trésor de découvrir que ce n’est pas seulement Gabin Marlène Diétrich, Guinzbourg Jane Birkin, Bergman Liv Ulmann mais aussi Goumilev qui cognait Akhmatova.

Le trésor d’un gugusse qui me dit qu’il n’est pas grave d’être cocu parce qu’on n’en paie pas plus d’impôts. Le fait est que je n’avais pas envisagé la question sous cet angle me contentant jusque là d’accorder la palme à celui qui disait que l’être était un devoir - ce que j’avais interprété comme le respect complet de la liberté du partenaire - condition sine qua non d’un amour au long cours. Amour heureux, entendons !

Le trésor ménager d’avoir réussi à venir à bout d’une invasion de mites grâce à une action rationnelle et radicale.

Au fil des ans, le trésor des rangements dans un ordre sans cesse renouvelé en raison de l’âge, du contexte et de la nature des difficultés rencontrées. La structure en mouvement. La vie même.

Le sublime trésor de contempler la beauté.

Entre ranger et manger, le trésor de constater qu’une seule lettre suffit à bouleverser le monde.

Le trésor d’être émue à la lecture de mes poèmes et d’autant plus que sitôt écrit, je les perds de vue. C’est d’ailleurs le but de l’écriture, le grand débarras d’un cerveau engorgé par la vénération du monde et du temps ainsi que de leurs infinies combinaisons. Un kaléidoscope dont je ne peux détacher mon œil et qui me plonge dans une sorte de fascination à laquelle seule la formulation m’arrache.

L’archi-trésor de constater qu’il était bien présomptueux de se croire débarrassés des mites.

L’étonnement de cette nuit noire en plein jour le 17 Juin 2013 à 11 heures. Le trésor de pouvoir à ce sujet évoquer la Bible qui a plusieurs reprises raconte que le ciel s’obscurcit.

Parce que le prix de leur ticket de bus a augmenté, le trésor pathétique des Brésiliens enfonçant les portes du Parlement, en fait le prenant d’assaut.

Le trésor sans complexe du Chef de Rubrique d’une importante émission culturelle avouant la bouche en cœur que le mot pluridisciplinaire est difficile à dire à la Radio et qu’il faut y aller lentement.

Le trésor de La Foire Saint Germain, un musée à ciel ouvert dans lequel peuvent acheter les amateurs qui ont des moyens hors du commun.

Du temps de La Seine et Oise, cette couronne départementale qui entourait autrefois La Capitale, le trésor nostalgique d’une boisson d’agrément, La Vittelloise et de son slogan publicitaire L’eau qui chante et qui danse.

Sous un abribus le trésor de décrire par le menu à une femme qui s’en enquiert, le détail du trajet de la ligne 43 dont je lui dis que je l’emprunte depuis longtemps.

Parce qu’il était trop tard pour arriver chez le Grand Oncle de la Bastide Pradines en 1965, le trésor d’avoir dû dresser la tente dans la Montée de la Cavalerie à l’époque chemin un peu aventureux. L’archi-trésor de n’avoir pu respecter les délais prévus parce que j’avais sur le parcours tenu à visiter la Cathédrale de Bourges, l’une des rares qu’encore j’ignorais...

Le trésor de découvrir que dans mon milieu d’origine les divinités avaient nom Le Progrès, L’Etat et L’Usine.

Au rebord sud du Larzac un bel hiver, le trésor d’une promenade au Caylar et la pause radieuse auprès d’une lavogne gelée.

Parce qu’au goût de certains il mettait trop de temps à achever sa vie prophétique face à l’impatience médiatique et aux zélateurs de l’euthanasie, le trésor du Rédacteur en Chef du Nouvel Observateur prononçant qu’On ne débranche pas Mandela ! L’archi-trésor de se demander si dans cet univers de plus en plus juridique cela pourrait comme on dit faire jurisprudence et s’appliquer à tout le monde…

Le trésor de découvrir que la personne contre laquelle on m’avait mise en garde n’est pas seulement toxique et perverse mais aussi nihiliste. Et du coup qu’il s’agit de trois idées différentes. L’archi-minable-trésor de comprendre qu’il y a ainsi des personnalités seulement perverses et toxiques, sans être pour autant nihilistes.

Comme il vient d’échapper à un attentat, le trésor du Consul de France à Benghazi en Libye lorsqu’il raconte qu’on a tiré sur sa voiture et que présente à l’intérieur, sa femme a été choquée.

Le 6 Juillet 2013 le trésor d’affirmer sans rire que ma littérature est quantique et de savoir que cela est vrai.

Le trésor de Daniel Cordier racontant soixante dix après, la rencontre qui bouleversa et irradia sa vie et d’y reconnaître ce que fut pour moi la découverte de la littérature, renouvelée à tous les âges de la vie.

Parodiant le titre d’un film culte, le trésor d’inventer - ne serait ce que pour son propre usage - la locution L’année dernière à Leningrad.

En 1979 lors de mon pénible stage d’équitation dans les confins du Lauragais, comme je n’avais plus rien à lire, le trésor de mon voisin de chambre qui me sauva la mise en me prêtant Niagarak le livre d’Yves Navarre qu’il venait de terminer.

A la villégiature, le trésor de la marmite orange donnée par ma Grand-Mère paternelle et dans laquelle tout le monde à tour de rôle fait chauffer l’eau qu’on aimerait avoir en continu sur l’évier. Malheureusement ce n’est pas le cas. La rumeur publique est au courant : On ne peut être au four et au moulin !

Dans le fond de la cour, planté dans un trou du rocher qui la borne et la surplombe, le trésor du romarin maritime avec ces lumineuses, petites et nombreuses fleurs bleues. L’une de mes rares plantations qui aient tenu le coup dans un endroit botaniquement aussi hostile.

Le sinistre trésor d’avoir par négligence laissé casser un lustre de Legras acheté aux enchères lors de la liquidation à Millau de l’Hôtel Raymond V et l’absence de consolation car si j’avais été moi-même plus soigneuse, j’aurais trouvé le moyen de le protéger plus efficacement.

Constatant à la lecture de Servitudes et Grandeurs militaires qu’Alfred de Vigny note ses états d’âme, le trésor absurde et loufoque de me demander si du coup on ne pourrait pas plus ou moins le considérer comme l’un des précurseurs d’Ingmar Bergman.

Au laboratoire, le trésor absolu des dix minutes d’échanges sur la situation actuelle, réelle, odieuse et absurde.

En matière éditoriale, le trésor d’apprendre que c’est seulement en 1948 qu’on a réussi à publier intégralement Les Mémoires d’Outre-Tombe. Du coup parfaitement bien nommées !

Que penser du trésor des méthodes contraceptives importées à l’occasion de la Guerre par les GI lorsqu’on apprend qu’il s’agissait de douches intimes au Coca-Cola ?

Le trésor d’avoir réussi à me débarrasser d’une céramique à laquelle pourtant je tenais et d’en constater mon barda d’autant allégé.

Faisant son cours d’Histoire de la Philosophie à l’Université Populaire de Caen, le trésor de ce qu’on appelle au Brésil l’oraliture, en l’espèce la voix de Michel Onfray.

Le trésor royal au sens propre d’apprendre que l’origine de la gratuité des secours est L’Ordonnance de 1733, celle de Louis XV le Bien Aimé.

Le trésor quotidien d’entendre et d’écouter le bruit familier du camion des éboueurs et d’y voir la confirmation que la société organisée existe bien toujours.

Relisant ce cahier, le trésor des éclats de rire qu’il provoque par endroits.

En Normandie, le trésor inattendu d’un lézard sur le pas d’une porte.

Dans une radio interactive, le trésor d’un type qui annonce que pour lui ça va. Il commence à 5 H 40, conduit les TER, il a un bon patron, ils ont été rachetés par la RATP, sa femme est enceinte, elle va accoucher en Mars, ils sauront le sexe de l’enfant le mois prochain. Et l’archi-trésor d’entendre l’animateur confirmer Oui pour vous ça va, je l’entends à votre voix.

Le trésor d’un tenace travail sur soi même et l’archi-trésor de le voir porter ses fruits.

Son nom étant l’américanisation de l’un de nos verbes à nous, le trésor de la sonde Voyager I - lancée en 1977 - comme elle vient de quitter le Système Solaire…

Place de la Bourse dans une brocante, le trésor d’apprendre que les magnifiques céramiques qu’on vendait dans les Années Soixante dans la minuscule boutique du haut du Boulevard Saint Michel provenait de l’Atelier du Murier à Vallauris, le premier à refaire dans cette matière pleine de qualités, des pièces utilitaires et non plus seulement décoratives.

Le trésor de seulement réussir à formuler l’expression le bonheur de vieillir et que cela soit authentique.

Le trésor topographique de retrouver sur la Toile - grâce au plan fourni par Google - le Quartier Al Hameh où nous avons campé dans la banlieue de Damas l’été 1964, bénéficiant de l’hospitalité d’un homme qui nous avait ouvert les portes de son usine comme mon père lui avait demandé où cela était possible.

Est-ce un trésor de retrouver la date lors de laquelle je me suis trouvée mal à tomber par terre – au sens propre – parce que des militants d’Extrême-Droite chahutaient à l’Odéon la représentation des Paravents de Jean Genêt dénonçant la Guerre d’Algérie ? Effectivement avéré, c’était le Premier Octobre 1966.

Le rêvant comme le grand frère auquel j’aspirais, le trésor de Lino Ventura parlant de son pays de Dunkerque à Palerme et s’avérant par la suite un Juif d’Istanbul.

Les multiples trésors de tous ces acteurs baroques qui dans ma jeunesse me plaisaient tant, Yul Bruner, Marlon Brando et celui qui jouait dans Zorba le Grec - à savoir Antony Quinn - et qui se sont tous comme Lino Ventura par la suite révélés venus d’ailleurs ou au moins avoir un ascendant d’une autre société.

Presque méconnaissable dans un film mineur, le trésor d’un Gary Cooper au seuil de la vieillesse.

Sur le visage des gardiens du zoo de Berlin, le trésor de l’émotion qu’ils éprouvent à la vue de la naissance d’un bébé okapi. Filmée par une caméra installée dans la loge de la mère, elle est transmise sur leur écran de contrôle.

L’archi- trésor tous les matins de constater que le jour se lève sans qu’il n’y ait rien à y faire et heureusement !

Le trésor absolu même si cela parait excessif, de découvrir - parce que je l’entends dire - que l’Urubamba, c’est l’Amazone. Sur les bords de ce fleuve à Noël 1969 l’un de mes plus étonnants souvenirs en contrebas de la ville sacrée des Incas.

Dans l’immeuble d’en face, le trésor en peignoir de bain d’un gugusse qui fait le ménage, secouant son plumeau à la fenêtre et en retirant la serpillère suspendue.

Dans la rubrique des félins, le trésor de ce greffier qui à Gisors attend le feu rouge pour traverser dans les clous.

Dans les vieux films en noir et blanc, le trésor des séquences truquées censées avoir lieu dans des automobiles en mouvement alors que pour en obtenir l’effet, on a par derrière fait artificiellement défiler la route. Cette fois dans un film d’Hitchcock, Rébecca. En 1940.

 Comme dans une mercerie Rue Réaumur demandant une bobine de fil rouge, il me faut en préciser la nuance, j’ajoute Rouge Révolution, parce que ça urge faisant alors pouffer de rire le vendeur au milieu de ses monceaux de marchandises.

Relisant dans mon Sommes nous bien loin de Montmartre le récit de ce que j’ai appelé La bataille de France, le trésor de redécouvrir qu’en matière de La Grève Générale de fin 1995, s’y étaient joints même les Gardiens de phare et les Eclusiers.

Le trésor de revoir encore une fois à la Télévision Gabin et Belmondo dans le chef d’œuvre de Verneuil Un singe en hiver.

A la campagne un après midi, le banal trésor d’écouter Verdi et pourtant un trésor absolu. Comprenne qui pourra.

Splendeur sans équivoque d’une excursion à la gare de l’Est lors de laquelle semi invalide je fais une pause, le trésor moderniste du remplacement par des écrans électroniques des panneaux d’autrefois. Et pourtant les destinations n’ont pas changé ! Strasbourg, Bar le Duc, Metz, Belfort, Francfort… L’archi-trésor d’avoir au sujet de chacun de ces lieux beaucoup de choses à dire.

Après le passage du balai et sa consolidation par celui de la serpillère - pas si désagréable qu’on l’imagine in abstracto – le trésor d’une amélioration immédiate de la situation locale mais c’est déjà énorme surtout lorsqu’on ne peut rien sur la globale.

Le trésor du speaker disant qu’il est des chansons qui donnent la chair de poule. Là on vient d’entendre Charles Aznavour et son Hier encore j’avais vingt ans…

Le trésor de cet espagnol qui crie Ollé comme en 2005 je viens de terminer ma communication Penser la fusion à Paris VIII-Vincennes et comme je lui demande pourquoi il a dit cela, sa tranquille réponse Mais parce que vous le méritez !

A la Radio le trésor d’écouter pendant une heure Alain Finkielkraut et Claude Lanzmann converser au sujet du Conseil Juif de Terezin.

Le trésor militaire et historique d’apprendre le 19 Novembre 2013 à 5 h 30 à la Radio bien sûr qu’on a emprisonné à Clairvaux les opposants à la Grande Armée, à savoir ceux qui sous l’Empire ne voulait pas aller faire la guerre en Russie.

Le trésor de Raphaël Draï. Notamment lorsqu’il parle de la période actuelle en employant le terme des Temps Obscurs.

Il n’y a qu’en France qu’on n’honore pas l’Art Français. J’en ai honte. Et j’ai honte de cette honte. Trésor des âmes inquiètes, là celle de Régis Debray.

Me souvenant qu’une fois Papa m’avait complimentée de la beauté de mon cabas, le souvenir d’en avoir ce jour les larmes aux yeux. Trésor dérisoire mais trésor quand même.

Paradoxalement le trésor d’une vie réussie parce qu’elle permet d’aller jusqu’au bout de soi même.

Le trésor documentaire d’un film nous montrant des castors construisant leurs barrages avec des pierres. Il faut le voir pour le croire ! L’archi-trésor d’avoir vécu jusque là pour connaître une telle merveille.

Et que dire alors d’avoir connu le goût de l’empereur, ce poisson aujourd’hui disparu à cause de ce qu’on a appelé – après coup - la surpêche. Dans quelle catégorie d’archi-trésor faut-il ranger ce repas heureux dans une auberge de campagne ?

Alors qu’autrefois je traversai la Capitale à pied, le trésor de constater que l’expression aller en ville signifie dans ma langue d’aujourd’hui atteindre en haut de la rue, mon restaurant favori, la Maison de la Presse, le tabac qui vend les timbres et même la boite aux lettres. La vie humaine a donc la grandeur inouïe de transformer le temps en espace. Qui dit mieux ?

Le trésor d’un bon acteur. Là Colin Firth dans Mariage de fête. C’était déjà le cas dans son fameux Discours d’un Roi.

Au Lycée Jules Siegfried, le trésor de mon collègue Bosetti qui résumait le désordre de notre établissement d’un Plus je pédale moins vite et moins j’avance plus fort. Et en effet cela rendait bien compte de la situation. Et d’autant plus qu’on pouvait faire varier la forme de la phrase, elle exprimait toujours la même idée.

Place Pereire le trésor de toutes ses personnes âgées portant des pantalons en velours côtelé ou des blue-jeans. On n’en revient pas ! Effectivement les hippies ont pris de l’âge ! J’ai même vu une vieille femme portant une jupe en toile Denim…

Le trésor de découvrir qu’en Russe l’interjection Adieu est formée par l’impératif du verbe pardonner. C’est bien tout ce pays !

Depuis la fenêtre de la chambre, le trésor de voir un rapace en chasse survoler le pâté de maisons.

Après des décennies d’enquête - notamment la lecture du récit de Catherine Clément - le trésor d’avoir pu enfin réussir à établir en 2013 que le groupe de Dogons croisés par hasard à l’occasion d’une promenade à Sangha l’été 1967 et mimant un enterrement, faisait bien partie du Sigui qui avait lieu - comme tous les soixante ans - cette année là.

Le trésor d’entendre dire au sujet de la nouvelle directrice de la Police Judiciaire qui vient d’être nommée que son titre de gloire est d’avoir retrouvé Impression, soleil levant le fameux tableau volé au Musée Marmottant.

Le discutable trésor d’oser dire à un baroudeur Ne vas pas à Madagascar il y a la peste ! Et au même à un autre moment Ne vas pas au Cameroun il y a la guerre !

Le trésor le Premier Janvier 2013 d’une excursion dans le nord du pays à la Fontaine au Pire d’où viennent certains de mes ancêtres et arrêtée un moment dans le carrefour, de me dire qu’on était déjà là du temps de Louis XIII et peut être même de Henri IV.

Près de Trégastel, assise sur un banc surplombant le rivage et tout en me demandant si c’est l’ultime fois, le trésor de contempler la mer et les rochers roses ça et là.

Au confluent du Canal de Moscou et de La Volga, le trésor de la statue la personnifiant comme une idole en pleine action. L’archi-trésor un peu plus loin de celle d’une autre divinité historique et profane sans compter celle de celle qui a été déboulonnée mais dont on comprend grâce aux traces – le socle et la symétrie des plantations - ce qu’elle représentait.

Le trésor d’avoir assisté aux commencements de la première firme de nettoyage des vitres chez les particuliers. Le patron était encore étudiant et n’avait qu’un seul ouvrier. Aujourd’hui plus de trente.

Le trésor historique de la forclusion du terme moscoutaire.

Le trésor de mes opérations coups de poing lorsque l’encerclement est complet. L’archi-trésor de constater qu’elles sont couronnées de succès.

Le nouveau Refuge du Goûter construit sur la route enneigée et encombrée du Mont-Blanc, faut il le prendre pour un trésor supplémentaire de l’ingénierie humaine ou une nouvelle bourde dans le discutable aménagement de la Nature ?

Le trésor du polémiste Philippe Tesson qu’on vient de traiter d’Etalon de la Réaction et qui affirme selon ses propres termes que cela le fait jouir parce que l’obligeant à chercher la réponse.

Le trésor de constater que l’expression Territoires perdus de la République a atteint Dakar et y circule de façon autonome. Elle est entrée dans la langue et roule pour son compte. Comme la littérature. Et d’ailleurs cela en est !

La Rue du Paradis à Soissons sur la route des gravières. Et le trésor d’avoir plusieurs fois séjourné dans la maison des Grands Parents par alliance. L’archi-trésor d’y avoir sur la cuisinière à charbon allumée par mes soins, confectionné avec mon alter ego des marrons glacés. Et aussi avec quelques comparses rédigé une petite brochure Economie Société et Non Violence laquelle préparait dans l’ignorance de toutes les autres le Grande Florescence de l’émancipation de Mai 68.

Après avoir expliqué à la libraire de la Rue de Courcelles que cela ne pouvait pas être un critère de choix – la preuve par Guerre et Paix - le trésor de ne m’être pas dégonflée devant l’achat et la lecture du livre de Frédéric Mitterrand La Récréation 720 pages !

Sujet nouveau hélas, le trésor pratique d’une franche conversation sur la dégradation matérielle du quartier!

Parce qu’avec insistance il piaille sur la rambarde du balcon, le trésor naturaliste de m’efforcer encore de déterminer si cet oiseau amical est une mésange ou un chardonneret.

Le trésor pharmaceutique du vrai bonheur d’un pain de savon neuf hypo allergique de chez Cavaillès.

Le ridicule trésor d’être rassurée à la vue d’une carte de l’Hexagone.

Le trésor de savoir qu’a été usée jusqu’au bout la bouilloire de ma grand-mère paternelle passée déjà par plusieurs mains. Un trou dans sa paroi d’aluminium lui a été fatal. Je suis heureuse d’en avoir été informée. Le sort des objets ne m’est pas indifférent loin de là.

 

Douzième Cahier

 

Le trésor le 24 Janvier 2014 d’acheter un pastel représentant un vieux pépé qui après recherche se trouve être le portrait du Marquis de Polignac alité à en mourir.

Le trésor d’un repas avec mes descendants et la détresse de mesurer à cette aune à quel point ma famille d’origine suait le malheur. L’archi-trésor d’avoir réussi à m’en remettre sans m’en remettre et d’avoir découvert par ce cheminement, les contradictions essentielles.

Ayant renversé toutes les barrières, le trésor de ma veine littéraire qui coule fière et libre. Mesurer à ce flot qu’en dépit d’un corps dégradé, je suis tout de même en voie de rétablissement.

Le trésor des Homens - ces homologues masculins des Femen - eux aussi torses nus, leurs masques blancs remplaçant les couronnes de fleurs…

Le trésor d’apprendre que Diane de Margerie a eu comme Professeur de Physique à Pékin, Teilhard de Chardin comme Guy Loinger, Levinas qu’il m’a transmis puisqu’il l’avait écouté comme enseignant de Philosophie. Juste avant notre rencontre pour un demi-siècle de relations chaotiques.

En matière de Grand Siècle, le trésor de cette femme émue du fait que Le Nôtre ait possédé tant de tableaux qu’en en ayant déjà donnés beaucoup à Louis XIV, il lui en restait encore énormément.

Le trésor de ce livreur que j’ai surnommé la gravure de mode. Cette fois en tenue d’hiver, bonnet de laine enfoncé sur les sourcils et les oreilles.

Le trésor de la Cathédrale de Milan sous la neige.

Le 31 Janvier 2014, le trésor de découvrir le désastre que représente les vitres teintées d’un taxi qui me fait traverser Paris dans un soleil matinal qui a tout d’une avant première de printemps… vu par le pare brise. L’archi-trésor de comprendre que le tamisage de ces fenêtres couvre tout le paysage d’une sorte d’insupportable artifice et qu’on y perd le monde…

Le trésor absolu du Troisième Festival du Livre Russe à la Mairie du Cinquième arrondissement. Magnifique Salle des Mariages dans laquelle nous nous sommes épousés il y a presque un demi-siècle. Et tout mon temps cette fois pour découvrir tout à loisir la tapisserie évoquant le thème. On y voit des oiseaux, un nid et écrit au textile les mots amour, oubli de soi, bonheur. Mais hélas impossibilité de lire le nom de l’artiste ou même de le retrouver par la suite.

Dans un documentaire, le trésor de découvrir un expert qu’on voit souvent en costume et cravate, professoral et mesuré sur les plateaux de Télévision filmé là chez lui habillé comme un dandy follement romantique et infiniment désirable.

Le trésor d’un livreur d’Auchan radieux et amical avec une gueule à figurer dans le film Marquise des Anges.

Le trésor de mon cardiologue poétique et affectueux.

Le trésor d’apprendre que le premier maire noir de France a été Raphaël Elysée à Sablé sur Sarthe en 1936.

Le trésor de l’invention du verbe couacfouiller pour caractériser l’action confuse du Gouvernement.

Le trésor d’expliquer à mon médecin traitant que j’aurais aimé être un hippopotame dans un fleuve et l’archi-trésor de l’entendre de son côté me raconter sa visite d’une réserve dans laquelle pour les calmer, les rangers se contentaient de parler aux pachydermes.

Le 10 Février 2014, le trésor du constat que la lumière a changé et que c’est bien le premier jour du Printemps. L’archi-trésor de supputer les risques qu’il y aurait à sortir sur la loggia, une ou deux plantes qui à l’intérieur de l’appartement m’encombrent depuis un bon moment.

Le trésor de mesurer que ce que Courbet a appelé L’origine du monde, les ricaneurs des médias en parlant en termes de foufoune et de zézette pour son homologue masculin, il n’y a sans doute pas de point de passage entre nos univers qui n’ont rien de commun. L’archi-trésor de découvrir à cette aune que mon tourment n’est pas sans rapport avec celui de Dostoïevski dans Souvenirs de la Maison des Morts ou celui de Jean Paul Sartre dans Les Chemins de la liberté.

Aux Jeux Olympiques de Sotchi, le long de la piste de descente à ski, le trésor en repérage des entraineurs perchés dans les arbres et des techniciens juchés sur des canons à neige.

Quoi qu’on en dise, le trésor efficace d’un cinéaste compétent. Là Roman Polanski.

Le trésor de cet appel à l’appareillement – comme c’est le soleil levant – venu d’un oiseau perché sur le toit d’en face. Chant constant, modulé et convaincu le 11 Février 2014. C’est bientôt la Saint Valentin.

Le trésor du médiateur de l’ONU présentant ses excuses au peuple syrien pour les espoirs qu’il a fait naître avec sa conférence de Genève, espérance qu’il n’a pas pu concrétiser. N’y eu t-il qu’un seul juste dans Sodome…

Le trésor de réussir à pratiquer même dans un temps très court, le chant mongol.

Le trésor d’écrire avec le stylo en argent de mon père, celui qu’on lui a offert il y a quarante ans, comme il a pris sa retraite au Lycée Turgot. Et l’archi-trésor de m’en servir pour écrire de la littérature et d’autant plus que c’est de lui que je tiens la maîtrise de la langue.

Comme nous roulons sur les quais le long de la Seine et que le chauffeur du taxi me parle du Musée d’Orsay, le trésor de lui révéler que je l’ai connu comme c’était encore une authentique gare et que nos condisciples de la Faculté du Panthéon fonçaient dès la fin des cours pour y prendre leurs trains de banlieue. Dès lors, l’archi-trésor de notre joie partagée.

En rangeant ma bibliothèque, le trésor étonné de retrouver Histoire de Claude Simon avec une dédicace pour ma Belle Mère. Je n’en reviens pas d’avoir eu l’idée de lui adresser un cadeau pareil…

Le trésor de la gentillesse commerciale même si on n’en est pas dupe. Elle vaut toujours mieux que la foire d’empoigne généralisée.

Le trésor de découvrir que jeter signifiait au XIe siècle sortir de soi, excréter et que du coup sa signification argotique de se débarrasser violemment - y compris de quelqu’un - est en réalité le sens propre. Simplement beaucoup plus ancien !

Le trésor d’entendre une entrevue de Jean Pierre Cassel… en 1969 disant toutes sortes de choses très sérieuses que je partage et de découvrir que l’attrait que j’ai toujours éprouvé pour cet acteur n’était pas l’effet du hasard…

Comme Marcel Carton vient de mourir, le trésor d’entendre Jean Paul Kauffman qui fut à la Mi-Octantes pendant plus de trois ans, avec lui otage du Hezbollah au Liban, rappeler comme il était un agréable compagnon de captivité. Ne se plaignant jamais et se contentant seulement de trouver la situation empoisonnante.

Très attaché à la forme spécifique qu’il considérait comme le moyen de laisser advenir le fond, le trésor d’entendre dire qu’Alain Resnais ne faisait jamais deux fois le même film. L’archi-trésor de comprendre pourquoi ce cinéaste m’a si fortement impressionnée puisque cette philosophie là de la forme est aussi la mienne en ce qui concerne mes œuvres littéraires.

Lors du décès du même, le trésor du dessin humoristique qui - comme c’est la tradition - le montre arrivant au Paradis et Dieu lui disant J’ai vu tous vos films!

Le trésor des Jeux Olympiques pour militaires mutilés. L’effort de l’Espèce pour inventer l’Humanité.

Le trésor de surmonter le désespoir absolu et mortifère en nommant la chose qui m’écrase à savoir le nihilisme de masse.

L’Histoire ne se répète pas, elle bafouille. Trésor de cette citation revisitée en mieux par le Ministre de l’Intérieur Manuel Valls. C’est beaucoup plus vrai que le traditionnel Elle bégaie… d’origine !

Trésor de la trouvaille de Gabriel Matzneff pour nommer les messages électroniques qu’il ne veut appeler ni courriels ni e-mails. Il les nomme carrément les émiles.

Le trésor de réussir à moitié invalide à atteindre encore la Librairie Joseph Gibert, mon cœur bondissant de joie en découvrant sur le trottoir, les boites de livres d’occasion que j’avais complètement perdues de vue depuis des années que je n’y étais pas allée…

Le trésor de la conversation avec le chauffeur de taxi qui me ramène du Quartier Latin. Je lui raconte Mai 68 au Comité des Abbesses et en 1973 le voyage dans le train affrété Gare de Lyon pour aller à Besançon soutenir les ouvriers de Lip qui avaient pris le contrôle de leur usine et l’autogéraient. L’archi-trésor d’être une vieille libertaire aux cheveux blancs regonflant un militant entre deux âges, lequel avait perdu l’espoir.

En matière de linguistique, le trésor de découvrir que l’expression tomber dans l’escalier est devenue incompréhensible avec la généralisation des ascenseurs. Elle servait à masquer qu’on avait été frappé(e). L’absence d’éclairage conséquent dans les immeubles anciens pouvait accréditer la chose, les minuteries ne faisant que réduire le risque.

Le trésor de lire dans le Journal de Julien Green âgé de 97 ans qu’un livre est une porte par laquelle on peut foutre le camp et que toutes les lettres et paquets qui lui sont adressées Monsieur Julien Green de l’Académie Française vont directement au panier ainsi que beaucoup d’autres choses qui me réjouissent…

Le trésor à 69 ans d’avoir résisté à tous ceux qui voulaient m’annexer et au mieux partager ma vie. Entend-t-on bien le sens de l’expression Partager ma vie ? Et en effet c’était bien de cela qu’il s’agissait.

Trésor de mes tropismes : L’Amérique du Nord pour le sérieux et la Russie pour la grandeur.

Le trésor de la kiosquière de la Gare de l’Est et de son accent. Je lui achète un modèle de Tour Eiffel dorée à cinq euros et lui dis que je penserai à elle en la regardant. L’archi-trésor de sa pamoison en joie. Elle se confond en remerciements de ce qu’elle appelle ma gentillesse.

Le trésor d’entrevoir que toutes ces vierges noires qu’on trouve un peu partout d’une façon incompréhensible, étaient peut être autrefois simplement peintes en rouge avec du sang et que celui-ci à la longue et à l’air a viré au noir comme on le voit habituellement sur les croûtes.

Le trésor de tous mes points communs avec Julien Green. L’archi-trésor d’en découvrir un nouveau dans le dernier tome de son Journal : l’animisme. Ainsi écrit il que la théière les écoute au petit déjeuner et les fauteuils ont des avis sur les visites…C’est tout à fait ma façon de voir les choses.

Ecrire mes œuvres et au mieux – avec les moyens du bord – les publier… Tout le trésor de mon horizon !

Le trésor stupéfait d’un point commun supplémentaire avec Julien Green qui lui aussi qualifie de veau froid ce qui n’a pas d’intérêt. Sauf que je dis moi veau froid sans mayonnaise. Peut-on en conclure que c’est l’idée de la mayonnaise qui traduit la différence que j’ai avec lui ? A-t-elle rapport à ma féminité ?

Le trésor de découvrir avec l’âge, l’apparition d’une paresse dont jusque là j’ignorais tout.

Parce que j’en ai besoin, le trésor de pouvoir vérifier dans le fameux Bescherelle l’orthographe de la troisième personne du pluriel du subjonctif du verbe ouïr !

Le trésor de me découvrir tant de points communs avec Julien Green y compris dans ce qui paraitrait nous séparer. Ce qu’il appelle Dieu je le nomme fusion et ce qu’il désigne comme la musique, je l’identifie de mon côté à la littérature. Quant à son homosexualité elle ne me semble jouer aucun rôle dans son Journal tel qu’il a été publié.

Le trésor de la fausse bonne idée. L’avoir, l’examiner, constater qu’elle n’est pas adéquate et la rejeter.

Le trésor de me souvenir des affiches de la chanteuse Gloria Lasso placardées au printemps 1964 sur les palissades de Damparis en Franche-Comté.

Le trésor ambigu de pouvoir synthétiser mon activité par la formule J’écris de tout sauf des romans !

Le trésor d’apprendre que c’est Violet Leduc qui s’occupait de l’armature de la Statue de la Liberté de Bartholdi mais qu’il mourut au cours du chantier sans en avoir laissé les plans. C’est Gustave Eiffel qui a pris avec succès, la succession ! La succession ou la suite ?

Le trésor de Gary Cooper et Maria Schell dans le film La colline des potences.

Le trésor de ce printemps et la joie de découvrir les violettes proliférer devant la porte de la maison de campagne.

A chaque mot sa règle : Le Dictionnaire ! C’est ainsi qu’un jeune homme de quinze ans résume le trésor de notre conversation roulant sur la langue, l’orthographe et la grammaire, le 6 Avril 2014.

Le trésor du livre de poche ! En lui-même et pour lui-même.

Le trésor de l’église de Brouage, sa vierge à l’enfant maternité en gloire, sa carte du Golfe de Charente avec l’injonction Mers et fleurs bénissez le Seigneur que je prends pour un chef d’œuvre de paganisme et la mémoire de Champlin transcendé par les vitraux évoquant le Québec. L’archi-trésor absolu de mon moment passé sur le banc du mail - en face à contempler la façade - au soleil. Ne presque plus pouvoir marcher n’est pas nécessairement la catastrophe que certains imaginent…

Le trésor du vide-grenier installé dans un pré des Mathes, le lundi de Pâques et la franche rigolade avec les brocanteurs. Comme l’un d’eux s’excusait de l’écaille existant sur un beau plat en faïence représentant des anémones que je lui achetais en répondant que moi-même je n’étais plus à l’état neuf et qu’il fallait que la vaisselle soit assortie à la bonne femme… Sidéré de cette manifestation de ma liberté et de la vérité, il m’avait alors dit que je n’étais pas mal dans un éclatant tropisme masculin.

Aux Mathes encore le 14 Avril 2014, le trésor des grands pins dans l’enclos du domaine Belambra. L’archi-trésor du poème qui me vient comme au milieu du Village de Vacances je reste assise sur un banc à contempler la splendeur du lieu et qui commence par Le monde se retire de moi…

L’archi-trésor de l’anniversaire qu’on m’a organisé : un gâteau, le meilleur de toute ma vie. Des bougies et des livres pour les trois dimensions de mon existence : la société, l’amour et la transcendance. Ajoutons la nappe emportée, installée.

Le trésor de l’émotion de mon père me parlant d’Eva Peron.

Le trésor des lilas qui dans mon jardin au bord de l’abandon fleurissent comme jamais.

A 93 ans - retransmise par la Radiodiffusion - le trésor de la parole d’Edgar Morin. Son absence totale de compromis avec la mort.

Le trésor de Marina Vlady racontant que dans le ventre de sa mère danseuse, elle entendait son père chanter l’opéra.

Le trésor de ce domaine normand, aussi mal entretenu soit-il.

Le trésor d’apprendre que la trouvaille de La Victoire de Samothrace est due à notre consul à Andrinople en Turquie, lequel voulait faire plaisir à Napoléon III grâce à son archéologie d’amateur.

Le trésor d’apprendre qu’il y a six cents millions d’années il y avait des volcans en Bretagne et qu’à cette aune, les déboires de l’espèce humaine ne paraissent pas si dramatiques.

En matière d’acharnement, le trésor de celui que je mets à produire mes œuvres textiles, singulières et baroques délivrées des terribles contraintes de la littérature.

Le trésor d’Agnès Varda parlant de Jean Luc Godard.

Le trésor le 28 Mai 2014 de parvenir encore à effectuer un aller retour à la pharmacie, une commande électronique à Auchan, ainsi que la routine du ménage et de l’écriture. Le trésor de cette vie rétrécie qui se poursuit quand même sous l’égide de la Raison. Cette folle qui a tourné sa veste…

Le trésor d’entendre la fille de Pierre Brossolette dire à la Radio, qu’à l’enterrement de George Sand, Gustave Flaubert pleurait comme un veau.

Le trésor curieux d’apprendre que le Club Méditerrané a été inventé en Belgique pour réinsérer les gens sortis des camps de concentration.

Le trésor d’Alain Cuny aux pieds de qui je me suis jetée comme je l’ai reconnu parmi les rares spectateurs d’une salle de cinéma des Champs Elysées un jour de Juillet au début des Nonantes et qui en contemplant mon visage a refusé de croire ce que je lui affirmais, me répétant obstinément Mais non, vous n’avez pas vu Tête d’Or alors que de mon côté, je le lui confirmais. Je l’avais vu au théâtre autrefois, dans cette pièce de Claudel. Autrefois. A L’Odéon en 1959. J’avais quatorze ans.

Le trésor absolu de recevoir comme j’habite encore chez mes Parents, le cadeau de mariage envoyé par un certain Henri, ami de mon mari. C’est en jeune fille que je déballe le paquet et découvre éblouie un vase en cristal de Saint Louis.

Le trésor d’apprendre que le Musée de l’Ermitage possède trois millions d’œuvres et qu’il y a dans les bâtiments soixante dix chats alors qu’un édit de l’Impératrice Elisabeth les limitait à trente !

Le trésor de voir remonter à la surface de mon cerveau le terme de Roumélie qu’employait la génération des grands-mères maternelles et l’archi-trésor d’en retrouver le sens.

Le trésor d’entendre un radioteur se rebiffer contre la directrice de l’émission d’un J’ai le droit de me poser les questions que je veux, si cela ne vous ennuie pas !

Sur le balcon le trésor du papyrus en fleurs dans un grand pot chinois parfaitement adéquat et de me souvenir que cette plante indéfiniment bouturée était déjà là chez ma Belle Mère lorsque pour la première fois il y a cinquante, j’avais sonné Rue d’Ulm à sa porte. Quant à la céramique sur laquelle bondissent des dragons, je l’ai achetée sur les Quais - dans un sous sol qui ne manquait pas de choix - le complétant des années après par une assiette assortie trouvée soldée au Bazar de l’Hôtel de Ville qui cherchait à se débarrasser de cet ours à n’importe quel prix.

Le trésor de savoir que le bonheur dépend d’une disposition mentale et l’archi-trésor de constater qu’il est aujourd’hui d’avoir détricoté une couverture moche et abîmée pour la tricoter à nouveau mais tout autrement, belle c’est fois.

Dans un film diffusé dans le hall de la Mairie de l’Arrondissement, le trésor de découvrir Noureïev manquant de l’essentiel, en comparaison de ce que j’avais vu autrefois de Nijinski dans l’après midi d’un faune. L’archi-trésor de me dire que la notoriété du premier a peut-être surtout été due au fait qu’il était – selon la formule de l’époque - passé à l’Ouest.

Le trésor de l’orchidée que m’a offerte la très chère et qui l’hiver passé, a refleuri. Son rayonnement dans la verdure de l’asparagus…

A la Foire Saint Germain, le trésor de son restaurant d’été installé sur le terre-plein et l’archi-trésor ce 25 Juin 2014 de sa pintade forestière suivie d’un framboisier me disant en moi-même que c’était peut être la dernière fois !

Le trésor de la traversée de Paris en autobus, valant bien – mutatis mutandis - toutes mes excursions en Amérique ou en Russie et l’archi-trésor d’éprouver une fois encore dans mon corps bringuebalé qu’on descend la colline de l’Etoile et qu’on va vers le Centre Ville... Oh ma joie !

Le trésor de reconnaître à une simple description anonyme, un certain tableau de Chardin. Merci la vie !

Le trésor d’apprendre que baptiste et linon sont en lin ou en coton pratiquement une seule et même chose, ce tissu fin que depuis presque toujours mes ancêtres du Cambrésis – artisans préindustriels - fabriquaient dans leurs caves.

Le trésor de la validité de l’injonction Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux ! L’archi-trésor de constater qu’alors que je me plains de ne plus pouvoir écouter la Radio tant – vaisseau fantôme – elle navigue entre la vacuité et l’obscénité, qu’elle a perdu un million d’auditeurs.

Le trésor de découvrir l’été 2014 que j’ai oublié avoir eu le cancer, oubli sérieux et durable ainsi que de tous les tourments qui l’ont accompagné pendant de très nombreuses années. Un véritable oubli complet et non un refoulement… Et pourtant cet évènement a coupé ma vie en deux. En fait non la maladie elle-même mais le traitement et surtout ses conséquences…

Le trésor de découvrir que si je me moque éperdument de mon âge, c’est parce que j’ai bien d’autres soucis. On a les points forts qu’on peut. Sans doute s’agit-il là d’une application de la locution faire flèche de tous bois !

Le trésor de la fierté - étant à moitié invalide et tenant à peine debout - d’avoir encore réussi par mes propres moyens à aller chez le coiffeur et à refaire faire mes papiers d’identité… L’archi-trésor d’avoir de surcroît fait un détour Boulevard des Batignolles pour voir si l’antiquaire n’aurait pas eu quelque chose de vraiment beau. Mais hélas, c’est en vain que j’ai quêté le coup de foudre. La difficulté n’est pas tant d’acheter des œuvres d’art que de trouver des œuvres d’art à acheter… Nuance.

Le trésor de me souvenir qu’un type m’avait un jour demandé de renoncé à écrire pour dégager plus de temps pour m’occuper de lui. L’archi-trésor d’en avoir été estomaquée et de découvrir là, la confirmation absolue de mon émancipation.

La beauté comme boussole. Le trésor de cette ultime ancre de miséricorde. Elle est à peu près partout. Comme la grâce est partout, il suffit de la chercher pour la trouver.

Le trésor de réussir à résumer la situation politique et historique actuelle par la formule Une guerre de perdue, dix de retrouvées.

Le trésor au milieu du désastre de me réserver encore quelques pouvoirs d’action autonome pour sinon l’enrayer, du moins l’alléger.

Le trésor du voyage en bateau avec mon père dans le Bosphore en 1964 et l’archi-trésor de voir dans l’élargissement du détroit au loin, la Mer Noire.

Le trésor de découvrir que le temps apportant l’oubli – privilège de l’âge – finit pas résoudre ce qui n’a pas pu l’être autrement.

Le trésor paradoxal de découvrir sur Internet, mon ouvrage Le Cercan mis en téléchargement gratuit par l’Université de Californie. On a oublié de me demander mon accord, mais ce n’est pas grave. Le progrès technique est une hache à deux faces.

Stockés à la campagne pour désengorger la bibliothèque parisienne, le trésor peu reluisant de ne plus savoir exactement ce qu’on a fait de certains livres mineurs. Dans ce cas, dans ce contexte, l’archi-trésor douteux de ce on appliqué à la gestion des livres, mêmes qualifiés de mineurs.

A la Faculté de Droit de la Rue Saint Jacques, cet appariteur qui nous avait à la bonne simplement parce qu’on lui disait Bonjour et nous avait pistonnés le soir des funérailles de Jean Moulin. Ainsi grâce à lui l’archi-trésor d’avoir tous les deux, côte à côte debout sur le bureau du Doyen par la fenêtre ouverte vu Le Chef de l’Armée des Ombres entrer au Panthéon, le 19 Décembre 1964. Précisons tout de même pour les contribuables inquiets que l’âme charitable avait eu la précaution de protéger le meuble vénérable avec des journaux…

Le trésor d’une nuit complète passée à dormir dans mon sac de couchage, confortablement installée dans le train entre Bamako et Dakar, étendue sous les banquettes au retour du voyage de 1967. Il n’avait pas été de tout repos et c’est une litote.

L’archi-trésor de confirmer à bientôt soixante dix qu’on dira ce qu’on voudra, mais que la littérature, c’est d’abord le style et ensuite mais ensuite seulement, une forme.

Le trésor absolu d’avoir oublié non seulement ma longue et douloureuse maladie qui a cassé ma vie en deux mais aussi tous mes livres, privilège de l’âge ! Entendons ceux que j’ai écris !... Ceux que j’ai lus m’illuminent encore… Même les mineurs.

Le trésor non seulement récurrent mais de plus en plus intense de cette traversée du Massif Central dans son intégralité depuis Millau jusqu’à la Loire, le matin du voyage de retour des vacances. Une beauté à couper le souffle. Une solidité, une tranquillité, en un mot une sauvagerie baroque qui me ressemble.

Le 23 Août 2014 sur une radio périphérique, le trésor de Gilles Perrault étouffant un sanglot d’émotion comme il évoque le 11 Novembre 1940 à Oyonnax, le défilé impeccable des Résistants. Et l’archi-trésor de l’avoir également entendu protester contre la minoration du rôle des femmes dans cette épreuve de l’Histoire.

Le trésor de découvrir qu’en 1792 sont partis de Saint Rome de Tarn pour défendre La Patrie et la Révolution Pierre Canet le 8 Septembre ainsi que les deux fils Monté et les trois Colière et encore Guibal du Masega. Le 8 Août était déjà partis Barthélamy Galtier et le Premier Novembre un certain Bouat.

Le trésor de retrouver au fond de ma mémoire, le film soviétique La Ballade du Soldat chef d’œuvre que j’avais dans ma tête fusionné avec la si fameuse Palme d’Or de Quand passent les cigognes. L’archi-trésor d’avoir ainsi mis fin à la douleur de n’avoir pas retrouvé dans ce dernier, la scène bouleversante du départ à la guerre lorsque les hommes se prennent les uns les autres par le bras pour s’ébranler ensemble comme une seule masse, laissant les femmes désemparées sur le côté de la route.

Le trésor de l’un des plus beaux souvenirs de ma vie : Au petit matin, seule dans la barque avec mon mari, la traversée du Lac d’Annecy depuis Sevrier! J’avais alors ma longue jupe violette imprimée, comme c’était la mode à l’époque en 1974. Et sans doute un petit haut et un gilet assorti!

Le trésor de mes quotidiennes découvertes. Ce matin le 5.9.2014 qu’il y a des chameaux à une bosse, ceux d’Arabie. Ceux à deux étant seulement la variété d’Asie…

Funèbre hélas au petit matin, le trésor Outre-Mer de cette nuit de tempête tropicale où assise à côté de l’autre sur la marche de la véranda, nous avons ensemble regardé la pluie tomber drue sur le jardin. Durant toutes ces heures et en même temps n’ont cessé ni les éclairs ni le tonnerre. On y voyait comme en plein jour. Sidérant !

Le trésor du Cimetière Russe dans les hauts de Menton. Cette preuve par la pierre de la force inouïe de l’espérance qu’ont certains en l’idée de la Résurrection. L’archi-trésor de ces morceaux d’obsidienne que j’ai ramassés autour du petit édifice orthodoxe et recyclés dans mon œuvre dénommée L’ultime ancêtre.

Le trésor d’apprendre que Sergio Léone et Enno Morricone se sont connus au Lycée. Un trésor loin d’être sans importance.

Le trésor de résumer un demi siècle de vie de couple d’un On a rigolé, on a voyagé, tu n’as pas été à la guerre et je n’ai pas avorté !

Le trésor absolu voire sacré de la parturition d’avec mon enfant sans savoir encore que c’était une fille. Et sans péridurale. J’ai senti les montagnes se soulever, la terre s’ouvrir et crié le nom de mon amour dans un orgasme sans égal.

Le trésor de la jouissance éprouvée en écrivant à l’encre. A la plume, au stylo ou au rapidographe, cet instrument des dessinateurs industriels qui enchantèrent ma jeunesse avant qu’on invente la conception assistée par ordinateur !

Le trésor de la joie et de sa distribution comme idéal relationnel. Même si on peut critiquer cette perspective, comme on peut de toute façon critiquer n’importe quoi.

Le trésor du vendeur du dépôt-vente de la Rue de Maubeuge qui me dit Ce sont les objets qui nous choisissent… Et après un quart d’heure passé - lui et moi - à refaire l’Histoire des relations entre l’Algérie et la France me dit qu’il s’appelle Marcos. Il me précise aussi le nom de son collègue à cheveux longs, celui dont j’ai davantage l’habitude mais je ne l’ai pas retenu. C’est donc comme anonyme qu’il figurera dans l’archi-trésor mais il y sera quand même.

Le trésor de ce chauffeur de taxi qui me fait l’apologie des disques en vinyle d’autant plus qu’ils craquent et qui résume - comme on arrive à destination - son propos d’un le craquement, c’est l’âme du disque ! Voilà plusieurs décennies que je tentais de faire partager autour de moi ce point de vue. Je fais d’ailleurs la même analyse concernant les photographies ratées. Ce sont les meilleures ! Elles évoquent sans pour autant représenter. Elles sont donc de ce fait – contrairement aux autres – dans la réalité.

Face à la pression des députés frondeurs qui exigent la relance de l’Economie, cette déesse machinique dont ils espèrent pouvoir puiser dans la corne d’or, le trésor d’inventer cette plaisanterie pour érudits John Maynard Law.

Le trésor d’apprendre que Jane Austen, cette grande romancière anglaise devait elle aussi pour son activité d’écriture, travailler da